Jaan Kross: bilan et découvertes

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Cet ouvrage est le premier ouvrage en français consacré à l'auteur Jaan Kross, l'un des plus importants auteurs estoniens du XXème siècle, dont l'oeuvre abondante a été marquée par un intérêt pour les vicissitudes de l'histoire et par l'évocation de destins estoniens malmenés par le chaos du monde. Les auteurs de cet ouvrage, de diverses nationalités, se penchent sur des thèmes qui font toute la richesse et l'intérêt de l'oeuvre de Jaan Kross.
Publié le : jeudi 1 septembre 2011
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EAN13 : 9782296467620
Nombre de pages : 164
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JAAN KROSS : BILAN ET DÉCOUVERTES
Collection « Bibliothèque finno-ougrienne » Publiée par l’Association pour le développement des étudesfinno-ougriennes (Adéfo),2 rue de Lille, 75343 Paris Cedex 07 http://www.adefo.org/ adefo@adefo.orgVolumes parus : 1. Fanny de Sivers ::Les emprunts suédois en estonien littéraire 82.Béla Bartók vivant : souvenirs, études et témoignages: 133.Autour du Kalevala: 94.Le monde kalévaléen en France et en Finlande :225.Regards sur Kosztolányi :186.Un chant épique de la prairie :autobiographie versifiée d’un poète hongrois du Canada :257. Jean Gergely et Jean Vigué :Conscience musicale ou conscience humaine? Vie, œuvre et héritage spirituel de Béla Bartók:20e 8.Actes du IV colloque franco-finlandais de linguistique contrastive :249. Béla Bartók :Éléments d’un autoportrait:22e 10. Erzsébet Hanus :La littérature hongroise en France auXIXsiècle :24e 11. Erzsébet Hanus :La littérature hongroise en France auXIXsiècle : anthologie choisie et commentée :24e 12.Bernard Le Calloc’h:LeXsiècle et les Hongrois :2513. Dávid Szabó :L’argot des étudiants budapestois:27,50 €14. Jean Perrot :Regards sur les langues ouraliennes :3015. Outi Duvallon :Le pronom anaphorique et l’architecture de l’oral en finnois et en français:32 €16. Art Leete :La guerre du Kazym:les peuples de Sibérie occidentale contre le pouvoir soviétique (1933-1934):27 €17. Jean-Pierre Minaudier :Histoire de l’Estonie et de la nation estonienne:34 €18.Les Komisquestions de langue et de culture :21 €19. Antoine Chalvin :Johannes Aavik et la rénovation de la langue estonienne :29,50
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JAAN KROSS : BILAN ET DÉCOUVERTES ACTES DE LA JOURNÉE JAAN KROSS 28 novembre 2008 Recueil publié sous la direction de Martin Carayol
L’Harmattan
Adéfo
Traductionsde l’estonien: Martin Carayol
© 201, ADÉFO 2, rue de Lille ; 75343 Paris Cedex 07 © L’Harmattan, 2015-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-EAN : 9782296
Eva TOULOUZE PRÉFACE C’est un an après la disparition du grand homme des lettres estoniennes qu’était Jaan Kross que l’ADÉFO, en collaboration avec l’INALCO, adécidé de lui rendre un hommage public à Paris. La forme choisie a été d’évoquer la personne de l’écrivain au cours d’une soirée informelle à l’Ambassade d’Estonie et de consacrer une journée de réflexion à la mise en relief de différents aspects de son œuvre le lendemain à l’Institut finlandais. Des spécialistes français et estoniens, mais aussi venus de Finlande et des Pays-Bas, ont apporté leur contribution à cette évocation de l’écrivain.La personnalité et l’œuvre de Jaan Kross méritaient d’être évo-e quées dans le détail. Tout d’abord parce que cet homme du XXsiècle, dont l’existence avait quelque peu débordé sur le siècle suivant, était, ne serait-ce que par sa biographie, une sorte d’incar-nation de l’Estonie : il était né avec son pays, en 1920, et avait vécu toute sa jeunesse dans la République indépendante. Mais cela impliquait aussi que ses parents, ceux qui lui ont transmis une éducation et une culture, étaient adultes à la fin de l’empire tsariste. Il en avait hérité la double ouverture sur lemonde allemand d’une part, sur le monde russe d’autre part. C’est avec ce riche héritage qu’il a pu faire face aux cataclysmes qui conduiront son pays à disparaître, pendant plus de cinquante ans, de la carte de l’Europe.La république s’écroule, sous les coups successif de l’annexion soviétique et de l’occupation allemande, alors que le jeune Jaan, actif en politique, avait choisi d’étudier le droit, discipline politique s’il en est, à l’Université de Tartu. Des universités d’un tout autre genre, bien plus rudes, suivront. C’est ainsi que Kross connaît tour à tour les geôles allemandes et les camps soviétiques, illustrant par son expérience le destin d’un pays pris entre l’enclume stalinienne et le marteau hitlérien. Il n’est pas étonnant que cet enchaînement d’expériences le conduise à prendre du recul par rapport à la
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politique et à regarder son univers avec une certaine prudence et un recul indiscutable. Il vivra l’ère soviétique et sera suffisamment intégré dans sa société pour trouver une place malgré les absurdités de l’époque, et surtout, il en connaîtra la fin que plus personne n’osait espérer —vivant ainsi sa dernière vingtaine d’années, dans une boucle fort symétrique, dans un pays une nouvelle fois indépendant. Il est ainsi porteur d’une mémoire vivante qu’il a voulu et su transposer en littérature. De ce point de vue-là également Kross a couvert l’ensemble du terrain littéraire de sa culture: si, comme le rappelle Cornelius Hasselblatt, c’est son œuvre en prose, fort diverse, qui l’a fait connaître à l’étranger, en Estonie il est tout aussi célèbre pour sa poésie, elle aussi expérimentale, allant du vers libre aux formes les plus rigoureuses de la versification. Comme beaucoup d’intellectuels issus de cultures souffrant d’un manque de rayonnement international, il a consacré une partie de ses efforts à la traduction. Certes, il s‘agissait là en partie d’un choix imposé :l’intellectuel regagnant son pays après avoir purgé une peine de camp pouvait avantageusement utiliser sa connaissance de nombreuses langues étrangères en traduisant de la littérature, un moyen de travailler avec sa plume sans pour autant se compromettre politiquement. Un moyen de développer sa langue, cet instrument si porteur d’identité, en la poussant dans ses moindres retranchements. En même temps, la domestication de la poésie étrangère, de Béranger à Evtušenko, en passant par Baudelaire, ouvrait tout autant les horizons de ses contemporains que ses récits de voyageslui qui a eu le privilège peu partagé de pouvoir voyager à une époque où le voyage n’était pas donné à tout le monde. L’apport de Kross en faveur de l’Estonie dépasse son propre œuvre et sa popularité: il a en effet servi de passeport à la culture estonienne avant même le recouvrement de l’indépendance. SonFou du tzar, publié en 1978, a été aussitôt traduit en russe (1982). Pour le public soviétique, il montrait jusqu’à quel point, dans une région de l’Union qui était perçue comme« notre Europe », il était possible d’aller dans la réflexion sur le passé, alors que nous étions
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en pleine stagnation brejnévienne. Mais il sera également traduit à l’étranger:d’abord en finnois (aussi en 1982), grâce à ses nombreux rapports avec la Finlande, mais aussi très vite en hongrois, par Gábor Bereczki, et plus tard dans d’autres pays d’Europe occidentale, avant tout en Allemagne et en France, respectivement en 1988 et en 1989. Les traductions anglaises viendront plus tard, mais il y aura bien cinq éditions, dont quatre anglaises et une américaine, en 1992, 1993, 1994 et 2001. Ainsi, non seulement Kross s’est assuré un nom et un succès de critique en France, la traduction duFou du tzarpar Jean-Luc Moreau a remporté en 1989 le prix du meilleur livre étranger en France, mais il a ouvert la voie à la traduction d’autres auteurs estoniens, comme Arvo Valton, Viivi Luik ou Tõnu Õnnepalu, qui ont été traduits dans les années qui ont suivi. En effet, il n’est pas facile, pour une « petite » littérature, de se frayer un chemin : les éditeurs sont d’autant plus craintifs qu’ils ne peuvent juger par eux-mêmes et doivent se fier à des notes de lecture de leurs traducteurs, surtout quand les œuvres ne sont pas préalablement traduites en anglais… Le fait d’ouvrir la voie est ainsi un véritable cadeau.La célébrité mondiale, Kross a flirté avec elle pendant quelques années. Candidat au prix Nobel pendant plusieurs années, l’écrivain estonien a été pourtant déçu dans cet espoir, car jamais le jury suédois ne lui a décerné cette haute récompensesans doute pour des raisons politiques, puisque Kross, comme sa fille Maarja l’explique dans ce recueil, n’a jamais compté parmi les dissidents. Il nous fait partager ses émotionssans doutedans un passage significatif duRetour du professeur Martens, où son héros est informé par erreur que le prix Nobel de la paix lui a été attribué, avant d’avoir la déception d’apprendre que le lauréat est quelqu’un d’autre… D’ailleurs, les interpénétrations entre la vie de Kross et ses œuvres, notamment ses oeuvres de fiction, sont considérables. Il s’en est expliqué dans la série de conférences qu’il a faite à l’Université de Tartu pendant l’année où il a occupé le poste de professeur d’Arts. À tel point que souvent, dans ses mémoires, au lieu de relater tel ou tel événement, telle ou telle impression, il cite les œuvres où il en rend compte.
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Il est toujours difficile de consacrer des études à un auteur vivant :c’est ainsi que Kross, abondamment lu y compris dans les écoles estoniennes, n’a pas encore été étudié autant qu’on pourrait l’espérer. Beaucoup reste à faire... Ce recueil entend contribuer à l’enrichissement de la réflexion sur son œuvre. La poésie a été le tout premier champ d’expérimentation qui a fait connaître l’écrivain dans la vie littéraire de son pays. Cornelius Hasselblatt et Katre Talviste en abordent ici deux dimensions complémentaires, qui font ressortir la personnalité poétique de Jaan Kross : le versant philosophique de son œuvre poétique, qui la sous-tend tout entière dans la vision qu’en a Hasselblatt, et le versant traduction, dont Katre Talviste montre, par l’intermédiaire de l’étude précise des traductions de Baudelaire, à quel point il est organiquement lié à l’ensemble de son expression poétique. Jusqu’ici, les chercheurs se sont concentrés surtout sur certains aspects de son œuvre, et ont avant tout mis en évidence le lien de ses romans avec l’histoire. C’est là l’objet de deux études présentées dans ce recueil :celle de l’historien estonien Marek Tamm, qui met en évidence le projet historique de Kross, qui était de retracer dans ses œuvres une histoire de l’Estonie que les Estoniens, à l’époque où il a commencé à écrire son« monument » ne pouvaient lire nulle part ;et celle de l’historien français Jean-Pierre Minaudier, qui montre comment Jaan Kross a su résister aux tentations d’anachronisme dans la réalisation de ce même projet. C’est bien sûr cequi a suscité bien des débats en« monument » Estonie même du fait de sa conception, car l’histoire de Kross est loin d’être une histoire canonique: elle est centrée autour d’individus, souvent, mais pas toujours, nés estoniens (avant et après la lettre), et qui arrivent, malgré leurs origines défavorisées, à se frayer un chemin dans la société de leur temps, qu’elle soit hanséatique ou péterbourgeoise. Kross souligne ainsi la remar-quable capacité d’adaptation de ce petit peuple qui, dans des circonstances historiques peu propices, a en lui les capacités de défier les prédestinations sociales. Cela d’ailleurs lui a valu des critiques dans sa propre société, qui lui a reproché de se concentrer sur des individus hors du commun et attirés par le compromis. Les personnages principaux de Kross, plus ou moins sympathiques,
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