La Lorelei du Durzon

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La Lorelei-Caroline chante comme elle danse. Sa voix « jazzy » surgie des tréfonds du Larzac dévale jusqu'au Grand Roc, en un rythme sauvage, ancestral, raffiné. La rivière du Durzon lui offre son lit ; elle en est sa voix, son eau qui court… La rivière primitive d'il y a quarante mille ans, comme l'abri moustérien des Canalettes, juste au-dessus de sa source, reste marquée, à tout jamais, par une voix d'origine. Elle unit Lilith à Caroline, avec au coeur un même chant, au corps une même danse…
Publié le : jeudi 5 mai 2016
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EAN13 : 9782140009419
Nombre de pages : 104
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La Lorelei du Durzon
Récit en forme de ballade
La Lorelei du Durzon
Georges BONNAUD
La Lorelei du Durzon
Récit en forme de ballade
Du même auteur, chez le même éditeur Marche avec le masque neutre, coll. « Théâtre des cinq continents », 2003
Electr & Prot. Roméo et Juliette du Cosmos. Vie et transposition théâtrale d’un électron et d’un proton. Aventures et avatars du premier atome d’hydrogène léger, coll. « Théâtres », 2012 La Fille de l’Air. Récit stellaire, en une balade vagabonde..., 2015
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08981-2 EAN : 9782343089812
Le pays des fées, le pays des lutins, des génies, des magiciens, eh bien, c’est le pays où les corps se transportent aussi vite que la lumière, c’est le pays où les blessures guérissent avec un baume merveilleux le temps d’un éclair, c’est le pays où on peut tomber d’une montagne et se relever vivant, c’est le pays où on est visible quand on veut, invisible quand on le désire...
Mon corps, en fait, il est toujours ailleurs, il est lié à tous les ailleurs du monde, et à vrai dire il est ailleurs que dans le monde...
Le corps est le point zéro du monde, là où les chemins et les espaces viennent se croiser, le corps n’est nulle part : il est au cœur du monde ce petit noyau utopique à partir duquel je rêve, je parle, j’avance, j’imagine, je perçois les choses en leur place et je les nie aussi par le pouvoir indéfini des utopies que j’imagine.
Mon corps est comme la Cité du Soleil, il n’a pas de lieu, mais c’est de lui que sortent et que rayonnent tous les lieux possibles, réels ou utopiques.
Michel Foucault
Le corps utopique
La Lorelei du Durzon
Dans le hameau du Mas du Pré, un «Petit Diable « estival échappé du presbytère, disons tout de suite une petite diablesse, bondissait, s’évadait vif-argent, telle une agnelle insaisissable d’un troupeau, une truite dans le lit d’un torrent.
À ce jour Caroline, la petite diablesse, a trouvé sa voix.
Dans les années soixante-dix, dès que notre mère put s’installer aux Rivières, Jean et Geneviève Faber louèrent pour eux et leurs enfants Olivier, Véronique et Caroline, le e presbytère de la paroisse, une bâtisse désaffectée du XIX siècle, comme l’école le fut, depuis 1954. Ses deux étages, qui forment une aile, adossée à la sacristie, donnent à l’ouest sur un jardin-terrasse, surplombent, au sud, la route du hameau du Liquier, s’ouvrent sur les flancs de Costemale et son très vieux chemin des fermes du Frayssinet bas, tout là-haut sur le Causse Larzac.
Caroline, ce petit feu follet qui, une nuit, accompagna son père, déguisée en fantôme, trébuchant sur les franges d’un drap, est aujourd’hui maFrenchBillie Holiday, mamusic soul accomplie, bien vivante, bien dansante, bien sonnante en cette soirée du 24 juin 2010, en cette nuit de la Saint Jean.
Peu habitué des cafésJazz Club, j’imaginais, pas très sûr de l’adresse, une salle de l’École des Mines, mais c’est en face, au numéro 267 de la rue Saint-Jacques, que le concert se donne, au Café Universel, dès 19 h 30. Les voisins, après 22 h, ayant l’ouïe chatouilleuse ou trop vivement irritable, imposent un couvre-feu sourdine.
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Du rez-de-chaussée le son et ses vibrations montent avec allégresse, surtout lorsqu’ils sont enthousiastes et proviennent d’interprètes rivalisant d’audace.
Ce soir, le pianiste créole de la Guadeloupe, Alain Jean-Marie, croise le feu des notes avec l’une de ses muses, Caroline, la fille des fleuristes des temps jadis. Jean, paysagiste jardinier, tenait alors boutique, place d’Aligre, dans le douzième arrondissement parisien. C’est, doté de sa main verte, de ses connaissances botaniques, qu’il sut me conseiller au Mas du Pré pour le jardin de Constance, comme pour l’élagage des jeunes arbres, plantés en avril 69.
Il y a des gestes que l’on doit apprendre : bêcher, ratisser, planter-semer. Ils peuvent paraître anodins, purement triviaux puisque très fonctionnels, mais, à notre insu, ils se chargent de sens, de sentiments inattendus.
Bêcher avant de ratisser la terre pour l’épierrer, la rendre plus meuble avant les semailles. Ratisser jusqu’à la lisser pour lui rendre son épiderme. Ces deux gestes procurent des sensations, celles d’une odeur d’humus aux senteurs de pleurote, de vanille écrasée, celles des reflets chauds d’une terre charnue qui s’entrouvre sous la bêche, se tasse et se déplie sous les dents du râteau, qui s’apaise, respire. Sentiments religieux terre à terre, ou plutôt qui relient l’homme à la terre. Avec sa charge émotive, son sens du sacré, un geste trivial se transforme en geste rituel. Au-delà du travail bien fait, celui d’une terre retournée, bêchée, binée puis aplanie, au-delà d’un travail accompli, il y a, sur et sous ce sol bêché, ratissé, un frémissement, une ondulation, une promesse de gestation des graines, mais surtout, un sentiment d’appartenance au grand tout, que chacun nomme à sa guise : Nature, Cosmos, Création suprême, Choses de la vie.
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Le petit carré de terre du jardin de Constance, à l’ombre d’un très vieux noyer, exige d’être retourné par la bêche, d’être nivelé, lissé par la traverse, après avoir été expurgé par les dents du râteau.
Ce n’est qu’après ces gestes, aussi humbles qu’ancestraux, qu’il pourra nous offrir, de mai à novembre, quelques plantes, des fleurs, des fruits rouges et quelques légumes de saison.
Le jardin de Constance, en surplomb du cimetière, entre le vieux chemin de terre du Liquier et la face nord de notre maison, distille sa musique végétale. Ses odeurs d’humus et d’aromates, ses couleurs violines d’iris, d’asters, de centaurées, son parterre de fraises, de violettes et de myosotis, ses rangs de ciboulettes et de topinambours, et ce qu’il reste, à ce jour, des cosmos du Ladakh.
C’est après plusieurs jours de travail au jardin de Constance que Jean Faber me permit de percevoir ces choses, d’avoir, depuis lors, à chaque toilettage printanier, à chaque mise en œuvre du jardin, rendez-vous avec lui, lui qui nous a quittés trop tôt. * Alain et Caroline, c’est le tête-à-tête d’un jazzman chevronné autant que subtil, et d’une soul jazz woman singer, émerveillée d’avoir un tel accompagnateur et d’être avec lui. Dans son chant et surtout dans les soli d’Alain Jean-Marie, Caroline goûte et déguste, du coup, nous fait goûter et déguster les arpèges du clavier jusqu’à l’enivrement.
Ses mains, ses bras, son cou, ses jambes, tout son corps distribue la musique véloce, les arabesques jazzy, la trame sonore, d’où, de son corps dansant, va renaître la voix.
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