Ezza Agha Malak Regards croisés sur son oeuvre narrative et poétique

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"Des regards sur l'oeuvre... Tels sont en effet les textes qu'on va lire : non de pesantes analyses mais des approches sensibles, des regards sur un regard, des lectures attentives qui s'aventurent à la rencontre d'une vision aiguë du monde et des autres, des points de vue croisés sur une oeuvre qui est sans doute remarquable d'abord par sa manière de voir." Extrait de la préface.
Publié le : vendredi 1 juillet 2005
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EAN13 : 9782296393660
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Ezza Agha Malak
Regards Croisés Francophones sur son oeuvre narrative et poétique

Espaces Littéraires Collection dirigée par Maguy Albet
Déjà parus

Roland ERNOULD, Claude Seignolle. Du sacré à l'étrange, 2005. Michel CAS SAC (sous la dir.), Littérature et cinéma néoréalistes,2004. Aleksandra KROH, Jean Potocki, 2004. Chantal LACOIN (Textes réunis par), ZAZA (1907-1929), amie de Simone de Beauvoir, 2004. Philippe NIOGRET, La revue EUROPE et les romans de l'entre-deux-guerres (1923-1939), 2004. Richard Laurent OMGBA, La littérature anticolonialiste en France de 1914 à 1960. Formes d'expression et fondements théoriques,2004. Bernard FOURNIER, L'imaginaire dans la poésie de Marc Alyn. Les grands infinis, 2004. Lisa BLOCK DE BEHAR, Jules Laforgue ou les métaphores du déplacement, 2004. Sylvain BRIENS, Technique et littérature, train, téléphone et génie littéraire suédois suivi d'une anthologie de la poésie suédoise du train et du téléphone, 2004.

Claudine GIACCHETTI, Delphine de Girardin, la muse de
Juillet, 2004. Tania BRASSEUR WIBAUT, La gourmandise de Colette, 2004. Christophe CHABBERT, F. Parcheminier, poète du dedans, 2003. Louis AGUETTANT, Nos lettres du Sinai; 2003. Frédérique MALAVAL, Les Figures d'Eros et de Thanatos, 2003. Eliane TONNET-LACROIX, La littérature française et francophone de 1945 à l'an 2000,2003. Anne MOUNIC, sélection, introduction, traduction et notes, Stevie Smith, poèmes, 2003. Gavin BOWD, Paul Morand et la Roumanie, 2003. Stefan POVCHANIÈ, Histoire de la littérature slovaque, 2003.

Ouvrage coordonné par

Gilles SICARD

Ezza Agha Malak
Regards Croisés Francophones sur son œuvre narrative et poétique

Préface de Denis Labouret

« Nous voulons être libres de croire, libres de penser et de parler, libres d'aimer. Nous voulons demeurer fidèles à nous-mêmes, à nos traditions, à notre culture pluraliste ouverte à tous les horizons... » Charles HÉLOU Ancien Président de la République libanaise

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie 1053 Budapest Kossuth L.u. 14-16

HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

~L'Harmattan,2005 ISBN: 2-7475-8141-1 EAN: 9782747581417

PRÉFACE

de DENIS LABOURET

Maître de conférences UFR Littérature française et comparée

La Sorbonne
Paris IV

Denis Labouret

Préface

L'Éthique et l'Esthétique

« Regarde mes regards! »: c'est à cette invitation formulée dans La Mise à nu, recueil de poèmes auquel sont consacrées certaines des études réunies ici, que semble répondre ce volume au titre si juste. Des Regards sur I 'œuvre... - tels sont en effet les textes qu'on va lire: non de pesantes analyses mais des approches sensibles, des regards sur un regard, des lectures attentives qui s'aventurent à la rencontre d'une vision aiguë du monde et des autres, des points de vue croisés sur une œuvre qui est sans doute remarquable d'abord par sa manière de voir. La sensibilité littéraire d'Ezza Agha Malak - il
faudrait dire sa sensorialité

- ce

n'est certes pas un lourd

appareil conceptuel qui aurait pu en rendre compte. Il fallait au contraire une critique complice, empathique, compréhensive, pour épouser comme de l'intérieur la dynamique singulière de l'œuvre et déployer ses richesses secrètes dans la langue explicite du commentaire. On trouvera bien sûr dans ces pages l'application de méthodes critiques savantes. La démarche de la psychocritique est légitime pour mettre au jour les schèmes inconscients qui sous-tendent les rêves dans Les Portes de la nuit (Amira Issa). L'apport de l'ethnosociologie est éclairant pour une œuvre romanesque tout entière hantée par les violences d'une époque, et en

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Préface

particulier par le sort réservé aux femmes dans la société traditionnelle du Moyen-Orient (Cédrel Haroun). L'étude psycho-linguistique aide assurément à faire apparaître toutes les possibilités d'une langue poétique aussi rigoureuse qu'inventive (Leila Osseiran). De telles études donnent à l'ouvrage sa valeur scientifique et son intérêt pédagogique. Elles sont aussi un bel hommage rendu à une romancière et poétesse qui est elle-même enseignante et critique: Ezza Agha Malak, stylisticienne qui sait tout de la métonymie chez Gide et de l'ellipse chez Proust, ne méritait-elle pas que l'on appliquât à ses propres écrits les outils stylistiques dont elle a su elle-même faire un si bon usage? La «science des textes)} n'a rien d'ennuyeux ni de barbare quand elle aide à accommoder le regard du lecteur au regard de l'auteur, comme c'est le cas ici jusque dans les analyses les plus exigeantes. Bien loin des théoriciens de la littérature qui instrumentalisent les œuvres pour le seul profit narcissique de leurs propres démonstrations, les critiques qui lisent à la loupe les textes d'Ezza Agha Malak procureront au lecteur ordinaire, en cernant les figures textuelles qui agissent sur lui à son insu, le bonheur de mieux savoir nommer les raisons de son plaisir. Un exemple? Jean Salmé emploie le bel oxymore d' «hyperbole dosée)} pour qualifier l'art avec lequel l'auteur, dans certains récits, amplifie avec mesure des détails significatifs. La formule résume l'art du récit dans Le Rôdeur nocturne, où la simple présence d'un rat produit dans la vie d'une femme une onde de choc exagérée, l'événement le plus ténu devenant le miroir et le révélateur de toute une existence. «Hyperbole dosée)} :

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formule-clef, parfaitement ajustée à son objet, qui ouvre sans nul doute les portes d'une écriture... Mais, on le voit, il faut autre chose qu'un discours rhétorique plaqué du dehors pour atteindre une telle justesse critique. Il faut autre chose qu'un regard d'observateur distant. Il faut surtout un dialogue suivi, un échange de voix rendu possible par un tissu (c'est aussi le sens du mot texte) de relations, d'amitiés humaines, d'instants partagés, de rencontres situées dans le temps et dans l'espace, autour d'un même enracinement dans la terre du Liban, autour d'une même passion pour la langue française. Ce recueil comprend ainsi des témoignages et des entretiens qui, résonnant de la vie et de la voix d'Ezza Agha Malak, retracent son parcours et remontent aux sources vivantes et vibrantes de l'écriture, dévoilant par là les mobiles de la création et les expériences qui l'ont nourrie. C'est ce «portrait de l'artiste» au travail qui permet au discours critique de rester au plus près des qualités sensibles de l'écriture. Un regard, une voix: les romans, nouvelles et poèmes d'Ezza Agha Malak mêlent en effet à l'art de voir

- un regard à la fois critique et tendre sur l'homme et sur le monde - une diction propre un rythme, un sens des effets

-

sonores, un art de dire fondé sur le culte du mot dans sa matérialité. C'est pourquoi les entretiens qui font entendre la voix de l'auteur, ou les témoignages sur l'adaptation théâtrale qui a consisté à « oraliser » ses textes, prolongent sans heurt les analyses qui portent sur son style: voilà une écriture qui se prête à la lecture orale parce qu'elle est portée par une parole vive, la même que celle qu'Ezza Agha Malak fait entendre dans les récitals de poésie ou dans les colloques universitaires.

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J'ai eu la chance d'intervenir à un colloque à ses côtés - et la malchance de prendre la parole après elle... Lourde tâche! Comment maintenir sur le public l'emprise qu'exercent les inflexions de son propos, qui donnent à ses réflexions toute leur force ? Cet art de dire, le commentaire sait en déplier les diverses composantes. Et d'abord l'art de conter de la romancière, le pouvoir de susciter l'intérêt narratif en jouant sur la curiosité du lecteur. Il ne s'agit pas pour autant de divertir habilement, de faire diversion, par un récit qui occulte les problèmes de notre temps. Bien au contraire: cet art du récit nous fait partager la quête d'une liberté, la difficile construction de soi d'une identité qui se cherche, souvent la trajectoire existentielle d'une femme confrontée à son destin, comme le montre Georges Khoriaty à propos de La Dernière des croisés. C'est la maîtrise des techniques narratives qui permet alors au lecteur d'adhérer au mouvement d'une vie en train de se faire, où «les jeux ne sont pas faits» comme disait Sartre quand il opposait le roman, qui tourne le héros vers l'avenir, au récit, qui rapporte au passé des destins achevés. Mais Ezza la romancière est toujours, en même temps, Ezza la poétesse, parce que dans les romans et nouvelles aussi le dire narratif se double d'un «art de songer », selon l'expression appliquée par Jules Martel aux Portes de la nuit. La poétique de la rêverie qui anime les romans, aux accents nervaliens ou baudelairiens (Amira Issa cite à juste titre L'Invitation au voyage), se prête à des lectures inspirées de Bachelard qui en montrent

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la richesse élémentaire: rêveries de la terre dans La Dernière des croisés, rêveries de l'eau dans Les Portes de la nuit... Il Y a là incontestablement des structures imaginaires qui expliquent que ces textes touchent le lecteur au plus profond de son inconscient. Et la fonction du critique est parfaitement remplie quand il parvient à baliser ce territoire des profondeurs... Tous genres confondus, les textes d'Ezza Agha Malak séduisent enfin par les correspondances qu'ils
établissent

- Baudelaire

encore... - entre « les parfums, les

couleurs et les sons ». Ezza ou l'art de sentir: faut-il venir de Tripoli, ville encore tout imprégnée des senteurs d'Orient (j'ai parcouru son souk des parfums avant de connaître Ezza Agha Malak...) pour posséder à ce point le sens... des sens? On n'est pas surpris que le dernier livre de l'auteur s'annonce comme la réhabilitation de l'odorat, ce « sens interdit ». Et Gilles Sicard a raison de voir dans ce «respect des sens» un appel à la liberté du sujet. Car l'esthétique, au sens premier, rejoint alors l'éthique: c'est par la richesse des sensations évoquées que l' œuvre invite à l'émancipation; c'est par son acuité sensorielle qu'elle va jusqu'au bout d'un humanisme qui est tout à la fois sagesse morale et poétique du corps sensible. On saura donc gré à toutes les contributions ici rassemblées d'avoir senti à leur tour l'importance, pour notre temps, d'une esthétique aussi efficacement anti-anesthésique.

Denis LABOURET Paris-Sorbonne Septembre 2004

L'auteur et l'œuvre

L'AUTEUR ET L'ŒUVRE

Romancière et poète ftancophone, nommée Chevalier dans l'Ordre des Arts et des Lettres en février 2001 par la République ftançaise, Ezza Agha Malak a suivi, précocement, sa carrière d'enseignante dans les cycles primaire et secondaire, puis pendant plus de vingt cinq ans, de professeur universitaire en Linguistique et en Littérature ftançaises. Née dans la capitale du Liban - Nord, Tripoli, le 14 juillet 1942, elle caressait depuis son plus jeune âge son rêve de devenir écrivain en langue ftançaise. Exerçant l'enseignement de cette langue qu'elle avait pratiquée et défendue, elle participait activement à la vie culturelle et académique au Liban et à l'étranger, intervenant aux divers congrès internationaux et nationaux ainsi qu'aux différentes manifestations ftancophones. Elle fut Poète international au Festival International de la Poésie Francophone à Trois-Rivières (Québec) en juillet 2000; écrivain de la Paix au Premier Congrès mondial des Poètes et Écrivains de la Paix en octobre 2002, au Sénégal à Dakar; conférencière en français au FIPF (Fédération Internationale des Professeurs de Français) à Tokyo au Japon, à Paris (la Sorbonne) ainsi que dans bon nombre de congrès et de colloques de hauts niveaux. Elle est consultante à l'ANEF (Association

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L'auteur et l'œuvre

Nationale des Enseignants de Français), à NouvellePasserelle et au Club de la Jeunesse Francophone au Liban. Ezza Agha Malak a la plume facile et volubile. Ses écrits sont d'une densité importante, ses expressions, d'une intensité remarquable. Un premier ouvrage collectif consacré à ses ouvrages et paru aux Éditions des Écrivains (Paris 1999) rassemble plus d'une vingtaine d'études qui analysent et commentent son oeuvre, entreprises par des écrivains libanais, français, canadiens, etc. ... Un colloque sur la Poésie Francophone dans le cadre du Printemps des Poètes lui sera consacré. En avril 2005, le département de Français à l'Université Libanaise de Saïda et sous la direction du docteur Arnira Issa, chef de ce département, organise un colloque en français, rendant hommage aux deux écrivaines libanaises francophones Ezza Agha Malak et Évelyne Accad. Actuellement, après avoir démissionné de son poste d'universitaire, elle continue à diriger des thèses en langue française mais en se consacrant entièrement à sa passion d'écrivaine francophone.

L'auteur et l'œuvre

L'ŒUVRE

DE EZZA AGHA MALAK

POÉSIE * Migration, Éditions Jarrous, Liban, 1985. * Entre deux battements de temps, Technopress, Beyrouth, 1992. * Quand les larmes seront pleurées, Technopress, Beyrouth, 1992. * Modes inconditionnels des aubes mensongères, Éditions des Écrivains, Paris, 2000. * La mise à nu , Éditions des Écrivains, Paris, 2003 ROMANS ET NOUVELLES

* Le drame n'arrivera pas deux fois, nouvelle, Presses de Beyrouth, 1957. * Sans rendez-vous préalable, nouvelle, Presses de Beyrouth, 1960. * Récits bleus: Recueil de trois nouvelles:
1

- Chagrin

d'Amour

2 - Cette douce Tyrannie 3 - La Terrasse et la Colline Éditions Al-Moutanabbi, Paris, 1992. * Balafres, 1994 (roman) (inédit pour des raisons inavouables). * La Mallette (roman): Éditions Jarrous, Liban, 1996. * La Dernière des Croisés, roman, 1ère édition: Maison Internationale du Livre, Beyrouth, 1997; 2ème édition: Éditions des Écrivains, Paris, 2002. * Les Portes de la Nuit, roman: Éditions des Écrivains, Paris, 1999.

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L'auteur et I 'œuvre

* La Femme de mon mari (roman): Éditions des Écrivains, Paris, 2001 * Récits Roses, Recueil de deux nouvelles: i-Le Rôdeur nocturne 2-Les Ombres secrètes Éditions des Écrivains, Paris, 2002 * Anosmia ou Nostalgie d'un sens interdit (roman) : Éditions des Écrivains, Paris, 2005

ÉTUDES SUR L'ENSEMBLE DE L'ŒUVRE * Regards sur l'œuvre narrative et poétique de Ezza Agha Malak.. ouvrage collectif, Éditions des Écrivains, Paris 1999. À PARAÎTRE * À quatre mains et à deux cœurs (poésie à deux voix) * Bagdad: Des morts qui sonnent plus fort que d'autres (roman) * Il était plusieurs fois une mangeuse de maris (roman)

Site Internet: www.lb.refer.org/malak

PREMIÈRE PARTIE

L'espace d'un roman

Au- delà de l'histoire Une autre btstQire 11y a tant à vivre et à voir dans une histQire EAM

1- INVESTIGATIONS

LITTÉRAIRES

Que l'importance soit dans ton regard non dans la chose regardée. Tout ce que tu gardes en toi de connaissances distinctes restera distinct de toi jusques à la consommation des siècles. Pourquoi y attaches-tu tant de prix ?
André Gide Les Nourritures Terrestres

Gallimard Coll. Folio, p.21

Gilles Sicard

Avatars sémiotiques

GILLES SICARD

Avatars sémiotiques et sens interdit

Perturbateur de origine catastrophique battement des ailes Cléopâtre laissait une
pOUVOIrS.

la face du monde méditerranéen, plus précocement envisagée que le d'un papillon, l'auguste nez de trace indélébile dans l'histoire des

Plus près, d'autres héros, Pinocchio ou Cyrano, grandissent par la seule taille de leurs appendices nasaux, remuants. Cantonnés dans une appréciation formelle, les auteurs alimentent alors le mystérieux tabou qui couvre sa fonction. Le nez de Jean-Baptiste Grenouille démontre, enfm, que l'important est bien le parfum qu'il fonde, et place donc la fonction au centre de la cible. Le Parfum ne naît pas de nulle part, il a un centre cérébral. Sous le regard amusé de Michel Tournier, Süskind nous subjugue, en exhumant des limbes une élégante série de mythes inversés, dans un roman noir lumineux, contant l'histoire d'un être diabolique inodore. Mais comment ose-t-il nous faire oublier le sillage soufré de Lucifer et de ses représentations traditionnelles? De l'audace, de l'audace encore. Ezza Agha Malak aborde, de front, la description de maux qui démontrent si bien la réelle importance de l'organe nasal, malmené en somme, par la littérature comme par la chirurgie esthétique. Habilement romancière, elle nous immerge dans son monde odorant et singulier, le Liban, carrefour, frissonnant ou explosif, des religions et des mœurs

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Avatars sémiotiques

méditerranéennes, un des sites précoces de l'émancipation des femmes moyen-orientales. À la tentation du repli ou de l'exil, elle oppose la force de l'autodétermination, la force du jugement étayé par ses sens, son libre arbitre. L'enjeu: la mémoire et l'espérance... l'humanité. "Je ne sens plus rien... Je ne viens pas pour me soigner. .. mais pour savoir..." expose Yara l'héroïne anosmique d'Ezza Agha Malak. On comprend que les maux dont il s'agira, en filigranes astucieux, ne sont pas qu'olfactifs. Les aventures sages du nez de Yara ponctuent des évolutions sociales plus sulfureuses, contestant ostensiblement des règles de vie anesthésiantes qui renient son temps et son genre. S'adaptant à l'évolution de la déficience de son odorat, Yara grandit. Son mal peut reculer. Une maladie à trois époques donc, l'absence salvatrice, l'illusion bleue et, enfin, le dépassement, la volonté vitale de s'inscrire dans les réalités sensibles de son environnement. Relativité des instants et des raisons. Ici, plus qu'ailleurs, Ezza Agha Malak prêche directement pour un respect des sens, indirectement pour le respect du sens. Pour le contact tangible, pour la reconquête de sa nature sensorielle, charpente de son être même, pour une liberté féminine affranchie, fondée sur la perception des beautés contrastées du monde, sur la réalité perçue, plutôt que sur des espaces virtuels ou sur des promesses de rédemption d'on ne sait quels péchés. Cet appel aux sens magnifie son roman, son œuvre et au-delà, nos VIes.
Préface au roman Anosmia ou Nostalgie d'un sens interdit 17 février 2004

Philippe Kandalft

Caméra cachée

PHILIPPE KANDALAFT

" Récits roses" et caméra cachée Récits roses? En référence à quoi? Nous sommes d'emblée tentés de comprendre le sens de ce titre. Sont-ce des récits à l'eau de rose, ingrédient entrant dans la cuisine et pâtisserie orientale et dont les vertus apaisantes sont largement reconnues? Détrompez-vous. Au fur et à mesure que vous avancerez dans la lecture vous serez séduits par l'image que le réalisateur promène du bout de sa caméra sur l'univers de l'écrivain, parfois étroit, parfois plus vaste, pour nous dire ses émotions secrètes ou pour nous dépeindre la société au sein de laquelle elle évolue sans jamais la libérer de cette pudeur qui lui colle à la peau et qui est omniprésente tout au long de ces deux nouvelles. Car, si dans la première nouvelle "Le rôdeur nocturne" l'écrivain nous enferme volontairement dans un univers clos qui est son domicile familial en y insérant l'action dans une unité de lieu pesante, dans la deuxième en l'occurrence "Ombres secrètes", elle survole cette ville enveloppée de mystère, ésotérique en quelque sorte, coupée en deux par le fleuve comme pour mieux signifier la bigamie ambiante uniquement visible d'en haut, une ville au nom étrange et dont elle ouvre l'espace à ses personnages dans une unité d'action mordante et symboliquement forte. Relater là l'épisode d'une femme "libre" aux prises avec son milieu étriqué et farouchement conservateur, dont le statut de divorcée ne facilite point la vie et ici celui d'un jeune homme dont l'homosexualité est un sujet tabou

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Caméra cachée

dans un monde également conservateur, scrupuleusement tributaire des bienséances - le même peut-être - donne à

l'écrivain l'occasion d'épingler les travers d'une société orientale encore entièrement sous l'emprise de la religion et du qu'en dira t-on. Les personnages principaux de ces deux nouvelles sont par conséquent saisis au vif dans un monde qui leur est chaque fois hostile et dont ils devront sortir en allant jusqu'au bout de leur combat qui passe inévitablement par l'affirmation de soi dans la liberté retrouvée, la liberté d'être. Et, si au passage, Ezza Malak scrute les mœurs de ces deux univers qui brident les libertés -dont la place inconsidérée de la femme, l'échelle sociale absurde et machiste, le mariage forcé, les relations père mère fille et le protectionnisme malsain mère fils, ou aussi les difficiles relations homme femme et encore la place
prépondérante de la religion dans l'éducation

-

c'est

justement pour mettre en valeur le double et difficile combat que la journaliste et le jeune homme homosexuel doivent livrer à eux-mêmes et à la société. En effet, devant sa lutte obstinée et presque frénétique livrée à l'intrus, notre journaliste pose le problème de l'insécurité personnelle d'une femme divorcée et seule, face aux assauts répétés de cette créature sournoise que l'on devine sans voir, et de la peur qui gagne le plus profond de son être jusqu'à la répugnance. Mais n'y a t-il pas derrière cette peur physique un sentiment plus large encore, un mal plus largement existentiel dans un pays en proie à la guerre et à la folie dévastatrice des hommes et qui ne retrouve plus son équilibre? Une guerre qui constitue la toile de fond de cette nouvelle et qui amplifie le sentiment d'insécurité déjà prédominant. Et Doddy lui même ne subit-il pas les

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assauts de sa famille? Et des femmes autour de lui qui usent de leur pouvoir de séduction pour gagner son cœur ? Certes il finit par obéir à sa sœur aînée et à sa mère mais ne sait-il pas pertinemment que cela ne changera en rien sa nature et qu'il le fait simplement pour les délivrer, elles, en se drapant, lui, dans le mariage qui est supposé, à l'instar de ses semblables, camoufler son homosexualité? De ce combat quotidien et constant la femme journaliste s'en sortira avec une victoire quoique relative car il lui restera à travailler sur elle-même si elle veut trouver l'équilibre intérieur auquel elle aspire. Elle ferme ainsi son récit sur la vision d'un champ de paix et de sérénité tel cet espace blanc que l'on aime à trouver dans le marc d'une tasse de café et qui présage d'un espoir débarrassé de nuages menaçants. Doddy par contre tombe en victime mais victime des autres et sans jamais avoir renoncé à ce qu'il était. Et la véritable victime de cette nouvelle touchante est en réalité son épouse "d'occasion", cette femme qui a cru, qui a voulu croire et qui a été sacrifiée sur l'autel de l'obéissance aveugle et obscure et de l'hypocrisie sociale. Une femme qui s'accomplit. Une autre qui échoue comme poussée par les flots, trompée par les siens. La femme est au centre des préoccupations de l'écrivain. Elle tente de se faire une place dans un monde masculin où l'homme est seul commandant à bord. N'est-ce pas elle qui prend chaque fois la décision de partir envers et contre tout? N'est-ce pas aussi le sens du combat de cette petite Rima "la Dernière des croisés" en quête d'identité et qui n'hésite pas chaque fois à prendre les grands chemins, malgré les menaces, pour s'affIrmer, pour sortir de l'univers frustrant et dégradant dans lequel on tente de

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l'enfermer, comme si la femme en elle et autour d'elle était prédestinée, dès sa naissance, à la servitude, condamnée à n'être qu'une monnaie de change à la solde de la société. Quant au style, il est bien approprié à la nature de chacune des deux nouvelles: précis et sans jamais se démunir du sens du détail, volontairement révulsant, passant par le biais des sentiments et de l'émotion qui en résulte devant cette bête errante et répugnante qui absorbe l'attention, hante l'esprit et gèle toute activité physique et mentale, des phrases qui tiennent du roman policier, suscitent constamment l'intérêt et maintiennent le lecteur en haleine jusqu'au dénouement brutal et inattendu. Deux combats. Une peinture réaliste d'une société que Ezza Agha Malak connaît bien. Récits roses! Faisant suite à ses "Récits bleus". En attendant peut-être les récits rouges.

Ph.K. Paris, mai 2004

Jean Salmé

Une forme hyperbolique

dosée

JEAN SALMÉ
Récits Roses Uneforme hyperbolique dosée

Avec la parution de Récits roses, son dernier recueil de nouvelles, Ezza Agha Malak aura ainsi à son actif quatorze livres édités (parce qu'il y en a qui sont restés à l'état de manuscrit" pour des raisons inavouables" selon l'aveu même de l' écrivaine), répartis entre poésie et roman. Suivront trois autres: un roman, un recueil de poèmes et un deuxième ouvrage collectif de critiques littéraires. Ce qui est remarquable dans l'ensemble de l' œuvre, c'est la manière selon laquelle la romancière raconte ses histoires. Comme si la narration, voire la narratologie telle que Ezza la pratique, semblait être sa seule préoccupation, son seul métier, sa seule profession de foi et rien d'autre, si bien qu'elle exerce toujours son métier de directeur de recherches en doctorat et en DEA après avoir été pendant plus d'un quart de siècle, professeur de linguistique et de stylistique françaises à l'D.L. Il se peut que tu admires la rigueur des articles littéraires ou linguistiques de la doctoresse, que tu restes bouleversé devant le vocabulaire riche et exact de la poétesse, ou encore que tu t'émerveilles devant les moyens d'expression diversifiés de la stylisticienne, mais il est fort probable, voire évident, que tu restes cloué dans ton siège, ne pouvant t'en ôter avant que tu ne finisses le récit de la romancière. C'est que sa manière de "narrer" te retient à t'en couper le souffle.

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Quand Ezza commence une histoire, n'importe quelle histoire, cela veut dire que tu vas rester là, ébahi, retenu par l'enthousiasme et l'euphorie, pour des heures, des jours ou même pour des nuits afm d'arriver à la fin imprévisible. Prisonnier du charme, tu te sens emporté dans le doux flux et reflux des événements. Avec elle, tu entres dans un monde nouveau, original et actuel: son monde à elle. Son imaginaire. Il est peuplé d'actions et d'événements, tellement surprenants et inattendus que tu te sens incapable de reprendre souffle. Tout ceci est dû, me semble-t-il, à une simple raison, unique et primordiale, qui consiste dans un savoir propre et une manière spéciale de voir les êtres et les choses qui nous entourent. Et cette raison peut être résumée par ceci: " Se faire d'un grain une montagne". Et Ezza ne cesse de recourir à l'expression qui attire, à l'idée qui" dépasse", dans une exagération dosée, au sens bénéfique du terme, qui décrit un fait ou fait part d'un détail. Toute la compétence est là; et c'est là aussi que réside l'essence de la question: dans cette manière hyperbolique d'aborder un sujet, n'importe lequel; dans cette amplification de l'image sans pour autant forcer le sens. Ezza reprend un petit détail, un fait ordinaire qu'elle remodèle à sa manière, reconstruit selon d'autres dimensions, pour le sortir à neuf comme d'un miroir hyperbolique. Qu'il s'agisse d'un fait concret ou abstrait, d'une description réelle ou imaginaire d'un petit objet ou d'un quelconque individu, ou encore d'un simple sentiment, l'amplificateur est à portée de sa main. La romancière va au-delà de leur vérité, en fabrique une autre toute neuve et originale. Surestimée, voire outrée, la chose se présente plus importante, plus attachante, plus rayonnante qu'elle n'est en fait.

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En décrivant la méthode d'exagération, Bergson dit: "Parler des petites choses comme si elles étaient grandes, c'est d'une manière générale, exagérer". Et c'est en vain qu'on essaie de chercher une autre raison ou un autre facteur qui soit à l'origine de l'intérêt éprouvé. Dans le dictionnaire du roman, il n'y a que cette seule et unique condition qui semble valable. Serait-elle absente, le roman cesserait d'être roman, et ne pourrait plus être considéré comme une œuvre de création ayant sa propre vérité, sa raison d'être et ses risques. Accentuer d'une manière qui dépasse la norme établie, donner de la proportion et de l'intensité au fait décrit, cela veut dire douer ce fait d'un" caractère ", d'une force. Et c'est là que réside toute la performance narrative de Ezza. Dépasser la mesure mais tout en restant dans la nature des choses, dans leur essence même. Imagination passionnée? Peut-être. Sans abus? Pas nécessairement! Mystification? Pourquoi pas ! Avec elle, cette sorte de démesure entre également dans le jeu de la mystification. On conseille souvent d' "user d'une chose sans en abuser". Avec Ezza, c'est juste le contraire: elle abuse des choses en en usant... Ce droit qu'elle s'acquiert d'user et d'abuser dans tout détail entrepris, la romancière y a recours non à bon escient mais avec art: en artisane. En entreprenant la lecture d'un de ses romans, nous avons l'impression que le fait ou le détail pris en main est complètement détruit, défiguré, dénaturé comme par un pouvoir subversif. Mais la suite démentit cette impression: car nous ne tardons pas à revoir le fait ou le détail renaître magiquement. Sous sa

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plume, il est reconstruit, enduit d'une nouvelle matière secrète, chatoyante, dont l'alchimie nous restera inconnue. Nous ne retenons de cette transformation qu'une seule chose: l'imaginaire de la romancière filtre ce détail à travers un miroir hyperbolique qui n'aura pour d'autre rôle que d'exagérer en créant une nouvelle vérité; et c'est là le secret de la réussite de ses romans. De fait, un écrivain qui, pour une raison ou une autre, n'arrive pas à " se faire d'un grain une montagne ", c'est à dire celui qui ne peut pas ajouter au grain qu'il a amené du monde du réel, beaucoup d'autres grains qu'il emprunte à son propre monde, fictif soit-il ou imaginaire, cet écrivain devrait s'arrêter devant la porte du roman sans y entrer vraiment, même en échange contre les trésors d' Artaban. Quoi qu'il en soit, la création, l'invention, la déduction et l'innovation ne sont pas les ingrédients du seul roman. D'autres champs d'investigation entrent en jeu: la littérature, la poésie, le journalisme, la critique littéraire, la traduction ou l'écriture de l'histoire, etc. Et ces champs, aussi importants que le roman, exigent une certaine manière de voir le monde. Preuve à l'appui, la fameuse phrase de l'écrivaine égyptienne Souhair elKalamawi, disciple du grand écrivain Taha Hussein. Souhair avait textuellement écrit (dans son ouvrage paru en 1974, dans la série" Lire") à propos du grand maître Taha Hussein: "Il (Taha Hussein) n'est pas un romancier de premier ordre, mais un génie unique pluridimensionnel ayant le plus grand effet sur notre vie". Même l'autobiographie fait appel à la vaste imagination du romancier si bien que les événements, les références, les annotations et les témoignages constituent sa forme intégrale. Mais tout cela ne signifie rien finalement si l'autobiographe n'était pas doué de la faculté

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de raconter, de la capacité de narrer et d'explorer minutieusement l'âme humaine, le moi individuel. Et c'est pourquoi nous verrons que seul un romancier de nature est capable de réussir une autobiographie. Certains peuvent, certes, entreprendre ce genre littéraire, mais pas de la même manière. Le romancier laisse son empreinte, lâche des traces, met dans ce qu'il écrit son âme de romancier que les autres n'ont pas. C'est ce que nous remarquons chez ceux qui ont abordé le domaine autobiographique tels que Stéfan Zweig, dans Marie Antoinette, Fouchet et Romain Roland. C'est ce qu'on peut relever aussi chez Lord Byron, chez Voltaire et également chez André Maurois dans la vie de Disraeli. Il en est de même pour François Mauriac dans sa démarche sur Jean Racine et sur le Christ; mais aussi pour Molière, Rousseau, Flaubert et d'autres. La liste n'en est qu'incomplète et il sera difficile de contourner tous les chefs-d'œuvre des écrivains qui ont excellé dans ce domaine. Or, c'est parce que Ezza Agha Malak sait comment "se faire d'un grain une montagne", parce qu'elle sait nous mettre en face d'un miroir hyperbolique, aussi bien concave que convexe, que nous apprécions ses œuvres littéraires qui relèvent de divers domaines: ceux de la nouvelle, du roman, de la poésie, de la critique littéraire, etc. ... C'est pour cette raison aussi que le nombre de ses lecteurs augmente interminablement et le cercle de ses admirateurs s'élargit. Son nom est devenu bien connu au Liban comme en France où sont édités la plupart de ses livres. Ce qui attire également l'attention dans l' œuvre de Ezza Agha malak, c'est son style narratif qui possède une

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allure toute particulière et qui caractérise son écriture, toute son écriture. Une manière personnelle de traiter le vocabulaire et la syntaxe, de jongler avec les mots. En la lisant, tu te sens pris dans un agréable engrenage dont tu ne pourras sortir qu'à la dernière page, à la dernière ligne, quand I'histoire racontée prendra complètement fm. C'est de cette manière, et selon ces conditions, que j'ai pu terminer, en l'espace de deux nuits, la lecture des cent quatre vingt quinze pages de Récits Roses, ensemble de deux nouvelles. Ce qui veut dire que j'ai consacré une seule nuit à chaque nouvelle. Il s'agit là de deux histoires différentes quant à leurs sujets successifs. Différence radicale comme celle du jour et de la nuit; même si le style est resté dans les deux, agréablement égal à lui-même. La première nouvelle" Le rôdeur nocturne" parle d'un rat, entré furtivement chez la romancière pour s'installer dans son piano. Un fait dérisoire, sans trop d'importance dans notre vie quotidienne, mais la romancière en a fait tout un plat, tout un événement important qu'elle relate en 79 pages exactement. C'est pourquoi nous avons rapporté sa méthode narrative à l'exagération et à la manière hyperbolique de voir les êtres et les choses. La deuxième nouvelle parle de ce que nous considérons comme une déviation sexuelle: l'homosexualité, sujet tabou dans notre société. Rares sont les femmes écrivains de chez nous qui ont abordé une telle question ou qui l'ont mise en écrit. Notre romancière l'a traitée comme n'importe quel sujet littéraire, faisant appel à la psychologie, la biologie, l'environnement social et culturel voire la littérature.

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Je me souviens de ce jour où Ezza m'a appelé au téléphone pour me dire entre autres: " Tu sais, il y a un rat dans mon piano". Et je lui ai fait comprendre qu'il existe mille et un moyens pour se débarrasser d'un rat; et que l'on peut acheter dans ce but un produit empoisonné qui ferait l'affaire, de n'importe quelle pharmacie. Quelques jours plus tard, elle me rappelle pour me révéler son intention d'écrire l'histoire de cette bête qui a résidé plusieurs nuits chez elle. J'étais fort surpris à vrai dire. Et en admirateur, je me demandais comment elle agirait dans cette entreprise hasardeuse; je m'interrogeais sur ce qu'elle pouvait raconter à propos d'un sujet bizarre autour duquel je ne peux, ni moi ni un autre, écrire plus de quelques pages! Mais alors qu'au bout de quelques mois j'ai oublié la question, Ezza me la rappelle et m'avoue qu'elle vient de finir l'écriture de deux nouvelles, rassemblées dans un recueil de quelque deux cents pages et qui portera le titre de " Récits Roses" ; ceci par opposition à son recueil de nouvelles précédent ayant pour titre" Récits Bleus". Ma surprise a décuplé, mes interrogations aussi: " Comment en si peu de temps a-t-elle pu écrire deux histoires difficiles à raconter? " Je la savais prolifique mais pas jusqu'à la magie. Le secret de Ezza Agha Malak, le secret de son imaginaire plutôt, réside dans une méthode narrative pratiquée par bon nombre d'écrivains. Et cette méthode consiste à prendre le vécu comme matière. Chez elle, l'histoire est un mélange, une alchimie de vie privée et de fiction tellement fusionnées que tu n'arrives pas à distinguer l'une de l'autre. Celui qui la connaît de tout près, sait qu'elle parle souvent d'elle-même, de son expérience personnelle et que, tel un autobiographe, elle

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