Jean Giono, de Colline à Que ma joie demeure

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Dans l'oeuvre de Jean Giono, les romans d'avant-guerre constituent une première époque, une première "manière". L'écrivain y met en scène des hommes qui éprouvent un sentiment de mal-être, qui ne parviennent plus à être en communion avec la nature. Pour enchanter le monde de son écriture poétique, Giono expérimente bien des procédés littéraires. Aussi différents soient ces cheminements, ils tendent à suspendre le temps pour retrouver le "Tout".
Publié le : vendredi 1 juin 2012
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EAN13 : 9782296494619
Nombre de pages : 142
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Jean Giono, deCollineàQue ma joie demeure
Espaces Littéraires Collection dirigée par Maguy Albet Dernières parutions Éliane ITTI,Madame Dacier, femme et savante du Grand Siècle (1645-1720), 2012.Victor MONTOYA,Les contes de la mine. Conversation avec le Tio, Traduit de l’espagnol par Émilie BEAUDET, 2012. Nathalie AUBERT,Christian Dotremont, La conquête du monde par l’image, 2012. Claude FRIOUX,Le Chantier russe. Littérature, société et politique. Tome 3 : Ecrits 1969-1980, 2011 Ricardo ROMERA ROZAS,Jorge Luis Borges et la littérature française,2011. Deborah M. HESS, Palimpsestes dans la poésie. Roubaud, du Bouchet, etc., 2011. Alexandre Ivanovitch KOUPRINE (Traduit du russe, introduit et annoté par Françoise Wintersdorff-Faivre),Récits de vie dans la Russie tsariste,2011.Pascal GABELLONE,La blessure du réel, 2011. Jacques PEZEU-MASSABUAU,Jules verne et ses héros,2011.Samuel ROVINSKI,Cérémonie de caste(traduit de l’espagnol par Roland Faye), 2011. Mirta YANEZ,Blessure ouverte, 2011. Jean-Michel LOU,Le Japon d’Amélie Nothomb, 2011. Serge BOURJEA,Paul Valéry, la Grèce, l’Europe, 2011. Masha ITZHAKI,Aharon Appelfeld. Le réel et l’imaginaire, 2011. Frantz-Antoine LECONTE (sous la dir.),Jacques Roumain et Haïti, la mission du poète dans la cité, 2011. Juan Manuel MARCOS,L’hiver de Gunter,2011 Alexandre EYRIES,Passage du traduire, Henri Meschonnic et la Bible, 2011. Charles WEINSTEIN,Pouchkine. Choix de poésies, 2011. Manuel GARRIDO PALACIOS,Le Faiseur de pluie. Roman, 2011.
John Baude Jean Giono, deCollineàQue ma joie demeureLe temps suspendu, le Tout retrouvé L’HARMATTAN
Du même auteur J’étais une île, roman, Editions Jean-Paul Bayol, 2008 © L'HARM ATTAN, 2012 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-96388-7 EAN : 9782296963887
INTRODUCTION
Jean Giono publie son premier roman en 1929. Ce seraColline. Quelques années plus tard, en 1935, paraîtQue ma joie demeure. Dans l’intervalle, se sont succédés bien des romans et des nouvelles. Mais la plupart de ces œuvres ont pour personnages des paysans, pour cadre des contrées et des villages isolés, un temps et une action indépendants de 1 l’Histoire, à l’exception duGrand Troupeau. C’est un monde en soi que celui des romans de Giono de ces années-là. En outre, ils ont pour thème commun, certes avec des nuances, une « recherche de la joie née de la fusion avec la nature et le grand Tout ». Cet ensemble, par sa relative homogénéité, constitue « une première époque qui irait deCollineàQue ma joie 2 demeure» , roman en lequel Giono lui même voit un 3 « aboutissement » .
Pour autant, ce n’est pas d’un univers paradisiaque qu’il s’agit dans ces romans. Cette quête de la joie trouve sa raison d’être dans un sentiment initial de malaise : le désespoir amoureux dansUn de Baumugnes; l’agonie d’un village dansRegain; le départ à la guerre dansLe Grand Troupeau. Plus difficile à cerner précisément, en l’absence d’événement comparable, serait le mal être qui s’empare des paysans deCollineou de celui qui, dansQue ma joie demeure, les taraudait, voire les poussait au suicide, avant que n’arrive parmi eux un inconnu nommé Bobi. Et, à la différence des autres romans, ce malaise obscur grandit ou renaît. 1 ToutefoisLe Grand Troupeau, roman relatif à la première guerre mondiale, est loin d’être aussi précis quant aux lieux et aux dates que bien des romans consacrés à ce sujet. En outre, il alterne les scènes du front et celles de l’arrière dans des hameaux de Provence, lesquelles occupent la moitié de l’ouvrage. 2 Mireille Sacotte, « Avant-propos »,Giono l’enchanteur, p. 7. 3 Jean Giono,Entretiens avec Jean et Taos Amrouche, p. 215.
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Dans le premier de ces romans, les paysans sont effectivement en proie à une inquiétude croissante quant au silence, selon eux inhabituel, étrange, qui les entoure. L’arrêt de la fontaine du village les fait verser définitivement dans un sentiment de panique et dans l’irrationnel, d’autant qu’un vieillard, Janet, détenteur du savoir qu’ils lui prêtent, ne cesse de raviver leurs peurs. Dans le second, si une tonalité heureuse et enthousiaste domine dans une grande partie du roman, si les paysans trouvent une espérance et une raison de vivre dans les paroles et les actes de cet homme, Bobi, celui-ci ne parvient cependant pas à semer la joie, à empêcher un nouveau suicide. Lui-même finit par marcher au devant de la mort.
Mais la singularité de ces deux romans réside avant tout – et c’est ce point qui sera traité en priorité ici - dans le style. Phrases courtes, rythme troué de blancs typographiques dans Colline; lyrisme foisonnant et continu à la suite d’un incipit marqué par l’extraordinaire et la lumière dansQue ma joie demeure. Si ces deux écritures en apparence aux antipodes peuvent trouver des échos éventuels dans d’autres romans de cette même période auxquels on pourra se référer,Collineet Que ma joie demeuren’en demeurent pas moins, pour chacune d’elles, l’ouvrage symptomatique. Ces deux romans encadrent cette première époque, comme ils semblent encadrer tout un éventail de la technique de Giono, avant que l’écrivain ne montre dans son œuvre ultérieure qu’il pouvait encore l’élargir.
Ces deux styles, comme on le verra, diffèrent en bien des points, en premier lieu sur la manière deposerle roman dans l’incipit et les premières pages. DansColline, prévaut en effet une temporalité d’habitude, insidieusement perturbée par une étrangeté. A l’inverse,Que ma joie demeureest d’emblée marqué par la franche et soudaine irruption de l’extraordinaire. L’une est entourée d’un mystère inquiétant, l’autre est parée d’un halo d’extase. De même, la texture des deux romans n’est en rien comparable. A l’émergence dans le premier, cette mise en relief statique qui sépare, s’oppose dans le second, la fluidité du mouvement qui relie. Ce sont non seulement les êtres et les choses qui, selon,
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émergent ou coulent au long du texte, mais également le temps. Ainsi ces deux styles traduisent chacun un rapport particulier à l’espace et au temps. Ils ont toutefois pour trait commun de se développer sur fond de vide, celui du texte dansColline, de l’espace dansQue ma joie demeure. Dans un cas, du fait du statisme, le vide demeure au cœur de la langue et de l’espace. Il n’en donne que plus de force à la parole délirante de Janet. Dans l’autre, le vide appelle un lyrisme, porté à la boursouflure et à la démesure, pour le combler. Mais sur les émergences en surplomb du vide, se prolongent dansColline des instants particuliers, tels des points d’orgue, tandis qu’aux extrémités deQue ma joie demeure, resplendissent des apothéoses baroques permettant « la fusion avec la nature et le grand Tout », dans un temps en suspens. Ce sont ces cheminements du style de Giono, convergeant vers une immobilisation momentanée du temps, dont il sera question dans cet ouvrage.
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