L'orphelin

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Richard Gérard-Gambou, ayant perdu son père à l'âge de six ans, raconte son combat pour la vie tout en gardant le ferme espoir d'un avenir radieux aussi bien pour lui-même que pour son pays, le Congo jadis Moyen-Congo. À la veille des indépendances africaines, il en peint ici une belle fresque, rappelant avec émotion la vie attachante, parfois pathétique, souvent magnifique, qui véhiculait une philosophie d'un humanisme fédérateur, d'un altruisme qui commence à déserter les cœurs de ses compatriotes de nos jours.
Publié le : lundi 2 février 2015
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EAN13 : 9782336368818
Nombre de pages : 136
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Richard-Gérard GambouL’orphelin
L’orphelin est un récit autobiographique dans lequel
l’auteur, ayant perdu très tôt son père à l’âge de six ans,
raconte son combat pour la vie tout en gardant le ferme
espoir d’un avenir radieux aussi bien pour lui-même que
pour son pays, le Congo jadis moyen-Congo. À la veille des
indépendances africaines, il en peint ici une belle fresque,
rappelant avec émotion la vie attachante, parfois pathétique,
souvent magnifque, qui véhiculait une philosophie d’un
humanisme fédérateur, d’un altruisme qui commence à
déserter les cœurs de ses compatriotes de nos jours.
Richard-Gérard GAMBOU, enseignant de philosophie L’orphelin
à l’université Marien Ngouabi (République du Congo),
a déjà publié des essais, des poèmes, des pièces de théâtre
et deux recueils de nouvelles dont le dernier est intitulé Récit
Que justice soit faite en 2013.
Illustration de couverture : © Henk badenhorst.
ISbN : 978-2-343-04863-5
9 7 8 2 3 4 3 0 4 8 6 3 5
14 €
HARMATTAN_CONGO_GAMBOU_10_ORPHELIN.indd 1 17/01/15 9:19:43
Richard-Gérard Gambou
L’orphelin










L’orphelin




Richard-Gérard Gambou










L’orphelin
Récit



































































































- Congo


Du même auteur

Poésie
Le Tambour de la liberté,
Éditions Héros dans l’ombre, Brazzaville, 2001
Les boucles d’oreilles, Éditions Bejag-Méri, Paris, 2007
« Thrènes pour Lucie »,
in Anatole Collinet Makosso (Textes réunis par),
Pour Édith, Poésies et témoignages, Paris L’Harmattan, 2009.

Théâtre
La revenante jalouse,
Éditions Héros dans l’ombre, Brazzaville, 2002
La trahison des cœurs, Éditions Lemba, Brazzaville, 2008

Essai
Le rêve de Confucius, essai philosophique,
Éditions Héros dans l’ombre, Brazzaville, 2007

Nouvelles
L’espoir est permis, éditions L’Harmattan, Paris, 2012.
Que justice soit faite, éditions L’Harmattan, Paris, 2013.



















© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04863-5
EAN : 9782343048635







À la mémoire de mon père Gérard GAMBOU
À ses épouses
À tous mes frères et sœurs
À tous nos enfants, nièces et neveux
À tous nos petits enfants
À tous les enfants orphelins du Congo et du monde.






L’orphelin

Il erre, il erre
Dans les méandres de la misère
Sans père et sans mère
Sur cette terre

Il erre l’orphelin
Il connaît la faim
La soif, la peur
Et pourtant son cœur
Aspire au bonheur

Ô Dieu ! Écoute ses prières
Mets fin à ses misères
Qu’il puisse te louer
Tous les jours de sa vie
L’orphelin que tu auras béni !


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I

Mon père avait l’habitude de m’envoyer à Mpangala où sa
maison se construisait. Nous y allions le plus souvent en fin de
semaine et passions la nuit chez tante Mpambou Dorothée, sa
grande sœur.
J’avais encore cinq ans. Nous quittions à bicyclette, le matin de
bonne heure, le district de Mouyondzi. Ma mère prenait
beaucoup soin de moi, elle veillait à ce que rien ne manquât et
faisait en sorte que chaque fois, mon père tînt compte de toutes
ses recommandations. Celui-ci me posait sur une petite selle
fixée sur la barre près du guidon qu’il avait fait fabriquer exprès
pour moi. Je m’y cramponnais de mes petites mains ; puis nous
partions. Nous traversions beaucoup de villages. Ceux-ci
s’étendaient de chaque côté de la route. Nous croisions
beaucoup d’hommes et de femmes qui vaquaient déjà à leurs
occupations quotidiennes ; parfois mon père s’arrêtait et
s’entretenait avec eux. Les bonnes gens étaient toujours
contents de me voir ; ils me souriaient, tenaient mes petites
mains dans les leurs, me caressaient la tête et adressaient de
gentilles paroles à mon père.
Il me semblait que mon père était beaucoup estimé par les
habitants de ces villages. La route était pleine de trous. Les
secousses enflammaient mon derrière de douleur. Je ne me
plaignais pas du tout de peur que mon père ne m’emmenât plus.
J’étais toujours content d’être en sa compagnie. Je la
recherchais d’ailleurs. Lorsqu’il était dans son bureau, comme
le bâtiment de la sous-préfecture n’était pas loin de notre
maison d’habitation, je le surprenais de temps en temps. Ma
mère devenait folle, elle me cherchait partout chez ses voisines.
Les maçons étaient déjà sur le chantier lorsque nous arrivions à
Mpangala. L’emplacement se trouvait au bord de l’unique route
qui reliait tous les villages de ces environs jusqu’à ceux de la
sous-Bouenza au district de Mouyondzi. Derrière la
construction, il y avait des bananiers. Ils déployaient leurs
larges feuilles vertes, devant, près de la route, à droite se tenait
un vieux et haut palmier. Un manguier géant dominait à gauche
une ligne d’avocatiers qui côtoyaient la construction.
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L’emplacement était ainsi bien ombragé surtout aux heures
ensoleillées de la journée. Aussitôt arrivés, nous commencions
par saluer les maçons. Mon père se renseignait sur la marche du
travail. Après, nous saluions les habitants du village, plus
particulièrement quelques parents de la grande famille
traditionnelle.
Les hommes étaient assemblés dans une espèce de case ouverte
à tout vent, ne possédant qu’une toiture en paille sèche. Ils
étaient assis autour du feu, sur des troncs de bois mort et luisant
à force de s’y asseoir, dans leur chaise longue et philosophaient,
tout en tirant sur leur pipe à tabac ou mangeant des arachides
grillées avec des bananes, des ignames cuites sous la cendre
chaude. Les femmes s’affairaient dans les cases pleines de
fumée où il n’y avait pas d’autre ouverture qu’une porte étroite,
les fenêtres n’existant presque pas. Lorsque les mets étaient
prêts, elles les servaient aux hommes ; ces derniers les
consommaient en commun, accompagnant leurs bouchées de
grands éclats de rire.
Mon père me tenait toujours par la main. Je voulais pourtant me
joindre aux petits enfants qui s’amusaient dans la cour, mais
mon père ne l’entendait pas de cette oreille-là. Ces enfants
étaient pour la plupart mal habillés ; ils portaient à peine une
culotte grossière déchirée à maints endroits ; torse et pieds nus,
couverts de poussière. Lorsqu’ils nous voyaient arriver, ils
interrompaient leurs jeux et accouraient vers nous, pour nous
saluer. Mon père serrait toujours leurs petites mains sales dans
la sienne. Moi par contre, j’étais un peu craintif, car ils me
toisaient depuis les pieds jusqu’à la tête. En ce temps-là, je ne
savais pas pourquoi ils me regardaient ainsi. Maintenant,
lorsque j’y pense, je suis certain qu’ils admiraient mes
vêtements, surtout mes chaussures en cuir noir que ma mère
cirait avec un soin maternel.
Lorsqu’ils allaient aux champs, les paysans mettaient leur fusil
en bandoulière, accrochaient une houe sur l’une des épaules et
tenaient une machette à la main. Les paysannes passaient la
courroie du panier sur la tête et disparaissaient derrière le
village. Seuls les vieillards et les enfants restaient au village.
Nous reprenions notre chemin, faisions une petite escale à
Kimpungui où habitait le frère jumeau de mon père, il s’appelait
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Gampika, il avait le pied amputé à la suite d’un accident de
circulation. Avant cet accident, il avait travaillé comme
pointeur au port de Pointe-Noire, puis comme enseignant à
Yamba. Il avait deux filles et un fils en bas âge. Sa femme était
très gentille. L’oncle Gampika m’embrassait souvent, lorsque
nous lui rendions visite. Il me soulevait de ses bras puissants et
me maintenait longtemps au-dessus de sa tête, me souriait, me
parlait avant de me remettre sur mes pieds. Sa maison était
presque isolée des autres maisons de Kimpungui. Elle se tenait
sur la rive droite de la route. Puis, nous continuions sur
Nkengué où habitait leur sœur Mpambou Dorothée mariée à
Nkaya Luc, menuisier à la Mission catholique Sainte-Thérèse
de Nkengué. La tante Mpambou nous réservait un accueil très
chaleureux. Mon père me confiait alors à la tante, et s’en
retournait travailler avec les maçons à Mpangala, pour ne
revenir que le soir à Nkengué chez la tante où nous passions la
nuit.
La maison de la tante Mpambou était construite non loin de la
route. Elle n’était pas du tout extraordinaire, ne dépassait en
rien les autres maisons de Nkengué. Dans la cour, il y avait
deux à trois orangers, derrière la maison quatre palmiers avec
un petit bois de caféiers qui servait de barrière contre les
violents vents du fleuve Niari. L’intérieur de la maison était très
modeste, il y avait à peine quelques meubles qui trahissaient
encore la dernière main du menuisier qu’était son mari ; mais
c’était surtout les murs qui retenaient beaucoup plus le regard
du premier visiteur : des tableaux, richement encadrés et vitrés
représentant des scènes bibliques étaient accrochés aux murs.
Un crucifix pendait au-dessus d’un prie-Dieu en bois luisant.
Sur le prie-Dieu se trouvaient un chapelet et un livre de prières.
Je refusais parfois de rester avec la tante et insistais pour que
mon père m’emmenât avec lui au chantier. Arrivés au chantier,
mm’indiquait une place où je pouvais me donner tout
entier à mes jeux d’enfant. Les gamins du village venaient me
tenir compagnie, nous nous amusions à toutes sortes de jeux
que notre imagination d’enfant pouvait créer. Mon père
changeait d’habits, et se mettait au travail. Il pétrissait la terre,
maniait avec habileté la pelle, transportait d’un lieu à un autre
les briques cuites et les donnait aux maçons. Ces derniers
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faisaient leur travail avec une main de maître. Ils chantaient tout
en travaillant ; leur geste était poétique, leur regard radieux
malgré le dur travail. Ils plaisantaient et riaient.
Lorsque les briques manquaient, ils allaient les chercher à la
briqueterie de la mission catholique de Nkengué. Mon père
louait un camion. Je devais, pendant tout ce temps, les attendre
à Mpangala, jouant à l’ombre du manguier avec mes camarades.
Le bruit du moteur nous annonçait leur arrivée. Malgré ce bruit
fracassant, nous entendions chanter les maçons. Ils venaient
dans une poussière épaisse qui les entourait comme une auréole.
Mon père était assis dans la cabine à côté du jeune chauffeur de
la mission. Les maçons, par contre, étaient assis sur les briques.
Le chauffeur manœuvrait le camion dans la cour avant de
l’arrêter totalement. Le moteur s’interrompait brusquement d’un
coup sec comme un pétard. Les maçons sautaient du camion
tout en chantant, ils esquissaient quelques pas de danse dès
qu’ils avaient atteint le sol. Après avoir été déchargé, le camion
retournait à la mission. Le jeune chauffeur nous disait au revoir
en agitant la main dans sa cabine, un large sourire découvrait
l’éclat blanc de ses dents. Il lançait le moteur dans le silence du
village, démarrait, puis partait. Le camion pétaradait et laissait
derrière lui s’échapper des bouffées de fumée qui se mêlaient au
nuage de poussière.
Le soleil continuait calmement sa course dans le ciel bleu et
serein de la saison sèche. Pendant le repos de midi, mon père et
les maçons mangeaient ensemble à l’ombre du manguier. La
tante Mpambou nous amenait le repas, parfois c’étaient ses
deux filles aînées qui s’en chargeaient.
Un jour à Mpangala, je vécus un événement qui me marqua
longtemps. Je ne me souviens plus à quelle occasion nous étions
revenus, mon père et moi à Mpangala ce jour-là ; pas sûrement
pour les travaux de la construction de la maison que je sache.
Nous étions, je pense, venus simplement en visite. Il était
quinze heures. Je me tenais près du manguier, tout juste au bord
de la route. Soudain, j’aperçus une longue procession venant en
direction de la mission catholique de Nkengué. Un enfant de
chœur, vêtu d’une soutane noire, le col blanc, portait une haute
croix dorée aux extrémités joliment ciselées. Derrière lui
suivaient quatre hommes qui portaient sur leurs épaules les
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