La psychanalyse, la littérature, le cinéma et vous

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J. Batail analyse ici Le Pouce de l'ingénieur de Conan Doyle, La Barbe-bleue de Ch. Perrault, L'Eau des collines de M. Pagnol, Le Grand Bleu de L. Besson, les deux Terminator de J. Cameron et Harry, un ami qui vous veut du bien de D. Moll. Son ouvrage vous offre les attraits d'un roman policier : sur divers crimes, l'enquête reprend pour accéder à une vérité plus profonde. Il vous amène à parcourir le double paysage de ces oeuvres et de la psychanalyse, et à repérer ce qui vous émeut et vous ressemble.
Publié le : jeudi 1 janvier 2015
Lecture(s) : 64
EAN13 : 9782336367064
Nombre de pages : 248
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LA PSYCHANALYSE, LA LITTÉRATURE,
Jacques BATAIL
LE CINÉMA ET VOUS
Psychanalyse de quelques œuvres
et de ceux qui les aiment LA PSYCHANALYSE,
Lorsque Jacques Batail avait publié dans The International
Journal of Psycho-Analysis son interprétation du Pouce de LA LITTÉRATURE,
l’ingénieur (une des aventures de Sherlock Holmes), la « Peer
Review » avait été très positive : « Cet article est un petit joyau. LE CINÉMA ET VOUS
Il convainc absolument le lecteur. Il remplit les exigences qui
lui permettent d’être vraiment psychanalytique dans la pensée
Psychanalyse de quelques œuvres et dans la manière, et cela, dans un beau style. Il ajoute un
brillant élément à la liste des textes littéraires éclairés par la et de ceux qui les aiment
compréhension psychanalytique »…
Aujourd’hui, J. Batail a étendu son analyse à La Barbe-bleue
de Ch. Perrault, à L’Eau des collines de M. Pagnol, au Grand Bleu
de L. Besson, aux deux Terminator de J. Cameron et à Harry,
un ami qui vous veut du bien de D. Moll.
Ce faisant, l’ouvrage de J. Batail vous offre les attraits d’un
roman policier : sur divers crimes, l’enquête reprend pour accéder
à une vérité plus profonde. Il éclaire en outre l’inspiration et
la technique qui sous-tendent les œuvres de la littérature et du
cinéma. Enn, il vous amène à parcourir le double paysage de ces
œuvres et de la psychanalyse, et à repérer ce qui vous émeut et
vous ressemble.
Jacques Batail a écrit divers ouvrages et de nombreux articles,
qui s’attachent à préciser les fondements des actions des
personnes, des entreprises et des institutions (que ces fondements
soient technico-économiques, sociopolitiques, philosophiques,
psychanalytiques...).
EPÉtudes psychanalytiques Études psychanalytiques
ISBN : 978-2-343-04917-5
24,50 e
f
LA PSYCHANALYSE, LA LITTÉRATURE,
Jacques BATAIL
LE CINÉMA ET VOUS











LA PSYCHANALYSE, LA LITTÉRATURE,
LE CINÉMA ET VOUS
Psychanalyse de quelques œuvres
et de ceux qui les aiment

Études Psychanalytiques
Collection dirigée par Alain Brun et Joël Bernat

La collection Etudes Psychanalytiques veut proposer un pas de
côté et non de plus, en invitant tous ceux que la praxis (théorie et
pratique) pousse à écrire, ce, « hors chapelle », « hors école »,
dans la psychanalyse.

Dernières parutions

Valérie BLANCO, L’effet divan, 2014.
Frédérique F. BERGER, Symptôme de l’enfant, Enfant
symptôme, 2014.
Soti GRIVA, Crimes en Psychothérapie. A-Voros, 2014.
Jacques PONNIER, Adler avec Freud. Repenser le sexuel,
l’amour et le souci de soi, 2014.
Laurence KAPLAN DREYFUS, Encore vivre : À l’écoute des
récits de la Shoah. La psychanalyse face à l’effacement des noms,
2014.
Stoïan STOÏANOFF-NENOFF, Freudaines, 2014.
Francine Hélène SAMAK, De Freud à Erickson. L’hypnose
revisitée par la psychanalyse, 2014.
Christiane ANGLÉS MOUNOUD, Aimer = jouir, l’équation
impossible ?, 2014.
Christophe SOLIOZ, Psychanalyse engagée : entre dissidence et
orthodoxie, 2014.
Mina BOURAS, Elle mange rien, 2014.
Vanessa BRASSIER, Le ravage du lien maternel, 2013.
Christian FUCHS, Il n’y a pas de rapport homosexuel, ou de
l’homosexualité comme générique de l’intrusion, 2013.
Thomas GINDELE, Le Moïse de Freud au-delà des religions et
des nations. Déchiffrage d’une énigme, 2013.
Touria MIGNOTTE, La cruauté. Le corps du vide, 2013.
Pierre POISSON, Traitement actuel de la souffrance psychique
et atteinte à la dignité. « Bien n’être » et déshumanisation, 2013.
Gérard GASQUET, Lacan poète du réel, 2012.
Audrey LAVEST-BONNARD, L’acte créateur. Schönberg et
Picasso. Essai de psychanalyse appliquée, 2012.
Gabrielle RUBIN, Ces fantasmes qui mènent le monde, 2012.
Jacques Batail













LA PSYCHANALYSE, LA LITTÉRATURE,
LE CINÉMA ET VOUS



Psychanalyse de quelques œuvres
et de ceux qui les aiment











































































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Illustration de couverture : Mariné Pérez-Espinosa,
Sometimes a cigar is just a cigar (Freud)
(www.flickr.com)









© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04917-5
EAN : 9782343049175
À mes parents,
à ma femme
et à mes enfants INTRODUCTION
POURQUOI CE LIVRE ?
Le livre que vous ouvrez répond à des intentions
multiples. S'il était autorisé à se pousser du col, il se voudrait
une contribution aux débats polémiques sur la psychanalyse,
un essai de psychanalyse appliquée, un compte rendu
de séances analytiques, une tentative pour éclairer
l'inspiration et les techniques de la littérature et du cinéma,
un roman policier…
Il prétend aussi vous impliquer : en vous proposant
une interprétation analytique de quelques œuvres, il souhaite
vous aider à percevoir ce qui, dans ces œuvres et
ces interprétations, suscite un écho en vous.
Enfin, notre ouvrage répond encore à d'autres
motivations ; mais vous découvrirez celles-ci plus tard…
Dans l'immédiat, précisons notre propos liminaire.
Un essai de psychanalyse appliquée
et une contribution au débat sur la psychanalyse
La grande époque de la psychanalyse est sans doute
révolue ; on peut penser que cette dernière a connu son plus
grand rayonnement dans les années 1960 et 1970. À la suite
de ce succès, le discours quotidien a été marqué par les
notions issues de la psychanalyse : le refoulement,
l'inconscient, les actes manqués, la sexualité infantile,
les traumatismes psychiques, les pulsions, la libido,
la bisexualité, le complexe d'Œdipe, le complexe d'infériorité,
les maladies psychosomatiques, les archétypes… sont
devenus des concepts de consommation courante. Ce succès
n'était pas dépourvu d'ambiguïtés : un syncrétisme 10 La Psychanalyse, la littérature, le cinéma et vous
bon enfant a réuni notions freudiennes, adlériennes,
jungiennes…, sans conserver de référence au cadre
conceptuel précis de leur naissance. Et ces notions, en se
banalisant, se sont affadies : derrière les mots, nous
ne percevons plus nécessairement le caractère bouleversant
de certains phénomènes.
Puis des thérapies concurrentes de la psychanalyse se sont
développées :
- Une tendance s'est manifestée en faveur d'approches
strictement médicales, basées sur la génétique,
la neurologie, la pharmacie…
- De nouvelles psychothérapies et méthodes
de développement personnel ont contré cette tendance,
mais au lieu d'investir dans l'exploration du passé
du sujet, elles se sont focalisées sur sa situation présente,
et face à la psychanalyse, ont prétendu à un meilleur
rapport qualité / prix.
Parallèlement à ce développement de la concurrence
sur le plan thérapeutique, la psychanalyse a été contestée
sur le plan théorique : on a voulu montrer que somme toute,
elle n'avait pas la capacité d'explication dont elle se targuait :
elle n'avait celle-ci, ni dans le champ de la psychologie
proprement dite, ni dans le champ des sciences humaines
qu'elle avait affirmé éclairer (la sociologie, la mythologie,
1la critique littéraire ...).
Ce n'est pas sur le plan de la thérapie que nous nous
placerons, mais sur celui de la connaissance ; et (au moins)

1 Les divers aspects récents de la contestation de la psychanalyse
en France ont été marqués par des ouvrages comme La Scolastique
freudienne ou La Psychanalyse, cette imposture de P. Debray-Ritzen (1973
et 1991), Le Livre noir de la psychanalyse (rédigé sous la direction
de C. Meyer et publié en 2005), ou Le Crépuscule d'une idole de M. Onfray
(2010). La contre-attaque est illustrée notamment par E. Roudinesco
avec Pourquoi la psychanalyse ? (1999), Pourquoi tant de haine ? (2005)… Introduction : pourquoi ce livre ? 11
sur ce plan, nous espérons vous montrer que la psychanalyse
2fonctionne .
Plus précisément, il s'agit de vous convaincre qu'elle
apporte un éclairage décisif sur de nombreuses œuvres
littéraires et cinématographiques.
Un éclairage de l'inspiration
et des techniques littéraires et cinématographiques
Cet apport de la psychanalyse pour la compréhension
de la littérature et du cinéma est lié au constat qu'une œuvre,
si elle n'est pas seulement utilitaire, exprime plus que
ce qu'elle énonce ; l'écart constitue le propre de l'art.
Cet écart peut être de nature formelle (la beauté du style…).
Il peut aussi être plus substantiel : des choses sont alors
"écrites entre les lignes" (sans que l'auteur le sache
nécessairement). Dès lors, la psychanalyse s'avère souvent
pertinente pour s'attaquer à ces questions : quel est
le "supplément de sens" qui suscite une résonance chez
le lecteur ou le spectateur, et comment est-il obtenu ?
Nous verrons ainsi par quels processus Conan Doyle
peut parfois provoquer, pour reprendre un terme freudien,
le sentiment d'une "inquiétante étrangeté." Nous verrons
2 En fait, nous comptons montrer que la psychanalyse fonctionne
doublement :
- Elle est efficace en tant que méthode d'investigation qui met
en évidence des significations inconscientes pour les productions
de l'esprit (les paroles, les actions, les attitudes, les rêves, les délires,
les œuvres…).
- Elle peut convaincre en tant qu'ensemble de théories qui mettent
en ordre et expliquent les données résultant de l'investigation. Pour
ce qui est du contenu de ces théories, nous emprunterons à Freud
la définition du "commun dénominateur" des différents courants
psychanalytiques : "Les doctrines de la résistance et du refoulement,
de l'inconscient, de la significativité étiologique de la vie sexuelle et de
l'importance des expériences vécues de l'enfance sont les principaux constituants
de l'édifice doctrinal psychanalytique" (Freud, 1925). 12 La Psychanalyse, la littérature, le cinéma et vous
aussi comment James Cameron, dans ses deux films
Terminator, retrouve des mythes vieux de plusieurs
millénaires, et les actualise pour qu'ils parlent mieux
au public d'aujourd'hui. Vous aborderez ainsi les processus
qui suscitent une œuvre et l'amènent à être efficace vis-à-vis
du public.

Un essai de littérature appliquée
Le mouvement inverse semble possible… Après avoir
envisagé la psychanalyse appliquée à la littérature, nous
pouvons reprendre un paradoxe fructueux de Pierre Bayard,
et imaginer la littérature appliquée à la psychanalyse :
la première approche débouche sur une meilleure
compréhension des œuvres littéraires, la deuxième sur un
enrichissement de la psychanalyse. Selon P. Bayard, telle
serait "la véritable utilité de la littérature […] pour la psychanalyse :
non pas s'offrir à la révélation de mystérieux contenus latents, mais
permettre, par la variété et la complexité des modèles qu'elle propose,
de réfléchir sur les phénomènes psychiques"…
De fait, L'Eau des collines de Marcel Pagnol et Harry,
un ami qui vous veut du bien de Dominik Moll nous
permettront de réfléchir sur des phénomènes psychiques qui
ont certes déjà été identifiés, mais qui vont au-delà des
schémas usuels liés au complexe d'Œdipe. La Barbe-bleue
nous permettra même d'emprunter des voies encore
inexplorées.

Un roman policier
Tout cela peut vous sembler trop austère. Aussi, pour
vous rassurer, tenons-nous à faire un parallèle avec le roman
policier (dont la justification repose pour partie sur un
certain côté plaisant).
Constatons tout d'abord qu'à l'instar de romans policiers,
les œuvres dont nous vous proposons l'interprétation sont
riches de délits, de crimes et de morts. Mais le plaisir n'est
pas là (ou pas seulement là…). Il peut consister à imiter Introduction : pourquoi ce livre ? 13
Sherlock Holmes ou Hercule Poirot : vous pouvez aimer
découvrir le coupable, le dessous des cartes… Eh bien c'est
le dessous des cartes que nous vous proposons de découvrir
en ce qui concerne quelques œuvres.
Certes, nos enquêtes n'apporteront rien de neuf en ce qui
concerne l'identité des coupables. Ainsi, lorsque nous
aborderons l'œuvre de Perrault, nous ne lancerons pas de
procès en révision pour Barbe-Bleue, et nous admettrons
que c'est bien lui qui a tué ses épouses. Mais d'autres
questions restent ouvertes : par exemple, prétendrons-nous
que Barbe-Bleue punit ses femmes de leur curiosité ? Mais
alors pourquoi s'attache-t-il à susciter celle-ci ?
En reprenant l'enquête, nous pouvons soulever d'autres
questions que celle des motivations des méfaits. Signalons
par exemple que dans Le Pouce de l'ingénieur, Sherlock Holmes
démasque des assassins, mais que ceux-ci s'enfuient sans
qu'il puisse les arrêter. Ne devons-nous pas assumer le rôle
de "police des polices", et nous demander pourquoi un tel
échec du détective ? Peut-il être accidentel ? Ou n'y aurait-il
pas plutôt de mystérieuses déterminations qui conduiraient
vers certaines défaillances ?
D'autres questions peuvent sembler anodines, voire
farfelues, mais comme le dit Hercule Poirot : "Certes, cela
semble sans importance. C'est bien pourquoi c'est si intéressant..."
Vous pourrez ainsi découvrir pourquoi, dans Le Pouce
de l'ingénieur, le jeune héros se prénomme Victor, habite
Victoria Street, est ingénieur en hydraulique, pourquoi son
adversaire s'appelle le colonel Stark…
À cet égard, vous ouvrez un ouvrage quelque peu
policier… Ainsi, divers plaisirs peuvent se cumuler :
au plaisir de constater que l'application de la psychanalyse
à la littérature et au cinéma est efficace, au plaisir
de comprendre comment une œuvre peut mettre
en résonance son public, peut s'ajouter le plaisir de découvrir
le fin mot de l'histoire rapportée par une œuvre 14 La Psychanalyse, la littérature, le cinéma et vous
(ou du moins, un nouveau double fond, sachant que nous
ne sommes jamais sûrs d'être au bout des élucidations…).

Une invitation à une découverte de vous-même
Nous venons de rappeler qu'une œuvre pouvait
comporter différents doubles fonds. De fait, diverses
interprétations sont souvent possibles. Nous illustrerons
ce phénomène avec La Barbe-bleue, et nous vous suggèrerons
de choisir entre divers points de vue (étant entendu qu'en
l'occurrence, choisir, c'est se découvrir…). Disant cela, nous
faisons apparaître que ce livre a également le but de susciter
votre intérêt en vous facilitant le repérage de ce qui est
en vous.
Car les œuvres de fiction, lorsqu'elles ont le pouvoir
de vous toucher, révèlent quelque chose de vous…
Le propos que S. Tisseron tient à cet égard est éclairant :
"Certaines images ont ce pouvoir sur nous, et une telle rencontre s'est
passée pour moi avec les films d'Hitchcock. Tout commence en général
par le fait de nous sentir bouleversés sans en comprendre la raison et
d'éprouver le sentiment étrange de nous sentir “en terrain connu” alors
que rien, dans ce que nous voyons ou lisons, n'évoque directement notre
propre vie. C'est alors à nous de nous engager plus avant dans
la compréhension de ce que nous éprouvons. [En effet,] si rien ne prouve
jamais que ce que nous voyons dans une fiction s'y trouve, le fait
que nous l'y trouvions peut toujours nous apprendre quelque chose
sur nous."
"Mais", pourriez-vous nous dire, "les œuvres que vous
interprétez vous disent certainement quelque chose, puisque vous les avez
choisies ; mais pourquoi parleraient-elles à nous ?" Il est vrai
qu'à cet égard, rien n'est garanti ; mais nous avons choisi
des œuvres qui ont connu un grand succès, et dont nous
pouvons penser que par tel ou tel trait, elles possèdent
quelque chose d'universel…
Introduction : pourquoi ce livre ? 15
Le menu proposé
Dans cet esprit, notre ouvrage évoque tout d'abord
Le Pouce de l'ingénieur de Conan Doyle, La Barbe-bleue
de Charles Perrault, et L'Eau des collines de Marcel Pagnol.
Après ces trois œuvres littéraires, nous aborderons trois
films : Terminator de James Cameron, Le Grand Bleu de Luc
Besson, et enfin Harry, un ami qui vous veut du bien de Dominik
Moll.
Avec la première partie de l'ouvrage, intitulée “Le Pouce de
l'ingénieur” ou les secrets des chambres parentales, vous verrez
à l'œuvre un ensemble de fantasmes liés au complexe
d'Œdipe : ils concernent la vie intra-utérine, la "scène
primitive", la castration… Avec ces "fantasmes originaires",
décrits par Freud en 1915, vous serez au cœur des thèses
freudiennes les plus anciennes et au cœur des fantasmes les
mieux partagés.
La deuxième partie, intitulée “La Barbe-bleue” ou des méfaits
téléguidés, vous proposera une introduction à la caractérologie
analytique. En outre, nous illustrerons le concept
d' "identification projective" (introduit en 1946 par Mélanie
Klein), et enfin, nous aborderons une zone particulièrement
sombre de l'esprit humain en mettant en avant des
mécanismes psychotiques.
“L'Eau des collines” ou des meurtres en famille vous fera
échapper aux schémas freudiens traditionnels. Nous
reprendrons des thèses qui ont été développées par D. van
der Sterren en 1948 et par J. Bergeret à partir des années
1980, et qui vous montreront tout d'abord qu'il y a dans
Œdipe Roi beaucoup plus que le complexe d'Œdipe…
Et appliquant ces thèses à L'Eau des collines, nous vous ferons
voir comment les éléments les plus anciens de la
personnalité, les éléments "prégénitaux", peuvent
s'accompagner d'une "violence fondamentale", qui n'a rien
à voir avec la rivalité amoureuse du père et du fils auprès de
la mère ; parallèlement, vous verrez que le meurtre 16 La Psychanalyse, la littérature, le cinéma et vous
intergénérationnel en famille ne se limite pas au schéma
œdipien : en l'occurrence, le père et la mère tuent l'enfant…
Passant au cinéma, nous reviendrons tout d'abord à des
schémas analytiques classiques : notre quatrième partie,
“Terminator” ou les malheurs des petits enfants et leurs revanches
héroïques, utilisera les travaux qu'Otto Rank a conduits
en 1909 et 1911 sur la vaste catégorie des mythes qui
s'attachent à la naissance des héros et sur la sous-catégorie
des mythes consacrés aux héros salvateurs. Si vous aimez
les sauveurs, vous serez éclairé sur les ressorts de leur action,
et si vous avez vous-même de grandes et nobles ambitions,
vous serez guidé sur la voie du sauvetage de l'humanité
(qui semble périodiquement devoir être refait…). De fait,
face à ce problème de sauvetage périodiquement posé,
apparaissent des solutions qui au-delà des apparences,
se répètent : vous découvrirez ainsi comment la Bible
soustend le film de James Cameron. Vous découvrirez également
comment derrière l'œuvre, se trouve l'auteur :
en l'occurrence, une psychanalyse de Cameron peut être
esquissée.
“Le Grand Bleu” ou les plongées régressives évoquera
les traumatismes infantiles, les régressions compulsives,
le fantasme de retour à la vie intra-utérine, la "pulsion
de mort"… Nous évoquerons aussi la notion de "sentiment
océanique", apparue en 1927 lors d'un échange entre Freud
et Romain Rolland, et nous aborderons une question très
pratique : comment accéder au bonheur du sentiment
océanique ? Vous verrez alors comment diverses pratiques
ou expériences peuvent être éclairées par la réflexion
psychanalytique (qu'il s'agisse de la communion avec la
nature, du naturisme, du yoga, de l'amour ou de l'union
mystique avec Dieu…).
Enfin, notre sixième et dernière partie, intitulée “Harry,
un ami qui vous veut du bien” ou des crimes libérateurs, vous
ramènera aux meurtres en famille. Toutefois, ici encore, vous
serez loin du complexe d'Œdipe mentionné au sujet du Pouce Introduction : pourquoi ce livre ? 17
de l'ingénieur ; vous serez plus proche de la "violence
fondamentale" évoquée au sujet de L'Eau des collines
(d'ailleurs, au-delà du père, sont tués la mère et le frère,
et sont menacés le conjoint, les enfants…). Et vous verrez
que le fantasme de meurtre peut s'accompagner
d'un fantasme de libération et de renouveau…
Au total, ce sont donc six œuvres qui structurent notre
ouvrage. En complément, nous interpréterons rapidement
quelques œuvres de M. Leblanc, H. de Montherlant,
A. Hitchcock, G. Flaubert, R. Musil, J. et W. Grimm,
3S. Spielberg, H.-G. Wells… Vous verrez que ces
compléments confirmeront les thèses que nous avançons ;
ils montreront la force de certains schémas psychiques et
narratifs, qui se répètent à travers les siècles ; en mettant
en avant des variantes de ces schémas, ils vous permettront
de mieux explorer les phénomènes évoqués.
La mise en avant de séances analytiques
Il reste que quel que soit notre amour (et le vôtre ?) pour
la littérature et le cinéma, nous ne devons pas oublier
la réalité. Aussi, en contrepoint des œuvres évoquées,
feronsnous référence à quelques séances d'analyse : car il est bon
de vérifier les correspondances qui existent entre les êtres
de fiction et les êtres de chair…
Les citations
Un dernier mot : nous mettrons en avant de nombreuses
citations et en fin d'ouvrage, nous fournirons une
bibliographie développée. S'il en est ainsi, c'est au moins
pour deux raisons…
3 Et à ces interprétations originales, s'ajouteront quelques
interprétations déjà connues que nous nous contenterons de rapporter
(il s'agira notamment des travaux de Freud et van der Sterren sur Œdipe
Roi, et de ceux d'O. Rank sur la légende de Lohengrin). 18 La Psychanalyse, la littérature, le cinéma et vous
Rappelons tout d'abord que notre méthode consiste,
par le biais de l'interprétation, à mettre en regard des œuvres
et des théories : il s'agit à la fois d'expliquer les premières
par les dernières, et de conforter les dernières par les
premières… À cet égard, la mise en avant d'œuvres est plus
pratique que celle de comptes rendus de cures : les œuvres
ont en effet un contenu explicite que chacun peut vérifier.
De même, il ne messied pas de garantir une certaine
objectivité en procédant à des citations précises des grands
théoriciens. Les citations et les références bibliographiques
pourront donc accroître auprès de vous la valeur probante
de nos thèses.
Une autre raison : au vu des citations et références, vous
serez peut-être tenté de lire ou relire les ouvrages
mentionnés !

PREMIÈRE PARTIE
LE POUCE DE L'INGÉNIEUR :
LES SECRETS DES CHAMBRES PARENTALES
"J’avais beau avoir les nerfs endurcis, je ne pus
réprimer un sursaut. Quatre doigts pointaient vers
moi, et à côté, une horrible surface spongieuse toute
rouge : là, il y avait eu un pouce, qui avait été
tranché, ou arraché, à la racine."
(Conan Doyle, Le Pouce de l'ingénieur)
CHAPITRE I
INTERPRÉTER À TROIS
Vous allez lire ou relire avec nous Le Pouce de l'ingénieur,
une nouvelle tirée des Aventures de Sherlock Holmes.
Dans cette nouvelle, Sherlock Homes n'a pas été
au mieux de sa forme, et a laissé des zones d'ombre. Nous
allons donc prolonger son action et poursuivre l'enquête.
Mais il nous faudra convoquer un "grand témoin" :
Freud. De fait, Freud a identifié des "fantasmes originaires"
(vie intra-utérine, "scène originaire", séduction par un adulte,
castration), et nous verrons que Le Pouce de l’ingénieur tire
son "inquiétante étrangeté" du fait que cette œuvre est
soustendue par tous les fantasmes originaires. La nouvelle 20 La Psychanalyse, la littérature, le cinéma et vous
de Conan Doyle illustre donc ce que l’interprétation
analytique peut apporter pour la compréhension de certaines
œuvres littéraires.
Le Pouce de l’ingénieur nous permettra aussi de réfléchir sur
le concept même de fantasme originaire.
En outre, nous constaterons que dès 1891 (date de
publication de la nouvelle), Conan Doyle met en scène
certains aspects de ce qui, quelques années plus tard, sera
la cure psychanalytique. Ce faisant, il témoigne de sa capacité
d'intuition et d'anticipation. Il illustre aussi le terrain
sur lequel la psychanalyse est née ; car quel que soit le génie
créateur de Freud, celle-ci n'est pas née de rien ; elle a été
précédée de travaux scientifiques (ceux de Charcot,
de Liébault…) ou d'essais littéraires (par exemple ceux
de Popper-Lynkeus) ; l'esprit du temps a ainsi vu
se développer quelques signes avant-coureurs de
4la psychanalyse …

Comment interpréter une œuvre littéraire ?
"Mais, pourriez-vous dire, comment interpréter une œuvre ?"
De fait, il n’y a pas ici de patient qui associe, répond,
progresse... ; le texte du Pouce de l’ingénieur est figé à jamais,
il ne réagira pas à nos interprétations, il ne les corrigera ni ne
les validera... Dans ces conditions, qu’est-ce qui peut
légitimer les interprétations avancées ?
La capacité de conviction des interprétations avancées
nous semble tout d’abord reposer sur la constatation
immédiate qu’ "il y a quelque chose à expliquer" : vous
percevrez dès la première lecture l’inquiétante étrangeté

4 Freud a volontiers reconnu l'œuvre de certains devanciers (tout
en soulignant son propre apport…) : "Le concept d’inconscient frappait depuis
longtemps aux portes de la psychologie pour être admis. Philosophie et littérature ont
joué assez souvent avec lui, mais la science ne savait pas l’employer. La psychanalyse
s’est emparé de ce concept, l’a pris au sérieux et l’a rempli d’un nouveau contenu"
(Freud, 1940 b). Le Pouce de l'ingénieur : les secrets des chambres parentales 21
du Pouce de l’ingénieur ; de même, vous percevrez facilement
que la nouvelle est à part parmi les récits mettant en scène
Sherlock Holmes, dans la mesure où les talents habituels
de Holmes y sont singulièrement peu exploités.
Une fois constaté qu’il y a quelque chose à expliquer,
les interprétations que nous avançons, même si elles ne sont
pas les seules possibles, ont une triple force : leur capacité
à "coller" au texte et à l'éclairer, leur cohérence interne,
et leur capacité à s’insérer dans la théorie.
Et de plus, vous jouerez vous-même un rôle essentiel :
si l'œuvre ne peut réagir à nos interprétations, vous, vous le
pouvez… Ce qui doit fonctionner est donc un jeu à trois :
le texte (et ce que l'auteur y a mis, en général sans le savoir),
nous (qui mettons notre inconscient en résonance avec ce
texte et vous proposons une interprétation), et vous
(qui, si tout se passe bien, trouverez un impact à nos
interprétations, et donc attesterez que le texte de Conan
Doyle et notre travail sont capables de mobiliser quelque
chose qui préexiste en vous). Comme l'indique J.
BelleminNoël, "en psychanalyse, […] on ne peut rêver de fournir des résultats
confirmés. L'interprétation qui fonctionne dans, par et avec l'inconscient
porte en elle-même sa propre justification, sans preuve et sans recours.
Elle s'impose ou elle n'existe pas. Dans la cure, c'est l'amélioration
apportée par cet éclairage nouveau à l'état psychique du patient qui
assurera que “c'était bien ça” ; dans la lecture, il n'y a rien d'autre que
la conviction gagnée des autres lecteurs."
Face à vos responsabilités dans ce jeu à trois, ne vous
inquiétez pas : avec Le Pouce de l'ingénieur, le jeu est facile, et
il vous est offert comme une mise en jambes… CHAPITRE II
COMMENT UN JEUNE HOMME
ACQUIERT DE L'EXPÉRIENCE
Les "fantasmes originaires"
Freud a introduit en 1915 la notion de "fantasme
originaire." Un exemple de tel fantasme est constitué par la
"scène originaire" ou "primitive", c’est-à-dire par la scène
d’un rapport sexuel entre les parents, que l’enfant a observée
ou plus fréquemment supposée d’après certains indices,
et qu’il a transformée en fantasme ; la scène devient alors
un scénario qui est chargé de désir et qui concourt
à structurer la vie psychique, consciente ou inconsciente.
Selon Laplanche et Pontalis, les fantasmes originaires sont
des "structures fantasmatiques typiques (vie intra-utérine, “scène
originaire”, castration, séduction) que la psychanalyse retrouve comme
organisant la vie fantasmatique, quelles que soient les expériences
personnelles des sujets." Pour Freud, chaque fantasme originaire
appartient au "trésor des [… fantasmes inconscients] que l'on peut
retrouver par l'analyse chez tous les névrosés, [et] vraisemblablement
chez tous les enfants des hommes" (Freud, 1915).
Ces fantasmes sont originaires en ce sens qu'ils sont
primitifs ou archaïques, qu'ils renvoient aux premiers âges
de la vie… Mais pour Laplanche et Pontalis, ils sont
originaires également en un autre sens : "Si l’on envisage [...]
les thèmes qu’on retrouve dans les fantasmes originaires [...], on est
frappé par un caractère commun : ils se rapportent tous aux origines
[...]. Dans la “scène originaire”, c’est l’origine du sujet qui se voit
figurée ; dans les fantasmes de séduction, c’est l’origine, le surgissement
de la sexualité ; dans les fantasmes de castration, c’est l’origine de la
différence des sexes. [...] Ils prétendent apporter une représentation et
une “solution” à ce qui pour l’enfant s’offre comme énigme majeure."

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