L'avocat dans la littérature de l'Ancien Régime

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Cet ouvrage, suite de L'avocat dans la littérature du Moyen Age, poursuit, sous l'Ancien Régime, la mise en perspective de la profession d'avocat en tant qu'institution avec son traitement littéraire. Il étudie la représentation de l'avocat à travers notamment Arlequin du théâtre de Fatouville et de Gherardi, les oeuvres de Regnard, Rosimond, Jobé, Lesage, dans Les noces de Figaro de Beaumarchais, ainsi que l'oeuvre de la Fontaine, Molière, Voltaire, Boileau, Diderot...
Publié le : dimanche 1 janvier 2012
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EAN13 : 9782296478145
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L’avocat dans la littérature de l’Ancien Régime
edu XVII siècle jusqu’à la Révolution française Approches littéraires
Collection dirigée par Maguy Albet

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L’AVOCAT DANS
LA LITTÉRATURE
DE L’ANCIEN RÉGIME
edu XVII siècle jusqu’à la Révolution française











L’Harmattan




DU MÊME AUTEUR
Les Bonnes Lettres de l’Avocat. Biarritz : Editions Atlantica, mars
2010, collection dirigée par Véronique DUCHÉ-GAVET.
L’Avocat dans la littérature du Moyen Âge et de la Renaissance.
Paris : l’Harmattan, 2010.















© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-55817-5
EAN : 9782296558175 PARTIE PRELIMINAIRE
SOLEIL ET OMBRES POUR LES AVOCATS
du siècle du Roi Soleil au siècle des Lumières eL’étude du personnage de l’avocat dans la littérature des XVII et
eXVIII siècles nécessite que soient précisés le contexte de la création
littéraire, le statut et le rôle de l’avocat dans la société de l’Ancien
Régime et le contexte juridique et social.
A. Eclipse de la puissance politique des avocats
e1. Les conditions sociales de la pensée des auteurs des XVII et
eXVIII siècles
1On n’écrit pas ce qu’on veut .
Selon Pierre Bourdieu, l’analyse véritablement libre d’une œuvre
repose sur une analyse des conditions sociales de la pensée. La structure
de l’œuvre est la propre structure sociale de l’auteur. Le travail formel de
l’auteur le conduit par conséquent à être le médiateur objectif des
2structures de son temps et pourtant c’est comme s’il n’en parlait pas.
Afin de tenter cette approche des ouvrages étudiés pour mieux
comprendre la représentation qui en est faite de l’avocat, le contexte
global de création littéraire doit être posé.
Le Roi Soleil et son siècle
eLe XVII siècle « doit beaucoup au passé. Entre l’allégresse novatrice
de celui qui l’a précédé, et les découvertes de celui qui l’a suivi, on peut
être tenté de voir en lui un siècle de pause, de réflexion sur l’acquis, et
3d’épanouissement de tendances nées de lui » . Pour Jean d’Ormesson,
évoquer le « classicisme » c’est évoquer une période qui « est dominée
par une certaine idée de l’ordre, de la grandeur, de l’harmonie et de la
4nécessité des règles fixes ». Pour d’autres il n’y a pas de « siècle
5classique » mais il y a un siècle de Louis XIV car jamais tant d’artistes
et écrivains n’ont dépendu à ce point d’un roi. Nec pluribus impar (« il

1 FLAUBERT, Gustave. In BOURDIEU, Pierre. Les règles de l’art, Genèse et structure
du champ littéraire. Points Essais Seuil, 1992
2
BOURDIEU, Pierre. Les règles de l’art, Genèse et structure du champ littéraire,
op.cit.
3 e TOURNAND, Jean-Claude. Introduction à la vie littéraire du XVII siècle. Paris :
Dunod, 1997, page XI
4 ORMESSON d’, Jean. Une autre histoire de la littérature française. Paris : Nil
Editions, 1997, page 41
5
ZUBER, Roger ; CUENIN, Micheline. Le classicisme. Paris : Arthaud, 1990, page 7
9n’a pas son pareil »), c’est la devise du roi soleil, emblème qu’il choisit
dès 1658.
e 6Il existe au XVII siècle (le siècle s’étend de 1610, mort d’Henri IV à
1715, mort de Louis XIV) un rapport évident entre le mouvement qui
conduit au triomphe du classicisme et celui qui assure l’établissement de
la monarchie absolue. Le règne de la raison lucide correspond à celui de
l’ordre et de l’autorité. Sous Louis XIV la bourgeoisie donne à la France
tous ses grands ministres comme ses plus beaux génies littéraires.
L’orgueil de Louis XIV lui fait aimer tout ce qui est grand et majestueux
mais il sait apprécier aussi le franc comique de Molière. Ce souverain
épris de gloire a compris que la postérité l’admirerait d’avoir été le
protecteur lucide et libéral des lettres et des arts. Si le sort du peuple ne
change pas, le nouveau système politique a des répercussions profondes
sur la condition des classes plus élevées, noblesse et bourgeoisie riche.
Pour affirmer la dépendance des grands seigneurs, Louis XIV s’entoure
dans ses conseils de bourgeois comme Colbert, Le Tellier et son fils
Louvois, quitte à les anoblir (Louvois). La noblesse cesse de jouer un
rôle politique de premier plan mais Louis XIV lui réserve les charges
militaires et les plus hautes dignités ecclésiastiques. La vie des nobles se
partage entre l’armée et la cour. A Versailles la subtile hiérarchie de
l’étiquette leur donne des satisfactions d’amour propre ainsi que des
charges honorifiques qu’ils conservent. Mais la personne du roi est
entourée d’un tel culte qu’autour de lui tous les rangs sont en quelque
sorte égalisés et la noblesse de cour se trouve domestiquée. C’est la cour
qui impose la mode, le goût, le bon ton. Si l’on n’a pas « l’air de la cour »
on est ridicule. Mais c’est par plaisir que Louis XIV admet les
gentilshommes autour de lui ; il aime leurs façons et leurs airs, leurs
7grands cheveux bouclés et leurs habits voyants . Le roi reste fier d’être
« le premier gentilhomme » de son royaume.
L’avènement de Louis XIV (1643) est marqué par l’éclatante victoire
de Rocroi. Cinq ans plus tard par les traités de Wesphalie qui mettent fin
à la guerre de Trente ans, la France s’agrandit de l’Alsace. En 1659 la
paix des Pyrénées lui donne le Roussillon et conclut le mariage de Louis
XIV avec l’infante Marie-Thérèse. La guerre de dévolution vaut

6 eLAGARDE et MICHARD. XVII siècle. Paris : Bordas, 1961, pages 7 et suivantes
7
ZUBER, Roger ; CUENIN, Micheline. Le classicisme. Paris : Arthaud, 1990, pages 13
et suivantes
10l’annexion de la Flandre (traité d’Aix la Chapelle, 1668) ; la guerre de
Hollande celle de la Franche-Comté ; la paix de Nimègue en 1678
marque l’apogée du règne et le triomphe définitif de la France sur
l’Espagne : Louis XIV est alors l’arbitre de l’Europe. La guerre de la
Ligue d’Augsbourg (paix de Ryswick, 1697) voit les victoires de Fleurus
et de Steinkerque. Mais pendant les guerres de la succession d’Espagne
(1701-1714) la France envahie connaît des moments difficiles et une
misère extrême. Cependant Villars sauve la situation par la victoire de
Denain (1712) qui permet à la France de maintenir ses positions lors des
traités d’Utrecht et de Rastadt ; mais la vraie triomphatrice est cette fois
l’Angleterre.
Il était inévitable qu’un souverain qualifié de « pacifiste » fît
davantage appel à des civils souvent roturiers, qu’à des hommes d’épée.
Le classicisme
Le classicisme est un humanisme ; pour les grands classiques le
véritable objet de la littérature est l’analyse et la peinture de l’homme,
c’est de la nature humaine qu’il s’agit. L’esthétique est liée à l’éthique :
enthousiasme tempéré par le stoïcisme et primauté de la raison pour
Descartes, idéal du héros cornélien, liberté et grandeur de l’homme du
molinisme dans la première partie du siècle. Lui succède une lucidité
sans désespoir, celle de La Fontaine et de Molière qui ont subi l’influence
du courant libertin mais qui ne croient pas cependant que l’espèce
humaine soit foncièrement corrompue. Enfin c’est le pessimisme
janséniste qui apparaît dans l’œuvre de La Rochefoucauld et de Racine :
l’homme est esclave de son amour propre et de ses passions. C’est
l’analyse de Pascal. La littérature peint l’âme en état de péché,
condamnée à la damnation éternelle si elle n’est pas secourue par la grâce
de Dieu. Il faut quitter le monde et ses tentations si l’on veut échapper à
l’abîme du péché ; ainsi Racine renonce au théâtre. Sous l’influence de
Madame de Maintenon que Louis XIV épouse secrètement en 1684, la
cour elle-même devient austère. Elle sera triste pendant les dernières
années du grand roi.
11Les conditions de la création de l’art
8Le soleil scelle les bouches
Au centre de notre œuvre, fût-elle noire, rayonne un soleil
inépuisable…Si (l’artiste) est grand chaque œuvre l’en approche ou du
moins, gravite encore plus près de ce centre, soleil enfoui, où tout doit
9venir brûler un jour. S’il est médiocre, chaque œuvre l’en éloigne…
10Il est indéniable qu’il y eu un gouvernement des lettres et des arts .
La pratique de l’intervention de l’Etat (colbertisme) est une pratique
générale. De 1660 à 1663 Chapelain remplit la fonction de recruteur de
poètes et aussi d’historiens au nom d’une mission publique et aussi à titre
privé pour Colbert qui était heureux de faire bénéficier le roi de son
réseau de connaissances dans la « république des lettres » internationale
et encyclopédique. Charles Perrault était pour Colbert un véritable
homme de confiance qui non seulement intervenait dans le choix des
artistes mais venait d’être nommé secrétaire de la Petite Académie vouée
à la recherche des moyens louables de répandre et de maintenir la gloire
de Sa Majesté. La condition matérielle des auteurs restait médiocre tant
qu’ils n’avaient pas de part aux grâces du roi. Les quelques dramaturges
célèbres pouvaient sans doute vivre de leur plume : Corneille se faisait
payer chaque pièce par la troupe qui allait la jouer en exclusivité ;
Molière et Racine entraient dans le système des « parts »de
représentation qui servait aussi à rémunérer les acteurs. Mais c’étaient
des exceptions. Les droits d’auteur n’existaient pas. Il est honorable
d’écrire, il ne l’est pas toujours d’être imprimé. Moins libre qu’au XVIe
siècle, la librairie parisienne est moins entreprenante. Le « privilège »
royal remplace toutes les autres permissions d’imprimer. Le mécénat, le
bénéfice d’Eglise, la pension royale sont la rémunération normale de
l’écrivain. Louis XIV distribuait aux écrivains des charges plus ou moins
honorifiques.

8
CAMUS, Albert. L’Eté. Paris : Gallimard, Le livre de poche, page 158
9idem, page 157
10
ZUBER, Roger ; CUENIN, Micheline. Le classicisme. Paris : Arthaud, 1990, pages
27 et suivantes, pages 69 et suivantes
122. La condition des avocats : A mi-distance de la misère et du
11soleil
Ne vous étonnez point : je suis universel,
Et les gens comme moi qui sont dans les affaires
12Ne sauraient pour leur gloire avoir trop de lumières
Louis XIV n’aime pas en revanche le souvenir de la Fronde et il sait
que les baronnies particulières et les usurpations peuvent être le fait
d’hommes de robe autant que de grands seigneurs.
Les avocats appartiennent à la bourgeoisie, au Tiers Etat, leur image
sociale est celle de bourgeois qui peuvent être riches mais qui n’ont pas
le prestige de la noblesse, ni ses valeurs. Ils ne participent plus comme
aux siècles précédents aux destinées politiques du pays. Leur statut est
amoindri par rapport à l’Angleterre selon le marquis d’Argens :
Il ne serait donc pas extraordinaire que l’éloquence fût poussée
plus loin en Angleterre qu’en France. L’ambition peut même y servir
beaucoup. Un habile avocat à Paris gagne cinq ou six cent mille livres
tout au plus, pendant le cours de sa vie : mais quelque éloquent qu’il
soit, sa science et ses talents ne sont payés que d’un salaire journalier ;
13
il n’en doit attendre aucune récompense.
14La Fronde du Parlement (Bernard SUR)
Deux ans après la fin du règne de Richelieu (1645) le Parlement tente
à deux reprises l’épreuve des remontrances à l’initiative d’Omer Talon,
avocat général, Séguier étant Premier Président. Mazarin fait arrêter deux
conseillers. Le peuple soutient le Parlement et élève des barricades. Omer
Talon est exilé. Aussitôt pour le soutenir les avocats se mettent en grève
à l’exception d’un seul avocat Rosé, qui est exclu du barreau. Mazarin
supprime le monopole de plaidoirie au profit des procureurs. Mazarin
rappelle alors Omer Talon et les avocats mettent un terme à la grève. En

11
CAMUS, Albert, in LEBESQUE, Morvan. Camus par lui même. Paris : Seuil, 1963,
page 35
12ROSIMOND. L’avocat sans pratique. op. cit, page 29
13
ARGENS, J. B marquis d’. Lettres juives. (en ligne). (consulté le 17/9/2010).
. Disponible sur Internet : http://abu.cnam.fr
14
SUR, Bernard. Histoire des avocats en France. Paris : Dalloz, 1998, pages 63 et
suivants
131651 à nouveau le Parlement refuse l’enregistrement et tente l’épreuve
des remontrances : cette lutte est celle menée par Omer Talon contre
Mazarin et non contre le roi. L’émeute reprend dans la ville. Le Dauphin
est obligé de quitter Paris et de se réfugier en son château de Saint
Germain en Laye. Mazarin ordonne cette fois l’exil de l’ensemble du
Parlement à Pontoise. Certains magistrats obéissent, d’autres refusent.
Ceux de Pontoise enregistrent les édits mais ne siègent pas car les
avocats refusent de plaider à Pontoise. Alors Mazarin profite de la toute
nouvelle majorité de Louis pour tenter de gagner les esprits. Le jeune roi
tient un lit de justice le 22 octobre 1652 et prononce l’amnistie. Tout
rentre dans l’ordre. Mais le jeune roi n’est pas prêt d’oublier cette
confrontation. Pour en effacer jusqu’au souvenir, il fait détruire les
registres du Parlement couvrant la Fronde.
Le Parlement renouvelle ses prétentions au pouvoir législatif dès
1655. Louis XIV a 17 ans. Il tient un premier lit de justice le 20 mars, se
heurte à un premier refus d’enregistrement. Un second lit de justice se
tient le 13 avril. Louis XIV a convoqué les princes et les évêques, il
déclare :
Chacun sait les malheurs qu’ont produit les assemblées du
Parlement. Je veux les prévenir et que l’on cesse celles commencées sur
les édits, lesquels je veux être exécutés. Monsieur le Premier Président
je vous défends de souffrir aucune assemblée et à pas un de vous de les
demander.
Le Parlement s’incline le 15 avril en envoyant une députation au roi
avec hommages respectueux. Il n’y eut plus de remontrances pendant 60
ans. Mais les avocats ne seront plus appelés aux affaires. Enfin lorsque
Mazarin meurt en 1661, Louis XIV ne reprend pas de premier ministre et
gouverne seul.
Puissance bourgeoise des avocats dans la monarchie absolue
Tallemant des Réaux (1619-1692) cite dans ses Historiettes, recueil de
souvenirs personnels et de conversation recueillies à partir de 1657, le
duc d’Enghien :
Si Voiture était de notre condition…il n’y aurait pas moyen de
le souffrir…Bois-Robert est fils d’un procureur, Ménage d’un avocat ;
14Chapelain d’un notaire. Monsieur de Montausier disait que Balzac
venait d’un valet de chambre de Monsieur d’Epernon, mais cela ne
l’empêchait point d’être son ami. Toutes les origines, toutes les
conditions, tous les rangs sont mêlés dans les premiers choix des
Académiciens, à quelques très rares exceptions près, tous furent des
15hommes de lettres ou s’intéressant aux lettres.
Avocat, notaire, valet de chambre, procureur sont unis pour mieux
les opposer à la noblesse. Cette condescendance devient du mépris
lorsque Tallemand des Réaux évoque l’état d’avocat comme une
dégradation pour un aristocrate qui le deviendrait :
François de Bonne, seigneur de Lesdiguières, était d’une
maison noble et ancienne des montagnes du Dauphiné, mais pauvre.
Après avoir fait ses études, il se fit recevoir avocat au parlement de
Grenoble, et y plaida, dit-on, quelquefois ; mais se sentant appelé à de
16plus grandes choses, il se retira chez lui, en dessein d’aller à la guerre.
L’amoindrissement de la condition d’avocat est exprimé nettement
indépendamment, de la richesse qui en outre peut manquer à l’avocat :
Une de ces filles fut mise par feu Monsieur de Rohan auprès de
Madame de Rohan, qui avait été mariée fort jeune : ainsi Madame Pilou
connut tout le monde à l’Arsenal. Cette connaissance lui servit, et la tira
en quelque sorte du câlinage de sa famille, car son père n’était qu’un
17procureur. …Elle épousa un procureur…qui ne fit pas grand’fortune.
Cette absence de considération de la part de la noblesse est ressentie
par l’avocat et ses proches :
Une fois, Madame de Chaulnes, la mère, lui dit quelque chose
qui ne lui plut pas. « Si vous ne me traitez comme vous devez, lui
ditelle, je ne mettrai jamais le pied céans. Je n’ai que faire de vous ni de
personne ; Robert Pilou et moi avons plus de bien qu’il ne nous en faut,
à cause que vous êtes duchesse, et que je ne suis que fille et femme de
18procureur, vous pensez me maltraiter !

15TALLEMANT des REAUX, Gédéon. Historiettes. Disponible sur internet.
http://abu.cnam.fr. (consulté le 17/09//2010)
16Id.
17
Id.
18
Id.
15L’aristocratie ne s’abaisse à la société d’un avocat qu’en cas
d’extrême nécessité, telle la peste :
La peste vint là-dessus, qui interrompit toutes les galanteries, et
Madame de Gironde fut contrainte de se retirer à Reniez. Par malheur
pour elle, un avocat du présidial de Montauban, nommé Crimel, se
retira dans le village de Reniez. Cet homme était méchant mais il avait
de l’esprit. Il fut bientôt familier avec Madame de Gironde, qui en
19temps de peste ne pouvait pas avoir beaucoup de compagnie.
L’avocat n’est pas un hôte habituel de la Cour :
Cette bonne Madame Pilou, veuve d’un procureur, reçue
20cependant à la cour…
Mais l’aristocratie ne se désintéresse pas du droit et ne craint pas de
mener quelques procès ridicules ; ainsi en est-il de la baronne du
Chevalier à la mode de Fatouville :
J’ai un moulin à vent, madame, il est à moi ce moulin à vent :
on m’empêche de le faire tourner. Je demande la paisible possession de
mon moulin ; cela n’est-il pas juste ? (…) Il y environ cent cinquante
ans que le grand-père de ma partie fit planter proche de ma maison un
bois qui fait à présent tout l’ornement de la sienne (…) Cela veut dire
qu’il fit planter ce bois par malice, pour me boucher la vue, et qu’il
21prévoyait bien qu’avec le temps ce bois deviendrait haute futaie.
L’aristocrate peut avoir pour rivaux amoureux des avocats :
…et ne marchait point sans une foule d’amants, entre lesquels il
y en avait trois plus assidus que les autres : le baron de Marcellus, jeune
gentilhomme de qualité, de la Basse-Guyenne, qui était à Castres pour

19
Id.
20Id.
21 e
FATOUVILLE. Le chevalier à la mode, II, 8. Le théâtre du XVII siècle, tome III.
Paris : Gallimard, La Pléiade, pages 380-381
16un procès ; Rapin, jeune avocat plein d’esprit, et Ranchin, aujourd’hui
22conseiller à la chambre.
L’avocat qui prend sa place dans le champ littéraire devient
consécutivement suspect dans ses compétences juridiques :
On l’appelait le petit oncle, parce qu’il était plus jeune que son
neveu Le Maistre, l’avocat. Celui-ci sans doute, est le plus habile de ses
23frères, au moins en fait de littérature.
Les origines sociales de l’avocat sont diverses et ses compétences
diversement appréciées :
On fait de lui (Monsieur de Nesmond, premier président à
Bordeaux) un conte assez plaisant. Il avait à recevoir un procureur qui
avait été cuisinier. Il l’interrogea ainsi : « Que trouvez-vous le meilleur
à un chapon de l’aile ou de la cuisse ? Distinguo dit l’autre, qui était
bon compagnon ; quand il est rôti, l’aile ; quand il est bouilli, la cuisse.
24Reçu procureur, dit le président, il a dit distinguo.
Du point de vue de la bourgeoisie on peut hésiter à destiner son enfant
à la condition d’avocat ou à celle d’horloger, c’était le cas pour
Rousseau :
Cependant on délibérait si l’on me ferait horloger, procureur ou
ministre. J’aimais mieux être ministre, car je trouvais bien beau de
prêcher, mais le petit revenu du bien de ma mère à partager entre mon
25frère et moi ne suffisait pas pour pousser mes études.
Sous sa plume ironique pointe cependant un autre point de vue que
celui très hautain et indifférent d’un aristocrate à l’égard de la
profession ; il se moque d’une gloire prétendument attachée à la
condition d’avocat, mais c’est par là même la reconnaître :

22
TALLEMANT des REAUX, Gédéon. Historiettes . (en ligne). (consulté le
17/09//2010). Disponible sur internet. http://abu.cnam.fr.
23
Id.
24Id.
25
ROUSSEAU, Jean-Jacques. (en ligne). (consulté le 17/09/2010). Les Confessions.
Disponible sur Internet. http://abu.cnam.fr.
17…J’étais demeuré en quelque liaison avec l’avocat Coccelli, qui
en était le chef. Quelque temps après le directeur de la douane s’avisa
de me prier de lui tenir un enfant et me donna madame Coccelli pour
commère. Les honneurs me tournaient la tête ; et fier d’appartenir de si
près à Monsieur l’avocat, je tâchais de faire l’important, pour me
26montrer digne de cette gloire.
Voltaire évoque la profession à la manière de Tallemant des Réaux et
exprime ainsi la conception de l’ordre auquel il appartient :
- D’où vient cette disette de manœuvres ?
- De ce que quiconque s’est senti un peu d’industrie a
embrassé les métiers de brodeur, de ciseleur, d’horloger,
27d’ouvrier en soie, de procureur, ou de théologien .
L’avocat est reclassé dans son ordre d’origine. Plus loin le géomètre
évoque de la même manière l’avocat à l’homme aux quarante écus :
Les autres qui possèdent leurs portions les font travailler, et
partagent avec eux ; c’est ce qui paye le théologien, le confiturier,
l’apothicaire, le prédicateur, le comédien, le procureur et le fiacre.
Le fossé entre l’avocat et l’aristocrate est de l’ordre des valeurs :
l’aristocrate a le sens de la justice et l’avocat connaît la chicane.
Il me semble que le sens commun d’un gentilhomme peut bien
aller à concevoir ce qui est droit et de l’ordre de la justice, mais non pas
28à savoir les vrais termes de la chicane.

26
Id.
27VOLTAIRE. L’homme aux quarante écus. (consulté le 17/09/2010). Disponible sur
internet : http://abu.cnam.fr.
28
MOLIERE. Monsieur de Pourceaugnac. Paris : Gallimard, Folio, 1971, page 195
1829Le barreau devient indépendant (Bernard SUR)
L’indépendance du barreau se crée par la constitution d’un Ordre sous
l’autorité d’un Bâtonnier, par la création de la conférence du Stage et par
l’influence du jansénisme.
Un Ordre, un Bâtonnier (1662)
Arrivé à la maturité, fort d’une aura incomparable et d’avocats
prestigieux, le Barreau pendant le Grand siècle va se donner les contours
d’une corporation avec son chef, ses règles sévères et sa discipline
rigoureuse. Pendant la longue élaboration du Barreau, le Parlement, par
esprit de famille, le protège, le pouvoir disciplinaire est entre ses mains.
Le Bâtonnier abandonne peu à peu son ancien rôle religieux (le bâton de
Saint Nicolas) mais il n’a pas encore mesuré son rôle de chef. Le doyen a
préséance. Seul le Tableau unit véritablement les avocats car le Conseil
de l’ordre est inorganisé. Vers 1662 le bâtonnier de Montholon s’affirme
comme le chef. Il a autour de lui son Conseil appelé d’abord
« conférence » qui prend l’initiative de la discipline sous l’œil
bienveillant du Parlement. Il rend ses décisions en dernier ressort,
décisions immédiatement enregistrées par le Parlement. Celui-ci restitue
au Barreau une indépendance absolue à l’image de celle que les avocats
ont contribué singulièrement à donner au Parlement (un arrêt en date du
17 juillet 1693 confirme le bâtonnier comme chef de l’Ordre). Les
avocats prennent l’habitude d’élire chaque année leur bâtonnier par le
truchement des délégués : à chaque colonne de la salle des Pas perdus
correspond un banc qui porte un nom. Le premier banc est réservé aux
Anciens. Les onze autres sont présidés chacun par un Ancien. Mais il
s’instaurera une évolution en forme de cooptation : le bâtonnier en
exercice désigne les deux délégués de chaque banc qui composeront le
conseil de l’Ordre et désigneront eux-mêmes le bâtonnier de l’année
suivante. En même temps, les délégués sont chargés de présenter les
vœux de leur « colonne ». Enfin il faut rappeler l’obligation annuelle
d’établissement du Tableau. Les sanctions disciplinaires vont de la
réprimande à la radiation en passant par la suspension. Seules les
décisions des petits barreaux sont soumises à l’appel aux Présidiaux. Le
premier règlement disciplinaire est publié le 22 août 1661 et à partir de
cette époque les conférences de discipline font l’objet de procès-verbaux.

29
SUR, Bernard. Histoire des avocats en France. op.cit, pages 65 à 84)
19La vie de l’avocat du grand siècle est généralement celle d’un grand
bourgeois riche mais il est écarté des affaires du pouvoir. Cette exclusion
dont le Barreau est l’objet de la part du pouvoir royal va le conduire peu
à peu à une sourde opposition qui l’engagera à soutenir le Parlement
lorsqu’il reprendra son droit de remontrance à partir de 1715, et ensuite à
participer de façon active à la Révolution.
La vie religieuse de l’Ordre est très fortement marquée par le
jansénisme et par le gallicanisme. De même d’ailleurs que les
magistrats : les grandes familles de robe, les Lemaistre et les Arnaud vont
être à l’origine de Port Royal. Les avocats restent cependant toujours
attachés à la Monarchie malgré leurs frondes et leurs grèves, sans trop
s’apercevoir qu’ils contribueront largement à sa chute.
A l’audience, les avocats consultants sont admis sur les « fleurs de
lys ». Peu à peu les magistrats accueillent également le Conseil de
l’Ordre et le Bâtonnier ; officiellement à partir de 1707. On plaide ganté
à gauche et avec les doigts de gant enlevés à droite (pour feuilleter le
dossier) et chaperon en tête. Derrière l’avocat, on trouve le procureur qui
lit les pièces (la requête d’abord, puis les conclusions). C’est lui qui
représente le client.
Origine de la Conférence du Stage
Etienne de Riparfonds est un avocat consultant érudit, sa notoriété est
immense. Il a rédigé le « Commentaire de la Coutume du Poitou »
contribuant ainsi à la mise à jour et à la vulgarisation des coutumes de
France. Sa bibliothèque est considérable. Il souhaite que l’Ordre dispose
d’une salle consacrée à la réunion informelle des avocats autour d’une
bibliothèque spécialisée, salle où ils pourraient ensemble discuter des
problèmes de droit. Il lègue dans ce but sa bibliothèque à l’Ordre, à
charge pour celui-ci de louer dans le chapitre de l’archevêché (tout voisin
du Palais) une salle où le fonds de livres serait installé et gardé. Son
confrère Fourcroy est chargé de l’exécution du legs. Riparfonds étant
décédé en 1704, Fourcroy prend aussitôt les mesures nécessaires pour
aménager ce qui allait devenir la Bibliothèque de l’Ordre. Le 5 mai 1708
le Bâtonnier Nivelle procède à l’inauguration très solennelle en présence
du Cardinal de Noailles archevêque de Paris et des hauts magistrats
d’Aguesseau et Lamoignon. Dès l’abord, Nivelle convie les stagiaires à
20transférer leur univers dans cette salle pour étudier et discuter en
présence des anciens les questions de droit qui leur seraient posées dans
les bancs du Palais. Un secrétaire sera chaque année désigné parmi les
jeunes. Magistrats et public seront admis à ces « conférences ». Et les
plus hauts magistrats y assisteront avec assiduité. La première conférence
dite « du Stage » a lieu le 31 décembre 1710 en présence du tout Paris
judiciaire. Les réunions ont lieu dès lors chaque samedi tous les quinze
jours. Depuis Saint Louis les avocats étaient chargés de dispenser leurs
conseils aux pauvres. Anciens et stagiaires y avaient traditionnellement
pourvu. Désormais les deux activités se réunissent. Outre la
jurisprudence on discute des problèmes soulevés par le droit canon, les
coutumes maintenant vulgarisées et le droit comparé soit des Pandectes
(elles aussi mises à la portée des juristes par Cujas et Pothier) soit des
édits et ordonnances. On prend l’habitude de faire l’éloge des grands
avocats décédés (tel le jeune Henrion de Pansey celui de Dumoulin en
1773). Enfin les anciens ne manquent pas de rappeler aux jeunes le culte
de l’honneur tant vanté par Loisel dans son Dialogue. C’est ainsi et pour
longtemps la première grande école du Barreau, fondée non sur des cours
obligatoires mais sur une émulation prodigieusement créatrice. Tout
naturellement et grâce à l’initiative de Riparfonds, la Conférence crée des
talents qui étonnent d’abord pour briller ensuite. Il est certain que le
egrand art d’éloquence de la seconde moitié du XVIII siècle est né dans
ce creuset. Tel que Bonnet l’exprime dans son discours sur la Conférence
du Stage :
« Qu’il me soit permis encore, puisque je parle ici des conférences, de
dire un mot de celles auxquelles on donne l’apparence même d’un
Tribunal, où sous des noms supposés et à l’aide d’une cause feinte, deux
jeunes défenseurs viennent, dans les formes même de l’audience et avec
le ton qui lui convient, s’exercer à la partie la plus importante de
l’éloquence, l’action…Les inflexions de voix que demande la plaidoirie ;
la chaleur qu’elle exige ; les tournures qui lui sont familières ; les gestes
qui doivent l’accompagner ; le ton assuré qui seul fait impression ; la
variation d’accent qui prévient la monotonie ; la facilité d’une discussion
d’abondance ; la rigueur et la présence d’esprit nécessaires pour la
réplique ; toutes ces qualités de l’orateur, indépendantes de sa science et
sans lesquelles sa science ne sert à rien, comment les acquérir si ce n’est
à l’aide de ces fictions prétendues puériles ?

21C’est en élevant la voix, seul sur les bords de la mer, c’est en récitant
ses discours aux vagues écumantes que le prince des orateurs grecs
s’instruisit à allumer dans le cœur des athéniens l’enthousiasme de la
liberté, et à faire trembler, du haut de la tribune aux harangues, le
redoutable Macédonien. »
Les incidents cependant ne vont pas tarder à émailler la vie de la
Conférence. Les magistrats sont choqués de ce que l’on se permette de
discuter les arrêts du Parlement. Depuis 1715 le Parlement soutenu par le
Barreau est engagé dans la grande bataille contre le pouvoir législatif et
prétend donner valeur législative à ses arrêts. La conférence prend donc
un aspect presque séditieux. Mais divers magistrats et des plus célèbres
(Talon, de Thou, Séguier, Harlay, Molé) se dissocient de cette critique et
la conférence persévère. Bien plus, la Chancellerie accorde à la
Bibliothèque le dépôt obligatoire de tous ouvrages imprimés de même
que le Parquet y fait déposer d’office tous les mémoires des avocats.
Après quelques suspensions momentanées du cours de la Conférence
(1713, 1717, 1720) et une longue éclipse due à la faiblesse des bâtonniers
entre 1725 et 1750, l’institution fonctionne jusqu’à la Révolution, encore
qu’à partir de 1780 une certaine désaffection de la part des anciens
amène une perte d’efficacité. Bonnet s’en fait l’interprète en 1786.
Néanmoins la Conférence continue à être la pépinière du Barreau.
Paul Pellison qui n’est pas avocat mais juriste et membre de
l’Académie Française, va prendre la défense de Fouquet, le surintendant
des Finances de l’Etat, privé d’avocat en vertu de l’ordonnance
criminelle de 1537. Il rédige trois mémoires : sur l’administration des
Finances pendant les trente ans du ministère Fouquet, sur les accusations
et sur les vices de la procédure.
Les avocats jansénistes
Jansénius avait publié en 1638 une critique de l’œuvre de Saint
Augustin portant en particulier sur l’étroitesse de l’accès à Dieu et de la
grâce accordée au chrétien. Le pape condamne cette doctrine en 1653. Il
y a cinquante ans que la France est sortie de la guerre religieuse. Le jeune
Louis XIV ne se rend pas encore compte que commence une autre crise,
redoutable : elle participera à l’affaiblissement de ses successeurs et à
l’arrivée de la Révolution.
22eAu milieu du XVII siècle, nombre d’avocats conduits par les familles
Arnaud et Lemaistre vont devenir jansénistes. Toute une élite suit et le
jansénisme s’étend en particulier dans la grande bourgeoisie. Divers
incidents vont émailler la fin du siècle. Mais l’affaire prend une autre
dimension lorsque le Père Quesnel, à Port Royal lui aussi publie le « Cas
de conscience » (1703), livre dans lequel il fait l’apologie de l’œuvre de
Jansénius.
Le pape prend enfin parti par une bulle du 27 mars 1708 et ordonne la
fermeture de l’abbaye. Louis XIV décide la dispersion totale des hommes
et des biens. Jusqu’au cimetière tout sera détruit. Mais l’esprit ne meurt
pas. Clément XI condamne 101 propositions contenues dans le livre de
Quesnel (bulle Unigenitus). Louis XIV ordonne l’enregistrement et le
Parlement, bien qu’hostile, obéit (15 juin 1714). Ce sera bien la dernière
fois car le roi va mourir en 1715 emportant avec lui l’autorité. Les curés
de Paris tentent de calmer le jeu et demandent la réunion d’un concile
pour trancher le différend. Louis XIV fait arrêter nombre de jansénistes
connus et influents.
La définition du mot « avocat » imprégnée par l’évolution de
l’institution

e e Les dictionnaires de la langue française des XVII et XVIII siècles
retranscrivent l’évolution des institutions visible dans les mots : les
avocats aux conseils qui interviennent devant le Conseil du Roi (les
ancêtres des avocats près la Cour de Cassation) voient par un édit de
septembre 1643 leurs commissions érigées en office. Leur discipline est
fixée par un règlement du Conseil de 1738. Parmi les avocats on
distingue d’une part les avocats au Parlement : ce sont ceux qui sont
reçus avocats par un parlement ; cela leur donne le droit de plaider et
d’écrire dans tout le ressort dudit parlement et donc de toutes les
juridictions de la province. Même installés dans une autre ville, ils
gardent toute leur vie l’appellation d’ « avocats au Parlement ». D’autre
part les avocats reçus auprès des autres juridictions prennent le titre au
présidial d’avocats au siège, et à Paris d’avocat au Chatelet. Leur
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