La mort et le désir d'immortalité dans l'oeuvre de Gabriel García Márquez

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Cette étude se concentre sur la manière dont la mort, que la psychologie humaine a tendance à assimiler à un spectacle social, est déclinée avec une attention significative par García Márquez. Dans cette analyse, l'auteur ne se contenterait pas seulement des outils d'analyse littéraire « classiques », mais convoquerait également, d'après Bernard Lavallé, « l'anthropologie, la philosophie et les études esthétiques ». García Márquez suggèrerait ainsi au lecteur que seul l'amour pour la justice et la dignité de l'être humain inscrit celui qui le met en oeuvre dans la mémoire collective, faisant de lui un « athanatos ».
Publié le : mardi 15 novembre 2016
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EAN13 : 9782140023170
Nombre de pages : 372
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signiIcative. Face à l’angoisse, l’écriture baroque de l’auteur devient cathartique.
une projection de leur vie terrestre, selon l’analyse de Feuerbach.
d’entrevoir la félicité immortelle. Mais seul l’amour pour la justice
« athanatos ».
avec bonheur l’anthropologie, la philosophie et les études esthétiques. »
Charlie Damour
LA MORT ET LE DÉSIR D’IMMORTALITÉ DANS L’ŒUVRE DE GABRIEL GARCÍA MÁRQUEZ
Recherches Amériques Latines
Avant-propos de Bernard Lavallé
LA MORT ET LE DÉSIR D’IMMORTALITÉ
DANS L’ŒUVRE DE GABRIEL GARCÍA MÁRQUEZ
Recherches Amériques latines Collection dirigée par Denis Rolland et Joëlle Chassin La collectionRecherches Amériques latinespublie des travaux de recherche de toutes disciplines scientifiques sur cet espace qui s’étend du Mexique et des Caraïbes à l’Argentine et au Chili. Dernières parutions Eric TALADOIRE,Les contre-guérillas françaises dans les Terres Chaudes du e Mexique (1862-1867). Des forces spéciales au XIX siècle, 2016. Sergio Javier VILLASENOR BAYARDO,Vers une éthnopsychiatrie mexicaine. La médecine traditionnelle dans une communauté nahua du Guerrero, 2016. Agripa FARIA ALEXANDRE,L’écologie politique au Brésil. Rio de Janeiro, 2016, 2016. Ute CRAEMER, Renate KELLER IGNACIO,Transformer est possible ! Comment une favela du Brésil est devenue une association communautaire : Monte Azul entre défis et conquêtes, 2016. Mariella VILLASANTE CERVELLO,Violence politique au Pérou. 1980-2000 : sentier lumineux contre l’État et la société. Essai d’anthropologie politique de la violence, 2016. Erasmo SAENZ CARRETE,L’exil latino-américain en France de 1964 au e début du XXI siècle, 2016. e Jean-Pierre TARDIEU,Les penseurs ibériques et l’esclavage des Noirs (XVI -e XVII siècles). Justifications, réprobations, propositions, 2016. Jean-Pierre TARDIEU,L’affaire du Dragon (1792-1799). Les incidences au Rio de la Plata d’une menace de famine à l’île Maurice, 2016. François BALDY,Bernal Diaz del Castillo et la conquête de la Nouvelle Espagne (Mexique),2015. Beyla Esther FELLOUS,La nature juridique des accords entre l’Union européenne, le Chili et le Mexique, 2015. Arnaud MARTIN,La laïcité en Amérique latine, 2015. Bernard GRUNBERG,A la recherche du Caraïbe perdu. Les populations amérindiennes des Petites Antilles de l’époque précolombienne à la période coloniale, 2015. Bruno MUXAGATO,Le leadership du Brésil en Amérique du Sud. De la contestation à l’émergence d’une hégémonie consensuelle, 2015. Françoise et Roland LABARRE,De la Castille médiévale à l’Amérique latine contemporaine. Seize études d’histoire et de littérature, 2015. Christophe BELAUBRE,Eglise et Lumières au Guatemala. La dimension atlantique (1779-1808), 2015.
CharlieDAMOUR
LA MORT ET LE DÉSIR D’IMMORTALITÉ
DANS L’ŒUVRE DE GABRIEL GARCÍA MÁRQUEZ
Avant-propos de Bernard LAVALLE
MAQUETTE:
Katia AUZOUX-DICK, Sabine TANGAPRIGANIN
Bureau Transversal des Colloques, de la Recherche et des Publications
ILLUSTRATION DE COUVERTURE:
Afif BEN HAMIDA
©Réalisation : Bureau Transversal des Colloques, de la Recherche et des Publications Faculté des Lettres et des Sciences Humaines
Université de la réunion, 2015
Campus universitaire du Moufia
15, avenue René Cassin
CS 92003 – 97744 Saint-Denis cedex 9
PHONE: 02 62 938585
COPIE: 02 62 938500
SITE WEB :http://www.univ-reunion.fr
© L’HARMATTAN, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris www.harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10401-0 EAN : 9782343104010
À mes parents
AVANT-PROPOS
La mort est sans doute pour l’homme une contradiction douloureuse et absolue. Elle nous concerne tous, conscients que nous sommes de notre fin inévitable, mais nous ne pouvons parler d’elle que de l’extérieur, que de celles des autres croisés tout au long de notre propre existence. Elle constitue de ce fait un sujet sur lequel l’imaginaire peut se donner libre cours notamment en raison de sa force métaphorique, et depuis la nuit des temps elle est un thème inépuisable dans toutes les formes d’art. Nul ne pouvant en avoir l’expérience personnelle, la mort est donc d’abord une « image » au sens que le philosophe Gaston Bachelard donnait à ce terme, une « représentation » dans l’outillage sémantique des historiens d’aujourd’hui. L’Amérique dite latine est à cet égard un exemple édifiant. Que l’on pense, par exemple, tout au long de son histoire à l’importance et à la complexité des rites funéraires dans la plupart des sociétés précolombiennes que nous révèle aujourd’hui l’archéologie, à la récurrence effroyable des massacres de populations lors des combats de la Conquête, à la magnification et à la sacralisation du passage vers l’au-delà dans le baroque e e des églises hispano-américaines des XVII et XVIII siècles, aux innombrables et interminables guerres civiles et autres révolutions du premier siècle républicain qui suivit l’Indépendance, à la prégnance de la mort personnifiée et théâtralisée, donc rendue concrète, dans l’art et la religiosité populaires au Mexique. On pourrait donner une explication facile à la présence obsédante, plurielle et polymorphe de la mort dans l’œuvre de Gabriel García Márquez. Il s’agit d’un écrivain appartenant à un pays où, sous des habillages et avec des motifs divers, la mort violente a été une des constantes essentielles du e vivre ensemble. La fin du XIX siècle fut marquée par une guerre civile, dite desmille jours(1897-1899) particulièrement cruelle et qui traumatisa longtemps les esprits. Par la suite, les grèves, comme celles dans les plantations bananières de la Côte appartenant à l’United Fruit Company, furent noyées dans le sang ; au cours des années 1930 et surtout 1940 la violenciaet organisée, qui se déchaîna encore plus après mortifère l’assassinat de Jorge Eliecer Gaitán à Bogotá en 1948, devint emblématique du pays ; puis ce fut le temps des guérillas politiques sans issue qui se sont éternisées jusqu’à aujourd’hui, du narcotrafic tentaculaire dont les bombes et les assassinats défièrent l’État et dessicarios sans pitié à l’image de leurs patrons, des contreguérillas paramilitaires plus terrifiantes que le mal qu’elles prétendaient éradiquer dans les campagnes, avec pour résultat le plus visible les centaines de mille de déplacés jetés dans la misère et l’autre violence des métropoles.
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Charlie Damour
Dans l’œuvre de Gabriel García Márquez la mort, presque toujours provoquée, est donc plus qu’une simple image (au sens le plus riche de ce terme), elle constitue, comme le montre ce livre, le cœur de l’environnement quotidien et de ses multiples composantes, et pose la question lancinante de la manière de l’appréhender, de la supporter, paradoxalement de la vivre. L’auteur décline bien les multiples représentations conceptuelles, littéraires, artistiques et mythologiques qui imprègnent et sous-tendent cette « appropriation impressionnante », selon l’heureuse expression de C. Damour, du thème de la mort par García Márquez tout au long d’une œuvre écrite sur plus d’un demi-siècle et forte d’une trentaine de nouvelles, d’une quinzaine de romans, d’un grand nombre de récits et d’articles divers. Il y a maintenant plus de trente ans, notre ami Jacques Gilard, dont nous tenons à saluer ici la mémoire, un des premiers et des tout meilleurs spécialistes de l’œuvre de García Márquez, avait écrit que depuis ses premiers contes de la fin des années 1940 le futur prix Nobel colombien n’avait « pratiquement jamais cessé de produire un immense discours sur la mort ». Qu’il s’agisse de la typologie de la mort sur laquelle s’ouvre l’étude, puis de son environnement et ensuite de ses représentations, l’enquête menée dans ce livre le confirme avec une précision scrupuleuse et surtout éclairante en croisant le polymorphisme de la mort dans son contexte colombien avec les re-créations d’un auteur qui n’hésite pas, sans le dire, à convoquer pour la comprendre et l’exprimer aussi bien les mythes anciens que les grands noms de la littérature mondiale (Sénèque, Schopenhauer, Kafka) ou de la peinture classique, voire du cinéma de notre temps. De ce point de vue, on ne peut manquer d’être frappé par les rapprochements, voire les similitudes, qu’établit l’auteur de ce livre avec les situations évoquées (imaginées) par García Márquez et certains tableaux de Bruegel l’ancien, du Goya des Désastres de la guerre, des tableaux de Frida Khalo voire des films célèbres de Buñuel ou Marcel Carné, pour ne parler que des plus connus. Pour son enquête, C. Damour ne se contente pas des outils, en quelque sorte classiques, de l’analyse littéraire, il convoque aussi avec bonheur l’anthropologie, la philosophie et les études esthétiques. Il lui fallait néanmoins beaucoup de courage pour s’attaquer à un thème aussi central chez un auteur de l’envergure de García Márquez qui a tant inspiré (d’une façon qui était souvent loin d’être désintéressée) les commentateurs et les analystes. Un des mérites de ce livre est d’avoir su intégrer ces apports dans une démarche personnelle originale à la fois précise, honnête et perspicace, sous-tendue par une connaissance approfondie des études critiques déjà parues (près de deux cents sont citées en bibliographie) et une grande culture qui, toujours en éveil et soucieuse de comprendre, donne sens et ampleur à la recherche marquézienne.
La mort et le désir d’immortalité…
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La dernière partie de l’ouvrage consacrée au désir d’immortalité montre bien l’obsession de tout être, celle de l’après-mort, qui ne peut s’exprimer que de façon anthropomorphique dans la mesure où l’humain en est réduit à imaginer ce qui est peut-être un autre monde avec les réalités matérielles et les normes de celui d’ici-bas. Dans la grande fresque de son œuvre, García Márquez nous dit que cette angoisse, cette peur sans élément concret ou connu autre que celui de quitter ce que nous connaissons, conditionne nos existences. C. Damour y voit un palimpseste où se réécrivent sans cesse les mises en scène que l’homme établit pour dépasser et en quelque sorte rendre vivable le drame de sa fin certaine. Maintenant que García Márquez nous a quittés et qu’il a été confronté à ce dont il a tant parlé de façon sans doute métaphorique, la quatrième et dernière partie de ce livre sur le désir d’immortalité qui sous-tend toute évocation de la mort acquiert évidemment non pas un sens mais une portée nouvelle. Elle nous rappelle que si toute œuvre parle d’abord d’elle-même, ce faisant c’est à son auteur qu’elle renvoie forcément, que c’est lui qui cherche à y exorciser les débats et les angoisses de son monde intérieur.
Bernard Lavallé
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