L'imaginaire dans l'écriture d'Ayi Kwei Armah

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Ecrivain controversé, Ayi Kwei Armah (Ghana) rejoint Frantz Fanon dans sa condamnation sans appel du rôle joué dans le processus (néo)colonial par les autorités autochtones. Le premier volume de cette étude était consacré au roman, The Beautyful ones are not yet born (1968). Le deuxième volume s'intéressait à la rupture formelle proclamée avec Two thousand seasons (1973). Ce roman est examiné dans le troisième volume de cette étude, qui s'achève sur le positionnement idéologique d'un auteur en rupture radicale avec les maisons d'édition occidentales considérées comme obstacles majeurs au développement d'une écriture africaine de qualité.
Publié le : jeudi 1 janvier 2009
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EAN13 : 9782296211896
Nombre de pages : 156
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A CATHERINE
A
LA MEMOIRE DE MA MERE
A ELSA ET LOUISE
Remerciements
Je tiens à remercier très chaleureusement mes amis et collègues de Tours et de : Paris sans l'aide desquels cet ouvrage n'aurait pas vu le jour
M.Michel Fabre+ (Professeur Emérite de l'Université Nouvelle)
Paris III, Sorbonne-
Guillaume Cingal, ThierryDomenget, Janine Dove-Rumé, Paul Gaudin, Georges-Claude Guilbert, Evelyne Hamdoun, Mireille Motteau, Martine Pelletier, Chris Thompson, NellyValtat-Comet et Héliane Ventura
Et
un
grand
merci
à
Catherine
pour
son
soutien
et
sa
patience.
TWO THOUSAND SEASONS
Introduction
Les commentateurs deTwo Thousand Seasonssont déroutés par l'originalité esthétique d'une œuvre que Wole Soyinka a qualifié, par euphémisme, "d'inhabituelle" (Soyinka W., 1976, p.67). Leur désarroi transparaît dans les tentatives effectuées par Robert Fraser pour inscrire ce roman dans une tradition littéraire reconnaissable : "Dans quelle tradition Armah écrit-il si tant est qu'ilyen ait une ? S'agit-il d'un retour à la tradition du conte ? Ou d'une tentative de se rapprocher de la parabole ou du mythe ? L'auteur tente-t-il de produire, ou de recréer, un ensemble de légendes, ou au contraire d'indiquer le cheminvers une forme toute à fait nouvelle et pas encore perçue ?" (Fraser R., 1980, p.64).
Une réponse possible est suggérée par Derek Wright pour qui le texte se rattache, malgré son originalité, à la tradition orale des griots et des conteurs : "Il semblerait...qu'Armah ait réussi à façonner une nouvelle forme littéraire à la fois étrange et frappante à partir d'une réutilisation originale des techniques d'une tradition africaine qui relève, en fait, d'une longue ascendance : la tradition du griot/conteur ou de l'historien oral qui parle au nom de toute la communauté et dont les légendes, contes et proverbes font partie de la mémoire communale" (Wright D., 1989, p.222).
Quoiqu'il en soit, tout indique queTwo Thousand Seasons se situe dans la droite ligne d'une évolution dont les principes ont été posés par la contestation menée à l'encontre de l'esthétique occidentale dans le roman précédent. Ayant enfin abouti à une écriture susceptible de réaliser le projet qui fut à l'origine de sa démarche d'écrivain, Armah tente désormais d'effectuer dans le domaine de l'expérience littéraire la rupture épistémologique annoncée par la nouvelle école d'historiens africains. Non contents de réinterpréter les faits du passé, ainsi que le faisaient les historiens de la première génération, celle-ci reproche à ses prédécesseurs d'être restés prisonniers des méthodes pratiquées par
l'école occidentale : "L'historiographie africaniste s'est constituée sous la forme d'une riposte idéologique à l'historiographie occidentale. Mais elle s'est laissée piéger par cette confrontation en devenant un simple reflet négatif de l'historiographie libérale" (Temu A. et SwaiB., 1981, p.x).
Sur le plan de l'esthétique littéraire, la rupture se signale par le rejet non seulement du roman réaliste mais de l'ensemble des théories modernistesvisant à contester la littérarité des oeuvres monologiques.
Il semblerait ainsi qu'Armah a atteint l'ultime phase de l'évolution tripartite décrite par FrantzFanon, celle oùle colonisé, libéré de toute influence étrangère, peut donner libre cours à un militantisme entièrement assumé. De tellesvelléités sont bien présentes dansThe Beautyful Ones...mais ne pouvaient se réaliser pour des raisons aussi bien externes (l'absence d'un public indigène) qu'internes. Parmi celles-ci on peut mentionner le désenchantement provoqué chezArmah par la chute de Nkrumah, sa méfiance (malgré tout) à l'égard des formes populaires, ou encore lavolonté d'exprimer le dilemme du peuple africain dans toute sa complexité.
AussiTwo Thousand Seasonsobéit-il au désir de l'auteur de re-écrire le premier roman, aussi bien sur le plan du contenu (le triomphe des jeunes rebelles peut ainsi être considéré comme la 1 naissance tant attendue des héros éponymes de celui-ci ) que sur celui de la forme. Débarrassé des traits qui dansThe Beautyful Ones...agissaient comme les marques de l'influence occidentale, Two Thousand Seasonsse présente comme le texte idéal oùse réalise pleinement tout ce qui, dans le premier roman, se rattache à la tradition orale.
Parmi les caractéristiques traditionnelles utilisées dans ces deuxoeuvres, on peut signaler les éléments suivants : attaques politiques explicites allant jusqu'à l'insulte ; schéma symbolique
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