Jacques Sternberg

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En plus de cinquante années de carrière , de 1944, avec Angles morts, à 2002 avec 300 contes pour solde de tout compte, Jacques Sternberg aura écrit seize recueils de récits brefs, autant de romans, sous son nom ou sous d'autres pseudonymes, des essais autobiographiques, des pièces de théâtre... Mais c'est dans ses contes et nouvelles qu'il excelle, des récits brefs avec un regard lucide et terrifiant sur notre condition humaine. Aussi l'auteur a-t-il choisi d'interroger le travail d'écriture de Jacques Sternberg dans ses contes et nouvelles.
Publié le : jeudi 1 septembre 2011
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EAN13 : 9782296468283
Nombre de pages : 154
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Jacquessternberg Une esthétique de la terreur
Approches littéraires Collection dirigée par Maguy Albet Dernières parutions Yasue IKAZAKI,Simone de Beauvoir, la narration en question,2011. Bouali KOUADRI-MOSTEFAOUILectures de Assia Djjebar. , Analyse linéaire de trois romans :L’amour, la fantasia,Ombre sultane,La femme sans sépulture, 2011. Daniel MATOKOT,Le rire carnavalesque dans les romans de Sony Labou Tansi, 2011. Mureille Lucie CLÉMENT,Andreï Makine, Le multilinguisme, la photographie, le cinéma et la musique dans son œuvre,2010 Maha BEN ABDELADHIM,Lorand Gaspar en question de l'errance, 2010. A. DELMOTTE-HALTER,Duras d'une écriture de la violence au travail de l'obscène, 2010. M. EUZENOT-LEMOIGNE,Sony Labou Tansi. La subjectivation du lecteur dans l'œuvre romanesque, 2010. B. CHAHINE, Le chercheur d'orde J. M. G. Le Clézio, problématique du héros, 2010. Y. OTENG,Pluralité culturelle dans le roman francophone, 2010, Angelica WERNECK,Mémoires et Désirs. Marguerite Duras/Gabrielle Roy, 2010. Agnès AGUER,L'avocat dans la littérature du Moyen Âge et de la Renaissance, 2010. Sylvie GAZAGNE,Salah Stétié, lecteur de Rimbaud et de Mallarmé. Regard critique, regard créatif, 2010. Élodie RAVIDAT,Jean Giraudoux : la crise du langage dans La guerre de Troie n’aura pas lieu et Électre, 2010. A. CHRAÏBI, C. RAMIREZ,L’héritage des Mille et une nuits et du récit oriental en Espagne et en Occident, 2009. Gloria SARAVAYA,Un dialogue interculturel, 2009. Nelly MAREINE,Henri Miller, Blaise Cendrars. Deux âmes sœurs, 2009. Christian PAVIOT,Césaire autrement. Le mysticisme du Cahier d’un retour au pays natal, 2009.
sandrineLeturcq
Jacques sternberg Une esthétique de la terreur
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-56318-6 EAN : 9782296563186
""L’horreur et l’extase de la vie" -
vécues simultanément,
comme une expérience
à l'intérieur du même instant,
de chaque instant."
Cioran
INTRODUCTION
Souvenez-vous de ce que Baudelaire réclamait à l'artiste : que dans le quotidien, il atteigne et fasse jaillir l'étrange, le mystérieux, l’horrible, le bizarre, et qu’il parvienne à faire naître des frissons nouveaux. L'ambition n'est pas singulière. Depuis plusieurs siècles, de nombreux écrivains s'y sont essayé. Certains, allant plus loin dans l'expérience de l'étrange, ont mis la terreur en mots.
Leroman gothique ouvre la voie à une esthétique de la terreur. Tout commence en Angleterre en 1764, avec le roman d'Horace Walpole,Le Château d'Otrante, qui fait figure d'œuvre fondatrice du roman "terrifiant". La peinture du mal devient la substance même de ce genre. Evoquant les mythes de Faust, du Juif errant, de Prométhée, de Satan,... le roman noir a toujours recours à la même recette. L'époque évoquée est celle d'un Moyen Age barbare et ténébreux, empli de vieux châteaux isolés, où des moines cruels et lubriques torturent d'innocentes jeunes filles. De mystérieux bruits troublent les nuits ; de sombres vengeances pèsent sur les descendances. Un effet de surprise naît d'un mélodrame ou d'une reconnaissance. Des frissons ambigus parcourent le lecteur : tout est dosé pour produire un cocktail de peur et de plaisir, l'ivresse d'un sadomasochisme latent.
Edmund Burke dans saRecherche philosophique sur l'origine de nos idées du sublime et du beau, parue en 1756, s'était penché préalablement sur l'"horreur détectable" que peut transmettre l'art. Pour lui,
"tout ce qui est propre à susciter d'une manière quelconque les idées de douleur et de danger, c'est-à-dire tout ce qui traite d'objets terribles ou agit de façon analogue à la terreur, est
source de sublime, c'est-à-dire capable de produire la plus forte 1 émotion que l'esprit soit capable de ressentir."
En 1797, Ann Radcliffe et Matthew Gregory Lewis useront des mêmes artifices dramatiques mais en y apportant chacun un renouveau. Les romans d'Ann Radcliffe, telL'Italien ou le Confessionnal des pénitents noirs, déclenchent d'autant plus un sentiment de peur chez le lecteur qu'ils ménagent un suspens construit sur de nombreux rebondissements. Les personnages sont parfois un peu caricaturaux comme chez Walpole ; en revanche, ceux d'Ann Radcliffe ont une épaisseur psychologique dont ceux de Walpole étaient dépourvus, ce qui permet une meilleure identification par le lecteur. Cette finesse psychologique et cette rigueur dans la structure interne de l'œuvre sont la marque d’un plus grand souci d'efficacité. La terreur est suscitée chez Matthew Gregory Lewis par le poids du fatum, le poids du péché condamné par la morale religieuse. Chez la première, le lecteur est rassuré par la chute rationnelle, tandis que chez le second il achève sa lecture sur une vision de l'empalement du héros par le diable. Ces deux scènes illustrent parfaitement la théorie de Tzvetan Todorov sur l'essence du fantastique, né de l'hésitation entre une explication rationnelle et une explication surnaturelle. En effet, un nouveau genre verra le jour sur les traces du roman gothique : le fantastique. C'est que, grâce au roman noir, explique Jean-Baptiste Baronian,
"on s'aperçoit que l'extravagance, l'hyperbole, le goût du macabre, la terreur peuvent parfaitement servir de supports à une narration, non plus seulement comme éléments épars émaillant çà et là un récit, non plus comme motifs isolés et occasionnels, mais bien comme fins, comme raisons d'être 2 fondamentales d'une créationromanesque."
1 InRecherche philosophique sur l'origine de nos idées du sublime et du beau / Edmund Burke. - Paris : Vrin, 1990, p. 80. 2  InPanorama de la littérature fantastique de langue française : des origines à demain/ Jean-Baptiste Baronian. – La Renaissance du livre, 2000, p. 36.
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