La Kahéna

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Femme juive et berbère, la Kahéna exprime et concrétise les idées les plus diverses et les plus contradictoires. Elle a servi de support à différentes causes : la cause coloniale, la cause berbère, la cause des femmes... Son exploitation, voire sa récupération, par les écrivains qui ne cessent de s'emparer de la richesse de son destin, pour le modifier et le transformer, la consacrent mythe littéraire à part entière.
Publié le : mercredi 1 février 2012
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EAN13 : 9782296482449
Nombre de pages : 273
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La Kahéna Un mythe à l’image du Maghreb
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56793-1 EAN : 9782296567931
Noureddine Sabri
La Kahéna
Un mythe à l’image du Maghreb
L’Harmattan
Critiques Littéraires Collection dirigée par Maguy Albet
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INTRODUCTION La Kahéna, quel mythe ?
Reine de la tribu des Djéraoua, La Kahéna a conduit la résistance berbère, vers la fin du VIIe siècle de l'ère chrétienne, lors des dernières tentatives arabes pour conquérir le Maghreb et le cœur de ses habitants par la nouvelle foi qui avait pu s'imposer en Orient quelques décennies auparavant. Après la mort de Kouceïla, le chef de la tribu des Aouraba, c'est autour d'elle que la résistance berbère s'est organisée. Sur ce contexte général, les historiens qui se sont intéressés à ce personnage ont greffé des traits touchant à l'individu. La femme, la mère, l'amour incestueux, s'additionnent à la royauté, la guerre, les tactiques guerrières, le VIIe siècle maghrébin et les différents groupes ethniques présents alors au Maghreb, Vandales et Roums, deniers survivants d'une Rome décadente, Berbères et Arabes, ... Tout y est ou presque.Ces motifs s'articulent visiblement selon deux plans, l'un personnel, l'autre collectif. Ils sont dès lors capables de figurer et d'exprimer des aspirations et des contradictions du même ordre. Dans la mesure où cette époque et ces personnages sont capables de figurer une manière, acceptée ou contestée, de penser l'histoire, ils sont aussi capables de résonner de toutes les approches idéologiques collectives. Même lorsqu'elle est appréhendée dans une vision individualiste, l'héroïne met en scène un contexte collectif à travers lequel se joue le sort de groupes et de peuples entiers.C'est ainsi qu’apparaît cette figure féminine, éclairant presque exclusivement ce que l'on a appelé "les siècles obscurs du Maghreb". L'héroïsme qu'elle incarne n'a pourtant pas suffi pour dégager complètement son destin des ténèbres du Haut Moyen Age maghrébin. A force de vouloir élucider l'existence qui a pu être la sienne, les historiens ont, au contraire, contribué à rendre de plus en plus flous certains détails qui, au départ, semblaient clairs. Les chroniques et les récits historiques où La Kahéna a figuré au départ, seulement quelques siècles après la Conquête du Maghreb, l'examen critique et la mise en question de ces sources, et enfin les discussions suscitées par ces dernières tentatives de rétablir l'objectivité scientifique de l'histoire, tous ces discours ont en somme contribué à mythifier La Kahéna. En voulant concrétiser son existence unique, les historiens en ont paradoxalement fait une espèce d'être multiple et aux contours incertains que l'on se pressera de remodeler au gré des individus et de la discipline qu'ils défendent. La Kahéna se trouve transférée au domaine du mythe, évidemment par opposition à l'histoire. Ce mythe est en fait recréé à partir de l'histoire à laquelle cette figure a échappé par sa complexité et à cause de la volonté de la réduire à un destin unique et exemplaire.Mais, au cours du chemin qui a mené La Kahéna de l'histoire vers le mythe, la littérature va l'intercepter. La figure aura, à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, c'estàdire à partir du moment où des auteurs français s'y intéressent, une double carrière, l'une historique, l'autre littéraire. Tout en restant distinctes et parallèles, ces deux carrières verront agir activement
l'histoire sur la littérature, la première discipline ayant toujours constitué une matière particulièrement riche souvent utilisée par cette dernière. Devenue thème littéraire, la figure mythique de La Kahéna ne cessera d'être reprise et accédera par là au statut de "mythe littéraire".LesMythologiesde Roland Barthes montrent à quel point le "mot" mythe peut, de nos jours, être chargé d'un contenu péjoratif et mesquin tout en se confondant avec le mot "légende". Le mythe peut être synonyme de tromperie, comme il peut être un simple euphémisme pour désigner un mensonge se présentant sous l'aspect d'une réalité. Le flou que les historiens ont jeté sur l'existence de La Kahéna et sa récupération par différents courants idéologiques peuvent donner cette coloration au destin de l'héroïne berbère. Le mythe de la Kahéna peut aussi s'apparenter au sens religieux ou ethnologique du mythe. Mythe plutôt négatif, le destin de La Kahéna peut en effet servir à expliquer l'histoire du Maghreb, ou les résultats de cette histoire.Les fonctionnements du sens lié aux évocations du personnage en question reposent aussi sur la multiplicité de ses apparitions dans plusieurs récits historiques, à différentes époques, et qu'il faut envisager à la fois conjointement et séparément. Cela amène à voir comment s'opère son intégration au domaine de la littérature. Cette intégration, qui positionne solidement La Kahéna au sein de l'histoire et au sein de la littérature, ne doit pas nous faire perdre de vue le double fonctionnement des textes littéraires qui génèrent aussi une perspective mythifiante. L'élargissement de la notion de "mythe littéraire", qui s'est opéré dès les premières tentatives pour le définir, en englobe deux aspectsd'une importance capitale. Il faut prendre en considération à la fois la signification des textes et le contexte qui les voit apparaître, aussi important que le contenu, parfois univoque, des œuvres littéraires. La préformalisation du scénario mythique à partir des écrits historiques et sa très grande mobilité font de lui une notion toute relative à l'époque et aux écrivains qui s'en servent.Le fait que tel ou tel texte soit un mythe, une épopée ou un récit historique ne provient pas tant d'un matériau qui définit le mythe en tant que tel que du statut du texte dans une 1 culture donnée ”dit à juste titre Aziz Al Azmeh dans son étude qui montre la quasiabsence de frontières entre histoire et littérature au sein de l'historiographie arabe médiévale.La mise au point faite récemment par Claude de Grève à propos de la notion de "mythe littéraire" laisse entrevoir une priorité donnée à la mythologie gréco latine, qui nous semble extrêmement réductrice. La critique essaie de relayer directement le mythe littéraire au mythe ethnoreligieux, en se plaçant exclusivement du point de vue des textes et non pas de celui de l'utilisateur, ou des utilisateurs, externes, des textes littéraires qui sont, à eux seuls, à même de forger leurs propres mythes. Pour elle, le "mythe littéraire" est une "élaboration esthétique" d'un mythe préexistant, dont Faust est l'illustration parfaite. "Goethe, dit la critique, a su fondre en son héros personnage mythologique et personnage 1  A z i z A l  A z m e h , “ H i s t o i r e e t n a r r a t i o n d a n s l ' h i s t o r i o g r a p h i e a r a b e ” , i n A n n a l e s Économie, Sociétés, Civilisations,marsavril 1986. p. 413.
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