La lecture des Aventures d'Arsène Lupin

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En fondant son étude sur Les Aventures d'Arsène Lupin, l'auteur a cherché à comprendre les principes ludiques qui sous-tendent le roman policier : jeu de l'auteur avec le personnage et avec le lecteur et jeu du lecteur avec les textes. Le lecteur dépasse rapidement le "plaisir préliminaire" procuré par la séduction formelle et la découverte d'un homme aux identifications multiples qui a placé sa vie sous le signe des simulacres. Il est étonné de découvrir qu'il a été, en réalité, à la rencontre de lui-même.
Publié le : vendredi 1 octobre 2010
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EAN13 : 9782296266506
Nombre de pages : 209
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La lecture desAventures d’Arsène Lupin
Dujeuau“je”

AnissaBellefqih

La lecture desAventures d’ArsèneLupin
Dujeuau“je”

L’Harmattan

© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN:978-2-296-12965-8
EAN:9782296129658

À lamémoire de l’Absent-Présent,
moncompagnondevie…

À Mahmoud etIhsan-Réda,
Porteursdemémoire et d’avenir.

* Il est dommage d’atteindrelamer pour n’ypuiser qu’une
cruche d’eau, alors qu’onytrouve des perlesetcent mille
choses précieuses.L’eauquelle est savaleur ?Cetunivers
estune écumepleine de brindilles.Àcause dumouvement
desvagues, dubouillonnementdelamer, cette écume
revêtune certaine beauté.

*Si tuapprofondisun sujet, c’est parcequ’en toigît la
racine.

Djalâl-ud-DînRûmî,Le livre dudedans

1
LESAVENTURES D’ARSÈNE LUPIN

*C.C.
A.L.G.C.
C.A.L.
A.L.
R.A.L.
B.C.
A.L.H.S.
A.C.
*D.Y.V.
H.C.H.
813
E.O.
T.O.
I.T.C.
*D.T.
H.P.B.
A.B.C.
C.E.
D.M.
B.Y.V.
F.D.S.
V.B.M.
C.V.
*M.A.L.

La Comtesse de Cagliostro.
Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur.
LesConfidencesd’ArsèneLupin.
ArsèneLupin.
LeRetourd’ArsèneLupin.
LeBouchonde cristal.
Arsène Lupincontre HerlockScholmès.
L’Aiguille creuse.
LaDemoiselle aux yeux verts.
LesHuitcoupsdel’horloge.
“813”.
L’Eclatd’obus
LeTriangle d’or
L’Ile auxtrente cercueils
LesDentsdutigre
L’Homme àlapeaude bique
L’AgenceBarnettetCie
LeCabochond’émeraude
LaDemeuremystérieuse
LaBarre-y-va
LaFemme auxdeuxsourires
VictordelaBrigademondaine
LaCagliostro sevenge
LesMilliardsd’ArsèneLupin

À noterquela bande dessinée a adaptéplusieurs romans (Edit.Claude
Lefrancq,Bruxelles):
-LeBouchonde cristal (1989),
-813, (LaDoublevie, 1990;LesTroiscrimes, 1991)
-LaDemoiselle aux yeux vertsen 1992,
-L’Aiguille creuse(1994).

9

SOMMAIRE

• INTRODUCTION …………………………………………………….

• PREMIERE PARTIE. A. LUPIN,PERSONNAGE MASQUE……..
CHAPITREI.MULTIPLES FORMES DU MASQUE…………………..……..
1.Le corps travesti …………………………………………….....……..
2.L’espace masqué ………………………………………............……..
3.Lenom masqué ...……………………………………………....…….
4.Les anagrammes……………………………………………………...

CHAPITREII.L’INTER-DIT A DEMASQUER:LE SOU-RIRE DANS TOUS SES
ETATS…………………………………………………..……..……..…
1.Lejeuéquivoque de l’ironie …………………………………..……..
2.Le faire-semblantdel’humour………………………………..……..
3.Lepropre durire ……………………………………………… ……..

CHAPITREIII.LE VOILE DU LANGAGE DU DESIR:REVE(S)ET
FANTASMES……………………………………………………………..
A.Sur lascène duthéâtreonirique ……………………………....……..
1.La «schize » dusujet…………………………………………..……..
2.Lemasque delasublimationdans le «rêve-désir» …………..……..
3.L’intrusiondelaréalité dans le «rêve-réveil»………………..……..

B.Lemonde fantasmatique d’ArsèneLupin…………………….……..
1.La fantaisie du« commesi» ………………………………….……..
2.Lesou-rire amerdumasque ………………………………………….
3.Dissimulationdesfantasmes…………………………………..……..

•DEUXIEME PARTIE.L’AU-DELÀ DU MASQUE ……………...…
CHAPITREI.LA DUALITE D’ARSENELUPIN……………………..……..
1.Environnementfamilialdel’enfance ………………………….……..
2.Flash-backgénésiaque …………………………………...…………..
3.Émergence dela dualité d’ArsèneLupin……………………..……..
4.Quête dela femme …………………………………………….……..

CHAPITREII.SOI ET LES AUTRES………………………………...……..
1.Relationàsoi: «je estunautre » ……………………………..……..
2.Je et lesautres………………………………………………....……..

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CHAPITREIII. FONCTIONS DU MASQUE………………………………..
1. Se masquer pour (se) démasquer ……………………………...……..
2.Le masque, objetde divertissementetdethéâtralité ………….……..
3.Simulacre et dis-simulationdumasque ……………………….……..

•TROISIEME PARTIE.AUTEUR ET LECTEUR MASQUES:
«Dujeuauje »………………………………………………….……..
CHAPITREI.LECTURE LUDIQUE ET ROMAN-JEU………………………..
1. Doublejeudutexte…………………………………………….……..
2.Opacité dutexe masqué : l’épiphanie des mots……………….……..
3.L’intertextualité ………………………………………………………

CHAPITREII.JEU DE LA SEDUCTION ET PLAISIR DU LECTEUR.......……..
1.Lalecture dusoupçon………………………………………………..
2.Théâtralisationdutexte ……………………………………….……..

CHAPITREIII.LE DISCOURS-MASQUE:LEURRES ETEQUIVOQUES
1.L’espace dilatoire dususpens………………………………...……..
2.Le doubleje(u)deM.Leblanc, «ombre delui-même » ………….

CHAPITREIV.LE MASQUE DE LA VERITE………………………..…….
1.La dialectique duregardvoilé ………………………………………..
2.Lemasque arraché dulecteur………………………………………..
3.Lelecteurenabyme ………………………..……………….....……..

•CONCLUSION……………………………………………………….
•ANNEXE ………………………………………………………..…….
• BIBLIOGRAPHIE ……………………………………………....…….
• GLOSSAIRE …………………………………………………....…….
• NOTES ………………………………………………………….……..

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INTRODUCTION

Le choixde cetteétudenousa été dicté par le fait que les chercheurs
universitaires sesont jusqu’ici très peupenchés sur l’étude des«Aventures
d’ArsèneLupin».Les rares travauxconsacrésà ce corpusen ontabordé
surtout l’étude des structures romanesques
ounarratives.Cettesemiobscurité dans laquellele cénacle descritiquesa confiné cetteœuvrevient
peut-être dupréjugé dont souffreleroman policier quia été assimilépendant
longtempsàlaparalittératureoulittérature«populaire ».Certainscritiques
luicontestent salittérarité etenfontun simple divertissement, appelantà
unelectureludiquesans lendemain.
MaximeGorki n’apashésité àtraitercettelittérature de dangereusepour
les jeunes.Le17août 1934, devant lePremierCongrèsgénéraldesécrivains
soviétiques,ilexpliquait lepeude conscience de classe des travailleurs par
le fait qu'ils serepaissaientderomans policiers, cequi«créaitune
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sympathiepour lesfriponsadroitset lesencourageaitàvoler».
Certainesvoixcependant sesontélevéescontre cet ostracismepour
demander qu’on prenne ausérieuxce genrelittéraire.Nousciterons,parmi
elles, celle deBarthes quiaréhabilité «les productionsdetypetrès (…)
populaire ».Ilaffirmequ’il«ne croi(t) pasdutout queletextepuissese
définircommeunespace aristocratique d’écriture » et qu’ilfaut«réviserces
espècesdepartageséthiquesetesthétiquesentrela bonne et lamauvaise
littérature ».
AndréGide,AndréMalraux,JosephKesseletPaulMorandn'hésitèrent
pasàvanter les méritesd'ungenrequ'ilsappréciaienteux-mêmes.En 1955,
JeanCocteaua écritdans lapréface dulivre deFereydounHoveydasur le
roman policier: «Jelisbeaucoupderomans policiers. (Ilcite :Fantômas,
Arsène Lupin, Rouletabille),mais j'ytrouve autre chose,une force etun style
interne(une connaissance del'âme) quidépassentdeloincequenos
romanciers produisent (...).
On posesouvent laquestion:Y a-t-ildeschefs-d'œuvreinconnus ?
Depuis quejem'intéresse à cesauteurs,jepeuxrépondrepar l'affirmative.
Je félicite doncFereydounHovedya d'envisagerd'un œilgraveun tel
problème.Ces livres ontcontre euxqu'ils intriguentet qu'on neles lâche
plus si on lescommence ».

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Freud,pour sapart, a donné à cette littérature ses lettres denoblesse en la
citantdansLe Créateur littéraire et la fantaisie. Pour sonétude, il a
sélectionnénon pas«lesauteurs les plushautement prisés par la critique »,
mais«les narrateurs moinsambitieuxderomans, denouvellesetd’histoires,
qui pourcetteraison trouvent les lecteurset les lectrices les plus nombreux
et les plusassidus».
Sartre,luiaussi, fait partie de ceuxqui ne boudent pascette «machine à
plaisirappeléeroman policier».Ila avouésansambages, dansLesMots,
qu’il« adorai(t) leCyranodelapègre,ArsèneLupin» et qu’«il lisai(t) plus
volontiers les “SérieNoire” queWittgenstein».

Au-delà desannéesetdes modes,L'ArsèneetGentleman-cambrioleur,
chanté en 1971 parJacquesDutroncsurun texte deJ.Lanzmanncontinue à
charmerun publicnombreux.Leplaisir procurépar lesaventuresde ce
hérosest intactetexpliquel’engouementdupublic et les multiplesformes
desaprésence.
Nousaimerionsévoquer le filmArsèneLupinsorti le13octobre2004 et
rediffusé àlatélévisionfrançaisejusqu’en2010.
Un signequi netrompepas, c’est quelatélévision,quiesthabituellement
soucieuse del’Audimat, a diffusé en2004 deuxémissionsdeThémasur
Arte(detroisheureschacune)consacréesàMauriceLeblanc avec
documentaireset projectionde films.Ellerediffuse aussi régulièrement la
sérierelatant lesaventuresdenotre héros, àune époqueoùlesgens sont
friandsde feuilletonsaméricains.Télérama conseillait, dureste, en 1992aux
téléspectateursde « consommer sans modérationcettesérie detrèsbonne
tenue ».
Deplus, en 1989,la bande dessinée amisàlaportée des jeunes trois
titresadaptésdel’œuvre deMauriceLeblanc.Il s’agitdesadaptationsdes
romans:LeBouchonde cristal, 813,(LaDoublevie,LesTroiscrimes),La
Demoiselle aux yeux verts,suivis parL’Aiguille creuse.
Il nousfautciteraussiunesérie animée àsuccès qui meten scèneles
personnagesdeLupinIIIet ses partenaires, créés par l'artiste et mangaka
MonkeyPunch.Ilscomptentdepuis 1967, année deparutiondupremier
tome dumanga,parmi les personnages les plusaimésdans lemonde du
manga.Denouveauxfilmsetvidéoscontinuentàsortirencore auJapon.
Enfin,nousaimerions signaler queleparfumeurJean-PaulGuerlaina
sortiàl’automne2010deuxparfums pourhommesauxquels ila donnéle
nomd’ArsèneLupin:ArsèneLupinDandyetVoyou.

Lemythe de ce héros n’estdoncpas prêtdemourir.Ceci nousa amenée
ànous interroger:qu’est-ce doncqui nous interpelle et nous séduitaupoint
quenous renouvelons notrerencontre avec ce hérosen nous passionnant
pour toutes sesaventures ?Comment s’expliquenotre désirderelire

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certainesaventuresdeLupin ?Qu'enest-il, envérité, del'aspect ludique de
cettelecture?
Nousavons penséjouer sur le glissement opéré depuisdeuxdécennies
d'unepoétique dutexteversunepoétique delalecture axéesur laprise en
compte dulecteuretconsidérerLesAventures d'ArsèneLupinsous l’aspect
dujeu, car ilestadmis queleroman policier,selon l'esthétique
delaréception, estun systèmenarratif destiné àjoueraveclelecteur.Nousverrons que
ce dernierfinit parcomprendrequeles stratégiesdeséductionde ce genre
cachentunen(jeu) ontologiquequiactualiseunéchoen nous.Nous
parleronsessentiellementdelalecture concrète dulecteur réel
quiappréhende,selonV.Jouve,letexte avecson intelligence,sesdésirs,sa culture,
sesdéterminations socio-historiqueset son inconscient ;àla différence du
lecteurdésincarné des modèlesdeW. lseretU.Eco.
Pourdécouvrir lastructure close et rassurantequ’est leroman policier,
nous nous sommes ralliée àl'optique deWinnicott,Picard etJouve
concernant leroman-jeuetavons retenules notions-cléqu’ilsdéveloppent
encequiconcernelescodesd’interprétation selon les modesdu«play» et
3
du« game ».
Lepremierde ces termesdésigneune activitéqui sepratiquelibrement
sanscontraintepréétablie,tandis quelesecond estdéfini pardes règlesen
général très strictesexigeant lerespectd’uncertain nombre de conventions,
codesetcontratsdelecture.Il renvoie auxjeuxdetyperéflexif et permet la
mise à distance grâce àson statut objectif.
Nous nous intéresseronsessentiellementà ce dernier.Il nousfera
découvrir l'aspectcodifié duroman policieret le contrat taciteliant lelecteurà
l'écrivain.Ce contrat impliqueuncode, des normesàsuivre dans leroman
de détectionclassique(cf.V.Dyne enannexe): crimeou vol,mystère,
enquête, énigme àrésoudre,stimulationdela curiosité dulecteurgrâce au
retardementdes informations,importance dela fin, avecsouventun« happy
end »oùlajustice et l'ordretriomphent.
MauriceLeblancnousa communiquélapassiondujeudès lapremière
nouvelle :L’Arrestationd’Arsène Lupin.Un jeuquidélivre, dès lapremière
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rencontre entrel’auteur,lepersonnage et lelecteur,l’imagequideviendrala
«métaphoreobsédante » dumasque, delamystificationetdudédoublement
dansLesAventuresd'Arsène Lupin, etce, àun
tripleniveauquenousdécouvrironsaufilde cetravail.Lejeus’instaure entrelepersonnage,l’auteur ou
auteur-narrateur, et letextelui-même.Nousdécouvrons,infine,quele
lecteur lui-mêmen’échappepasà cetteomniprésence dumasque etdeson
dévoilement.

Lalecturequiconviendrait lemieuxauroman policierestunelecture
5
« coopérante », active.Un travailde décodage d'informationset
d'assimilationdans lequel s’impliquerait lelecteur.«lire est le complément
réactif d'une écriture(...).C'estun travail, affirmeBarthesdansS/Z.

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En 1948, dansQu'est-ce que lalittérature?,Jean-Paul Sartresoulignait
déjà l'activité dusujetlisant: «(...) l'objetlittéraire estune étrangetoupie,
quin'existequ'en mouvement.Pour la fairesurgir,ilfautunacte concret qui
s'appellelalecture ».
Barthes,quantàluiaffirme : «l’ensemble descodes, dès lors qu’ils sont
prisdans letravaildelalecture, constitueunetresse(texte,tissuet tresse,
c’est lamême chose) ;chaque fil, chaque code estunevoix;cesvoix
tressées (...)forment l’écriture :lorsqu’elle est seule,lavoixnetravaillepas,
netransformerien, elle exprime; maisdès quelamain intervient pour
rassembleretentremêler lesfils inertes,ily atravail,ily atransformation».
Letexte,selonSartre etBarthes,n'existe doncqueparcequ'ilest lu.Ces
auteursannoncentainsi les théories modernesdelalecture,qui se fondent
toutes sur lepostulatdel'activité dulecteur.

Parailleurs,pourallerdusens obviequi serévèle ànousetdégagerce
qui se dérobe dans le déploiementdutexte,nous neprivilégierons pasune
méthode d’analyseparticulière.Aucoursdutravailde déchiffrementdela
tramenarrativepourdévoiler larichessesémantique dutexte,nousavons
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considérél’œuvre étudiée commeune «œuvreouverte »àlapluralité des
lectures.«Lesensd’un texte,n’est pasdans telleoutelle deses
interprétations,maisdans l’ensemble diagrammatique deses lecturesdans
leur systèmepluriel».
Cetterichesse des sens présentsdans l’œuvreimplique, commel’indique
Barthes,unemultiplicité
d'interprétations,psychologiques,psychanalytiques,philosophiques, etc.Noususeronsdonc d’une « claie » à grilles
multiples pour lirele corpuschoisi,mettantaujourune
combinatoirereliantharmonieusement:sémiotique,psychanalyse et thématique.
Lasémiotique, en tant queprocédé de communicationetde décryptage
des signes,nousferaprêteruneattention particulière à cequi se dérobe dans
le déplidutexte, car les signes qui pourraientaideràreconnaître cequiest
cachésont toujours présents.Il nousasembléutile d’utiliser, dans letravail
de déchiffrementdelatramenarrative, certaines théoriesdes tenantsdela
NouvelleCritique,BarthesTodorov,Eco...

Appliquer lapsychanalyse àl’étude duroman policier n’est pasen soi
uneincongruité.GérardMendelaparlé d’« analyser l’inconscientgrâce àla
paralittérature ».Nous pouvons rappelerégalement que des récitsàstructure
policièreontdéjà eu unelecturepsychanalytiquequia démontréque« c’est
l’œuvre d’art qui s’applique àlapsychanalyse » et non l’inverse.Telest le
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casdeL’Œdipe-RoideSophocle, etdeLa LettrevoléedePoe, analysées
respectivement parFreud etLacan.
Lapsychanalyse, en tant quescience del’inconscient,nousaidera à
tenterdetrouver le codesecretdupersonnage etdutexte.Nousavons
cependant ignorélaquestion:«Qu'est-cequelepersonnagepour
l'au

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teur ? »pour nousfocaliser surune autre quinousaparu plus pertinente :
qu'est-cequelepersonnagepour lelecteur ?Qu'advient-ildeluidans la
lecture?Nous nous sommesensuitepenchéesur
l’interactionauteur-personnage-lecteur.
8
Pour traquer lavéritétextuellce cachéeommeleveut laloidugenre
policieretfaire affleurer lenon-dit inconscientet laréalité dupersonnage
au-delà desonditconscient,lapsychanalysenousaservidemédiatrice dans
l’effortde fairesurgirune cohérence etune certainevérité dupersonnage et
dutexte.Nousferons souvent référence à desconcepts psychanalytiques, en
fondant notreinterprétationdansce domaine essentiellement surdes
conceptsfreudienset les prolongements qu’ena donnésLacan,notamment
dans la compréhensiondulangagelacunaire.Il nousasemblé, eneffet,
évident quenotre hérosétaitunŒdipemoderne etunNarcisseinvétéré en
quête delui-même.Iléclairelemythe freudiend’Œdipe et le concept
laca9
niendu«stade dumiroir».
Sans renier notre allégeance freudienne,nousavonsfondénotre
interprétation surdesconcepts lacanienscorrélatifsaucomplexe d’Œdipe :
lesconceptsdustade dumiroiretdel’intersubjectivité.Nous leur
adjoindrons les notionsde « divisiondusujet» etde
forclusiondu«Nomdu-Père » etferonsuneplace de choixau«parlêtre » etàlanotionde
présence-absence.
NousciteronségalementRenéGirard,MartheRobert qui ontdétecté
avec acuité comment les romanciers peuventdevenir,par leur propre génie
romanesque, devraisanalystesdes profondeursdel'homme.

Telles sont lesconsidérations qui ontguidéla conceptionet lamise en
œuvre duprésent travail qui s’articulera autourde deuxaxes principaux.La
relation personnage-lecteur sera d’abordprivilégiée, ensuite,nousétudierons
lesens qui se dégage del’axe auteur-texte-lecteur.
Lepremiervoletdenotrerecherche estconsacré aupersonnage d’Arsène
Lupin.Laréceptionde cepersonnagenous le fera considérercomme
«personne » et non pascomme «pion narratif ».Lalecturenousa fait
releverunerécurrencepolysémique frappante duterme «masque », cequi
nousaincitée à consacrercettepremièrepartie auxdifférentesformesdu
masque.Nouscomprenons, enfait,trèsvitequeLupin nepeutvivreque
sous laprotectiondumasque et surunescènethéâtrale.Notre étude deson
comportement nousamontréquelethème dumasquerévèle,outrele
dédoublement,unethéâtralitépermanentequidominelavie de cethomme.
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Notreplaisirdelecteur s’est trouvérenforcépar lathéâtralitéqui régit
également letexte, car l’esthétique deMauriceLeblanc estdetransformer le
lecteuren spectateur (cequi justifieral’emploidel’expression
lecteurspectateurdans notretravail).Il luidonne àvoiretà entendreun
personnage, àtravers lascènetextuelle.Nous retrouvons làlasymbolique
attachée aumot masquequiestavant toutunevoixetun
regard.Leperson

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nage qui devient, aufil de la lecture,un sujet,unepersonne,nous rappelle
l’étymologie latine de cemot,personaet lesensde «masquetraversépar
des sons»qui luiestattribué.
Lalectureinterprétative denotre corpus nousapermisdenous laisser
allerauplaisirvisueldudéguisementetdudévoilementet nousavons oscillé
en permanence entrel’opacité et latransparence.
Notre curiosités’étantd’abord concentréesur lepersonnage d’Arsène
Lupin,nousavonscru utile de chercheràsaisir lesdiverses manifestations
dumasque,que cesoitauniveaudufaireouauniveaududire.Nousavons
essayé d’endémonter les mécanismes pourcomprendrelalogiquequi les
meut.
Nousavons, dansun premier temps, focalisénotreregardsurceque
Lupin nousdonne àvoir, c’est-à-diresoncorpset l’espaceoùilévolue.
Ensuite,nousavonsdépliélesdifférentsfeuilletsdeson identité.Nous nous
sommes penchéesur lepatronymereçuàlanaissance,puis les pseudonymes
et lesanagrammes les plus révélateurs,pourvoir lesdessous inconscients
qui ont imposéleurchoix.
Une fois lepersonnage biencampé,nousavons prêté attentionau voile
dulangagequ’il nous oppose, favorisant nettementdanscettepartie,l’étude
del’ironie etdel’humour,qui sont la caractéristiquemajeure dudiscours
lu11
pinien .Nousavons tenté d’endécouvrir les motivations réellesavantde
sonder l’inconscientdeLupin pour mieuxcomprendre cepersonnage et sa
relationàsoietàl'autre.

Le deuxièmevoletdenotretravail nousapermisd’analyser lasignifiance
dusimulacrequ’est lemasque.Nousavons tenté de comprendrepourquoi
notre hérosaplacésaviesous lesigne dudéguisementaurisque dese
perdre dans levertige des simulacresetdes identifications multiples.Pour
cela,nous sommes remontéejusqu’àson premiervol qu’ilavécuàl’âge de
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6 - 7ans.Marqué àjamais parcette aventure,notre hérosdécide,très
jeune, des’approprier tous les signesduparaîtrepouravoir saplace dans la
société.
Lemasqueserale « chevaldeTroie »pour pénétrer le cercletrèsfermé
desgensdumonde.Cependant,le déficontrelasociétéserait tropfades’il
nes’yajoutaitune certainejubilationdevant l’aveuglementdesvictimesde
ses supercheries.La dissimulation n’est jamais totale, car l’Être est toujours
encreuxderrièreleParaître.Lupinaime afficherun masquetranslucide,
véritablevoiletransparent qui révèleplus qu’il ne cache.
Nous montrerons qu’ilexhibe endissimulantet manifeste enfourvoyant,
mêmesic’est souventd’unemanièreoblique.Les signes qui pourraient
aideràlereconnaîtresont toujours présents.Il suffirait pourcelaquele
regard d’autrui les reconnaisse.Cettetransparenteopacitén’est qu’un leurre
quientre dans lejeuthéâtralisé denotre héros.Nousverronségalement que
ce côtéludiquequi le caractérisesert surtoutà dissimuler, auxautrescomme

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à lui-même, un non-dit refoulé et douloureux.Le masque se révélera
finalement êtreunsignequi«dé-voile »unevérité profonde que le sujetn’est
pasdisposé à(laisser)voir.

Dans le derniervoletdenotretravail,nousavons pris lerôle de «
contre13
héros» dansunelectureperçue commeune communication narrative du
discours séducteurvisant lelecteur.Ellese donne commeune combinatoire
delareprésentation textuelle etdel’affectivité dulecteur,sans oublier
l’inconscientde celui-ci quiveille et qui semanifeste àson insu.Lelecteur
apportesasubjectivité.Ildevient«unagentdurécitet nonun récepteur».
Nousconsidérerons letexte dans sonacceptionbarthésienne devoile.
«Texteveutdiretissu(…),unvoile derrièrelequel setient plus oumoins
cachélesens (lavérité)», affirme, eneffet,Barthes.La dénotationestdonc
donnée elle-même commeun masque.Ellen’est pas lepremierdes sens,
maiselle feintdel’être.Nousavons tenté d’allerau-delà
deschicanesdisposéesdans letexte afinde débusquer patiemment lesens
tapiderrièrelesdifférents leurresetéquivoques quenous offrele discours.

Nous nous sommes, dansun premier temps,intéressée àl’œuvre comme
construction narrativerigoureuse dont la complexité
faitcorpsavecleludismequ’elle affiche.Nousavonsd’abord favoriséunelecturestructurale
pour mettre aujour les stratégiesdeséductiondeMauriceLeblanc.Nous
avonsdécouvertdeuxniveauxdelecture :un« dépli»romanesquelinéaire,
puisun« dépli» dutexte encreux.
Nousavonsensuiteréfléchiauplaisiréprouvé àlalecture desAventures
d’ArsèneLupin.Il nousestapparuasseztrouble dans lamesureoùil
entrouvreunelucarnequidonne accèsànotrepropreinconscient.
Notrelecturenousarévéléunerécurrencetroublante.Il s’agitd’une
congruence frappante entrelesensultime dutexte et lavérité dupersonnage.
Lavérité à dégagerdutexte etdupersonnagenous renvoie, eneffet, àla
lecturelacanienne deLa Lettrevolée.«Cequiestà cacher, affirmeLacan,
est laissé à découvert,pour quivoudras’enemparer.C’estdonclavéritéqui
esten jeu, etellenepeutêtreatteintequ’en sondant
l’inconscientdupersonnage etdutexte ».
Nousverrons que cetexemple delecture active,privilégiéepour révéler
l'inconscientdutexte,sa «parolevraie »,nous livre, endéfinitive,la clé de
voûte denotre construction interprétative.Il
s’agitdelanotion«présenceabsence »quiexplique aussibien toutes lesénigmes textuellesà déchiffrer
quel’énigmemajeurequidominelavie d’ArsèneLupin.

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