Hervé Guibert : Formes du fantasme

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Cette étude s'intéresse à la spécificité de l'articulation forme-fantasme dans chacune des œuvres d'Hervé Guibert (1955-1991) et démontre l'interpénétration des processus fantasmatiques et créatifs. L'analyse de cette cartographie des fantasmes permet de réévaluer les relations obscures entre le désir, la vie et la création, de souder un peu plus le rapport texte-photographie et d'éclaircir les liens au sein du corpus guibertien ; les théories originales et les conclusions inédites de ce travail y apportent un éclairage nouveau.
Publié le : vendredi 15 avril 2016
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EAN13 : 9782140006876
Nombre de pages : 199
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ChristopherCavallo

Hervé Guibert :
Formes du fantasme

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HERVÉ GUIBERT :

FORMES DU FANTASME

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Critiques littéraires
Collection fondée par Maguy Albet

Dernières parutions

Audrey OGES,Violences coloniales et écriture de la
transgression :Étude des œuvres de Déwé Görödé et Chantal
Spitz, 2016.
Jihad BAHSOUN,Réécriture et création dansLa Migration des
cœursde Maryse Condé, 2016.
Khadija KHALIFE,Les autobiographies deJulienGreen et de
Michel Leiris.Approches thématique et générique,2015.
Isabelle CHOL et Wafa GHORBEL,L’hétérogène dans les
littératures de langue française, 2015.
Amadou OUEDRAOGO,L’imaginaire dans l’esthétique
romanesque de Jean-MarieAdiaffi, Une lecture de La carte
d’identité, 2015.
Irene IVANTCHEVA-MERJANSKA,Écrire dans la langue de
l’autre.AssiaDjebar et Julia Kristeva, 2015.
Magali RENOUF,Surréalisme africain et surréalisme
français, 2015.
Hideki YOSHIZAWA,PierreDrieu la Rochelle.Genèse de sa
« voix » littéraire (1918-1927), 2015.
Élodie Carine TANG,Le roman féminin francophone de la
migration.Émergence et identité, 2015.
Mamadou DAHMED,Le héros monstrueux. Une lecture
psychanalytique du personnage romanesque de Stendhal, 2015.
Aline LE BERRE,Théâtre allemand. Société, mythes et
démythification,2015.
Alya CHELLY-ZEMNI,JeanGiono.Du mal-être au salut
artistique, 2015.
Francis IMBERT,LireRosie Carpede Marie NDiaye, 2015.
TONTONGI,La Parole indomptée / Pawòl an mawonnaj,suivi
deMemwaBaboukèt / Mémoire de la muselière, 2015.
Moussa COULIBALY (dir.),Le roman féminin ivoirien,
2015.
Luis NEGRO ACEDO,Ecrivains espagnols exilés à Paris
(de 1939 à nos jours), Un chapitre bilingue de la culture
française, 2015.

CHRISTOPHER CAVALLO

HERVÉ GUIBERT :

FORMES DU FANTASME

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Du même auteur

Mépris et Soupirs — Genèse de jeunesse
Paris, Les Éditions du Panthéon, 2013.

© L'HARM ATTAN, 2016
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-08969-0
EAN : 9782343089690

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à Nathalie

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Ce travail sur Hervé Guibert n’aurait pu être entrepris ni mené à
son terme sans l’organisation harmonieuse, invisible, et
périphérique de toutes les personnes qui y ont contribué à leurs
manières. Ce sont les individus qui ont composé ce réseau secret,
affectif, et pédagogique, que je souhaite ici remercier.
Je remercie en premier lieu et avec une tendresse infinie mes
parents pour leur soutien indéfectible, pour leur confiance en mon
projet, et pour avoir sans cesse encouragé ma passion. Parmi tous
les chers amis qui ont constitué un entourage précieux à cette étude,
je souhaite remercier tout particulièrement ma complice Elisa Capo,
pour sa présence quotidienne à mes côtés et parce qu’elle a eu la
patience, et l’extrême délicatesse, de supporter les craintes et les
questionnements que ce travail a occasionnés.
Je tiens à remercier Sylvie Puech-Ballestra (Université
NiceSophia Antipolis) pour ses recommandations éclairées. Je remercie
Jean-Christophe Igalens (Université Paris-Sorbonne) pour ses
indications bibliographiques : il m’aurait été impossible de réfléchir
aux enjeux de l’écriture de soi sans sa contribution. Je remercie
Stéphanie Le-Briz (Université Nice-Sophia Antipolis) et Geneviève
Salvan (Université Nice-Sophia Antipolis) pour avoir grandement
influencé l’élaboration de cette étude : je leur suis entièrement
redevable de mes réflexions sur la variation et les figures de style.
J’exprime toute ma gratitude à Patrick Quillier (Université
NiceSophia Antipolis) et à Paul Léon (Université Nice-Sophia Antipolis)
pour leurs suggestions et leurs conseils avisés : leur souci pour mon
travail, et toutes nos conversations à ce sujet, furent pour moi des
motivations essentielles.
J’adresse mes remerciements à Christine Guibert pour m’avoir
autorisé à reproduire les photographies d’Hervé Guibert.
Enfin, toute ma reconnaissance à Ilias Yocaris (Université
NiceSophia Antipolis), pour son investissement sans faille, son suivi
irréprochable et son influence considérable depuis plusieurs années,
dont cette étude est à ce jour l’aboutissement, et le moindre des
remerciements.

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1

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ABRÉVIATIONS DES ŒUVRES D’HERVÉ GUIBERT

Ami
AS
Av
Ch
Cyt
FV
G
HB
HCR
HGP
I
IF
Im
Journal
LA
Let.É
Mes
Mon
MP
MV
P
PA

PC
SL
SV
V
VD
Vous
Voy

À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie.
Les Aventures singulières.
Des aveugles.
Les Chiens.
Cytomégalovirus. Journal d’hospitalisation.
Fou de Vincent.
Les Gangsters.
L’homme blessé.
L’Homme au chapeau rouge.
Hervé Guibert Photographe.
L’Incognito.
L’Image fantôme.
L’image de soi, ou l’injonction de son beau moment ?
Le mausolée des amants - Journal 1976-1991.
Les Lubies d’Arthur.
Lettres d’Égypte. Du Caire à Assouan, 19…
Mes parents.
Mon valet et moi.
La Mort propagande.
Mauve le vierge.
Le Paradis.
La Piqûre d’amour et autres textessuivi deLa Chair
fraîche.
Le Protocole compassionnel.
Suzanne et Louise.
Le Seul visage.
Vice - photographies de l’auteur.
Vole mon dragon.
Vous m’avez fait former des fantômes.
Voyage avec deux enfants.

1
Cette liste correspond à la liste des sigles et abréviations présente dansLe corps
textuel de Hervé Guibert(Sarkonak 1997 : 3). Nous avons rajouté des titres qui
n’étaient pas présents dans la liste d’origine, notammentHGP,Im, etJournal.

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2

Les choses dans la vie ne sont jamais précises ;
et c'est mentir que de les dépeindre nues, puisque nous
ne les voyons jamais que dans un brouillard de désir.

— Marguerite Yourcenar,
Alexis ou le Traité du Vain Combat.

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PRÉLIMINAIRES

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A. Le fantasme, un cas du désir : l’exemple photographique

Cette étude sur les formes du fantasme ne saurait être justifiée sans
remarquer, au préalable, l’omniprésence du désir dans le corpus
littéraire et photographique d’Hervé Guibert, comme le notent à juste
titre de nombreux critiques (Boulé 1995 ; Sarkonak 1997, etc.). S’il
est des désirs sans fantasmes, il n’est peut-être pas, dans l’œuvre de
notre auteur en tout cas, de fantasmes sans désir. Nous nous
focaliserons pour commencer sur la photographie en couverture de
cette étude, en en articulant l’analyse avec la citation choisie en
épigraphe (Yourcenar 1978 : 42), afin de démontrer que les
représentations dudésir sont intimement liées aufantasme chezHervé
Guibert ; cette approche éclairera ainsi l’ambiguïté consubstantielle à
sa pratique artistique.
Nous gagnerions ainsi à envisager cette photographie à l’aune de
La Création d’AdamdeMichel-Ange qui en constitue peut-être la
source d’inspiration. De la fresque à la photographie les différences
sont pourtant nombreuses mais particulièrement signifiantes :
remarquons ainsi la séparation très exagérée entre les deuxbras
dévêtus. Auquasi contact originel à l’Humanité dans la fresque se
substitueun rapprochement/éloignement entre, semble-t-il, deux
hommes ; la nudité innocente de la fresque devient ici l’indice de
l’orientation charnelle et clairement homosexuelle de l’œuvre d’Hervé
Guibert, comme nous leverrons par la suite. Cet écart pourrait donc
être interprété comme la marque d’une séparation entre le sujet
désirant et l’objet de son désir, le premier tendant toujours à la
possession dusecond ; et peut-être le désir réside-t-il dans cette
tension, dans le fantasme d’un contact. Cependant le fantasme est
moins à entrevoir dans cette tension symbolique—bien quel’absolu
qui constitue le ressort de cette tension peut bien être fantasmatique—
que dans la forme même de cette tension. Remarquons en ce sens
l’absence des corps et desvisages des individus qui posent pour la
photographie : leur identité n’est à aucun moment dévoilée dans toute
la série des photographies de 1978. C’est dans cette absence que nos
premiers doutes surviennent et attestent peut-être ducaractère
fantasmatique de cette photographie. En effet, le titre de la
photographie—« Musée Grévin, 1978 »—nous fera douter de la

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nature même des modèles photographiques : il peut autant s’agir des
bras articulés de mannequins que des bras de personnes bien réelles,
tout comme il est fort possible que la photo mette en scèneun bras
artificiel etun bras en chair et en os. Si la photographie résume la
démarche scripturale de Guibert, c’est parce que ces possibilités
révèlent plus largement l’ambiguïté proprement fantasmatique
inhérente à sa pratique artistique, qui confond dans l’écriture comme
dans la photographie levrai et le faux, l’animé et l’inanimé, la chair et
l’artificiel, etc. et qu’il est souvent périlleuxde les distinguer. Le
contact dans la fresque entre le Créateur (de l’ordre del’irréel, du
surhumain) et l’Homme (de l’ordre duréel, de l’humain) est analogue
aucontact possible et trouble entreun élémentirréeletun élément
réel,aufondement même dufantasme comme nous leverrons, mais
surtout inhérent augenre autobiographique-autofictionnel dans lequel
s’inscrit l’œuvre d’Hervé Guibert. La rencontre de l’humain et du
divin devientune rencontre de l’ordre dudésir et dufantasme (compte
tenude la nature des participants), et la représentation de la Création
laisse place àune image des enjeuxde la création d’Hervé Guibert,
comme nous l’envisagerons sur le plan littéraire et photographique
dans cette étude. C’est pourquoi in fine « les choses dans lavie »—
dont l’intérêt est aufondement dugenre
autobiographiqueautofictionnel—« ne sont jamais précises », comme l’écrit
Marguerite Yourcenar (ibid.). Si le travail de Guibert est orienté par le
désir de transcrire cette «vie », il n’en demeure pas moins que le
rapport qu’il instaure entre l’écriture et les éléments extratextuels est
volontairement troublé, trafiqué, falsifié ; c’est pourquoi nous n’en
avons jamaisune image claire, précise et certaine, comme l’indique
par ailleurs la photographie auMusée Grévin. Si la démarche
autobiographique-autofictionnelle d’Hervé Guibert consiste bien à
« dépeindre » (ibid.) ces « choses de lavie » (ibid.), celle-ci semble
avant tout guidée par le désir dese« dépeindre n[u] » (ibid.) oubien
encore « tout nu» (Montaigne2009 : 117) pour rappelerune des
2
sources d’inspiration citée par Guibert lui-même . Cette perspective,
en tant qu’elle est habitée par le mensonge donc, indique peut-être le
caractère fondamentalement biaisé et fantasmatique de l’entreprise

2
« Montaigne quiveut se peindre nu» (Journal,361).

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