La composition nominale

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Ce volume regroupe des articles consacrés à la linguistique latine, tandis que l'auteur a enseigné durant 40 ans le latin à l'Université François Rabelais de Tours. La première partie traite de la composition nominale, en abordant en premier lieu les problèmes théoriques, la seconde aborde diverses questions de lexicologie et de sémantique latines, domaine dont Léon Nadjo était un spécialiste.
Publié le : lundi 1 mars 2010
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EAN13 : 9782296247116
Nombre de pages : 265
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La composition nominale
Études de linguistique latine

Série Grammaire et linguistique
dirigée par Michèle Fruyt et Michel Mazoyer

Léon NADJO

La composition nominale
Études de linguistique latine

Textes réunis par F. Guillaumont et D. Roussel

Préface de C. Moussy

Ouvrage publié avec le concours de l’E.A. 2115 « Histoire des représentations »
de l’Université de Tours

Centre Alfred ERNOUT
(E.A. 4080 de Paris IV)
Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)
28, rue Serpente, 75006 -Paris

Association KUBABA
Université de Paris I – Panthéon-Sorbonne
12, Place du Panthéon
75231 -ParisCEDEX05

L’Harmattan

LéonNadjo

Illustration: La MosaïqueauxGainesd'Acanthes
Auteur : Marc Lugand
©MuséeVilla-Loupian,Hérault,France
Maquette: J. -M.Lartigaud

Cahiers KUBABA
Directeurde publication: MichelMazoyer
Directeur scientifique: JorgePérezRey

Comité derédaction
Trésorière: ChristineGaulme
Colloques: JesúsMartínezDorronsorro
Relationspubliques: AnnieTchernychev
Directrice duComité de lecture: AnnickTouchard

Comitéscientifique de lasérieGrammaire etlinguistique:
Marie-JoséBéguelin,MichèleFruyt,Anna Giacalone-Ramat,PatrickGuelpa,
LambertIsebaert,EkkehardKönig,RenéLebrun,MichelMazoyer,Anna Orlandini,
DennisPardee,Eric Pirart,PaoloPoccetti,PaoloRamat,
ChristianTouratier,SophieVanLaer,RogerWright

Cevolumeaété imprimé par
©AssociationKUBABA,Paris

© L’Harmattan,2010
5-7,rue de l’École polytechnique,75005 -Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN :978-2-296-10921-6
EAN :9782296109216

Bibliothèque Kubaba(sélection)
http://kubaba.univ-paris1.fr/

COLLECTION KUBABA

SérieGrammaire etlinguistique

DOROTHÉE,Stéphane:À l’origine du signe, le latinsignum
FRUYT,M. /VANLAER,Sophie (éd.):Adverbes etévolution linguistique en latin

SérieAntiquité

AUFRÈRE,SydneyH.:Thot Hermès l’Égyptien
BRIQUEL,Dominique:LeForumbrûle
FREU,Jacques:Histoire duMitanni
FREU,Jacques:Histoire politique duroyaume d’Ugarit
FREU,Jacques:Šuppiluliumaet laveuve du pharaon
MAZOYER,Michel (éd.):Homère et l’Anatolie
MAZOYER,Michel:Télipinu, le dieuau marécage
PIRART,Éric :GeorgesDumézil faceaux démonsiraniens
PIRART,Éric :Guerriers d’Iran
PIRART,Éric :L’Aphrodite iranienne
PIRART,Éric :L’éloge mazdéen de l’ivresse
SERGENT,Bernard:L’Atlantide etlamythologie grecque
STERCKX,Claude:LesmutilationsdesennemischezlesCeltespréchrétiens

LesHittitesetleurhistoire

FREU,Jacques/MAZOYER,Michel, encoll.avec IsabelleKLOCK-FONTANILLE:Des
originesàlafin de l’ancienroyaume hittite: LesHittitesetleurhistoire,vol. 1
FREU,Jacques/MAZOYER,Michel:Lesdébutsdunouvel empire hittite: Les
Hittitesetleurhistoire, vol. 2
FREU,Jacques/MAZOYER,Michel:L’apogée dunouvel empire hittite, vol. 3
FREU,Jacques/MAZOYER,Michel:Le déclin etla chute dunouvel empire hittite,
vol. 4

MélangesLebrun

MAZOYER,Michel /CASABONNE,Olivier:AntiquusOriens: Mélangesoffertsau
ProfesseurRenéLebrun,vol. 1
MAZOYER,Michel /CASABONNE,Olivier:Studia AnatolicaetVaria : Mélanges
offertsauProfesseurRenéLebrun,vol.2

Préface

Je suis heureux de m’associer à l’hommage rendu au Professeur
Léon Nadjo par les collègues et amis de l’Université de Tours qui ont pris
l’initiative de recueillir et publier, en deux livres, ses études littéraires et
1
linguistiques . Les titres retenus pour ces volumes correspondent bien à la
diversité des intérêts de notre ami qui, tout en poursuivant une carrière
universitaire absorbante, n’avait pas cessé de s’intéresser aux questions
relatives à l’Afrique francophone.
Afin de bien comprendre les différentes orientations choisies par
Léon Nadjo pour ses activités scientifiques, dont ces deux recueils
permettent d’apprécier la grande qualité, il est utile de rappeler au préalable
la diversité des thèmes traités dans la Thèse de Doctorat d’État qu’il soutint
en 1980. Sous le titre «L’argent chez Plaute. Étude d’un vocabulaire
technique et de son utilisation littérairechez les comiques et les satiriques
latins de l’époque républicaine», cette étude fouillée l’avait conduit à
explorer des disciplines très diverses, allant de la linguistique à la
numismatique. Les membres du jury avaient apprécié la richesse de
l’information du candidat dans les domaines de la littérature et de la
civilisation aussi bien que dans ceux de la grammaire et de la linguistique. Il
s’était attaché à examiner de façon très méthodique et minutieuse un vaste
champ sémantique où la langue latine est souvent tributaire de la langue
grecque. La version imprimée, parue en 1989 sous le titreL’argent et les
e
affaires à Rome, des origines au IIsiècle avant J.-C. Étude d’un
vocabulaire technique, centrée sur les analyses lexicales, constitue un
volume très précieux pour tous les latinistes; l’index des termes latins et
grecs étudiés, qui compte une trentaine de pages, permet une consultation
aisée de ce très riche ouvrage.
Les études de linguistique réunies dans le présent volume ont été
réparties sous deux rubriques. La première regroupe les articles consacrés à
la composition nominale, un des sujets de recherches favoris de Léon Nadjo,
qui est devenu l’un des meilleurs spécialistes de la question. Les trois
derniers articles qu’il a publiés relèvent de ce domaine de la linguistique où
il a su aussi bien renouveler l’analyse de telle ou telle catégorie de composés
que traiter d’importants problèmes théoriques posés par ce type de formation
des mots. La seconde partie rassemble d’autres études linguistiques, qui

1
Un autre volume paraît en même temps que celui-ci dans la même collection : Léon NADJO,
Du latin au français d'Afrique noire, textes réunis par F.GUILLAUMONTet D.ROUSSEL, Paris,
L'Harmattan, 2010.

portent surtout sur des questions de lexicologie et de sémantique, disciplines
auxquelles il portait également un intérêt tout particulier. Les compétences
de Léon Nadjo s’étendaient bien au delà des domaines illustrés par les
publications qui ont été réunies dans ce volume; pour s’en convaincre, il
suffit de rappeler l’ouvrage intituléLa grammaire du latin, publié en 1994,
où l’auteur a su dominer aussi bien les questions de phonétique et de
phonologie que celles de morphologie et de syntaxe. Ce livre rend de très
grands services à tous ceux qui s’intéressent à la langue latine.
Dans sa Thèse de Doctorat, Léon Nadjo s’était intéressé plus
particulièrement aux comiques et aux satiriques latins. Il est resté fidèle à ces
orientations dans ses études littéraires, comme en témoignent les deux
premières parties du volumeDu latin au français d’Afrique noire. Les
œuvres auxquelles il a consacré, après sa Thèse, des études de littérature sont
encore, pour l’essentiel, celle de Plaute et celle d’Horace, mais l’auteur a
alors beaucoup élargi ses centres d’intérêt, traitant de thèmes aussi variés
que, par exemple, ceux de la mythologie, de la rhétorique, de la critique
littéraire ou encore de l’archaïsme.
La dernière partie de cet autre volume rassemble à juste titre une
huitaine d’articles réunis sous l’intituléLe français en Afrique noire. En
effet, Léon Nadjo, originaire du Bénin, pays qui a joué un rôle intellectuel
primordial dans l’Afrique francophone (les Africains le considèrent comme
le Quartier Latin de l’Afrique), était resté très attaché à son pays natal. Il
était mieux préparé que personne, grâce à sa culture classique et à ses
compétences dans le domaine de la linguistique, à consacrer de pertinentes
études aux relations entre les langues africaines et la langue française, aux
œuvres de certains écrivains d’Afrique noire, à des méthodes
d’enseignement du français ou encore à l’utilité du latin pour les Africains.
Au delà des témoignages que ces recueils apportent sur la richesse
et la diversité des travaux intellectuels de Léon Nadjo, il convient de
souligner combien notre ami, dans ses diverses activités universitaires, a su
se dévouer pour favoriser l’essor des disciplines qu’il enseignait. On
rappellera, par exemple, ses participations à de nombreux colloques
internationaux de linguistique latine, où il intervenait avec pertinence et
prenait plaisir à encourager les jeunes chercheurs. Il était l’un des membres
les plus fidèles duCentre Alfred Ernout, participant régulièrement aux
séances de travail et collaborant avec efficacité à l’organisation des
Colloques organisés par ce Centre de recherches sur la langue latine. Dans
les nombreux jurys de Thèses de doctorat où il a siégé,il savait juger avec
compétence et équité les travaux des doctorants, qui étaient heureux de
bénéficier de sa riche expérience et de ses conseils désintéressés pour
orienter leurs recherches futures. La présidence du jury de l’agrégation de
grammaire, qu’il a assurée avec une grande maîtrise pendant quatre années, a
été également pour lui un moyen d’éveiller parmi les meilleurs candidats des
vocations de chercheurs dans le domaine des études classiques.

12

Enfin, il faut souligner les grandes qualités humaines de Léon
Nadjo, qui, dans ses relations avec ses collègues, a toujours fait preuve de
bienveillance, de désintéressement, de générosité. Il a su également
manifester avec délicatesse sa gratitude envers les Maîtres qui avaient
favorisé son épanouissement. Pour un grand nombre d’entre nous, il a été un
ami plein d’attentions, auquel nous devons, nous aussi, une grande
reconnaissance.

Claude MOUSSY
Professeur émérite à l’Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)

13

Avant-propos

Léon Nadjo est né le 19 avril 1938 à Cotonou, au Bénin (alors
appelé le Dahomey). Agrégé de grammaire (1965), docteur ès lettres (1980),
il fit toute sa carrière universitaire à Tours, à l’UniversitéFrançois Rabelais,
comme assistant, puis maître-assistant et enfin professeurde latin.Samort
brutale, le 10 mai 2005,àunan de laretraite,acausé une profonde émotion
dans sonUniversité et chez les antiquisants et francisantsdeFrance et de
l’étranger, qui étaient très nombreuxàle connaître etàl’apprécier.
Collègue deLéonNadjo pour l’un, élève, puis collègue deLéon
Nadjo pour l’autre, nousavons souhaité rendre hommageàcelui qui fut un
grand professeur et un remarquable latiniste.Nousavons donc entrepris de
rassembler et de publier ses nombreuxarticles scientifiques.Ce volume
regroupe ses travaux de linguistique et sémantique latines.Unautre livre, qui
paraît simultanément dans lamême collection, contient sesarticles de
littérature latine et ceux qu’enAfricain fidèleàses racines, ilaconsacrésau
françaisd’Afrique noire.
Nous sommes vivement reconnaissantsàtous les directeurs de
revues et éditeurs de recueils qui ontautorisé lareproduction desarticles de
LéonNadjo dans le présent volume.Notre projetareçu le soutiende
l’équipe d’accueil «Histoire des représentations» (Université de Tours) et
de son directeur, Jean-Jacques Tatin-Gqu’ils trouvent iciourier :
l’expression de notre gratitude! Nous remercions égalementClaude
Moussy, pour sa belle préface et ses encouragements, Justine Nadjo,
AnthonyRoussel, et enfinMichèleFruyt etMichelMazoyer, qui ont si
chaleureusementaccueilli ce livre dans lacollection «Kubaba».

François GUILLAUMONTetDéborah ROUSSEL

SOMMAIRE

Première partie
De la composition nominale en latin

1.Septimontium, Émile Benveniste et la composition nominale

2. Remarques sur la composition nominale en latin

3. Réflexions surmagnanimuset quelques composés de ce type
(structure, sens, portée stylistique)

4. Composition nominale et cas, en latin

5. Sur deux composés nominaux plautiniens :multibibusetmerobibus

6. Un aspect de la nominalisation dans le lexique latin : la composition

7. Composition nominale et règle de dérivation zéro en latin

8. Réflexions sur quelques apports de la linguistique moderne à l’étude
de la composition nominale en latin

9. Réflexions sur les composés nominaux latins ayant comme premier
membre le nombre trois

10. Les composés nominaux chez Lucrèce

11. Un nom de l’arpenteur en latin :agrim"nsor

12. Linguistique et numismatique : l’exemple du termeTrinummus

Deuxième partie
Autres études de linguistique et sémantique latines

13. Linguistique et latin

14. Les noms de l’épopée en latin et en français

15.Saeculumet la notion de « fin de siècle »

16. Quelques cas de synonymie dans le vocabulaire latin de l’argent et
des affaires

21

37

53

65

75

81

93

101

111

121

135

147

161

175

187

199

17. Oralité,mémoire et style. Quelques exemples chez les écrivains
latins

18. Les dérivés en -biliset le verbe « pouvoir »

19.Desiderantissimo fratrichez saint Augustin

20. Remarques linguistiques sur le calendrier républicain

Troisième partie
Bibliographie complémentaire de Léon NADJO

18

209

219

231

245

Première partie:

De la composition nominale en latin

Septimontium,
Émile Benveniste et la composition
nominale*

La composition est généralement considérée comme un chapitre
de laformation des mots.Elle est donc souvent étudiée, comme la
dérivation,au point de vue morphologique.C'estalors sur lanature des
éléments conjoints (substantif-substantif,
substantif-adjectif,adjectifsubstantif, thème verbal-substantif, etc.) que porte l'intérêt.C'est elle qui
sert de principe de classification.Ainsi dans de nombreuses grammaires, par
exemple dans celle consacréeaux langues romanes par le philosophe
1
allemandFriedrich Diez . Mais ce critère purement grammatical n'est guère
satisfaisant, car il amène à confondre,àtort, dans lamême classe, «
députématimbre-poste »,des composés constitués chire »et «acun de deux
substantifs, mais dont larelation n'est pas identique ; d'où l'importance du
critère syntaxique dans lacomposition. Tel est le point de vue qu'après
d'autres comme Arsène Darmesteter et Charles Bally,ÉmileBenveniste
soutient dans l'une de ces synthèses vigoureuses et brillantes dont ce grand
Maître a le secret, et où, sur plus d'un point, il fait progresser l'analyse.
Après avoir brièvement dégagé et illustré les idées d'ÉmileBenveniste sur la
composition et la méthode qu'il a suivie pour analyser les composés, nous
nous inspirerons de cette démarche pour essayer d'éclairer la structure du
mot latinseptimontium.

Nous avons d'ÉmileBenveniste, sur la composition nominale,
trois articles. Le premier est le résumé d'une communication présentée, le
17 janvier 1948, à laSociété deLinguistique deParis, sur « les rapports de
ladétermination et de la« deuxordres de fcomposition »,aentreits » liés
2
eux .
Le deuxièmearticle, de 1966, intitulé «Formes nouvelles de la
3
composition nominale »,s'intéresseaux composés savants comme

*ÉmileBenvenisteaujourd’hui,Actes duColloque international duC.N.R.S. (Université
FrançoisRabelais,Tours, 28-30 septembre 1983),Bibliothèque del’Information
grammaticale,Louvain-Paris, 1984, tomeI, p. 141-155.
1
Fr.DIEZ,Grammaire deslangues romanes,Paris,F.Vieweg, 1874-1876 (3 tomes) ; tome
deuxième, traduit parAlfredMOREL-FATIOetGastonPARIS,Paris, 1874, livreIII:
ère e
Formation desmots,1 partie,Dérivaption, p. 253-376 ; 2artie,Composition, p. 377-408.
2
B.S.L.,44, 1947-48,Procès-verbaux, p.XLII-XLIII.
3
B.S.L.,61, fasc 1, p. 82-95.Article recueilli dansProblèmesde linguistique générale
(AbréviationProblèmes),II,Paris,Gallimard, 1974, p. 163-176.

21

« microbe », « photographie »,type en plein développement dans le langage
scientifique, etaux cas, de plus en plus fréquents, de « synapsie »— le mot
est une néologie dueà ÉmileBenveniste —, c'est-à-direàceux où «un
groupe entier de lexèmes, reliés pa», surtout pr divers procédésar les
4
joncteursdeetà,forment «une désignation constante et spécifique» :
ainsi de « pomme de terre », « brosseàhabit ».
Le troisièmearticle, le dernier en date — il est de 1967 —, est,
semble-t-il, le plus important, ce que son titre,àlui seul, laisse déjà
5
deviner : «Fondements syntaxiques de lacomposition nominale » .
PourÉmileBlenveniste, en effet, «acomposition nominale est
6
une micro-syntaxe » .Sur ce point, il s'inscrit, d'après nos recherches
personnelles, dans une tradition, rarementadmiseauparavant, mais déjà
vieille de quelques décennies, puisqu'elle remonteau moinsà Arsène
Darmesteter.Avant ce lexicologue et romaniste français,MichelBréal, dans
Lesidéeslatentesdulangage,constate que le lexème5(3-, non
grammaticalement marqué dans des composés comme5(37(%+;x« qui
honore les dieux»,5(3;'383C« donnépar les dieux»,5(3(03C(,;.
« semblablea» etc. n'entretient pux dieuxas lamême relationavec le
second membre, dans ces exemples.C'est donc nécessairementàlapensée
de dégager le rapport entre les deux membres. «C'est », écrit-il, « ce travail
mental de subordination ou d'association que nous sommes obligés de faire,
et pour lequel le langage ne nous fournitaucun secours, queM.Adolphe
7
Régnierajustementappelé lasyntaxe intérieure».Il s'agit bien làde
retrouver mentalement lasyntaxe interne du mot, c'est-à-dire le type de
connexion existant entre ses éléments constitutifs.
Quelquesannées plus tard,ArsèneDarmesteter, dans
l'Introductionàlaseconde édition duTraité de laformation desmots
composésdanslalangue françaisecomparéeaux autreslangues romanes
et aulatin,écrit : «Les rapports qui unissent lacompositionàlasyntaxe
sont trop évidents pour qu'il soit besoin d'y insister.Un mot composé est
8
une proposition en raccourci » .
QuantàCharlesBally, plus nuancé, il reconnaît, toutefois, que les
« vrais composés français, pris dans leur ensemble, se rapprochent
sensiblement des groupes syntaxiques, dont ils ne sont séparés que par de
9
très fines nuances » .

4
Problèmes,II, p. 172.
5
B.S.L.,62, 1967, fap. 15-31sc. 1,=Problèmes,II, p. 145-162.
6
Problèmes,II, p. 145.
7
MichelBREAL,Lesidéeslatentesdulangage,Paris,Hachette, 1868, p. 17.
8
ArsèneDARMESTETER,Traité de laformation desmots composésdanslalangue française
ème
comparéeaux autreslangues romaneset aulatin,revue, corrigée et en p2 édition,artie
refondue,avec unePréface parGastonPARIS,Paris,E.Bouillon, 1894,Introduction, p. 5.
9
CharlesBALLY,Linguistique générale etlinguistique française,seconde édition entièrement

22

Si la composition ressortitdoncàlasyntaxe, il fautalors
considérer chaque classe de composés « comme latransformation d'un type
10
d'énoncé synta» .xique libreCe sont ces modèles syntaxiques
sousjacentsaux composés qu'ÉmileBenveniste essaie de dégager, en partant
d'un principe et en prêtantattentionàdeux facteurs d'importance inégale :
larelation logique, critère essentiel dont découle lastructure formelle.
Quantau principe, il consisteàposer « qu'un composé comporte toujours et
11
seulement deux termes ».Il peut, en fait, y enavoir plus de deux, comme
dansnewspaper-seller,de journ« vendeuraux »,mais intervient une
hiérarchie quiamèneàconsidérer comme unique le composé entrant
luimême en composition.
ÉmileBenveniste enarriveainsiàdiviser les composés en deux
grandes classes : celle, qui comprend plusieurs sous-classes, des composés
« uniplanaires », c'est-à-dire dont larelation est limitéeaux deux membres,
celle des composés «biplanaires »,entendons dont larelation excède les
12
deux membres.Illustrons succinctement chacune de ces grandes classes
par quelques exemples, surtout pour montrer en quoi il yaprogrès par
rapportàun prédécesseur comme Darmesteter.
Soit, dans lapremière grande classe, le type qui comporte un
premier terme nominal déterminant et un second, verbal, déterminé, comme
en grec3C;*03.3.#« quidit du mal de, détracteur »,en latinaquilifer
« porte-enseigne »,enanglaisgoal-keeper« ga», en frrdien de butançais
13
« porte-enseigne ».Analysons lastructure syntaxique sous-jacenteà
aquiliferqui vient de*aquilaferos.Lavariante syntaxique libre estaquilam
fert.En lacomparantà*aquilaferos,on constate que, dans le premier
membre du composé, il ya abolition de toute marque casuelle ; larection est
implicite, peut-être marquée par l'ordre ; mais ilapparaîtaussi que, dans le
second membre du composé, il yatransformation de laforme verbalefert
qui estactuelle, dans lamesure où elle exprime lapersonne, le temps, le
mode, lavoix, en un nom verbal*-feros,qui est virtuel, caraquilifer
désigne une fonction non forcément liéeàune circonstance particulière.
Voilàpourquoi, dans le composé, il n'yade variation paradigmatique que
dans le cadre nominal. Cetteabsence d'éléments d'actualisation dans le
composé est illustrée, en français, parexemple, par ladifférence entre « fils
14
de roi » et « fils du roi ».

refondue, Berne, A.Francke, 1944, p. 98.
10
É.BENVENISTE,Problèmes,II, p. 146.
11
É.BENVENISTE,Problèmes,II, p. 146.
12
É.BENVENISTE.Problèmes,II, p. 146.
13
En français, l'ordre est inversé, mais larelation entre les deux termes est identiqueàcelle
desautres vocables.
142
Sur ce point, voir, par exemple,Ch.Bally,Linguistique générale etlinguistique française ,
p. 94.On sait queCh.BALLY(ibidem)nomme « composé un syntagme virtuel caractérisé qui

23

Une telle analyse permetaussi de constater que, dans les langues
anciennes, un mot composé comporte souvent un premier membre réduità
un thème et qu'il n'yaque le second qui soit marqué morphologiquement.
Même si le français conjointdes mots plutôt que des thèmes, ne faudrait-il
pas voir, comme nous le pensonsaussi, dans
laformeportedeporteenseigneun simple thème ?Cette solution nous paraît préférableàcelle de
Darmesteter— ilanalysaitportedansporte-enseignecomme un impératif,
15
deuxième personne— ouàcelleàlaquelle se rallieM.HenriMitterand :
e 16
« forme figée de lade l'indic3 personnea.tif présent »
Mais il yaplus : l'analyse de lavaleur du présent dans les
variantes syntaxiques libres des composés comme.#643o)3;63C« qui
produit des fruits» et6()C3.,3o;(« quitransporte samapermetison »à
17
ÉmileBenveniste dedistinguer ces deux types de composés, surtout le
second, où il fait toutàfait preuve d'originalité : là*-)3;63Creprésente la
transformation d'un présent qui prédique une propriété inhérente ; ici
*)(6(;- représente latransformaprédique un procèstion d'un présent qui «
effectif ».
Il est encore d'autres points sur lesquelsÉ.Benveniste fait preuve
d'originalité : c'est le cas pour lesbahuvruhi,encoreappelés composés
18
possessifs ou «exocentriques »:ainsi du grec<;.+C43'«aux pieds
agiles »,du latinbipes«àdeux pieds», de l'anglaisblue-eyed«aux yeux
bleus », du françaisrouge-gorge« (oiseau)àgorge rouge ».
Intéressons-nous, par exemple,àrouge-gorge.Arsène
19
Darmesteter tantôt lui refuse le sta, ttut de composéantôt s'y résout en
20
raison de «l'unité d'image »et du cha.ngement de genreMais il y voit
surtout un juxtaposé par synecdoque. «En somme, l'ellipse dans ces
composés, écrit-il, est celle qui caractérise l'apposition.Un bon bec est une
femme qui est un bon bec ; le rouge-gorge est l'oiseau qui est un
rouge21
gorge ».Manifestement, l'analyse piétine.Elle reste encore superficielle,
quand on se contente de classer « rouge-gorge » parmi les composés formés
22
d'unadjectif et d'un nom, dans lesquels l'a.djectif est épithète du nom
En réalité, il s'agit d'unbahuvruhi.Nos recherches nous ontamené
àconstater que ce trait était déjà apparuà MichelBréal, en 1868, puisque,

désigne, en lamotivant, une idée unique ».
15
A.DARMESTETER,op.cit.,p. 168-234.
16
H.MITTERAND,Lesmotsfrançais,Paris,P.U.F., 1963, p. 53.
17
É.BENVENISTE,Problèmes,II, p. 152-155.
18
Sur lacritique de cette dénomination qui se réfèreà« unegéométrie hasavoirrdeuse »,
É.BENVENISTE,Problèmes,II, p. 156.
19
A.DARMESTETER,op.cit.,p. 50.
20
A.DARMESTETER,op.cit.,p. 61.
21
A.DARMESTETER,op.cit.,p. 62, note 1.
22
Voir, par exemple,H.MITTERAND,Lesmotsfrançais,p. 53.

24

23
pour lui, «un rouge-gorge, un blanc-bec sontdes composés possessifs ».
Mais c'està É.Benveniste que revient le mérite d'enavoir dégagé la
structure complexe— sagorge est rouge ou ilaune gorge rouge — et d'y
avoir vu deux prédications : une prédication de qualité « gorge est rouge » ;
une prédication d’attribution « gorge-rouge està(lui) », dont l'indice est le
prédicaêtret d'existence «à» quiappelle forcément «unattributaire,
24
exprimé ou non ».De plus, cette prédication d'attribution est
corrélativement marquée dans laforme du composé :ainsi;x9.-<devient-il
*-<;.+xd« eye » est-ilaffecté du suffixe-eddans « (blue)-eyed » et «
rougegorge » change-t-il de genre par rapportàgorge.
Nous voiciau terme de ce premier mouvement.Il nousaparu
nécessaire, pour mieux dégager l'originalité d'É Benveniste sur la
composition et de saméthode d'analyse, de les situer dans une perspective
diachronique.En recherchantainsi ce qu'il doit probablementàses
prédécesseurs, nous pouvons mieux mesurer l'importance de sonapport.
Mais cette tâche ne fut possible qu'àforce d'investigations personnelles très
instructives, car elles nous ont permis d'apprécier lavigueur et lapuissance
intellectuelles d'ÉmileBenveniste.Nousallons, maintenant, tester sa
méthode, en l'appliquantàl'étude du motseptimontiumdont laforme même
aété controversée.Il nous faut donc l'établir,avant de lasoumettreà
l'analyse.

SamuelBallPlatner etThomasAshby, dans leur ouvrage intitulé
A topographical dictionaryofancientRome,écrivent,s.u.septimontium:
«The whole subject of theseptimontiumis complicatedand quite
25
obscure ».Et ils ont, en grande partie, raison, car quelques lumières que
l'on propose, il reste des zones d'ombre.De plus, ce problèmeardu requiert
en histoire des religions, enarchéologie, en topographie et en urbanistique
romaines, une compétenceavérée que nous n'avons pas, malgré l'abondante
26
bibliographie dépouillée.Il faudrait fa, ici,ire référenceàcertains travaux
27 2829
deD.Dd'etlefsen ,A.M.Cdeolini ,H.Jordan ,parfois en collaboration

23
M.BREAL,Lesidéeslatentesdulangage, p. 19.
24
É.BENVENISTE,Problèmes,II, p. 156.
25
SamuelB.PLATNERandTh.ASHBY,A topographical dictionaryofancientRome,Oxford,
UniversityPress, 1929, p. 473.
26
On se borne, ici,àquelques références.D'autres seront évoquéesau cours du
développement.Mais le point de vue privilégié dans cette communication rend inutile une
bibliographie exhaustive sur lesaspects non linguistiques du problème soulevé.
27
D.DETLEFSEN, «Iscrizioni del pago gianicolense »,Bulletin de l'Institutde Correspondance
Archéologique, 1861, p. 48-63, notamment p. 57-63.
28
A.M.COLINI,StoriaetopografiadelCelio nell'antichità, dansAtti della Pontificia
AccademiaRomanadiArcheologia, sérieIII,Memorie, t.VII, 1944.
29
H.JORDAN,Topographie der StadtRom im Altertum,I, 1,Berlin, 1878.

25

30 3132 33
avecCh.Huelsen ,d’O.Rdeichter ,G.Wissowa, deS.B.Platner ,
34 3536
d'E.Gjerstaded ,G.Lugli ,deP.Grimaetc., rell ,atifs, de près ou de
loin,àcette question controversée dont nous étudierons surtout l'aspect
linguistique.Voici quelques éléments du dossier : ils consistent
essentiellement dans les cinq textes suivants, qui parlent deseptimontium:
1. Vbinuncest Roma,Septimontium nominatumabtot montibus
37
quospostea urbsmuris comprehendit... (Varron,L.L.V, 41, l)
//SeptimontiumTurn:septem montiumF: erat olim
SeptimontiumMuell.//
2.DiesSeptimontium nominatusabhis septem montibus, inquis
38
sita Vrbsest;feriae non populi,sed montanorum modo …
(Varron,L.L.VI, 24)
3.Septimontium.. .ap>pellaturmense <Decembri … posteum,
qui diciturin>FastisAgonalia, <quod eo die inseptem
m>ontibusfiunt sa<crificia : Palatio,Velia,F>agutali,Subura,
39
<Cermalo,Caelio,Oppio>et Cispio. (Festus, 458, 1-5, éd.
Lindsay)

30
H.JORDAN- Ch.HUELSEN,Topographie der Stadt Rom imAltertum,IBerlin, 1907., 3,
312
O.RICHTER,Topographie der Stadt Rom ,München, 1901.
32
G.WISSOWA, «SeptimontiumundSubura», dansGesammelteAbhandlungenzur
römischenReligions-undStadtgeschichte,München, 1904, p. 230-252.
33
S.B.PLATNER, « TheSeptimontiumand the seven Hills »,ClassicalPhilologyI, 1906,
p. 69-80.
34
E. GJERSTAD, « TheFortifications ofEarlyRome », dansOpuscula Romana,I,Lund,
1954, p. 50 et suiv.
35
G.LUGLI,Imonumentiantichi diRomaesuburbio, 4 vol.,Roma, 1931-1940.Idem,Roma
antica,Ilcentro monumentale,Roma, 1946.Idem, Fontesadtopographiamueteris urbis
Romae pertinentes, 4 vol.,Roma, 1952-1957.
36
P.GRIMAL, «L’enceinte servienne dans l'histoire urbaine deRome», dansMélanges
d'Archéologie etd'Histoirepubliés par l'ÉcoleFrançaisedeRome, 1959, p. 43-64 ; not. p.
6364.
37
«L'emplacementactuel deRomeavait reçu le nomdeSeptimontium,en raison des sept
hauteurs que laville englobaultérieurement da».ns son enceinteNous empruntons cette
traductionainsi que l'apparat critique de ce passageàl'excellente édition du livreVduL.L.de
Varron parJ.COLLART:Varron,De lingua Latina,LivreV.Texte établi, traduit etannoté par
J.COLLART,Paris,LesBellesLettres, 1954.
38
«Le jour duSeptimontiumaétéainsi nomméàcause de sept hauteurs qui servirent
d'emplacementàlaville ; c'est un jour de fête non pour le peuple, mais seulement pour les
habitants de ces hauteurs ».
39
Telle est, pour ce passage lacunaire, larestitution proposée parW.M.LINDSAY. En voici
une traduction : «On nommeSeptimontium,au mois de Décembre…après le jour dit dans
lesFastesAgonalia(Agonales), parce que, ce jour, sur sept hauteurs on offre des sacrifices :
sur lePalatin, la Velia,auFagutal, dans la Subure, sur leCermalus, leCaelius, l'Oppius et le
Cispius ».

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