Je(ux) narratif(s) dans le roman africain

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Si le constat de la multiplicité, de l'éclatement du Je dans le roman africain des trente dernières années est indéniable, peu d'études d'envergure sur l'aventure littéraire du Je ont été entreprises pour lire, analyser et proposer un cadre historique et axiologique de cette évolution. C'est cette question d'une sorte de "procès en personnalisation" du Sujet africain qui est l'objet central de ce livre articulé autour du roman.
Publié le : vendredi 1 mars 2013
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EAN13 : 9782336660462
Nombre de pages : 224
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COULIBALY
Sous la direction de
Sous la direction de Roger TRO DÉHO, Adama COULIBALY et Philip Amangoua ATCHA
et Philip AMANGOUA ATCHA
Roger TRO DÉHO, Adama Je(ux) narratif(s) dans le roman africain
Je(ux) narratif(s) dans le roman africain
Critiques littéraires Collection dirigée par Maguy Albet Dernières parutions Diané Véronique ASSI,Intertextualité et transculturalité dans les récits d’Amadou Hampâté Bâ, 2013. Gasser KHALIFA,L’autobiographie au féminin dansL’Amantde Marguerite Duras etPerquisitionde Latifa Al-Zayyat, 2013. Nicolas GELAS,Romain Gary ou l’humanisme en fiction. S’affranchir des limites, se construire dans les marges, 2012. Kahiudi Claver MABANA,Du mythe à la littérature – Une lecture de textes africains et caribéens, 2012.Gérard DUPUY,Xie Lingyun,de montagnes et d'eaux Poèmes . e V L'expérience poétique du paysage dans la Chine du siècle, 2012.ZHAO Jia,L’ironie dans le roman français depuis 1980. Echenoz, Chevillard, Toussaint, Gailly, 2012. Gilles GUIGUES,Rilke, l’existence en figures. Étude philoso-phique du poétique, 2012.Jeanne-Marie CLERC,Etty Hillesum écrivain. Écrire avant Auschwitz, 2012.Ali ABDOU MDAHOMA,Le roman comorien de langue fran-çaise,2012. Mehana AMRANI,La poétique de Kateb Yacine. L’autobio-graphie au service de l’Histoire, 2012. Tommaso MELDOLESI,Textes et poèmes autour de l’accident ferroviaire de Meudon, 1842. Une poésie de la catastrophe, 2012. Jean-Louis CLUSE,Saint-John Perse, le poète en ses miroirs. Le même, l’autre et le multiple, 2012. Mamadou KALIDOU BA,Nouvelles tendances du roman africain francophone contemporain (1990-2010). De la narration de la violence à la violence narrative,2012. S. SEZA-YILANCIOGLU (dir.),Nedim Gürsel. Fascination nomade, 2012.Myriam TSIMBIDY et Aurélie REZZOUK (sous la dir. de),La jeunesse au miroir. Les pouvoirs du personnage, 2012. Richard Laurent OMGBA et Désiré ATANGANA KOUNA (dir.),Utopies littéraires et création d’un monde nouveau, 2012.
Sous la direction de Roger Tro Dého, Adama Coulibaly et Philip Amangoua Atcha
Je(ux) narratif(s) dans le roman africain
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-00048-0 EAN : 9782343000480
D’entrée de Je(ux)
À propos deJe, Jean Rousset écrivait en 1973 déjà qu’il était « ce pronom si commun et pourtant si étrange, si rebelle à la saisie 1 en raison de sa complexité et de sa mobilité… » .Jeest complexe en raison de l’intimité qu’il établit entre l’énonciateur et l’énonciation, par ses différentes fonctions et par ses jeux dans le récit. Si, dans l’histoire de la pensée, la haine du moi conseillée par Pascal et le calvaire de la conscience de soi décrit par Hegel ont été « des machines de guerre contre les prérogatives du moi narcissique 2 obnubilé par ses pouvoirs » , nos sociétés, post-modernes¸ ou postcoloniales, elles, semblent bien proclamer et légitimer le règne 3 d’un « individualisme hédoniste et personnalisé » . L’une des formes de cet empire du moi en construction est la multiplication de la palette des offres de la typologie duJe.Roman à la première personne, biographie, autobiographie, autofiction, roman autobiographique…ils sont nombreux les types que peuvent prendre les récits duJe. Jepeut porter diverses robes, incarner des même rôles, dirait la sémiotique, adopter diverses postures oùJen’est plus Jeà tout le moins, problématise et interroge les formes de la ou, subjectivation. Ailleurs, la critique commence à cerner cette percée. DansLe Pacte autobiographique(1975), Philippe Lejeune établit, la triple équation : auteur = narrateur, auteur = personnage et narrateur = personnage, forme canonique du roman autobiographique, roman duJe. Deux ans plus tard, Serges Doubrovsky procède à une auto-théorisation du romancier dans Fils(1977) et en 1999, André Belleau étudie les représentations duromancier fictifquand Philippe Gasparini décrit, dansEst-il je ?(2004), la combinaison des registres de la fiction et de l’autobiographie. Chacun, à son niveau, avec ses armes et ses perspectives de recherche, ces critiques ont abordé, la question duJe dans son fonctionnement littéraire, sans l’épuiser
1 Jean Rousset,Narcisse romancier. Essai sur la première personne dans le roman, Paris, José Corti, 1973, p.7. 2 Bertrand Ogilvie,Lacan. Le sujet, Paris, PUF, 1993 (1987), p. 10. 3Gilles Lipovetsky,L’Ère du vide. Essai sur l’individualisme contemporain, Paris, Gallimard, 1986, p. 10.
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pour autant. D’ailleurs, le corpus analysé par ces textes est exclusivement occidental. Dans le domaine spécifique du roman africain, les études d’envergure sur les aventures littéraires duJesont rares. Partons de deux positions fondatrices d’Achille Mbembé. Dans « Écrire à partir 4 d’une faille » , il fait valoir la nécessité de penser le Sujet africain à partir des distorsions historiques, ce qu’il nomme « failles ». Toutefois, il refuse le « malheur généalogique » et sa filiation à l’Afrique en terme de « dette » à rembourser ou de « malédiction » à laver : problématique du Sujet postcolonial de se penser dans l’histoire et tentant d’échapper à son emprise morbide (une chronocité paralysante) pour se réfléchir en sujet social. Mais cette tentation première n’est pas sans faire penser à des sujets déséquilibrés et perturbés. Avec « À propos des écritures africaines 5 de soi » , Achille Mbembé ouvre le débat, à la fois épistémologique et politique, sur les représentations africaines de soi. Après un état des lieux historique des principales idéologies soutenant l’ « accès 6 du sujet africain à la plénitude de soi » , l’auteur arrive à la conclusion que « les représentations africaines de soi se forgent à 7 l’interface de l’autochtonie et du cosmopolitisme » . Les conclusions de l’article de Mbembé éclairent les aventures et l’évolution du profil du sujet – celui qui dit «Je» – dans le roman africain. Dans le registre de la création romanesque africaine singulièrement, chez les auteurs dits de la première génération, la conception et la perception du sujet, inspirées par une sorte de mystique de l’ « autochtonie » se faisaient sur un mode collectif ; le « nous » de la communauté primant sur leJede l’individu, très souvent au nom de la tradition. Dans ces romans, lorsque le sujet disait «Je», à l’instar du jeune Laye racontant son enfance dansL’Enfant noir, il représentait, en réalité, unJe-nous, c’est-à-dire unJequi n’avait d’existence, d’essence et de sens que relativement à unNous. 4 Achille Mbembé, « Écrire à partir d’une faille »,Politique africaine, N°51, 1993, Éditions Karthala, pp.69-97. 5 Achille Mbembé, « À propos des écritures africaines de soi »,Politique africaine, N°77, Paris, Karthala, mars 2000. 6Idem, p. 16. 7 Achille Mbembé, « À propos des écritures africaines de soi »,Politique africaine, N°77, Paris, Karthala, mars 2000, p. 16.
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L’individualisme contemporain ayant sûrement dételé le Sujet africain de ses ancrages historiques et culturels, on assiste plutôt dans les romans africains de la nouvelle génération à la mise en avant d’un Sujet individuel etindivisse positionne qui autrement. Sur un axe thématique et idéologique, il tente, en effet, de cesser d’être collectif, pour être lui-même, un sujet individuel, subjectif, voire spéculaire, et fragmentaire. Dans ces conditions,Jen’incarne plus le héros ou, s’il en est un, il s’agit, le plus souvent, d’un héros désincarné, « pas comme les autres », narcissique à souhait, puisque héros pour sa propre cause ou malgré lui. CeJeen jeu dans bien des romans africains contemporains a conscience de sa centralité et participe, de plus en plus, de la technicité d’une écritureégo-centréedont les formes varient d’un auteur à l’autre, d’un texte à l’autre et selon que «Jeraconte », seou « raconté » « est raconte ». Le présent ouvrage part du présupposé qu’il y a une évolution du Sujet, et singulièrement du sujet parlant, de sa représentation, dans le roman africain :Jeinscrit dans la est société, dans son histoire et dans la langue qui conditionnent l’émergence, la pertinence et la particularité des figures qu’il peut endosser, des traits qu’il peut arborer… Pour analyser cette sur-présence duJequi pourrait bien être un des lieux du tournant de l’écriture romanesque, ce collectif s’est s’arrêté sur la figure du narrateur, particulièrement, sur les formes et jeux dunarrateur-je, celui dont l’identité et la « prise de parole » s’expriment par l’emploi des premières personnes du singulier et du pluriel. À partir de ce repère, les contributions s’inscrivent globalement dans deux perspectives. Une série de textes problématise le rapport desJe(ux) narratif(s) aux écritures africaines de soi. Cinq contributions analysent les modes et les enjeux de l’auctorialité romanesque dont les formes de présence textuelle assurées par des personnages écrivains ou écrivants, en se déployant, parallèlement ou asymptotiquement au récit principal, finissent par impacter la technique d’écriture. La question principale pour ces travaux devient de savoir, de connaître alors les manières, les stratégies dont les romanciers usent,en écrivant, pours’écrireet les lectures possibles de ces formes de
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