La Légende de Bipana

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À l'âge de 21 ans, assis sur une crête surplombant la ville de Pokhara, faisant face au grandiose massif de l'Annapurna, Patrick Genaine termine son premier séjour au Népal. Émerveillé et séduit par ce qu'il y a vu ainsi que par les rencontres qu'il a faites, il se promet d'y revenir l'année suivante. Douze mois plus tard, manquant d'argent, il reporte son projet, se promettant que ce sera... "pour l'année prochaine". Cette phrase, il va se la répéter durant vingt et un ans, avant de pouvoir enfin réaliser son rêve et découvrir la vallée menant aux mythiques sommets himalayens que sont l'Annapurna et le Machapuchare. Amateur de rencontres, parti avec l'envie de partager un peu de la vie quotidienne des villageois, il rencontre un jour Dil Maya, la mère de Bipana. Elle lui explique que suite à la mort dramatique d'une de ses filles, sa famille traverse une période de vie très difficile. Elle lui demande de l'aide. Patrick Genaine accepte de s'investir pour soutenir cette jeune femme, son mari et leurs six enfants. Sur une durée de dix ans, il retournera les voir régulièrement et, pour les aider à prendre de la distance et à élaborer cet événement de vie difficile, s'inspirant de la technique du conte thérapeutique, il leur écrira: La légende de Bipana.
Publié le : vendredi 21 février 2014
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342019544
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342019544
Nombre de pages : 136
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Patrick Genaine LA LÉGENDE DE BIPANA Cinq automnes chez les gurungs du Népal
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La Légende de Bipana
À propos de la création de ce conte Durant un trekking au Népal, au détour d’un chemin serpen-tant au pied de l’Annapurna sud, je rencontrais Dil Maya, une jeune mère de famille de l’ethnie gurung. Elle avait une grave blessure à un doigt et me demanda si j’avais des médicaments pour la soigner. La conversation s’engagea, traduite par Tej Bahadur Gurung, le guide qui voyageait avec moi. Dil Maya demanda de l’aide, disant que sa vie était trop difficile. Elle expliqua que deux ans auparavant, un incendie avait complètement détruit sa maison et que, quelques mois plus tard, Bipana, sa fille de onze ans, avait été violée et tuée par un homme vivant dans un village voisin. À l’époque, je travaillais dans un service de protection de la jeunesse en Suisse. J’avais régulièrement à faire avec des situa-tions d’enfants victimes d’abus sexuels. Par ailleurs, une autre de mes activités professionnelles s’effectuait dans le domaine de l’accompagnement psychosocial de familles en deuil. Alors, ce jour de février 2003, assis face à Dil Maya sur la terrasse d’un petit lodge himalayen, il ne m’a pas été difficile de comprendre ce que vivait cette jeune mère de famille. Le touriste a rapidement laissé un peu de place au travailleur social, qui pensait être en vacances mais n’a pas fait trop de difficulté pour reprendre du service durant quelques heures.
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Je ne pouvais pas m’empêcher de penser à ce qui se serait passé si la famille de Bipana avait vécu dans un pays plus déve-loppé :En effet, dans les pays occidentaux, ce genre de drame est fortement relayé par les médias. Mis à part la manière “sen-sationnaliste” dont les médias traitent de ces sujets, il n’en reste pas moins que le simple fait que les journaux, la radio ou la té-lévision parlent de ces drames a un impact significatif sur la famille touchée : la société reconnaît que quelque chose de gra-ve, d’anormal et de douloureux s’est passé. En parallèle, les forces de police, couplées aux organes judi-ciaires, effectuent les actes d’investigations devant mener à un procès. Ce faisant, c’est également un message soutenant qui est envoyé à la famille de la victime: nous reconnaissons qu’il y a eu un acte malveillant et nous allons le sanctionner. Pour ce qui est de l’aide psychosociale, dans un pays déve-loppé, la famille aurait eu – gratuitement – accès à un soutien spécifique. Il ne lui aurait pas été difficile d’obtenir l’aide d’un médecin, d’un psychologue, d’un assistant social – ou des trois à la fois – pour aider à élaborer le traumatisme et accompagner le deuil. * * * Aucun média népalais n’a mentionné le viol et le meurtre de Bipana. Dil Maya, son mari Jash Bahadur ainsi que leurs enfants, n’ont pu compter que sur l’aide de leurs familles et de leurs amis… tous plus désemparés les uns que les autres. L’assassin a passé onze mois en prison puis a été libéré, sans procès et sans autre suite. Moins d’un an après son crime, il
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vivait libre, quelque part dans Pokhara… et les parents de Bi-pana le savaient. Pour eux, le manque de reconnaissance de la société, l’absence de procès et de condamnation ont été des éléments particulièrement difficiles à vivre. Le fait que l’assassin de leur fille s’en sorte en faisant moins d’une année de prison a provo-qué chez eux une immense colère contre le gouvernement et l’inadéquation des structures judiciaires de leur pays. Sur le plan psychologique, cela a rendu plus difficile encore l’élaboration d’un deuil déjà bien compliqué. * * * En tant qu’occidental, connaissant ce qui se faisait en Euro-pe dans de telles circonstances, j’ai été touché de rencontrer une famille si démunie. J’ai accepté de la soutenir, à ma manière et selon mes moyens. Après cette première rencontre, je suis re-tourné voir Dil Maya, Jash Bahadur et leurs enfants à cinq reprises. Au final, je les ai accompagnés sur une période de dix ans. Suite à mon premier séjour chez eux, ils ont construit un mémorial pour leur fille. Lors de mes deux autres séjours, à environ une année d’intervalle, nous avons organisé une céré-monie funéraire en mémoire de Bipana, en présence de la famille élargie, du prêtre bouddhiste et des habitants du village. Ayant constaté à quel point ils étaient marqués par ce drame familial, pour les aider à prendre de la distance d’avec l’événement traumatique, m’inspirant de la technique du conte thérapeutique, je leur écrivis :La légende de Bipana. Au travers d’un conte écrit à partir de leur histoire, j’espérerais les aider à élaborer les émotions qu’avaient suscitées
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en eux les actes de violence liés à la mort de leur fille. J’avais l’espoir qu’ils arrivent à passer du stade d’une muette blessure béante à celui de la cicatrisation, au travers de l’échange et du partage avec d’autres êtres humains. Les événements de la réalité avaient eu pour conséquences de figer l’évolution de toute la famille. J’espérais que le conte montrerait qu’il était possible d’élaborer et de traverser une épreuve telle que celle-ci et de remettre en marche l’horloge du temps qui, je l’avais constaté lors de ma première rencontre avec Dil Maya, s’était arrêtée le jour de la mort de Bipana. Mon intervention auprès de cette famille a été de type psy-chosocial. Il ne m’appartenait pas d’agir sur le plan juridique. Pourtant, sachant qu’il n’y avait pas eu de procès et qu’ils sa-vaient que l’assassin avait été libéré, j’étais devant une difficulté : la famille n’avait pas reçu le signal comme quoi ce qui était arri-vé à leur fille était jugé inadmissible et condamnable par la société. Il me fallait donc essayer, par un autre moyen, de faire passer le message. C’est pourquoi le roi de Ghalegaon a été introduit dans le conte. C’est lui qui représente l’autorité et qui, par ses décisions, apporte ce qui a manqué dans la réalité. Le roi prend son rôle au sérieux, reconnaît la peine de la famille et son besoin de ré-paration. Il condamne l’agresseur, le punissant de manière significative, l’empêchant de répéter son crime sur d’autres en-fants. Plus tard, le roi vient visiter la famille, l’encourage et lui exprime son soutien devant toute la communauté villageoise.
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