François Mauriac : journaliste

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L'oeuvre littéraire de François Mauriac publiée dans les journaux et les magazines forme une immense somme d'écrits s'échelonnant de 1910 à 1970. Pour éviter la dispersion, cette étude s'est fixée une limite dans le temps, 1948-1958. Ce qui surgit au fil des pages, c'est toute une époque, familière aux plus anciens, inconnue de ceux que leur âge protège contre les souvenirs trop antiques, une époque pleine de tourmentes et de polémiques, tumultueuse et souvent tragique.
Publié le : jeudi 1 mars 2012
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EAN13 : 9782296485624
Nombre de pages : 264
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Mise en scène du siècle et de ses métamorphoses FRANÇOIS MAURIAC : JOURNALISTE 1948-1958 Lectures et culture
Association Internationale des Amis de François Mauriac
Comité de Direction
Président•: Jean-François Durand, Professeur des Universités, Montpellier III
Président honoraire : † André Séailles, Agrégé de l’Université
Vice-présidents : Michel Bressolette, Professeur des Universités, Toulouse-le-Mirail Claire Daudin, ancienne élève de l’École Normale Supérieure, pro-fesseur agrégée Jean-Paul Bourcheix, ancien directeur de Ministère
Secrétaire général : Pierre Bréant, journaliste, écrivain
Trésorière : Élisabeth Frébourg, Professeur agrégée
Conseil scientifique
Laurent Déom, Maître-assistant, Université de Louvain, Belgique Jean-François Durand, Professeur des Universités, Montpellier François Durand, Professeur des Universités, Pau Guy Imhoff, Saint Bonaventure University, U.S.A. Michaël O’Dwyer, Professeur à Saint Patrick’s College, Université De Maynooth, Irlande Brigitte M. Lane, Professeur associé de français, Tufs University, Massachussets, Olin Center Medford, États-Unis Henri Mitterand, Professeur des Universités, Paris VIII Brian Thompson, Professeur à l’Université de Massachussets, États-Unis Zoïa Kirnozé, Professeur, Université de Linguistique de Nijni-Novgorod, Russie
André Le Gall Mise en scène du siècle et de ses métamorphoses FRANÇOIS MAURIAC : JOURNALISTE 1948-1958 Lectures et culture Publié avec le concours du Centre National du Livre L’Harmattan
DU MÊME AUTEUR
Romans : Nouvelles scènes de la vie future, 1977, France-Forum, 1979, Atelier Marcel Jullian Essais et biographies : Etudes sur le théâtre:Beckett, Sartre, Anouilh, France-Forum Pierre Corneille en son temps et en son œuvre ; enquête sur un poète de théâtre au e XVII siècle, Grandes biographies, Flammarion Pascal, 2000, Flammarion Racine, 2004, Flammarion Ionesco, 2009, Flammarion Ouvrages dramatiques : Nouvelles scènes de la vie future: création sur France Culture en 1979, au théâ-tre d’Enghien en 1983 Bonaparte en Brumaire ou le Napoléon imaginaire: création sur France Culture en 1981. Le Conquérant des mots perdus: création sur France Culture en 1984. Y-a-t-il quelque part quelqu’un qui m’aime ?: création sur Radio Notre-Dame en 1987. La Recherche de l’absolu: adaptation du roman d’H. de Balzac ; création sur France Culture en 1986. Le Bar de l’Espérance, cinq textes créés sur France Inter en 1986 :Une femme sans défense;L’Embarras du soi;Un mot peut en cacher un autre;La Paix sur la terre; Le Bar de l’Espérance. Les Tribulations de Pierre Paul Gédéon Preux, huissier de justice ou le Miel et l’a-mertume: création au théâtre de la Plaine en 1986. Le Jugement de Constantin le Grand: création en 1988 sur France Culture. Fatrasie fiscale: création sur France Culture en 1994. Le C. V.: création sur France Culture en 1995. Corneille et Richelieu ou la Querelle des maîtres: création en 2000 sur France Culture. Eloge du stop: création sur France Inter en 2001. Le temps d’une consultation: création en 2004 sur France Inter. Les œuvres dramatiquessont publiées en cinq volumes. Le tome 1 a été couronné par l’Académie des sciences morales et politiques. www.andrelegall-auteur.com
Mille neuf cent cinquante-cinq. Mille neuf cent cinquante-six. Mille neuf cent cinquante-sept. Mille neuf cent cinquante-huit. Nous avions vingt ans. L’avenir c’était l’Algérie. Notre avenir.
Monsieur Guy Mollet, secrétaire général de la SFIO, devenu président du Conseil en janvier 1956, en avait ainsi décidé. M. Guy Mollet avait ses raisons. C’étaient les raisons de la France. C’étaient aussi les nôtres. Un peu les nôtres. Ce n’étaient pas cel-les de la Raison. La Raison, c’était Raymond Aron. La Raison rétrospective. Et aussi, déjà, la Raison prospective. Mais les raisons qui régnaient en ces années-là dans la conscience historique du peuple français tenaient à des fibres trop intimes, elles venaient de trop loin, elles se dressaient trop impérieusement sur les chemins de la pensée politique, pour que la voix de la Raison pure pût se faire entendre à ce moment-là. D’autant que, accueillir, dès ce
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moment-là, les lumières boréales de cette Raison-là, revenait, à l’évidence, à céder, tout de suite, l’Algérie à la barbarie d’égorge-ment, au parti unique du mitraillage épurateur, aux pratiquants de la bombe exterminatrice, c’était accepter de livrer tout de suite, l’Algérie au groupe militaro-politico-pétrolier à qui, en 1962, elle serait, en effet, livrée, et qui la tient toujours. En sorte que, à la lueur blafarde de cette Raison historique, l’avenir de cette terre qui était encore une partie de la France s’annonçait aussi sinistre qu’il devait l’être en effet. Reste que la Raison pro-spective, en accord avec la Raison rétrospective, enseignait qu’il était vain, et irresponsable, de prétendre constituer une nation unique, distribuée de part et d’autre de la Méditerranée, regrou-e pant vers la fin du XX siècle une population de cent millions de citoyens, musulmane pour plus d’un tiers, vain parce que contraire au vœu majoritaire des Algériens ; irresponsable parce que gros du naufrage identitaire de la France. Mille neuf cent cinquante quatre-mille neuf cent soixante-deux, temps d’une tragédie silencieuse, vécue par le peuple des appelés, peuple séparé, désigné par l’âge – 20 ans –, et par le sexe – génération masculine née dans l’immédiat avant-guerre, au temps du chancelier Hitler et du futur maréchal Staline, garçons de 1935-1940, ayant accédé à la conscience au temps de la Grande Histoire, happés par le séisme de la défaite militaire de 1940, habités dans les profondeurs par l’écho sans fin du désas-tre, mais la mémoire emplie à ras bord par les ineffaçables, les inoubliables images de la Libération, encore proches, encore vivantes, encore vibrantes. Soldats vainqueurs debout sur les chars, souriant sous les fleurs, auréolés de la gloire des combats, soldats d’un peuple ivre de joie dans la lumière de l’été 44. Scènes inscrites dans la conscience des soldats vaincus de Dien
FRANÇOISMAURIAC,JOURNALISTE,1948-1958
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Bien Phu, source d’une indéracinable nostalgie pour les officiers de retour du Tonkin, bientôt rassemblés en Algérie pour une nouvelle guerre, arc-boutés cette fois pour la victoire qui, seule, effacerait l’humiliation indochinoise. Cris, crimes, terreur. Et au milieu des cris, des crimes et de la terreur, une voix, la voix de François Mauriac, présente chaque semaine à la dernière page de L’Express, François Mauriac, journaliste, familier du métier dès les années vingt et trente, maître dans l’art littéraire, conscience angoissée et talentueuse de l’histoire en gestation. Pour nous, la voix, la conscience, l’honneur d’un temps. Le nôtre. Témoin aussi, témoin involontaire, de la cécité et de la surdité des témoins et des peuples, quand leur attention se laisse distraire, et qu’ils font la sourde oreille, et qu’ils regardent ailleurs. Né en 1885, François Mauriac s’est trouvé immergé tout au long de son adolescence et de sa jeunesse dans l’affaire Dreyfus. Le dénouement de l’Affaire lui avait fait l’effet d’une révélation, la révélation que le Pouvoir et ses instruments, l’Armée et la Justice, avaient pu se liguer pour empêcher que la vérité ne fût manifestée, révélation aussi qu’une partie du clergé s’était laissé associer à cette forfaiture. L’innocence ne suffisait pas à protéger l’innocent de l’iniquité. Parallèlement, il lui était apparu que l’ordre social qui faisait de lui un héritier, engendrait des injus-tices qui exigeaient d’être réparées, d’où son rapprochement avec le Sillon (1905-1906). Cela n’avait pas fait de lui un mili-tant. Il n’en avait pas le tempérament, et il ne l’aurait jamais. Catholique, déterminé à le rester, il s’était agrégé autour de 1910 au groupe animé par Robert Vallery – Radot dont l’ambi-tion était de promouvoir une littérature d’inspiration chré-tienne. A la veille de la guerre de 1914, on le trouve collaborant auJournal de Clichy, organe de l’abbé Daniel Fontaine, curé de
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la paroisse, engagé dans le catholicisme social, en butte aux attaques de la gauche municipale, anticléricale et radicale. La Grande Guerre où Mauriac sert comme brancardier, est un ébranlement qui, un temps, relativise toutes les préoccupa-tions antérieures. Cependant les années vingt et trente sont, d’abord, pour l’écrivain François Mauriac, le temps de la plus grande fécondité littéraire. De 1919 (Préséances) à 1936 (Les Anges noirs), se succèdent les œuvres romanesques qui font de lui l’un des auteurs majeurs de l’époque. Pour autant, il n’a-bandonne pas les collaborations journalistiques :Le Gaulois (1919),L’Echo de Paris(1932),Le Figaro(1934),Sept(1934), Temps présent(1937). Puis vient l’Occupation : François Mauriac écrit sous le pseudonyme de Forez sonCahier noirque publient les Editions de Minuit (1943). A partir de 1944, il sera présent sans discontinuer dansLe FigaroetLe Figaro litté-raire, réservant, à partir de 1953, ses prises de position poli-tiques àL’Express. C’est là qu’il transporte, à partir de mars 1954, sonBloc- notesjusqu’alors publié dans la revueLa Table Ronde(LTR). Journaliste, François Mauriac ? Disons inlassable commenta-teur de son temps, un temps qui va de 1910 à 1970, un temps qui, à partir de 1950, est devenu le nôtre, et c’est pourquoi a été retenue pour cette relecture, la période 1948-1958, parce que l’a-dolescent de 1950, passionné de littérature et de politique dès ses douze ans, a ouï, tout au long des années cinquante, la parole mauriacienne ou en a reçu l’écho, très précisément jusqu’à ces premiers jours de janvier 1959 où il a été happé par un service militaire qui lui a fait perdre le contact avec les journaux et les magazines, étant occupé et sur-occupé jusqu’en octobre de cette même année par les exercices que l’armée propose à ses soldats de
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deuxième classe et aux élèves officiers de réserve en cours d’ins-truction, selon un rythme qui exclut toute autre activité. Où trouve-t-on les textes journalistiques de François Mauriac ? Ils sont principalement : dans le volume publié en 2008 dans la collection Bouquins : Journal,Mémoires politiques; dans leBloc-notes, tomes 1 (1952-1957) et 2 (pour l’année 1958), parus d’abord chez Flammarion puis dans les Essais, au Seuil en 1993 ; dans le recueil de textes journalistiques jusque-là inédits en volume, publié en 2000, sous le titreLa Paix des Cimes,chro-niques 1948-1955, chez Bartillat ; dans un autre recueil de textes journalistiques, également inédits en volume, paru en 2004 pareillement chez Bartillat, sous le titre :D’un Bloc-notes à l’autre(1952-1969) dans leDe Gaulle, publié en 1964 chez Grasset.
L’ensemble forme une immense somme littéraire où se mani-festent, au fur et à mesure que se succèdent les événements, les réactions de François Mauriac, et l’on sait qu’au fil des temps ses orientations politiques ont connu des variations, ou, plus préci-sément, des focalisations différentes. Une certaine tradition bio-graphique le concernant se plaît à voir dans ces focalisations suc-cessives le difficile et méritoire cheminement du bourgeois bor-delais allant de l’obscurantisme conservateur des origines vers la pleine lumière d’une révélation à la fois progressive et progres-siste, dont témoignerait leBloc-notesdes années cinquante. Il va de soi que l’on n’épousera pas ici ce récit convenu, marqué du sceau du penser correct, mais que l’on attribuera même valeur, même dignité et même légitimité aux positions du résistant
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anticommuniste des années 1944-1952 qu’à celles du combat-tant de la décolonisation tel qu’il se manifeste dans les années suivantes. C’est la même plume qui court sur le papier. L’intelligence de celui qui la tient n’est pas sujette à ces sortes d’éclipses que lui supposent des biographes de bonne volonté qui ont la bienveillance de projeter leurs propres orientations idéologiques sur la littérature politique que François Mauriac leur donne à lire.
Que trouve-t-on dans ce vaste ensemble journalistique ? On y trouve ce que l’on s’attend à y trouver, mais aussi bien autre chose. On s’attend à lire un vif commentaire de l’actualité poli-tique, et c’est bien, pour l’essentiel, ce commentaire que l’on découvre, mais assorti d’une multitude de réminiscences d’en-fance et d’adolescence, de notations concernant les proches, les propriétés, les récoltes, les orages, les incendies, et le temps qui s’écoule structuré par le rythme de l’année scolaire. L’on décou-vre aussi des propos récurrents sur la musique, la peinture, le théâtre, le cinéma et, bien sûr, sur les écrivains, sur l’Académie, sur tout ce qui passe à portée de plume, avec, au cœur de cette ample expression, ce qui est au cœur de la vie de François Mauriac, la foi au Christ, en sorte que cette somme journalis-tique, répertoriée dans la mémoire collective à la rubrique poli-tique, se révèle au lecteur sous le signe de la diversité des thèmes et de l’éclat du style. Les réminiscences et la vie culturelle occuperont la présente étude, et les choix politiques et l’Histoire, la ou les suivantes. Voyons cela, en veillant, par le foisonnement des citations, à rendre constamment présente la voix éternellement blessée du maître de plume de Malagar.
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