L’Atlantide de Platon

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Annales de géographie, Volume 38, 1929Victor BérardL’Atlantide de PlatonL’Atlantide de PlatonAux temps homériques, les Hellènes, auditeurs des aèdes, avaient connu Calypso,« fille de cet Atlas aux perfides pensées qui connaît de la mer entière les abîmes etqui veille, à lui seul, sur les hautes Colonnes qui gardent, écarté de la terre, le ciel »( O d y s s., I, 52-54). Aux temps romains, Pline (VI, 36,2) entendait parler d’une îleAtlantide, située au pied du mont Atlas, t r a d i t u r i n s u l a c o n t r a m o n t e m A t l a n t e m e ti p s a A t l a n t i s a p p e l l a t a. Mais, pour l’antiquité classique, la seule et véritableAtlantide fut celle que Platon avait décrite en ses deux dialogues du T i m é e et duC r i t i a s ; géographes et philosophes, avec Posidonios et Strabon (II, 4, 6),admettaient le prétendu récit de Critias, touchant l’existence antérieure etl’effondrement de cette Atlantide.Ce fut désormais de cette Atlantide platonicienne que rêvèrent les Hellènes, puisleurs disciples de Rome et de l’Occident : c’est elle qui, depuis vingt-trois siècles,hante les cerveaux de l’humanité blanche. Comme les philosophes d’Athènes etd’Alexandrie, tous les savants du moyen âge, chrétiens, arabes ou juifs, firent duT i m é e un de leurs livres canoniques : ils le connaissaient, le lisaient et relisaient,sinon dans le texte, du moins dans la traduction latine, que Chalcidius en avaitdonnée au VIe siècle de notre ère, et l’une de nos écoles ...
Publié le : jeudi 19 mai 2011
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Annales de géographie, Volume 38, 1929 Victor Bérard
L’Atlantide de Platon L’Atlantide de Platon
Aux temps homériques, les Hellènes, auditeurs des aèdes, avaient connu Calypso, « fille de cet Atlas aux perfides pensées qui connaît de la mer entière les abîmes et qui veille, à lui seul, sur les hautes Colonnes qui gardent, écarté de la terre, le ciel » (Odyss., I, 52-54). Aux temps romains, Pline (VI, 36,2) entendait parler d’une île Atlantide, située au pied du mont Atlas,traditurinsulacontramontemAtlantemet ipsaAtlantisappellata. Mais, pour l’antiquité classique, la seule et véritable Atlantide fut celle que Platon avait décrite en ses deux dialogues duTiméedu et Critias ; géographes et philosophes, avec Posidonios et Strabon (II, 4, 6), admettaient le prétendu récit de Critias, touchant l’existence antérieure et l’effondrement de cette Atlantide.
Ce fut désormais de cette Atlantide platonicienne que rêvèrent les Hellènes, puis leurs disciples de Rome et de l’Occident : c’est elle qui, depuis vingt-trois siècles, hante les cerveaux de l’humanité blanche. Comme les philosophes d’Athènes et d’Alexandrie, tous les savants du moyen âge, chrétiens, arabes ou juifs, firent du Timéeun de leurs livres canoniques : ils le connaissaient, le lisaient et relisaient, sinon dans le texte, du moins dans la traduction latine, que Chalcidius en avait donnée au VIe siècle de notre ère, et l’une de nos écoles françaises, l’École de Chartres, avait entrepris de concilier la cosmogonie duTiméeavec la création de l aGenèse. La Renaissance mit plus haut encore ce livre, qui fut tenu désormais pour lecompendiumde la doctrine platonicienne : quand Raphaël voulut installer Platon dans sonÉcoled’Athènes, ce fut leTiméequ’il lui mit à la main.
Dès la fin du XVIe siècle néanmoins, Loys Le Roy, le premier traducteur français du Timée, déclarait que Platon n’avait « récité » cette histoire que « pour l’honneur de son pays et pour monstrer l’antiquité du monde ». Mais l’opinion contraire prévalut, et, durant deux siècles (1582-1779), les savants se mirent en quête de ce continent disparu, que les uns plaçaient aux bouches occidentales de la Méditerranée, au voisinage du Portugal ou du Maroc, d’autres, dans les eaux lointaines de l’Atlantique Nord, Ouest ou Sud, et d’autres encore dans les parages des Amériques ou dans les glaces du pôle. Puis la critique du XIXe siècle fit son œuvre :
On peut faire grâce au lecteur des arguments et des rapprochements de toute sorte, parfois d’une subtilité incroyable, par lesquels, les auteurs du XVIe au XVIIIe siècle ont tenté de justifier les inductions les plus téméraires. On trouvera au premier volume desÉtudessurleTimée d’Henri Martin une analyse à peu près complète de toute la littérature antérieure à 1840. On a cherché l’Atlantide un peu partout, même dans la Méditerranée orientale et jusque dans l’Océan Indien. La critique moderne s’est peu à peu désintéressée de ce problème insoluble.
Ainsi parlait en 1925 le dernier éditeur et traducteur duTiméeet duCritias, Mr A. Rivaud (p. 29). Les conclusions de Mr St. Gsell (Histoireanciennedel’Afriquedu Nord, I, p. 327-329) semblaient alors admises de tous : « Il est impossible aux historiens de tenir le moindre compte des assertions de Platon ».... Brusquement, [1] l’Atlantide est remontée du fond des mers et des légendes dans les préoccupations de nos gens de lettres et de sciences ; nous assistons, depuis cinq ans, au grand combat pour la restauration de cette grandeur détrônée : livres, revues et même journaux quotidiens entrent en jeu ; uneSociétédesÉtudes atlantéenness’est fondée à Paris en juin 1926 ; lesPetermannsMitteilungen de 1927 ont consacré une dizaine d’articles à cette résurrection. Nos contemporains [2] reprennent la lecture duTimée . Mais nos savants y cherchent moins la pensée et l’ensemble de la doctrine platonicienne que des témoignages, — pensent-ils — et des arguments favorables à leurs propres théories. Des 228 pages que comporte [3] l’édition de Mr A. Rivaud , certains ne lisent que les sept ou huit pages (130-137) qui, derrière cette grande rêverie métaphysique, tendent comme toile de fond une géographie et une préhistoire légendaires.
I
L’un des interlocuteurs duTiméeCritias ra
orte une conversation u’eut avec les
prêtres d’Egypte Solon, « le plus sage des Sept ». Critias la tient de bonne source : il a connu « cette vieille histoire par un homme qui n’était plus très jeune», son arrière-grand-père Critias. Ce vieux Critias, âgé de quatre-vingt-dix ans, l’avait un jour racontée à son petit-fils, le Critias d’aujourd’hui, qui n’avait alors que dix ans.
C’était, après les vendanges, pendant les vacances des Apatouries, le jour des Agneaux ; on avait récité nombre de poèmes et particulièrement de Solon, dont les. poésies étaient alors en leur nouveauté. On en vint donc à parler de Solon, et le vieux Critias transmit au petit Critias les renseignements sur la première histoire d’Athènes qu’il tenait de Solon, lequel les tenait des prêtres d’Egypte, dont un doyen avait dit au plus sage des Sept : « Solon, vous autres Hellènes, vous n’êtes que des enfants ; un Hellène n’est jamais vieux. Vous n’avez aucune opinion ancienne, aucune de ces vieilles traditions qui puissent vous donner une science chenue ».
Cette ignorance des Hellènes était, disait le prêtre égyptien, une maladie incurable : les révolutions périodiques du globe terrestre en étaient la cause invincible et toujours renouvelée ; car la légende de Phaéthon traduit une vérité astronomique ; périodiquement, les astres qui circulent autour de la Terre sont déviés de leur course et viennent allumer des incendies terribles sur notre sol. « Alors tous ceux qui habitent sur les montagnes périssent plutôt que ceux qui demeurent près des fleuves.... Le Nil, notre sauveur en d’autres circonstances, nous préserve aussi de cette calamité-là. » A d’autres époques, ce sont des déluges que les dieux envoient pour purifier la Terre, et les hommes, surpris par le cataclysme, périssent dans toutes les contrées qui ne sont pas soumises, comme l’Egypte, à l’inondation annuelle et aux précautions de fuite ou de défense qu’elle enseigne. Chacun de ces désastres fait disparaître les monuments écrits et même la tradition orale des grandes choses d’autrefois.... Et voilà pourquoi Athènes était muette sur une période de la plus haute antiquité, où elle était devenue la plus noble des cités, la plus puissante, la plus glorieuse, la mieux policée à tous égards. Solon n’avait donc connu que par ce prêtre égyptien l’histoire athénienne du quatre-vingt-quinzième siècle avant notre ère :
De vos concitoyens d’il y a neuf mille ans, — lui avait dit cet Égyptien, — je vais vous révéler en quelques mots les lois et vous conter, parmi d’autres hauts faits, le plus beau qu’ils aient accompli.... Nos écrits nous relatent comment votre cité anéantit jadis une puissance dont la violence lançait contre l’Europe entière et, tout ensemble, l’Asie un assaut de l’extérieur, venu de la mer Atlantique....
[4] Au temps où cette mer était chemin praticable , il était une île aux bouches de ce que vous appelez les Colonnes d’Héraklès. De cette île, plus grande que la Libye et l’Asie, tout ensemble, les voyageurs pouvaient passer sur d’autres îles, puis sur le continent d’en face, qui borde la mer, la vraie mer de là-bas : car, en vérité, qu’est donc toute la mer de ce côté-ci des bouches, sinon un port à l’étroit goulet ? mais là-bas, la vraie mer n’entoure-t-elle pas toute la terre qui mérite le nom de continent ? C’est dans cette île Atlantide qu’avait surgi et grandi une puissance royale, maîtresse de l’île entière et d’autres terres insulaires ou continentales en nombre, sans compter toute la Libye jusqu’à l’Egypte et toute l’Europe jusqu’à la Tyrrhénie....
« C’est alors, ô Solon, que la puissance de votre ville éclata à tous les yeux par la valeur et la vigueur de votre peuple : modèle de force d’âme, modèle d’habileté militaire, elle prit d’abord la tête des Hellènes alliés ; puis, abandonnée par tous les autres, laissée seule par leur défection en face de la nécessité, elle affronta les derniers périls pour dompter l’invasion et préserver de l’esclavage ceux qui n’avaient jamais été asservis ou pour libérer, sans compter, tous les autres peuples, qui habitent de ce côté des Colonnes d’Héraklès....»
Est-il besoin de dire qu’en cet hymne à la gloire d’Athènes et de sa déesse, — c’est le mot que Platon lui-même met dans la bouche de Critias (21a), « qui veut célébrer dignement et vraiment la Déesse en ces jours de fête, par une sorte d’hymne à sa louange », — nous avons, comme en tel couplet desPerses d’Eschyle (353 et suiv.), le souvenir de Marathon, de Salamine, de Platées et de toute la politique d’Athènes contre le Mède au cours des cent années antérieures à Platon ?... Or, en même temps que ces victoires athéniennes avaient abattu au Levant la tyrannie du Grand Roi, l’hellénisme de Sicile, — que Platon connaissait par de longues fréquentations, — avait arrêté au Couchant et mis pour un temps en échec ce Grand Empire maritime des Carthaginois, qui avait établi son monopole sur tant et tant d’Iles inconnues de la mer Extérieure, comme sur tant de rivages de la Libye, entre l’Egypte et le Détroit, et de l’Europe, entre le Détroit et la Tyrrhénie. LeTiméefut composé par Platon en son extrême vieillesse, après ses cinq ou six voyages à travers les cités helléniques d’Europe et de Libye, que menaçaient les empiétements de Carthage et que la fameuse victoire d’Himère (480) avait un instant délivrées de cette crainte. Il est certain ue en ces vo a es Platon avait mesuré la randeur cartha inoise et
[5] bien vu le danger qui menaçait les Grecs . Il est non moins certain qu’il avait eu d’intimes relations avec les capitaines marins et les armateurs de Sicile, soit durant les longues heures de ses traversées entre la Grèce et Syracuse, soit durant sa demi-captivité chez Denys le Jeune (saVIIeLettre en fait mention). Il est vraisemblable que, durant ces longs et nombreux séjours en Sicile, Platon avait connu, directement ou indirectement, les documents carthaginois, ce périple d’Himilcon, en particulier, dont la traduction grecque fut, sept ou huit siècles plus tard, transposée par Aviénus en vers latins. La date de ce périple nous est inconnue, mais, tout porte à croire qu’il est antérieur, et de plusieurs siècles, à [6] l’époque de Platon . Aviénus dit avoir puisé aux sources grecques les plus anciennes, aux livres d’Hécatée de Milet et d’Hellanicos de Lesbos ; c’est aussi du profond des annales puniques qu’il a tiré ses renseignements (v. 414415) : Himilcon avait jadis vu de ses yeux le spectacle terrifiant que présentait la mer au delà du Détroit, et il en avait connu les périls (v. 412-413) ; ces périls, c’étaient, sur une mer de sables à peine immergés, des nappes de goémons, des brumes humides excluant toute chaleur, des troupes de monstres couvrant le large et des fauves terribles peuplant les bords du Détroit (v. 406-411).
« Mais, dans le temps qui suivit la victoire athénienne, — avait dit à Solon, pour finir, le prêtre égyptien, — il y eut des tremblements de terre effroyables et des cataclysmes. Dans l’espace d’un seul jour et d’une nuit terribles, toute votre armée fut engloutie d’un seul coup sous la terre, et de même l’Ile Atlantide s’abîma dans la mer et disparut. Voilà pourquoi, aujourd’hui encore, cet Océan de là-bas est difficile et inexplorable, par l’obstacle des fonds vaseux et très bas que l’île, en s’engloutissant, a déposés.»
En fait, l’Athènes de l’histoire avait, au temps de Platon, connu une journée et une nuit terribles où, d’un seul coup, avait sombré toute sa puissance, et la victoire des Hellènes au Couchant avait été pareillement suivie d’une revanche carthaginoise qui, en 409 avant notre ère, avait remis sous son empire libyco-européen Sélinonte, Himère et Agrigente....
II
Platon est revenu, dans leCritiasoul’Atlantique, — suite inachevée duTimée, — à ce pays des Atlantes et à ces exploits de la plus vieille Athènes. Nos contes de nourrice commencent d’ordinaire par la formule :Ilyavaitunefois.... « Il y a tout juste neuf mille ans, — reprend Critias, — que la guerre éclata, dit-on, entre les deux humanités que séparent les Colonnes d’Héraklès.... Athènes, de ce côté, en avait le commandement et en porta le poids ; de l’autre côté, c’étaient les rois de cette lie Atlantide, plus grande alors que la Libye et l’Asie tout ensemble, mais que les tremblements de terre ont ensuite submergée ; il n’en reste que le fond de boues que rencontrent les navigateurs en allant du détroit vers la haute mer. »
Critias fait le portrait des deux peuples et des deux pays : l’Athènes légendaire dont il ignore tout, sauf les noms de rois, et l’Atlantide disparue, dont les prêtres égyptiens avaient donné à Solon une description minutieuse, que, sous leur dictée, il avait aussitôt notée, en ayant soin de s’en faire expliquer les noms étranges et de les traduire en grec. Critias pouvait donc aujourd’hui les citer en langue étrangère et en grec à ses interlocuteurs, « car les manuscrits de Solon, — disait-il, — qui étaient chez mon aïeul, sont aujourd’hui chez moi, et je les ai fort étudiés dans ma jeunesse».
Les rois atlantides descendaient du dieu Posidon et de la princesse Clito. Les deux plus anciens étaient Atlas et son frère jumeau Gadiros, « qui obtint l’extrémité de l’île, du côté des Colonnes d’Héraklès, en face de la région appelée aujourd’hui Gadirique » ; le nom indigène de ce roi Gadiros signifie en grecEumèlos, l’Homme aux Brebis.... Aviénus avait appris du périple d’Himilcon queGadir en langue punique signifie « l’Enclos »,namPunicorumlinguaconsaeptumlocum Gadirvocabat(v. 268-269) : l’hébreu et l’arabe appliquent ce terme aux enclos où, pour la nuit, le berger enferme son troupeau de moutons ou de chèvres, et le pluriel godrot désigne en syriaque le petit bétail ; Strabon savait que, en cette région gadirique, les pâturages étaient si bons qu’il fallait tous les cinquante jours saigner les brebis que la graisse suffoque (III, 5, 4).
Les descendants de Posidon et de Clito avaient bâti une capitale digne de leur puissance :
Près de la mer, juste au centre de l’île, il y avait la plus belle, la plus fertile des plaines, au centre de laquelle se dressait une butte. Posidon construisit une digue extérieure qui fit de cette butte un enclos circulaire, à triple enceinte de mer, à double enceinte de terre. Au centre de l’étendue, ainsi
entourée, il fit jaillir deux sources, l’une froide, l’autre chaude, et pousser en suffisance toutes les plantes nourricières.
Cette île fournissait « tous les métaux durs et malléables que l’on peut extraire des mines » ; elle portait tous les bois qui peuvent servir au travail du charpentier ; elle nourrissait toutes les bêtes domestiques ou sauvages, qui vivent dans les marais et les fleuves, les plaines et les montagnes, sans parler de l’éléphant ; elle produisait toutes les essences d’arbres, toutes les senteurs, toutes les résines et tous les fruits. De telles richesses permirent aux rois de l’Atlantide de bâtir une ville unique au monde, avec ses temples, ses palais royaux, ses ports, ses cales et bassins. A cinquante stades du rivage, la ville était jointe à la mer par un canal de 300 pieds de large et 100 pieds de profondeur, lequel aboutissait au premier fossé circulaire, large de trois stades, que bordait le premier anneau de terre, large de trois stade3 aussi, qui enfermait un second fossé de deux stades, qui enfermait un second anneau de même largeur, au delà duquel un dernier fossé d’un stade entourait la butte médiane, qui avait cinq stades de diamètre ; sur cette butte, se dressait l’acropole avec son palais, son temple de Posidon, ses statues, ses sources, son hippodrome, sa caserne de la garde. Des canaux faisaient communiquer entre elles les enceintes de mer, et des ponts, les enceintes de terre....
Au temps où Platon décrivait cette ville circulaire et ses anneaux, l’hellénisme était occupé à rebâtir ses villes, sur le plan rectangulaire, qu’Hippodamos de Milet avait [7] fait accepter des Athéniens dans la construction du Pirée . Hippodamos tenait pour des rues parallèles ou se coupant à quatre-vingt-dix degrés ; Aristote, au VIIe livre de saPolitique, approuve cette « nouvelle méthode d’Hippodamos », — ce tropehippodameienqu’avaient adopté Rhodes et Thurium.... Estil invraisemblable que letropeangulaire d’Hippodamos ait pu faire naître par réaction un peu ironique l etrochede Platon ?... Au temps de l’« haussmannisation » de Paris, annulaire Edmond About faisait présenter à l’Empereur, par le grognard ressuscité de L’Hommeàl’Oreillecassée, le plan d’un Paris nouveau, aussi complet que satirique....
Platon a-t-il voulu railler de même les entreprises géométriques d’Hippodamos ?... Il est un détail, tout au moins, sur lequel l’intention ironique à l’adresse d’un prédécesseur ne semble pas douteuse. Dans les chapitres 178-183 de son premier « discours », Hérodote avait longuement décrit les enceintes, fossés, canaux, portes et tours de Babylone. On avait d’abord, — disait-il, — creusé le fossé et fait avec la terre ainsi extraite des briques que l’on avait cuites au four et que l’on cimentait d’asphalte ; on en avait bâti les bords du fossé, puis la muraille qui avait cinquante coudées royales de largeur et deux cents coudées de haut (25 m. de large sur 100 m. de haut). En haut du mur, on avait construit des bâtisses à façade unique, tournées les unes vers les autres et laissant entre elles le passage d’un char. Sur le pourtour de la muraille, s’ouvraient cent portes, toutes de bronze, avec les montants et les linteaux de même matière. Dans cette enceinte, les maisons à trois et quatre étages étaient divisées par des rues droites, avec des descentes au fleuve fermées par des poternes de bronze, etc. Telle était la Babylone d’Hérodote, et voici la cité de Gadiros :
La butte centrale, dont le dernier fossé faisait une île, — dit Platon, — avait cinq stades de diamètre ; elle était entourée d’une enceinte de pierre avec des tours et des portes sur les ponts où passait la mer. Ils avaient tiré la pierre des pourtours de l’île et de dessous les anneaux intérieur et extérieur ; il y en avait de la blanche, de la noire et de la rouge, et, en même temps qu’ils extrayaient la pierre, ils creusaient en dedans de l’île deux bassins pour navires, qui s’enfonçaient sous la voûte du rocher.... Ils revêtirent de bronze, — comme d’un enduit, — la muraille de l’enceinte extérieure, d’étain fondu la muraille intérieure et d’orichalque aux reflets de feu l’enceinte de l’acropole.
De même que la Babylonie était, par excellence, la terre de l’asphalte, les mines de la Bétique avaient fait de la Tartessos légendaire, puis de la Gadira historique le marché du bronze, de l’étain et de l’orichalque. Et peut-être Platon avait-il déjà sur la pierre de Gadès les mêmes renseignements que, au début du XVIIIe siècle, le P. Labat donnait sur les murailles de Cadix (VoyageenEspagne, I, p. 233) :
Les murailles de la ville sont composées en partie de briques, mais plus communément d’une pierre que l’on prend dans la mer : elle est grise et elle a le grain fort gros ; elle est fort trouée et inégale et semble n’être que du sable amoncelé et congelé. Elle est tendre quand on la sort de l’eau.... On en tire des quartiers fort gros et les dehors de la ville, du côté de l’Est que la mer découvre en se retirant, en sont tous remplis.
Aristophane dans lesOiseauxouvertement raillé les dires d’Hérodote : sa avait muraille de Coucouville-les-Nuées était assez large « pour que, sur le faîte, Proxénidès de Blagueville et Théogénès pussent faire croiser leurs deux chars attelés de coursiers aussi grands que le cheval de Troie» (v. 1125-1129). Sur le modèle d’« une ville fortunée de la mer Rouge» (v. 144-145), le Pisthétairos, un
personnage desOiseaux, projetait et faisait bâtir une cité sphérique, unepolis polique181-184). (v. Polos-polis, avait dit Aristophane avec un gros calembour : tropostrochos, aurait dit ensuite Platon.... Méton, l’arpenteur desOiseaux, expliquait comment il dresserait le plan avec une règle et un compas (v. 1000-1009) :
Puis je prendrai mes dimensions avec une règle droite que j’appliquerai de façon que le cercle devienne carré : au milieu, l’agora avec des rues droites qui y convergent et en partent, comme, d’un astre rond, partent en tous sens les rayons droits.
« Comparez le plan de Thurii dessiné par Hippodamos de Milet», répètent avec [8] Willems les éditeurs et commentateurs d’Aristophane .
O Posidon, — s’écrie Pisthétairos, — quelle hauteur a ce mur ! quels en sont donc les ouvriers ?
Les oiseaux, — répond le Messager. — Pas d’Égyptien porteur de briques, tailleur de pierre ou charpentier ! rien que des oiseaux pour manœuvres ! j’en suis émerveillé ! Trente mille grues de Libye pour apporter les pierres.... Dix mille cigognes pour faire les briques....
Les chiffres donnés par Platon comme mesures de sa ville ne sont pas moins surprenants... La ville aristophanèsque était digne de loger la Vierge Royauté que Pisthétairos exigeait des dieux en juste mariage ; c’était sa dernière condition de paix entre les oiseaux et l’Olympe (1633-1635) : « Héra, je la cède à Zeus ; mais la Vierge Royauté, il faut me la donner en mariage ». A la fin de la pièce, Pisthétairos s’avance, conduisant Royauté sous les chants de l’hymen (v. 1753). Dans la ville de Platon, s’était installée une grande et merveilleuse Puissance de Rois, qui tenait l’empire, non seulement de l’île urbaine, mais de beaucoup d’autres îles et du double continent libyque et européen. Platon fait de cette royauté une description qui semble nous ramener aux habitudes constitutionnelles et juridiques des cités phéniciennes.
Car cette ville royale de Platon et son empire de Rois étaient régis par une double dynastie, issue d’Atlas et de Gadiros, et par huit autres rois, un peu inférieurs, semble-t-il, — au total dix magistrats ou archontes (Critias, p. 113e et 114a), dont la [9] fonction principale était de rendre la justice. A Gadès , comme à Carthage, les auteurs grecs connaissent des rois ; mais les auteurs latins disentsufes, en transcrivant exactement le motshofetque nous connaissons par les inscriptions de Carthage et par l’Écriture : Israël, avant ses rois, eut des sufètes, que nous appelons les « Juges» :
Tite-Live, parlant des sufètes de Gadès, fait remarquer que c’était la plus haute magistrature punique ; à propos des sufètes de Carthage, il dit que leur autorité répondait à peu près à celle des consuls de Rome. Les sufètes étaient, dit Cornélius Népos, au nombre de deux, comme les rois de Sparte.et les consuls romains....
Le titre apparaît souvent dans les inscriptions de Carthage, si souvent même qu’on doit admettre qu’il ne s’agit pas toujours des (deux) chefs de l’État. A ceux-ci, se rapportent sans doute les mentions de sufètes pour indiquer les dates. Mais les sufètes nommés sur des ex-votos ou des épitaphes peuvent avoir été de simples juges : dans la pratique, on devait joindre au motshofet quelque qualificatif permettant de reconnaître de quel magistrat il s’agissait....
« Posidon, — dit Platon, — éleva cinq générations de fils jumeaux. Il divisa pour eux toute l’île Atlantide en dix parties. Au premier-né des deux plus vieux, il attribua la demeure de leur mère et le lot de terre d’alentour qui était le meilleur. Il l’établit en qualité de roi au-dessus de tous les autres qu’il fit archontes. La première couple de rois-jumeaux fut celle d’Atlas et Gadiros ; la seconde, d’Amphérès et Évémon ; la troisième, de Mnaséas et d’Autochthonos, etc.... « Toujours l’aîné était roi, et il transmettait sa royauté à l’aîné de ses enfants.... Des dix rois, chacun, dans la partie qui lui revenait, exerçait le pouvoir sur les peuples de son État, faisait la plupart des lois, châtiait et mettait à mort à son gré ; mais l’autorité des rois les uns sur les autres et leurs rapports étaient réglés par les décrets écrits de Posidon.... »
III Quelle que soit la part de la fantaisie dans la description de Platon, il est quelques détails qui ne sont point imaginaires. S’il a donné à Gadiros sa ville aux multiples enceintes, c’est assurément que ses contemporains connaissaient déjà la lointaine Gadira et là signification de ce nom étranger : les Grecs de Sicile et de Marseille savaient que, en punique,Gadirsignifiait « Enceinte ».
Cadix, qui a remplacé Gadès, est bâtie sur une plate-forme rocheuse de quelque 1500 m. de lon Est-Ouest et 1200 m. de lar e Nord-Sud . Cette late-forme,
[10] aujourd’hui nivelée, était à l’origine un archipel d’îlots entre lesquels la mer circulait ou stagnait. La ville a toujours occupé le plus grand de ces îlots ; d’autres subsistent à quelques mètres du rivage (Castillo de San Sébastian) ou plus au large (los Cochinos, las Puercas, etc.). L’île de Cadix est aujourd’hui reliée à la terre ferme par une bande de sables : sur 15 km. de long, cet isthme n’a, par endroits, que 200 m. de large entre la mer extérieure et le golfe boueux où le Guadalété pousse son multiple delta ; dix et vingt bras de ce fleuve découpent en nombreuses îles la terre ferme. Les 50 km. de rail, qui unissent Cadix à Jerez, franchissent, — dit-on, — neuf bras de fleuve ou de mer et traversent une demi-douzaine d’îles, les unes tout encerclées par le Guadalété, d’autres baignées par lui sur deux de leurs rives, les autres noyées dans les eaux boueuses de la baie.
Gadiros-Eumèlos habitait vraiment une série d’îles, sinon concentriques, du moins juxtaposées, que des ponts ou des levées devaient relier entre elles.
Dans son île principale, Gadiros-Eumèlos avait son temple de Posidon, « avec deux sources, l’une d’eau froide, l’autre d’eau chaude, — dit Platon, — toutes deux d’une abondance généreuse et merveilleusement propres à l’usage par l’agrément et la vertu de leurs eaux». — « Polybe, — dit Strabon, — décrit la source d’eau potable, qui se trouve dans l’Hérakleion de Gadès.... Posidonios prétend que l’Hérakleion a deux sources, et la ville, une troisième.... » Cet Hérakleion était en vérité un temple de Melkart, le dieu des navigations et de la mer, l’émule tyrien du Posidon hellénique.
« L’aménagement soigneux et savant des eaux douces à travers la ville, — dit Platon, — permettait d’y entretenir les plus beaux jardins, avec des arbres de toutes essences, d’une beauté et d’une hauteur divines.» — « Posidonios, — dit Strabon, — raconte qu’à Gadès il est un arbre dont les rameaux se courbent vers le sol et dont les feuilles en forme de glaive ont une coudée de long et quatre doigts de large. »
« Dans l’Hérakleion, — dit Strabon, — on montre deux colonnes de huit coudées, et certains veulent y reconnaître les Colonnes d’Héraklès ; elles portent en vérité les comptes des dépenses que nécessita la construction du temple ; mais ceux qui, au bout d’une longue navigation, venaient y sacrifier au dieu, racontèrent qu’elles marquaient l’extrémité du monde.»
L’autorité des dix rois et leurs rapports étaient réglés, — dit Platon, — d’après les décrets de Posidon. La tradition le leur prescrivait, ainsi qu’une inscription gravée sur une colonne d’orichalque, qui se trouvait au centre de l’île, dans le temple de Posidon.... Lorsque les rois devaient rendre la justice, ils se donnaient d’abord mutuellement leur foi en la forme que voici. On lâchait des taureaux dans l’enclos sacré de Posidon. Les dix rois, restés seuls, priaient le dieu de leur faire capturer la victime qui lui serait agréable ; puis ils se mettaient en chasse, sans armes de fer, avec des épieux de bois et des filets seulement. Celui des taureaux qu’ils prenaient, ils le menaient à la colonne et regorgeaient à son sommet, comme il était écrit : sur la colonne, outre ces règlements, était gravé le texte d’un serment avec les anathèmes les plus terribles contre le parjure....
Est-il besoin de dire que Cadix a toujours saPlazadeTorosoù l’on amène encore, du continent voisin, les taureaux sauvages ? CettePlazaest sur leRecintodelSur, «l’Enceinte du Sud», qui borde la mer libre :
Cadix, — dit leBaedeker (1900), — occupe un site pittoresque sur un bas rocher de calcaire conchylien, baigné presque de tous côtés par l’Océan. De fortes murailles, hautes de 10 à 15 mètres sur environ 6 mètres d’épaisseur, protègent ce rocher contre la fureur des vagues, car la différence de flux et de reflux est de 2 mètres à peu près et même de 3 mètres à marée haute.... La ville se distingue par son élégance et sa propreté. Les maisons brillent d’une blancheur éclatante, qui donne raison au proverbe espagnol, renouvelé de l’arabe : « Cadix est un plat d’argent posé sur la mer». Le marbre, provenant en général d’Italie, a été prodigué avec profusion dans les escaliers, les vestibules, etc. L’espace étant restreint, les maisons s’étagent à une hauteur démesurée.... Les beaux parcs, avec la vue illimitée de l’Océan, la fraîcheur de la brise marine, l’absence de toute fumée et du bruit des voitures, tout cela donne à Cadix un charme enchanteur.... Du large môle de granit, on embrasse d’un coup d’œil la ville imposante du côté du Nord, avec ses manoirs qui dominent laMurallaReal.... La vieille cathédrale se nommeSantaCruzsobralasAguas, parce que la seule source de Cadix jaillit sous son maître-autel.
[11] « Quand on traversait les ports extérieurs , au nombre de trois, — dit Platon, — on trouvait un rempart circulaire commençant à la mer et partout distant de [12] cinquante stades de l’enceinte la plus vaste . Ce rempart était tout entier couvert de maisons nombreuses et pressées les unes contre les autres.... On avait aménagé des temples nombreux pour beaucoup de dieux, force jardins et force gymnases....»
Du haut de la Torre de Vigia (haute de 31 m.), située au point culminant de l’île (12 m.), on a, — poursuit leDaedeker, — une vue illimitée sur l’Océan, la baie de Cadix et la terre ferme, de Rota à Chiclana et Médina Sidonia ; au fond, le Cerro de San Cristobal et la Sierra de los Gazules.... CeCerro et cetteSierracouverte de bois
sont à plus de cent kilomètres, à vol d’oiseau, dans le Nord et l’Est.
Au pied des montagnes et abritées par elles contre les vents du Nord, se déroulent les plaines maritimes du Guadalquivir et du Guadalété, que sillonnent les bras de fleuve et les canaux d’irrigation :
Tout le terrain autour de la ville, — dit Platon, — était plat : cette plaine entourait la ville et était elle-même encerclée de montagnes qui se prolongeaient jusqu’à la mer.... Cette plaine était orientée vers le Sud et à l’abri des vents du Nord. On vantait les montagnes qui l’entouraient et qui dépassaient en nombre, en grandeur et en beauté toutes celles qui existent aujourd’hui. Il y avait dans ces montagnes de nombreux villages riches en habitants, des fleuves, des lacs, des prairies capables de nourrir quantité de bêtes sauvages et domestiques, des forêts en si grand nombre et d’essences si variées qu’elles donnaient en abondance des matériaux propres à tous les travaux possibles.
Pour chacun de ces mots, Strabon (III, 2, 4-6) fournirait un commentaire dans l’éloge qu’il fait des plaines et des montagnes des Turdétans et des Bastétans, de leurs champs de blé, de leurs olivettes, de leurs vignobles (c’est aujourd’hui le pays de Jerez, « la troisième ville de l’Espagne pour sa richesse»), de leurs bois de construction, de leurs troupeaux, de leurs chasses sans fauves, de leurs pêcheries [13] , etc.
IV Je crois qu’il n’aurait fallu à un philosophe de la Renaissance ni grand effort d’imagination ni grandes altérations de la réalité, telle qu’alors on la connaissait, pour tirer une Atlantide d’Asie, ou plutôt une « Cité d’Éden », de certaine ville de mer célèbre parmi les navigateurs et les géographes du temps. L’Aden du XVIe siècle de notre ère est l’exact équivalent de la Gadira-Gadès des VIIIe-Ve siècles av. J.-C. A la porte du détroit qui, de la mer Rouge, conduit aux Indes orientales, Aden, sur la côte de l’Arabie Heureuse, « est le port le plus noble, riche, fort et beau, selon l’apparence du dehors que jamais j’ai vu, pour ce que, si vous regardez son assiette, elle est si superbe et munie naturellement que vous ne sçauriez la contempler, sans recevoir grand estonnement, les édifices y estant beaux, bien faicts, d’une pierre forte et bonnes matières» (A. Thevet,Cosmographie, I, p. 118 et suiv.).
Qu’on lise toute la description que Thevet a tirée des périples d’alors, et l’on ne doutera plus que, en décrivant sa ville de l’Atlantide, Platon ait eu dans l’esprit l’Aden de son temps, l’« Endos » de l’étain, de l’argent et du bronze, le « magazin » des deux rivages qui prolongeaient vers le Sud et vers le Nord les rivages libyen et européen du Détroit, — la porte et l’entrepôt de ce monde atlantique où l’on pouvait loger toutes les Indes et îles Fortunées. Avait-il, durant ses voyages et ses longs séjours en Sicile, rencontré quelque navigateur qui connaissaitdevisu cette ville des richesses ? en avait-il lu quelque description fidèle, dans un récit original de quelque capitaine marseillais ou dans la traduction syracusaine d’un document carthaginois ?... Il est plus que probable que les Hellènes d’Occident avaient traduit [14] depuis deux siècles peut-être les périples d’Hannon et d’Himilcon : il est certain que le premier fut utilisé par l’auteur duPériple deSkylax, vers le milieu du IVe siècle, quelques années avant ou après la mort de Platon.
De toutes façons, c’est au pays de Gadiros-Eumèlos, sur la côte d’Espagne, qu’il faut chercher cette Atlantide et qu’on peut la retrouver, car elle n’a disparu que dans le mythe platonicien : la Rétique de Fénelon en a été comme une autre mouture....
Notes
1. ↑ Sur les débuts de ce renouveau, voir les articles de Mr P. COUISSIN, dans leMercuredeFrance, février-juillet 1927 ; la « Bibliographie de l’Atlantide», publiée en 1927 par MM. J. GATTEFOSSE et A. Roux, ne contient pas moins de 1700 références. 2. ↑ Il ne saurait être question de discuter ou même d’exposer ici toutes les explications qui ont été données du texte platonicien ni toutes les hypothèses géologiques et géographiques auxquelles il a donné naissance ; on peut dire que chaque jour, depuis six ans, en a vu et en voit naître de nouvelles. Je ne ferai u’indi uer la solution ue e ro ose et les rinci aux ar uments ui
me décident. 3. ↑ PLATON, t. X :TiméeetCritias, Les Belles Lettres, 95, boulevard Raspail, Paris. C’est à cette édition que je renvoie une fois pour toutes le lecteur. Il s’apercevra des emprunts que j’ai faits à la belleNotice, tant duTimée que duCritias, et des modifications que j’ai dû faire parfois à la traduction, pour en rendre plus précisément tous les termes. 4. ↑ Cette expression n’était compréhensible à première rencontre que pour les Hellènes familiers avec la légende des Colonnes d’Héraklès. Il avait été un temps où, de Libye en Europe, une large bande de territoire permettait le passage à pied sec. Héraklès était venu, qui avait séparé les deux continents et planté ses deux colonnes sur les deux rives du détroit ainsi ouvert. POMP. MELA, I, 5 :Herculemipsumjunctosolimperpetuojugodiremissecolles atqueitaexclusumanteamolemontiumOceanumadeaquaenunc inundatadmissum. 5. ↑ Voir laVIIeLettrede PLATON, dont la plupart des critiques ne contestent pas l’authenticité (J. SOUILHE,Platon, t. XIII de l’édition Guillaume Budé, p. 333 a). 6. ↑ Le dernier éditeur desOramaritima d’Aviénus, A. SCHULTEN, reporte cette traduction grecque à la fin du VIe siècle avant notre ère, vers l’an 530. 7. ↑ Sur Hippodamos, voir PAULY-WISSOWA (1910), p. 1733 ; voir aussi A. RIVAUD,TiméeetCritias, p. 249. 8. ↑ V. COULON et H. VAN DAELE (Aristophane, III, p. 72), qui renvoient à E. CURTIUS,Hitt.grecque(trad. BOUCHE-LECLERCQ), I, p. 546. 9. ↑ Sur tout ceci, voir ST. GSELL,Histoire..., III, p. 193 et suiv., auquel j’emprunte les citations qui vont suivre. 10. ↑ « Gades fretum adtingit, eaque, angusto spatio et veluti flumine a continenti abscissa, qua terris propior est paene rectam ripam agit, qua Oceanum spectat, duobus promontoriis evecta in altum, médiumlittus abducit et fertin altero cornu ejusdem nominis urbem opulentam, in altero templum Aegyptii Herculis » (POMP. MELA, III, 47). 11. ↑ Pour ces ports intérieurs et extérieurs, H. BORCHARDT a peut-être raison de rappeler les ports de Carthage, les uns à l’entour de la presqu’île, l’autre, de forme circulaire, au milieu de la ville, relié à la mer par un canal (PetermannsMitteil, 1927, p. 19 et suiv.). 12. ↑ Dans sa description de Cadix, dont je ne saurais trop recommander la lecture à tous ceux qu’intéresse la question Gadès-Tartessos, le P. LABAT parle des assauts et conquêtes de la mer sur le rocher et les glacis de la muraille ; il donne un inventaire des ports de Cadix, que l’on pourrait rapprocher du texte de Platon. 13. ↑ Sur ceci, voir A. SCHULTEN,Avieni..., p. 87 et 96-97. 14. ↑ Je voudrais quelque jour exposer très brièvement aux lecteurs desAnnales cette question des périples carthaginois.
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