Il y avait des fois, La Belle et la Bête...

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En prenant comme matériau les deux versions initiales de La Belle et la Bête datant du XVIIIème siècle, puis en étudiant ses adaptations (film d'animation, longs-métrages, albums de bandes dessinées, ballets, comédies musicales...), Isabelle PAPIEAU dresse une étonnante analyse littéraire. Devenu intemporel et anthologique, ce conte-type contient néanmoins un grand nombre d'aspects relativement méconnus. Notamment ses racines italiennes.
Publié le : mercredi 1 juin 2016
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EAN13 : 9782140010866
Nombre de pages : 202
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Isabelle PAPIEAU
Il y avait des fois, La Belle et la Bête…
Réalités et magie à l’italienne
L O G I Q U E S S O C I A L E S
Études culturelles
Il y avait des fois, La Belle et la Bête...
Réalités et magie à l’italienne
Collection Logiques Sociales Série : Études Culturelles
Dirigée par Bruno Péquignot Le champ des pratiques culturelles est devenu un enjeu essentiel de la vie sociale. Depuis de nombreuses années se sont développées des recherches importantes sur les agents sociaux et les institutions, comme sur les politiques qui définissent ce champ. Le monde anglo-saxon utilise pour les désigner l’expressioncultural studies. Cette série publie des recherches et des études réalisées par des praticiens comme par des chercheurs dans l’esprit général de la collection. Dernières parutions Isabelle PAPIEAU,Il y avait des fois,La Belle et la Bête... Réalités et magie à l’italienne, 2016. Kheira BELHADJ-ZIANE,Le rap underground, un mythe actuel de la culture populaire,2014. Louis BASCO (dir.),Construire son identité culturelle, 2014. e Jean-Louis FAVRE,Unehistoire populaire du 13 arrondissement de Paris. « Mieux vivre ensemble », 2013. Marisol FACUSE,Le monde de la compagnie Jolie Môme. Pour une sociologie du théâtre militant, 2013. Ji Eun Min,La réception de la comédie musicale de langue française en Corée. Echanges culturels dans une économie mondialisée, 2013. Nadine BOUDOU,Les imaginaires cinématographiques de la menace. Émergence du héros postmoderne, 2013. Laetitia SIBAUD,Les musiciens de variété à l’épreuve de l’intermittence. Des précarités maitrisées ?, 2013. Christian APPRILL, Aurélien DJAKOUANE et Maud NICOLAS-DANIEL,L’enseignement des danses non réglementées en France. Le cas des danses du monde et des danses traditionnelles, 2013.Christiana CONSTANTOPOULOU,Barbaries contemporaines, 2012. Barbara LEBRUN (éd.),et performance. Mise en Chanson scène du corps dans la chanson française et francophone, 2012.Isabelle PAPIEAU,Du culte du héros à la peoplemania, 2012.
Isabelle Papieau
Il y avait des fois, La Belle et la Bête...
Réalités et magie à l’italienne
Du même auteur
aux éditions L’Harmattan La comtesse de Ségur et la maltraitance des enfants, 1999. Arts et société dans l'œuvre d'Alain-Fournier, 2006. Le renouveau du Merveilleux, 2008. L'Art déco. Une esthétique émancipatrice, 2009. DeStarmaniaàMozart, L'opéra-rock: les stratégies de la séduction, 2012. La culture excentrique. De Michael Jackson à Tim Burton, 2011. Le retour de la celtitude. De Brocéliande aux fées stars, 2014.
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08892-1 EAN : 9782343088921
INTRODUCTION «LaBelle et la Bête» concrétise une image dichotomique de la beauté et de la laideur esthétisées. Il s'agit en réalité d'un thème mythique perpétué de façon trans-séculaire, réapproprié par les littérateurs (Madame de Villeneuve, Madame Leprince de Beaumont) dans le cadre de la tradition des contes de salon. De la transcription livresque aux adaptations artistiques (conjuguées avec les prouesses des technicités), ce motif ne cessera de séduire les cinéastes (Jean Cocteau, Christophe Gans, Juraj Herz proposant alors une 1 adaptation tchèque plus obscure du conte initial), le réalisateur de films d'animation Walt Disney et les concepteurs de bande dessinée, les chorégraphes (notamment Kader Belarbi, Ethery Pagava), les compositeurs (Ravel, Georges Auric, Philip Glass, Alan Menken, Pierre Ardenot...), voire même les publicitaires : une publicité de « La Maison de France » joue, en effet, avec le cliché de la « Belle » en fusion avec un élément du bestiaire fantastique de la cathédrale parisienne, en l'occurrence une monstrueuse gargouille et évoque ainsi l'image dualiste hugolienne construite dansNotre-Dame de Parissur une opposition surexposée de l'agrément et de la disgrâce. Cependant, «La Belle et la Bête» demeure avant tout ce conte dix-huitiémiste aux accents délicieusement surannés qui, du Siècle des lumières à aujourd'hui, continue souverainement d'enchanter. Initialement écrit par Gabrielle-Suzanne de Villeneuve et édité dans son recueilLa Jeune Américaine et les contes marins(en 1740), puis synthétisé par Jeanne-Marie Leprince de Beaumont dans une version plus popularisée et parue dans la publicationMagasin des Enfants ou Dialogues d'une sage gouvernante avec ses élèves (1756),La Belle et la
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Bêteest souvent perçu dans les représentations collectives comme un conte associé à l'œuvre patriarcale de Charles Perrault et dont l'exploitation cinématographique vingtiémiste de Jean Cocteau rendra proche, à travers sa plasticité, des illustrations qu'imagina justement Gustave Doré pour singulariser, romantiser en clair-obscur, spectaculariser les environnements de deux productions de cet auteur dix-septiémiste :La Belle au Bois dormantetLe Chat Botté.«Par miracle», Christian Bérard (le décorateur deLa Bête et la Bête) «est arrivé à nouer ensemble le style de Vermeer pour le monde réel et celui des gravures de Gustave Doré dans le grand livre à couverture rouge et or des contes de Perrault», déclare Jean Cocteau, confiant avoir réalisé son singulier et célèbre long-métrage «sous le signe» d'un moulage en bronze de Gustave Doré, qu'il reçut et qui représentait un groupe de Persée, d'Andromède et du dragon (une pièce 2 qui, dit-il, «ornerait la chambre de Belle chez la Bête»).La Belle et la Bête(à travers les deux versions du e XVIII siècle) se veut en fait à l'interface de l'ancrage et de la modernité : un ancrage qui trouve ses sources tant dans l'Antiquité (en puisant ses références dans L'Âne d'or ou e Les Métamorphoses d'Apulée au II siècle,Les Métamorphoses d'Ovide, le Livre VIII de l'Histoirenaturelle de Pline L'Ancien, dans lequel les humains se transforment en loup pendant plusieurs années avant de 3 retrouver leur physique et leurs proches ), que dans la e e littérature médiévale des XII et XIII siècles (en particulier, le lai breton deBisclavret, de Marie de France et le lai anonyme de Mélion, misant sur la magie de la 4 métamorphose humaine en loup-garou ). L'écriture des deux versions du conte dix-huitièmisteLa Belle et la Bête repose de fait sur la réintroduction du style féerique à la e fin du XVII siècle, privilégiant une absence de temporalité au profit d'une évasion onirique et d'une
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projection dans le monde de l'enfance, tout en s'appuyant 5 sur l'ancrage de la culture nationale . Fondé sur une thématique universelle et intemporelle, le conteLa Belle et la Bêtela version de (principalement Madame Leprince de Beaumont) a fait l'objet de maints traitements déclinés en différents genres dont le poétique film de Jean Cocteau évoqué plus haut, sorti sur les écrans en 1945. L'écriture cinématographique que ce réalisateur modèlera pour singulariser son œuvre conjuguera une part de réel et une part d'irréel en donnant naissance à des images maniérées et un environnement décoratif rappelant les motifs des peintres de l'École flamande. La version du conte de Madame Leprince de Beaumont sera aussi à l'origine du célèbre dessin animé de Walt Disney (conçu 6 sur le mode de la trilogie)et de la comédie musicale éponyme (qui triomphera pendant 13 ans à Broadway, fédérera plus de 35 millions de spectateurs dans 21 pays, avant d'être adaptée au Théâtre Mogador, à Paris, en 2013) : autant d'adaptations qui pérenniseront cet engouement pour la merveille forgeant la trame de ce conte et feront de ce dernier un succès intergénérationnel. Éléments décoratifs et personnages de la production Walt Disney seront progressivement déclinés dans un contexte de consommation en de nombreux produits dérivés marketisés matérialisant parfois en trois dimensions l'enchantement des juniors. Restituant la plastique des héros du film d'animation La Belle et la Bête et l'esthétique de leur environnement, ces objets accessoirisent ainsi (dans une translation imagière du féerique à l'iconique) le quotidien de l'enfance et s'ordonnent autour d'une large gamme : CD/DVD, stylos, affiches, posters,T.shirts, figurines (en résine, thermoplastique, porcelaine sculptée peinte blanche et or, voire en peluche), assiettes, mugs, sous-verre, services à thé pour enfants, collection de fèves et de fèves
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médaillons en biscuit de porcelaine, bijoux (dont un pendentif enserrant la célèbre rose du conte), eau de toilette juvénile, draps de bain et serviettes brodées, housses de couette, timbres-poste,stickers géants, tapisserie,puzzle,playsets, boucliers, panoplie de déguisement... L'image emblématique deBelle et la La Bêtea également séduit (outre des illustrateurs) des publicitaires usant de l'univers féerique — stimulateur du subconscient du prescripteur d'achat — pour appuyer l'axe 7 affectif de leur stratégie de communication créatrice . Dans cet esprit et dans le cadre du dispositif de communication (dictée par la segmentation) reposant sur les photos « Disney Dream Portraits », la photographe Annie Leibovitz fixera sur la pellicule une scène évoquant La Belle et la Bête, dans laquelle Penelope Cruz et Jeff Bridges poseront en incarnation des héros du conte. Ce jeu avec la reconnaissance des séquences empruntées à la dimension magique des contes — dans une société n'accordant que peu d'espace temps à l'imaginaire — tend alors à théâtraliser un langage commercial, médiatique en 8 langage plastique réactivant la sensibilité de l'enfance aux clichés féeriques et à un certain fantastique en marge de 9 l'ordinaire .Ainsi, le filmLa Belle et la Bête, que Christophe Gans coécrira avec Sandra Vo-Anh en 2011, insufflera le thème de motifs des vitrines de Noël 2013 aux Galeries Lafayette, à Paris ; cette même année, lors du Concours « Miss France 2014 », les candidates évolueront, vêtues d'une robe dorée, dans un tableau connotant les couleurs et les accents musicaux de la comédie musicaleLa Belle et la Bêtejouée au cours de la même période au Théâtre Mogador (Paris). Le traitement de l'œuvreLa Belle et la Bêtela (dont 10 toute première adaptation filmée date de 1899 ) ne cessera en fait d'inspirer depuis le long-métrage de Cocteau de nombreux scénarios, tant aux USA que dans
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des pays de l'Est de l'Europe : émergeront en particulier un film d'animation et des longs-métrages classiques, à l'exemple du dessin animé russeLa Fleur écarlate(d'Alenkiy Tsvetochek, 1952) adapté du conte thématique 11 de Sergueï Aksakov , du filmBeauty and the Beast, d'Edward L. Cahn (1962) et bien évidemment du long-métrage tchèquePanna a netvorJuraj Herz, 1978), (de auxquels s'ajouteront le téléfilm La Belle et la Bête dont Fielder Cook assurera la réalisation en 1976, les longs-métragesLa Belle et la Bête d'Eugene Marner (1987) et David Lister (2009). Depuis les dernières décennies du e e XX siècle et les premières du XXI , les adaptations deLa Belle et la Bête(dont la scénarisation se distancie parfois de l'histoire du conte originel) se contemporénisent en recourant à la représentation des modes de vie et au profil de la panoplie du corps des jeunes gens d'aujourd'hui : des jeunes acteurs incarnant une beauté plastique en phase avec la beauté éthérée qu'exprime parallèlement la nouvelle image du vampire (une virilité esthétisée, romantique qui se substitue à la laideur), en adéquation avec les attentes d'une cible plus jeune et plus largement féminisée, à la fois sensible aux séries télévisées américaines et au fantastique, attachée aux mangas et12 heroic fantasy.Tel est notamment le cas de deux 13 productions : une série télévisée titréeLa Belle et la Bête(créée par Ron Koslow en 1987, puis diffusée sur La Cinq 14 en 1991) et le filmSortilège.La série téléviséeLa Belle et la Bête (de Ron Koslow) conte l'impossible histoire passionnelle entre un homme-lion et une avocate prénommée Catherine, évoluant respectivement dans l'univers « d'En-bas » et l'univers « d'En-haut ». Le long-métrageSortilègeen scène essentiellement deux met personnages : Kyle Kingsbury (un jeune et outrecuidant New-Yorkais, de 16 ans), jouissant d'une certaine opulence, obsédé par la beauté de son apparence et
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