La réception de l'oeuvre de Stig Dagerman en France

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Stig Dagerman est l'un des écrivains nordiques les plus lus et les plus commentés en France et en Italie, alors qu'il connaît un succès plus mitigé ailleurs. Cet ouvrage a pour but d'analyser la réception de son oeuvre en France, tout en s'intéressant à la question plus large de la lecture et du statut de la littérature étrangère.
L'auteur met en lumière certains mécanismes des échanges littéraires en traçant l'itinéraire d'un écrivain étranger, disparu depuis un demi-siècle avant sa consécration littéraire internationale, celui qu'on appelle parfois le "Rimbaud du Nord".
Publié le : samedi 1 mai 2010
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EAN13 : 9782296257603
Nombre de pages : 297
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© L’Harmattan,2010
5-7,rue de l’Ecole polytechnique ; 75005Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN :978-2-296-11974-1
EAN :9782296119741

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Classiquespourdemain
dirigée par Daniel-Henri Pageaux

Cette collectionrassemble des études surdes écrivainsde notretemps,
consacrésparlesuccèsdansleurpays(francophonesoude langues
ibériquesen particulier),pourlesquelsil n'existe pasencore d'approches
critiquesen français.Ellevise donc àdiffuserauprèsdupublicétudiantet
de lecteurs soucieuxdes'ouvrirauxlittératuresétrangèresdesparcourset
despropositionsde lectures,voireunebase de documentation
bibliographique.

Déjàparus

BertrandCARDIN,Lectures d’un texte étoilé.Coréede John
McGahern, 2009.
JuanCarlos BAEZA SOTO,EmilioPrados, L’absolu solitaire,
2008.
PhilippeGODOY, LeGuépardou la fresque de lafin d’un monde,
2008.
Jean-IgorGHIDINA,CarloSgorlon,romancierfrioulan.Société,
mythe,écriture,2008.
Lucia DA SILVA,DavidMourão-Ferreira,2005.
MarceloMARINHO,JoãoGuimarães Rosa,2003.
FrançoisPIERRE,FranciscoUmbral oul'esthétique de la
provocation,2003.
FrançoiseMORCILLO,JaimeSiles : un poète espagnol "classique
contemporain",2002.
Dorita NOUHAUD,Isaac Goldemberg oul'homme duLivre,2002.
AnouckLINCK,Andrés Caicedo, un météore deslettres
colombiennes,2001.

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Arrivéeau boutdece projet,jesuis trèsémue en pensant à
touteslespersonnesqui m’ont soutenueaufil deces annéesetque
jevoudrais remercierici le plus chaleureusementpossible.
Jeremercietoutd’abord mesdeuxdirecteurs, sanslesquels
cettethèse n’auraitjamais vujour. Le ProfesseurEvaAhlstedt a
toujoursété prêteàm’aider.Je la remercie pour sesinfinies
lectures, son infatigable énergie et sesprécieux conseils.
Jetiens aussià témoignermaprofondereconnaissanceau
Professeur JacquesLeenhardtpourm’avoirguidée dansma
recherche.Salucidité qui m’a aidéeà voir clairdansmesmoments
deconfusion, son inspirationcontagieuse,letempsqu’il m’a
consacré, sagénérosité etl’accueil ensoleillé
queBrigitteNaveletNoualhieretlui m’ont réservéàl’EHESS,ontinfiniment compté
pourmoi.
Jesuisensuitetrès reconnaissanteàd’autres chercheurs avec
lesquelsj’ai pudiscuterde mon projet, toutparticulièrement
PascaleCasanova.Un grand merciaussià PhilippeBouquet,qui
m’a accordéun entretienaudébutde ma recherche,m’afourni
certains articleset alu attentivementmon manuscrit. Mes
remerciements vont aussià Emilia Lodigiani, avecqui j’ai eula
chance de m’entretenir,et à son équipe d’Iperboreapourleur
aimableaccueil, sanslaquelle je n’auraispaspu réalisermon étude
italienne.
Jesouhaite égalementexprimerma reconnaissanceàl’Istituto
Svedese diStudiClassicia Roma, ainsi qu’au CentreCulturel
Suédois à Paris. Lorsde l’établissementde moncorpus,j’aiaussi
pu avoir accès aux archivesde presse deséditions Actes Sud,
Gallimard, IperboreaetMauriceNadeuau :n grand merciaux
personnesqui ont rendu ces consultationspossibles.
J’exprimetoute magratitudeauxfondationsqui ontfinancé
mon projet :FondazioneFamiglia Rausing, IngenjörenC. M.

Lericis stipendium, KungligaochHvitfeldtska stiftelsen, Bo
Linderoth-OlsonsFond, Adlerbertska Stipendiestiftelsen, Bourses
d’étudesdu Gouvernementfrançais, Svensk-Franska Stiftelsen et
Torsten ochRagnar Söderbergs Stiftelser.
Jeremercievivementmon éditeur, ainsi que Marie-Rose
Blomgren, pourleurs correctionsperspicaces, ainsi que les
membresde mon jurydethèse,sonPrésidentProfesseurJean
VerrieretPr.Eva Ahlstedt, Pr.Björn Larsson, Pr. Jacques
LeenhardtetM. de.C. Marianne MolanderBeyer.
Mercispécialementà Cecilia Alvstad, Anna Melke, Julien
Roland etRaphaëlleSchott.
Enfin,jevoudraisdirecombien jesuis redevableàmafamille
pourm’avoirinspiréeaujourle jourdansce projet,et tout
particulièrementàmamère, àqui je dédiece livre.

6

Kullavik, août 2009

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En1954, un jeune écrivainsuédois sesuicideà Stockholm.
Deuxansplus tard,l’un deses romans sortà Parisentraduction
françaisechez Gallimard.Ceroman,L’Enfantbrûlé,est accueilli
par unecritique élogieuse.Depuis,les textesdeStigDagerman,
cetécrivain quia cessé d’écrireavantd’avoir atteint ses trenteans,
continuent àfascinerle publicfrançais.Son œuvre intégraleaété
traduite en français, choseassez rare pour unauteurnordique,et
sespièces sont souventmontées,encoreaujourd’hui,dansles
théâtresfrançais.Dagerman occupeune placespéciale dansle
domaine de lalittérature étrangère enFrance.Depuislesannées
quatre-vingt,son œuvre estégalementpubliée enItalie,où
l’engouementpour seslivresn’estpasmoindre qu’enFrance.
Dagerman estl’un desécrivainsnordiqueslespluslusetlesplus
commentésdans cesdeuxpays, alorsqu’ilconnaît unsuccèsplus
mitigéailleurs.
Notrerecherches’inscritdansle domaine de lasociologie de la
1
littérature etde lalecture et traite plusparticulièrementde la
réception d’un écrivain étranger, StigDagerman,enFrance eten
Italie.CommentStigDagerman est-il devenul’un des auteurs
nordiqueslesplus aimésdanscesdeuxpays?Y a-t-il quelque
chose,dans ses textesetdans sapersonnalité,qui le fait
spécialementapprécierdeslecteursfrançaisetitaliens?Quelrôle
ontjoué lesintroducteursetleséditeursde l’œuvre ?Un mythe
2
s’estcrééautourdeDagerman;pourrait-il égalementexpliquer sa
popularité ?Afin d’essayerderépondreà cesquestions,nous
avonsétabliuncorpusde publications surDagerman enFrance et
enItalie,uncorpusque nousavons voulu rendreaussi exhaustif

1
Nousdéfinironsces termesdanslesous-chapitre 1.2«Pointsde départ
théoriques».
2
Cf.StigDagerman:le mythe etl’œuvre(Périlleux,1993).

que possible.Pourmieux comprendre l’aspectde lamythification
deDagerman entantqu’écrivain nordique,nous avonségalement
consulté,danslesdeuxpaysen question,despublicationsportant
surla Suède en général.Nousavonsainsi étudiécommentla
littérature nordique etleNordsontprésentésdanscertainslivres,
comme desmanuelsd’histoire de littératurescandinave.Ilsera
question danscecontexte de l’image de la Suède etdes
représentationsduNordtransmisesàtraverslaréception debiens
culturels,danscecasprécisl’œuvre d’un écrivain particulier.
Cettethèse décritetanalyse donclamanière dontl’œuvre de
StigDagermanaété introduite enFrance etenItalie, c’est-à-dire
lafaçon dontelleaété éditée,lue etcommentée.Comment
l’écrivain et son œuvre ont-ilsd’abord été présentés?Avec
quellesautreslecturesetquelsautresécrivainslescritiquesont-ils
faitdesassociationsen lisant Dagerman ?Quelles sontles
interprétations auxquellescette œuvreadonné lieudanslesdeux
pays?Précisonsque,parleterme lecture,nousentendonsici la
lecture effectuée parlesjournalistesetlescritiqueslittéraires.
Notrethèse esten premierlieu une étude dece queJosephJurt
appelle« laréception de lalittérature parla critique
3
journalistique »,maisaussiune étude de laréception faite parla
critiqueuniversitaire.C’estcette lecture-làque nous sommesen
mesure d’étudier,puisqu’elle estécrite:lescritiquesont rapporté
lesimpressionsde leurslecturesdansdesarticlesquiconstituent
lecorpusde laprésente étude.N’ayantpasaccèsauxautres
lecteurs,il nousasemblé naturel de focaliser surcette lecture
spécifique.D’une part,les«vraislecteurs»,si l’on ose lesappeler
ainsi,etplusprécisémentceuxdesannéescinquante et soixante,
seraientdifficilesàrencontrer,etd’autre part,mêmesi l’on
pouvaitéventuellementenretrouverquelques-uns,il n’estpas sûr
que leurpremière lecture de l’œuvresoitencore« fraîche » dans
leursmémoires. Lesétudesde lecturebasées surdesinterviews
faitesavecdeslecteurs réels usenten général d’une démarche qui
consisteàfaire lireuntexteàune personne etàl’interroger
ensuitesur ses réactions.Notrebutestplutôtdesaisirlaréception

3
Laréception de lalittérature parla critique journalistique.Lecturesde
Bernanos1926- 1936(1980).

8

deDagermantelle qu’elles’estmanifestée lorsde lapublication
deseslivres,etd’analyserce quiaété écrit surlui et son œuvre.
L’histoire decetterecherchea commencé par une observation:
certainsdesarticlesfrançaisque nousavonseul’occasion de lire
surStigDagermanaccordaientbeaucoup d’importanceaufait
qu’ils’agissaitd’un écrivain nordique.Cesarticlesétaient
louangeurs,touten fabulant surl’origine de l’auteur(suédoise,
4
nordique).Ony trouvaitdesexpressionscomme« éternel hiver»
oudescommentairesdu typesuivantc: «’estaufortd’un hiver
5
nordique que[…]ilveut setrancherles veines» .Nousavons
souhaitévérifiercette observation en étudianttouslesarticlesque
nousavons réussiàretrouver sur Dagerman enFrance,etcela
nousa conduiteàfaire parlasuiteune étudesur sonaccueil en
Italie,oùl’auteur a connu uneréussitesimilaire. Le faitd’étudier
laréception de l’œuvre deDagerman enItalie permetégalement
de mettre enrelief laréception française.Pour cela cette étude est
présentée enannexe oùnous allonsensuitecomparerlesdeux
réceptionspourmontrerlesinfluences ainsi que lesdifférencesqui
existententre elles.Constatonsque lapublication deDagerman en
Francecommence dèsles années cinquante, tandisqu’enItalie il
faudra attendre les annéesquatre-vingt-dixpour unvrai décollage.
Nous tenterons,de plus,devérifierl’hypothèse quisoutientque la
Franceajouéunrôle d’intermédiaire dansle passage de l’œuvre
deDagerman deSuède enItalie.
Lebutdecette étude n’estpourtantpas seulementde dresserla
carte de laréception de l’œuvre deStigDagerman enFrance eten
Italieàpartirdesannéescinquante,période pendantlaquelle les
premiersarticles surlui paraissentenFrance,jusqu’àl’aube du
e
XXIsiècle,maisaussi d’essayerdecomprendre pourquoicet
écrivainsuédoisa connu untelsuccèsdanscesdeuxpays.
L’objectif de notretravail n’estpasexclusivementderépondreà
desquestions tellesque: Quels textesdeDagermana-t-on édités
enFrance etenItalie ?Qui lesaédités:en d’autresmots,quelles
sontlesmaisonsd’édition etlespersonnesayantprisl’initiative de

4
Mohrt, M. «Hamletetlespetitschiens»,Le Figaro littéraire[date inconnue,
sansdoute 1956].
5
Mogin, J. «StigDagerman – l’Enfantbrûlé »,L’Humanité,26-05-1956.

9

leséditer?Qui les a traduits?Cesquestions seront bien
naturellementposées,maisnous tenterons aussi derépondreau
« pourquoi »quisecache derrièrechaque question.Pourquoi
Dagermana-t-il été édité et réédité?Pourquoiàtel moment?Que
peut-on déduire dufaitqu’unecertaine maison d’éditionaitpublié
tel livre plutôtqu’unautre,ouqueteltraducteurl’ait traduit?
Quel impact aeule faitqueDagermansoit un écrivain étranger
dans cesdeuxpays?Comment s’estconstruitle mythe de
Dagerman entantqu’écrivain étranger,eten quoiconsiste-t-il?
Enabordantlaréception d’un écrivain d’une
languecomprenant un petitnombre de locuteurs,ilconvientderéfléchir surles
loisdecirculation des texteslittérairesétrangerset surla
construction de l’image de l’écrivain étranger.Danslecadre dece
que lasociologuePascaleCasanova appelle« l’espace littéraire
6
mondial »,nousnousintéresseronsà ce que lesdiverses
réceptionsde l’œuvre deDagerman enFrance etenItalie nous
apprennent surles relationslittérairesentre justementla Suède,la
France etl’Italie. Leshistoiresdes réceptionsd’œuvreslittéraires
étrangères sontdeshistoiresderencontresentre descultures– qui
relèventde l’ouvertureversetde la curiosité pourl’Autre,mais
qui peuventaussicomporter un phénomène de mythification et
7
unetendanceàrenforcerdesstéréotypesnationauxdéjàexistants.
Ceci nousincitera àmener uneréflexion plusgénéralesurla
lecture de lalittérature étrangère.Dansquelle mesure lalecture
est-elle influencée parles représentationsque nousavonsdéjàdu
paysoude la culture d’origine de lalittérature lue ?Etdansquelle
mesure lalecture de lalittérature étrangère peut-elle, àsontour,
influenceretchangerces représentations?Nousestimonsqu’il est
importantde posercesquestions, bien qu’ilsoitdifficile,voire
impossible d’y répondre,l’objectif étantderéfléchirautourdeces
questionsplutôtque de fournirdes réponsescertaines. Malgré le
faitqu’il nesoitpaspossible d’épuiserlesujetde lalecture de la

6
La RépubliqueMondiale deslettres(1999,p.119)
7
Cf.«Le mystèreboréal: Stéréotypesnationauxdanslalecture deStig
Dagerman enFrance »,inCampos, C. etGyörgy,L.Stéréotypesetprototypes
nationauxenEurope. Paris: Forum deslangueseuropéennes(Dahl, K.2007,pp.
140-147)

10

littérature étrangère,nous avons toutdemêmesouhaité en donner
un exemple en étudiantlecas spécifique de lalecture de
Dagerman enFrance etenItalie.Pour cela,penchons-nous
d’abordsurl’auteur.
StigDagerman,desonvrai nomStigHalvardAndersson,est
né en 1923à Älvkarleby,villagesituéaunord deStockholm.Àsa
naissance,il futabandonné par sesparentsetgranditchez ses
grands-parents,qui étaientpaysans.Il débuta comme écrivain en
1945 eteutpendant saviebeaucoup desuccèsenSuède.
Dagerman partage lethème de l’angoisse dans son œuvreavec
beaucoup d’autresécrivains suédoisdesagénération, connue
comme la« génération desannéesquarantee »tcomposée de
jeunesauteursquis’intéressaient surtoutauxgrandesquestions
existentielles.PärLagerkvist(lauréatduprixNobel en 1951)avait
donné letonàpartirde 1916en publiant unrecueil de poèmes
intituléÅngest(Angoisse).Dagerman écrivitquatreromans,
quelquespiècesdethéâtre,plusieursnouvellesetbeaucoup de
petitspoèmesintitulés ‘dagssedlar’(‘billetsdujour’) publiésdans
le journalArbetaren.Après unsilence de quatreans,pendant
lequel il n’apubliéaucun ouvrage,il estmortà Stockholmàl’âge
detrente-et-unans.
Certes,on peutpenserque le domaine de lalittérature nordique
reste en quelquesorte marginal.Issue de petitspays, cette
littérature ne jouitpasdumêmestatutque,parexemple,la
littérature hispanique,qui estle produitd’une languetrèsétendue
8
etquiaplusde«capital littéraire », avecdesécrivains
universellement reconnuscomme notammentCervantès.Dansle
champ de lalittératuresuédoiseDagerman est sansdoute, après
AugustStrindberg,l’un desécrivains suédoislesplus souvent
mentionnésen dehorsde la Suède.Ilya aussi naturellement
Selma Lagerlöf qu’il nousfautévoquerdanscecontexte.Elle est
certes uncas spécial,étantdonné quec’est son ouvrageLe
merveilleuxvoyagedeNilsHolgerssonàtraversla Suède,destiné

8
Pour reprendre laterminologie deCasanova(1999,p.28).Lanotion de
«capital » danscesensa auparavantété employée parPierreBourdieu(«capital
symbolique »,1998,p.235) etparPaulValérydans saréflexionsur une
économie littéraire («capitalCultureouCivilisation»,1960,p. 1090).

11

àun publicjeune,qui estle pluslu, bien davantage quesesautres
romans.Apartcela,larenommée littéraire despaysnordiquesest
dominée parlafigure d’Ibsen etpartagée,dans unecertaine
mesure,parH.C.Andersen etStrindberg. Maisc’estaudeuxième
rang, aprèslesplusconnus,que l’ontrouveDagerman.Durantces
dernièresannées,d’autresauteursnordiques,notammentArto
Paasilinna, Björn Larsson etcertainsauteursderomanspoliciers
ont remporté de grands succèsenFrance etenItalie.Nousavons
cependantdésiré mettre plusde distance dansletempspar rapport
ànotre objetd’étude.EnSuède, Dagerman est surtoutconsidéré
comme l’un desnombreuxécrivainsde lagénération desannées
e
quarante etduXXsiècle,etnon pasle pluscélèbre, ce qui esten
grande partie liéàsa carrièresibrève,puisqu’interrompue par sa
mortprématurée.Une indicationrécente de l’importance qu’on
accordeà Dagerman enFrance, c’estqu’ilaprisplaceauxcôtés
de grandescélébritéslittéraires, commeVirginia Woolf etMilan
Kundera,danslecycle deconférences« Grandesfigures
e
européennesduXXsiècle littéraire » organiséàla Bibliothèque
Nationale deFranceà Parisauprintemps 2003.Pendantle
demisiècle quis’étend depuislapremière publication deStig
Dagerman enFrance jusqu’ànosjours,l’auteuradonceffectuéun
itinéraire impressionnantpourdevenir une« grande figure de la
littérature européenne ».C’estcetitinéraire-làquiseradécritdans
laprésentethèse.
Danslaperspective des transfertslittéraires(circulation
internationale desidées,traductions,réception de lalittérature
étrangère),ilsemble que l’écrivain étranger soit un personnage
fort susceptible de faire l’objetd’une mythification.Dansles
articlesetlescomptes rendusécrits surStigDagerman enFrance
etenItalie,onremarque qu’il est souventprésentécomme« le
grand écrivainsuédois».On insistesurle faitqu’ilvientdu
«GrandNord »,un endroitauquel onattribue desqualités
mythiques,en parlant,parexemple,de la« pâleur
hyperboréenne » oudu« désespoirdesgrandsfjords».On insiste
également surlesuicide de l’auteur.Qu’ilsoitmort« àl’apogée
desonsuccès» oubien« à31ans»,est souventlapremièrechose
que lesarticlesnousapprennent.Cela contribueauportraitd’un

12

poète possédantl’éternelle jeunesse,quiaensoiuncertaincharme
attirant, ce qui luiconfère l’apparence d’unesorte deJamesDean
de lalittérature.Cette mythification estpassée parles textesqui
ontété écrits sur Dagerman.Georges Périlleux(1993) quianalyse
justementle mythe de l’auteur àpartirdesétudesque l’onafaites
surlui distinguetroispiliersdansce mythe:lesuicide de
Dagerman,l’anarchisme deDagerman et soncaractère de poète
maudit.Danslaprésenterecherche nousétudieronségalementla
mythification deDagerman quiappartient àla critique
journalistique, celle qui en estd’ailleursdans une large mesure
responsable;etnousanalyseronsaussiunautreaspectdecette
mythification, àsavoircelui quiserapporteàl’origine de
l’écrivain:leNord.Étantdonné qu’il existaitenFrance eten
Italieune mythologie duNordbienavantque l’œuvre de
Dagerman n’yfûtintroduite:nous réfléchirons surlerôle qu’a
joué le faitd’êtreun écrivain nordique pour saréception.Nous
allonsdonc, à ceteffet,étudierde plusprèsceNord mythique.
Lapremière étape de notrerechercheconsisteàdéfinir
l’horizon d’attente,«Erwartungshorizont» pour utiliserleterme
9
deHansRobertJauss,de la France etde l’Italie:nousessaierons
d’établirquellesétaientles représentationsde la Suède ouduNord
(puisque lesdeux sont souventmélangés) danscesdeuxpays
avantlapublication de l’œuvre deDagerman.Il existe de
nombreusesétudes surle mythe desécrivains,parexempleLe
MythedeRimbaud(1968) danslequelÉtiemblerendcompte du
mythe quis’estcrééautourdupoète françaisaussibien enFrance
qu’àl’étranger.Signalonsqu’enFrance onajustementattribué
l’épithète «Rimbaud duNord »à Dagerman.Parmi lesétudesde
réception de littérature étrangère qui portent surla création de
l’image oude lamythification desécrivainsétrangers, citonsaussi
lecasdeThomasBernhard enFrance,quiaétéanalysé parUte
Weinmann (2000) dans sathèse de doctorat.Weinmann décrit
l’image de l’écrivainautrichien etcommentelles’estmodifiée
suivantlapopularité deson paysd’origine.Il enressortquecette
image estintimementliée etparfoismêmeconfondueavecles
représentationsdupaysd’origine de l’écrivain.LouisPinto,quia

9
EntreautresdansÄsthetischeErfahrungund literarischeHermeneutikI(1977).

13

étudié la réception deNietzsche enFrance (1995),décrit comment
Nietzsche, reçud’abordcommeun poète, a atteintlestatutde
philosophe.Cette étude estintéressantecarellearriveà unrésultat
surprenant, à savoirqueNietzche n’estjamais vuenFrance
commeun étranger.
Lecorpus surlequelsebase notre étude de la réception deStig
Dagerman enFrance etenItaliecomportetousles articlesde
journauxetderevuesque nous avonspudénicher ainsi que les
livres consacrésentièrementoupartiellement àl’auteurdans ces
deuxpayspendantlapériode qui faitl’objetde nos recherches:de
1955à2000. La méthode detravail a d’abordconsistéàétablirle
corpus, c’est-à-direàréunirles textes sur Dagerman,etensuiteà
lesétudier scrupuleusementafin d’enréaliser uneanalyse.Ila
falluliretrèsattentivement,etàplusieurs reprises,lecorpusétabli
pouridentifierles thèmesmajeurs relevésparla critique.Cet
examen minutieuxapermisde distinguerl’essentiel deslectures
faitesparlescritiquesàpartirdesœuvresdeDagerman (thèmes
lesplus souvent abordés,formulationset structuresquireviennent
fréquemmentetainsi desuite) etd’analysercesdonnéesparla
suite.Nousavonsété grandementaidée pard’autresétudes surla
réception,en particuliercellesdeJosephJurt(1980),deJacques
Leenhardt(1982), d’EvaAhlstedt(1985,1994) etdeBjörn
Larsson (1988).Chaque histoire deréception estdifférente.Jurt,
parexemple,n’apasappliqué le paradigme d’« horizon d’attente »
àsoncorpus,quicomporte descomptes rendusdeslivresde
Bernanosdanslapresse française (1980,p.314).Cependant, Jurt
aétabliunsystème pourcatégoriserlescritiquesdupointdevue
sociologique etpolitique. À Larsson, desoncôté,lesystème de
Jurtn’estpasparuadéquatàsoncorpus,qui estaussicomposé
d’articlesde lapresse française,maisconsacrésàunseulroman,
LesMandarinsdeSimone deBeauvoir(1988,p. 15).Enrevanche,
iladéveloppéune méthode pertinente pouranalyserlescorpusde
réception,notammenten identifiantles«problèmesde lecture »
(ibid,p. 51):ils’agitdetrouverlesquestions surlesquellesla
critique n’estpasd’accord.Bien quecette méthode detravail nous
aitinspirée,elle n’apuêtreappliquéetoutàfaitàl’étude de la
réception deDagerman enFrance etenItalie,danslamesure où

14

les critiques sonten général plutôtd’accord entre eux.Par
exemple,ilspensentquasiment tousque lesuicide deDagerman et
sanationalitésontdesfaitsqui éclairentl’œuvre.En l’occurrence,
nous avonsdoncestimé préférable de parlerdesthèmes relevés
parla critique,en d’autresmotsles sujets auxquelsles critiques
ont accordé de l’importance,etde montrer àquel pointils
demeurent constants à traverslesdifférentes réceptionsde l’œuvre
deDagerman enFrance etenItalie.
Quant àl’établissementdu corpusde la réception desœuvres
danslesjournauxetles revues,nous avons,dans certains cas,eu
la chance qu’une maison d’édition nous aitouvert ses archivesde
presse.Dansd’autres cas,lamaison d’édition quiapubliéun
certain livre n’existe plusouest trop modeste pourdisposer
d’archives.Nous avonseu accès aux archivesde presse des
éditeurs Actes sud, Gallimard etMauriceNadeau, ainsi qu’aux
archivesdu CentreCulturelSuédois à Paris,où setrouvent
certains articlesde presseconcernantdesécrivains suédois, certes,
danslecasdeDagerman,plutôtorientées surlethéâtre. La grande
partie de notretravail acependant consistéàdépouillerles
microfilmsde la BibliothèqueNationale deFrance.Nous yavons
recherchésystématiquementdes vestigesde laréception detous
leslivresdeDagerman enFrance etenItalie. La démarchesuivie
aété deconsulterd’abord les tablesdespériodiques–ce qui,
malheureusement,n’apas souventdonné derésultat– puisles
basesde donnéesdesarticles(disponiblesdanslesbibliothèques)
ce qui n’apasnon pluspermisde découvertesimportantes. La
méthodeutilisée pour trouverlesarticlesadonc consistéà
décortiquerles revuesetjournauxpage parpage.Nousavons
consulté lesjournauxet revuesparusàpartirde ladate de
publication dulivre dontnousdésirionsétudierlaréception.
Souvent,il estindiqué dansleslivrespendantqueltrimestre de
l’année ilsontété imprimés ;nous sommesdoncpartie dupremier
moisindiqué etavonscherché ensuite jusqu’à ce que nous
trouvionséventuellement unarticle – heureuxmomentqui n’apas
toujourseulieu.Nousavonsdépouillé lespublications s’étendant
sur trois,six,douze ouencore davantage de mois,suivantla
vraisemblanceselon laquelle le journal en questionauraitpu

15

publier uncompterendu(parexemples’ils’agitd’un journal qui
publiebeaucoup decritiquesde lalittérature étrangère,d’un
journal quiadéjàrenducompte d’autreslivresdeDagerman et
ainsi desuite). Le nombre de journauxetderevuesdépouillésa
également varié en fonction de laplausibilitéselon laquelle le
livre en questionaurait suscité de l’attention (ce qui dépend,entre
autres,de l’importance de lamaison d’édition danslaquelle il est
sorti). Letravail duchercheurqui désire établir uncorpusde
réception pour un livre particulierestardu,d’autantpluslorsqu’on
estcontraintdeconsulterdesmicrofilms.Étantdonné que la
digitalisation est un phénomèneassez récent(elleasurtoutété
réalisée enFrance,pourlesjournaux,
àpartirdesannéesquatrevingt-dix,etmêmeàpartirde l’an2000),elle n’estpasd’un grand
secourspour une étude qui prendson pointde départdansles
annéescinquante.Ence quiconcerne l’établissementducorpus
italien, cela aétébien plusfacile.Laplupartdespublicationsont
été faitespar uneseule maison d’édition, Iperborea,laquelle nous
a accueilliechaleureusementetnousadonnéaccèsàsesarchives
de presse,quisontd’ailleurs trèscomplètes.Il nousfautdonc
admettre que,malgré l’effortinvesti dansl’établissementdu
corpus,nousne pouvonsprétendreavoiratteintàl’exhaustivité.
(Pour une listecomplète ducorpus voirBibliographie 9.2.)
Laprésenterecherche estdivisée en deuxgrands volets:
l’étude française etl’étude italienne.Lesdeuxétudes sont
construites surlemême modèle.D’abord,lessous-chapitre2.1
intitulé«Lalittératurescandinave enFrance »(ou«enItalie »)
fournisseunarrière-plansurlatradition de lalittérature
scandinave danslespaysen question, afin de mieux situerl’œuvre
deDagerman dans soncontexte.Ensuite,dans«L’histoire du
passage de l’œuvre deDagerman »(sous-chapitre2.2),nous
donnons unevue d’ensemble de lapublication etde laréception
de l’œuvre deDagerman dansle pays récepteur.Cette partie est
destinéeàdonner une présentation, brève etchronologique,de la
réception (lesmaisonsd’édition,les traducteursetlaréaction de la
critique journalistique).Danslechapitre3commence l’analyse
fouillée de laréception proprementdite.Devantlamultiplicité des
réceptions,nousavonschoisi de n’entraiterqu’une de manière

16

détaillée.Notrechoix s’estportésurla réception du roman
L’Enfantbrûlé,lapremière publication deDagerman enFrance et
aussi laplusimportante (la seuleà avoirfaitl’objetd’un
relativementgrand nombre decomptes rendus). Le présent travail
commence donc avec uneanalysechronologique (l’étude de la
premièreréception),suivie d’uneanalysethématique detoutesles
autres réceptionsde l’œuvre deDagerman enFrance (chapitre 4).
L’image de l’écrivainsuédoisnechange pasdurantlesannées
1950à2000,raison pourlaquelleuneanalysethématiques’est
avérée pluspertinente pourl’ensemble des réceptions.Une
analysechronologique dechaqueréceptionauraitpudonnerlieuà
deslongueursetàtrop dereditesfastidieuses.Pourl’étude
italienne,nous suivonsla même progression encommençantpar
uneanalyse détaillée de laréception deBambino bruciato,quise
pose en miroiràl’étude française,eten enchaînantavecune
analysethématique desautres réceptionsde l’œuvre enItalie.
Cette démarche permet unecomparaison plus spécifique entre les
réceptionsàl’intérieurdesdeuxpays.Dansla conclusion
(chapitre 5),nousessayonsd’apporter,grâceauxquestions
soulevéesaufil de l’analyse précédente,un nouvel éclairagesurle
sujetavantde leclore,toutenayantouvert,danslamesure du
possible,de nouvellesperspectivesderecherche.

g$# @ "$ $f@"g!%#@kk$ #"
j4g$"%j$%"jg$@ jg$$@"g"
Lorsque l’onréfléchit surle phénomène de lalecture,on peut
constaterque lalecture de lalittérature étrangèrese distingue de
celle de lalittérature nationale. Leslecteursquiabordentl’ouvrage
d’un écrivain étranger seretrouventen face d’uneautreculture
dontilsnesontpeut-être pasfamiliers. L’action dulivre peut se
déroulerdans un paysétrangerou simplement seréféreràdes
phénomènesculturelsqui n’ontpasd’équivalence dansla culture
dulecteur.C’est un problème detraduction:si le livre estécrit
dans une langue étrangère,le lecteuraen généralaccèsàune
versiontraduite.Un grand nombre de paramètresn’intervenant
pasdanslalecture de lalittérature nationale peuventainsi
interférerdanslalecture d’une œuvre étrangère. L’un desplus

17

importants,et celui que nous souhaitonséclairer avec cettethèse,
estle faitque lalecture de lalittérature étrangère peut être
influencée parles représentationsque leslecteurs se fontdupays
d’origine dulivre etde l’auteur:lalecture d’un écrivain étranger
faitainsi l’objet,danscertainscas,de projectionsdes stéréotypes
nationaux.
Cettethèses’inspire de lasociologie de lalecture etplus
particulièrementde l’esthétique de laréception;pourcetteraison
il estimportantderendrecompte des théoriespertinentespource
genre d’études.Nousallonségalementparlerdes théories relatives
àl’interculturalité littéraire (entreautrescellesquisont relativesà
latraductologie), carlesujet relève dans unecertaine mesure de
l’interaction interculturelle. Lesétudesderéception ont une
longue histoire, mêmesi laterminologieavarié.Audépartil
s’agissaitderaconter"lafortune" ou"l’influence" detel écrivain
oudetelle œuvre.C’estHansRobertJaussquiutilisalanotion de
10
‘réception’ etafaitbeaucoup pourorienterles recherches
esthétiques verslaréception.Aujourd’hui,l’esthétique de la
réceptionsevoitconfrontéeàde nouveauxenjeux:en particulier
l’aspectinterculturel de lalittérature. La littératures’estmontréun
domaine propiceàl’étude de larencontre etdeséchangesentre les
languesetlescultures,puisqu’elle estporteuse justementdes
deux. Laréception de lalittérature étrangère,dans sadouble
qualité qui lui permetderévélernonseulementles rapportsentre
société etlittérature,maisaussi les rapportsexistantentre
différentspays,estdoncégalement un objetd’étudeadéquatpour
examinerl’interaction interculturelle.
Avecl’intensification deséchangesinternationaux,ilsemble
importantde définirlafonction etlestatutde lalittérature
11
étrangère .Cesonten grande partie lesidéesdéveloppéespar

10
Enréalité,ilutilise le mot«rezeption » enallemand qui n’estpasexactement
la mêmechose que «réception » maisqui intègreaussiunsensde plusd’activité,
comme de nombreuxchercheursl’ontfait remarquer,entreautresChevrel, Y.
(1995,p. 85).
11
Sansentrerdanslesdiscussionsde globalisation etde mondialisation – et ses
raisonsd’être oupas,si nousnouslimitonsàl’Europe, constatonsque le projet
européenseconstruitet s’élargitdavantage etquececis’accompagne par un

18

l’école deConstance qui permettent aujourd’hui deréfléchir sur
l’interculturalité littéraire.Cette école initia, avec Jausset
WolfgangIser,l’esthétique de la réception pendantles années
soixante-dixetquatre-vingtenAllemagne:leur contribution
principaleàla théorie littéraireconsisteà reporterl’intérêt surle
lecteuret surl’effetque lalittérature peut avoir surle lecteur.
C’elast «fonctioncommunicative de l’art», comme l’écrit
12
Starobinski dans sapréfacesouvent citée,qui estaucentre de
l’esthétique de laréception.Ils’agiraitdoncdes rapportsentre
l’artetlasociété,quivontdanslesdeux senset s’affectent
13
mutuellement,dans une interactionconstante .
Une notionclef pourles théoriesde laréception estlanotion
14
de« lecteurimplicite » proposée parWolfgangIser, c’est-à-dire
l’idée que le lecteurn’estpas seulement un destinataire imaginé
parl’auteurmaisqu’il estaussi inscritdansl’œuvre elle-même.
JosephJurt, autrechercheurfondateurdesétudesde laréception,
s’intéresse luiaulecteurréel, àsavoirlecritique journalistique.
Pournotre part,nous suivronsl’initiative deJurtquianalyse la
critique desjournalistesafin decomprendre laréception d’un
écrivain particulier. Le faitd’étudierdescomptes rendusne donne
certespas uneréponse exhaustiveàlaquestion desavoirce que la
totalité deslecteursapensé d’une œuvre littéraire donnée.Notre
ambition estpourtantde présenter uneréponseaussicomplète que
possible,danslamesure oùnous tenteronsderéuniretd’analyser
toutce quiaété écrit surl’auteurqui estl’objetde notre étude,
ceci en établissantlaréception faite par un ensemble de lecteurs
professionnels:lescritiques.

besoincroissantdecomprendre etd’évaluerleséchanges,nonseulement
politiquesetéconomiques,maisaussisociauxetculturels.
12
DansPour une esthétique de la réception, Jauss, 2001[1978].
13
Jaussécrit : « Une histoire de lalittérature oude l’artfondéesurl’esthétique de
la réception présuppose quesoit reconnu cecaractère partiel, cette «autonomie
relative »de l’cart ;’estpourquoiprécisémentelle peut contribuer àfaire
comprendre lerapportdialectique (Interaktion) entre l’artetla société – en
d’autres termes :lerapportentre production, consommation et communicationà
l’intérieurde lapraxishistorique globale dontelles sontdeséléments. » (2001
(1978),p.268)
14
Cf.Der ImpliziteLeser(1972),L’Acte de lecture,théorie de l’effetesthétique
(1976)

19

Lorsducolloque d’Innsbruck en 1979,quiaeu un grand
impact surle développementd’une esthétique de la réception,
Jaussexpliqua sonbut : « […]l’esthétique de la réceptionrestitue
son droit au rôleactif quirevient aulecteurdansla concrétisation
successive du sensdesœuvres à traversl’histoire » (1980,pp
1516).Cette «concrétisation du sens»s’est révélée êtreun
paradigmeclef dansce domaine.Ils’agitgrosso modode l’idée
qu’une œuvre littéraire n’estpasaccomplieavantd’être lue.Dans
le développementdecette idée, Iseraététrèsinfluencé parle
phénoménologue polonaisRomanIngarden, ce dernierayant
15
consacré dès1930 unchapitreà « la "vie" de l’œuvre littéraire »
16
oùil parle de la «concrétisation »de l’œuvre .Iser traduitle
termeconcrétisé(«konkretisiert») enanglaisparrealized:
Ifthisis so,thenthe literarywork has two poles,whichwe might
calltheartistic andtheaesthetic :theartisticrefers tothetext
createdby theauthor, andtheaesthetictotherealization
accomplishedby thereader. (Iser,1972,p.279)
Durantlamême époque,unchercheurd’Allemagne de l’Est,
Manfred Naumann, avaitdesidées similaires àproposde la
lecture lorsqu’ilconstataitqu’ « un produitn’est achevé » que par
17
la consommation.Ilchoisitpour sapartleterme« vollendet» .
EnItalie, UmbertoEcos’est sansdoute inspiré despenseurs cités
ci-dessuslorsqu’il développe lanotion d’« actualisation »dans
son ouvragesurlerôle dulecteur,LectorinFabula(1979).Ily
écrit: «Untesto,qualeappare nella sua superficie (o
manifestazione) linguistica, rappresenta una catenadiartifici
espressiviche debbono essereattualizzati dal destinatar(p.io. »

15
C’est biencela,d’ailleurs,la réception: une histoire quiraconte la vie d’une
œuvre littéraire.
16
« Cesconcrétisations sontprécisémentce quiseconstitue pendant une lecture
et[ce]qui forme pourainsi direun mode d’apparaître de l’œuvre dansla
concrétisation,danslaquelle nous saisissonsl’œuvre elle-même. » (pp.281-282
N.B. L’agententrecrochetsestdu traducteur.).
17
«DieKonsumtionvollziehterstdenAktderProduktion,indemsie das
ProduktalsProdukt vollendet,indemsie esauflöst,dieselbständigsachliche
Forman ihmverzehrt ;indemsie die in dem erstenAktderProduktion
entwickelteAnlage durch dasBedürfnisderWiederholungzurFertigung
steigesrt ;ie istalso nichtnurderabschließendeAkt,wodurch dasProdukt
Produkt,sondernauch,wodurch derProduzentProduzent wird. » (1973,p. 19)

20

18
50) .Ilrevientdonc aulecteurderéaliser,oud’actualisercomme
le ditEco,letexte littéraire etde l’accompliren lui donnantdu
sens.Eco etIseront touslesdeux réfléchiautourd’une
‘encyclopédie dulecteur’, c’est-à-dire qu’ils supposentque le
lecteurestdoté d’une encyclopédie deconnaissancesqu’ilutilise
pourdonnerdu sensau texte littéraire etlecomprendre.Cette
encyclopédie n’estpas toujourslamême quecelle de l’écrivain,
surtoutlorsqu’ils’agitd’un écrivain étrangeretque le lecteur se
trouve dans unautrecontexteculturel.Leséventuelleslacunes
culturellesdulecteurpeuventalorsaffecter salecture et sa
compréhension du texte.
Lalecture entantqu’activitéattire doncla curiosité des
chercheursdepuis relativementpeudetemps.Lasociologie de la
littératures’estdéveloppée pendantlesiècle dernier,surtout
durantladeuxième partie.EnFrance,lapublication en 1958 de
Sociologie de lalittératuredeRobertEscarpitjouaunrôle
important.Maisce n’estqu’en 1982que lesjalonsd’une
sociologie de lalecture furent vraimentposésaveclapublication
deLire lalecture.Essai desociologie de lalecturedeJacques
19
LeenhardtetPierreJózsa.Lesauteurs yeffectuentd’embléeune
enquêteauprèsdeslecteurs,quisontici deslecteurs réels,de deux
nationalitésdifférentes, ayantlulesdeuxmêmeslivres.Leenhardt
etJózsaontainsiréaliséune étude duphénomène de lalectureà
travers unevéritable démarchesociologique.En 1989,Leenhardt,
encollaborationavecMartineBurgosetBrigitteNavelet-
Noualhier,renouvela cette problématique en posantlaquestion,
toujoursactuelle:Existe-t-ilun lecteureuropéen ?dansl’étude
qui porte le même nom.JosephJurt,pour sapart, aouvertlaporte
àunesociologie de laréception dans son étudesurlaréception
20
journalistique deBernanosen 1980.

18
Cf.latraduction française de 1985:«Untexte,tel qu’ilapparaîtdans sa
surface (oumanifestation) linguistique,représenteunechaîne d’artifices
expressifsqui doiventêtreactualisésparle destinataire. » (p.61)
19
Pourl’histoire de lasociologie de lalecturevoir«Notice historiquesurle
développementde lasociologie de lalecture » (inLeenhardtetJózsa,1999,pp.
17-26).
20
«Notre projet sembleainsirelever, àpremièrevue,de l’esthétique de la
réception,un desparadigmes scientifiqueslesplusdiscutés, cesdernièresannées,

21

Laréception de lalittérature étrangère faitpartie de la
circulation internationale desidées.PierreBourdieuadonné en
1989àl’université deFribourguneconférence portant sur«Les
21
conditions socialesde la circulation internationalesdesidées» .
Troisansplus tard,il publiaLes règlesde l’art,quitransmitaux
scienceshumainescertainesperspectivesdes sciences socialeset
22
notammentlanotion de« champ ».S’inspirantdeces théories,
PascaleCasanovasoutientdans son ouvrageLa République
mondiale desLettres(1999) qu’il existeunchamp littéraire
international:un« espace littéraire mondial »(p. 119)
comprenantdeslittératuresdominantesetdominées,descentreset
despériphérieset son propresystème declassementetde
hiérarchies.Casanovas’intéresse particulièrementàla
consécration desécrivains ;pourquoicertainsécrivainsont-ilsdu succès
etquels sontlesmécanismesquisecachentderrière les succès
littérairesinternationaux?Elleutilise lathéorie duchamp
littéraire pourenquêter surlerenom international desécrivainset

surtoutenAllemagne.Or,l’esthétique de la réception,en particulierl’école de
Constance,estinformée par un intérêtprimordialementherméneutique;elle
accorde laprioritéau« lecteurimplicite » et s’attacheàdégagerde préférence les
appelsauxlecteursdansles textes.Notre proposestdifférent ;nouscherchonsà
étudierle processusde laréception effective d’une œuvre par un groupe
spécifique de lecteurs– lescritiqueslittéraires–ainsi que lesconditionnements
socio-idéologiquesdece processus.Notrerechercheressortdoncplutôtàla
sociologie de lalittérature;celle-ci,notammentenFrance,nes’estpas
particulièrementintéresséeauxproblèmesde laréception,s’articulantdavantage
commesociologie de la création. Latâche que nousnous sommesassignée par
notrerecherche n’étaitpasde donner unesimple description de l’accueil que
l’œuvre deBernanosatrouvé danslapresse française.Notreambition était
d’apporter unecontributionàlamise en place d’unesociologie de laréception. »
(p. 9)
21
InRomanistischeZeitschriftfürLiteraturgeschichte,1990,1-2(pp. 1-10).
Republié dansActesde la Recherche enSciencesSociales,2002,décembre,nº
145 (pp.3-8).
22
Dans un numéro d’Actesde la Recherche enSciencesSocialesintitulé«Le
champ littéraire » (sept. 1991), Bourdieuécritdans unarticle portantlemême
titre: «Lechamp littéraire est unchamp de forcesagissant sur tousceuxquiy
entrent,etde manière différentielleselon laposition qu’ils yoccupent(soit,pour
prendre despoints trèséloignés, celle d’auteurde piècesàsuccèsoucelle de
poète d’avant-garde),enmêmetempsqu’unchamp de luttesdeconcurrence qui
tendentà conserverouàtransformercechamp de forces. » (pp. 4-5)

22

pour répondreàdesquestionsdugenre« Comment un panthéon
(national ouinternational)seconstitue-t-il, comment une
consécration littéraires’ordonne-t-elle ? »
(Casanova,2002,p.6364).Casanova a,entreautres, analysé lafaçon dontIbsen – qui
venaitd’un petitpays situéàl’extrémité de l’Europe etqui
écrivaiten norvégien,une langue inaccessibleàlaplupartdes
Européens–aréussiàdeveniren quelquesannéesl’un des
dramaturgeslesplus reconnus surlecontinenteuropéen.Bien
entendu, celan’auraitpu se produiresanslatraduction. L’une des
conclusionsdeCasanovaestque l’auteurest«uneconstruction
collective »:elle écritàproposd’Ibsen:
La multiplicité etl’internationalité desmoyens utiliséspour
transformerdespiècesdethéâtre inconnues rédigéesdans une
langue inaccessible,en œuvreuniverselleuniversellement
reconnue,démontreaumoinsque l’auteur,loin d’êtreune essence
singulière historiquementinatteignable,estd’abordune
constructioncollective que l’histoire peutdécrire etcomprendre.
(Casanova,2002,p.65)
Commentaborderce queCasanova appelle l’espace littéraire
mondial ?Au-delàde lathéorie duchamp,il existeuneapproche
novatrice quiconsisteà concevoirl’interculturalité littéraire d’un
pointdevue géographique.Franco Moretti amême écrit(etpeint)
unatlaslittéraire:Atlantedelromanzo europeo 1800-1900.Il
explique, àproposdu titre deson ouvrage:
Unatlante delromanzo.Dietro questotitolo, c’èun’ideamolto
semplice: che lageografiasiaunaspetto decisivo dellosviluppo e
dell’invenzione letteraria:unaforza attiva, concreta, che lasciale
suetraccesuitesti,sugli intrecci,suisistemi diaspettative.E
dunque,mettere inrapporto geografiae letteratura–cioè,fare
una cartageograficadellaletteratura:poichéuna cartaèappunto
unrapporto,traun datospazio eun dato fenomeno – ècosa che
porterà allaluce degliaspetti delcampo letterarioche fin quici
sonorimasti nascosti. (Moretti, 1997, p. 5)
Selon Moretti, il fautdoncprendre encompte lagéographie
lorsqu’on étudie lesœuvreslittéraires,puisqu’elle est«une force
active » de lalittérature –aussibien ence quiconcernesa création
que pour sa consommation, c’est-à-dire l’écriture etlalecture (en
d’autresmotslaréception).

23

Danscecontexte,mentionnonsaussi en
passantItamarEvenZoharet ses théories surle poly-système (1990) élaboréesàpartir
deses travaux surlatraduction etplusparticulièrement sa
réflexionsurlasituation de lalittératuretraduite.On ne peuten
effetparlerde la circulation internationale deslivres sansaborder
lesproblèmesde latraduction.Sansentrerdanslesdétails
linguistiqueset stylistiquesdecette pratique,on peutétudierla
traduction dans une perspective d’ensemble – pouresquisserlavie
d’une œuvre littéraire,son itinéraire de paysen pays.C’estbien là
quesesitue larecherchesurlaréception de lalittérature étrangère.
Dansl’ouvrageTraduire l’Europe, ÉvelynePisierécrità ce
propos:
Ontraduitde plusen plus.Etc’estenEurope qu’ontraduitle
plus.Lavitalité de latraduction est une marqueàlafoisde notre
époque etde notre espace géoculturel.C’estégalement une
traditionancienne qui,depuisl’Antiquité, a contribuéàforgerla
culture de l’Europe,tantdans sesdomaineslesplusélitairesque
dans sesmanifestationsde masse. (Pisier,1992,p. 15)
Celanousamèneaudéveloppementayanteulieucesdernières
décenniesau sein de l’école detraductologie,ouTranslations
23
Studies.On distingue en général entre languesetcultures
«source » etlanguesetcultures«cible » (target).Laperspective
des théoriciensdecette écoleavarié: certains se placentducôté
de lasource,d’autresde la cible (dansce derniercasletexte
traduitestconsidérécomme faisantpartie de la culture d’arrivée).
D’autres s’intéressent surtoutàl’espaceculturel (culturalspace)
entre lesdeux.L’un des représentantsprincipauxdecette position
estAnthonyPym qui, àde nombreuses reprises, aréfléchiautour
de l’interculturalité littéraire.SelonPym,latraductionaun intérêt
intrinsèque quiva au-delàdesdiscussionspurementlinguistiques:
Although frequently sidelinedasatechnical problem of interest
only to linguists,theactivityoftranslators shouldbeaprivileged
field for studyof howculturesinterrelate.Thesimple factof
translation presupposescontactbetweenatleast twocultures, and

23
Pour unsurvol historique desTranslationStudies voirparexemple «Puntosde
partidateóricos sobre latraduccinión »Alvstad,2005,Latraduccióncomo
mediación editorial(pp.22-48) etTranslationStudiesparSusanBassnett(1980).

24

does so inrelationto languageuse,thesocialactivity thatperhaps
mosteffectivelyand insidiously weaves relationsofcultural
identity.To lookat translation isimmediately tobe engaged in
issuesof howculturesinterrelate. (Pym,2000,p.2)
Ence quiconcerne l’interculturalité littéraire, Pym insistesur
lapertinence de latraduction pourétudierles relationsentre les
24
cultures.Dans uneautre étude, Pymconstate le manque de
démarcheset surtoutd’« outils» àdisposition pourpenser
l’interculturalité dansle domaine de lalittérature:
Comment se fait-il que nosdisciplinesactuelles– etnous sommes
bien là,entre lecomparatisme etlasociologie – nousfournissent
si peud’outilsconceptuelspourparlerde l’internationalité
littéraire ? (Pym,1988,p.6)
Cependant,ilsemble important,pourne pasdire nécessaire,de
nosjours,d’étudierl’aspectinterculturel de lalittérature dans un
monde oùlescontactsetleséchangesinterculturels s’intensifient.
L’anthologieTheTranslatabilityofCultures(Iser(réd.), 1996)
réunit, commesontitre le laissebien entendre,uncertain nombre
d’études surlesproblématiquesimmanentesde latraduction des
culturesouduculturel.Iser yaffirme qu’ils’agiten quelquesorte
de problèmesnouveaux, auxquelsleschercheursn’étaientpas
confrontésavantoudontilsn’étaientpasconscients:
Whyhas translatabilityofculturesbecomean issue?Aslongas
the interconnection oftraditions–whetherintermsofreceiving
an inheritance orofrecastingaheritage –was taken forgranted,
therelationship ofculturesdid notposeaproblem. (Iser,1996,p.
245)
C’est surtoutcesdernièresannéesque l’ona commencéàse
poserdesquestionsàproposde l’aspectinterculturel de la
littérature. L’actualité du sujet se manifeste entreautresparle
choixqu’afaitlarevueActesde la Recherche enSciences
Socialesd’yconsacrer,en2002,deuxnuméros, « Traduction:les

24
Aproposdesquestionsconcernantleslivres traduitsetleursdéplacements,
citonsparexemple lesouvragesdePymTranslationandTextTransfer.AnEssay
onthePrinciplesofInterculturalCommunication(1992) etTheMovingText.
Localization, Translation, andDistribution(2004) quitraitentdes sujetsliésàla
circulation,lalocalisation etladistribution des textes traduits.

25

échangeslittérairesinternationaux» et«Lacirculation
internationale desidées». L’un despionniersdansce domaine est
pourtantDanielHenriPageauxquis’estposécesquestionsdès
1983dans unarticle intitulé«Laréception desœuvresétrangères.
Réception littéraire ou représentationculturelle ? ».Terminonsce
sous-chapitre par unecitation dePageauxque nousestimonsdigne
d’une nouvelleattention de lapartdeschercheursdunouveau
millénaire:
Laréceptioncritique d’œuvresétrangèresne peutpleinement se
comprendre que danslecadre d’une étudeconsacréeaux systèmes
dereprésentationsde l’étrangerquisontaccrédités, àun moment
historique donné,dans unecultureconsidéréecommeréceptrice.
C’estdoncparl’étude de l’image de l’étranger,oumieuxdes
imagesde l’étrangerque l’on pourra comprendrecomment
s’énonce le discourscritiquesurlalittérature étrangère etquelles
fonctionsce discourspeutavoirdans uneculture. (p.21)
SelonPageauxil estdoncessentiel desituer une étude de
réception de littérature étrangère par rapportàl’horizon d’attente
des récepteursàl’égard de la culture origine dontl’œuvre littéraire
est ressortissante.C’estce que nous tenteronsde fairesurtoutdans
lechapitresur«Lalittératurescandinave enFrance »(chapitre
2.1)afin de décrirecommentlalittérature nordique etleNordsont
présentésdansdesouvrages relatifsà ces sujets.

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Dagerman est un écrivain quiaretenul’attention des
chercheurs,principalementenSuède maisaussi danslespays
francophones.Danscesous-chapitre,nousallonsd’abordtraiter
de larecherchesurDagerman effectuée dans son paysd’origine,
pourpasserensuiteaux recherchesprovenantdeFrance etd’Italie,
lespays traitésdanscette étude.Nousallonségalementévoquer
les recherchesmoinsnombreusesconsacréesàDagerman dans
d’autrespays, àsavoirenAllemagne, auxPays-Basetdansle
mondeanglo-saxon.Dansce derniercasnousnousbaserons
presque entièrement surlesarticlespubliésdansl’anthologieStig
Dagerman etl’Europe(1998). L’éditeurdecetteanthologie,
GeorgesPérilleux,écritàproposdesquatrearticlesquitraitentde
laréception deDagerman dansdifférentspayseuropéens:

26

Lorsque l’oncompare lechoixdeséditeursde mentalité etde
culture différentes,lesépoques auxquellesles traductions sont
publiéesdanslesdifférentspaysetles typesdecritique qu’elles
suscitent,on perçoitd’emblée lerôle éminentdudestinataire –
récepteurdansl’appréciation etl’interprétation deDagerman.
Maisla diversité deréceptions témoigneavant toutde la
polysémie d’une œuvre dontlarichessesymbolique fait
l’universalité etlagrandeur. (1993,p. 154)
L’un desarticlesmentionnésparPérilleux traite de laréception
deStigDagerman danslespaysfrancophones.C’estPhilippe
Bouquet,traducteuretprofesseurhonoraire,qui estl’auteurde
cette étudecorrespondantdans sesgrandeslignesau sujetde notre
thèse,etauquel nousauronsl’occasion derevenir toutàl’heure.
Il existetrèspeuderecherches surlaréception de lalittérature
nordique enFrance etenItalie.Ànotreconnaissance, aucun
ouvrage n’aétéconsacréàlaréception de lalittérature nordique
enItalie,et,quantàla France,ilsemble quecesoit surtoutAugust
Strindberg quiait retenul’attention deschercheurs.Deux thèses
de doctorat,l’une publiée enFrance etl’autre enSuède,traitentde
laréception deStrindberg enFrance:AugustStrindberg –sa
modernitésaréception enFrance(1990) d’André Matthieuet
Cette fameuseSonate des spectres…Une pièce dechambre
d’AugustStrindberg enFrance:traduction et réception(1999) de
KarinTidström. Larecherche deTidström estconsacréeàune
pièce particulière deStrindberg,etl’appuithéorique estplutôt
orientéversl’école detraductologie (TranslationStudies) quevers
l’école deConstance etl’esthétique de laréception
(voir1.3cidessous).Signalonsaussià ce proposl’anthologieStrindberg etla
France(1994) éditée parGunnelEngwall,titulaire de la chaire de
langues romanesde l’université deStockholm,etquicomprend
25
certainesétudes surlaréception deStrindberg enFrance, ainsi
qu’unarticle d’Engwall (2000), auquel nousauronsl’occasion de
revenir,surStrindberg et son introducteurfrançaisGeorges
Loiseau, lesintroducteursoccupant souvent une fonctionclef dans
les réceptionslittéraires.

25
Notammentl’article d’Ahlstedt surl’accueil desMariéesdeStrindberg.Voir
aussiAhlstedt1988.

27

Si lesétudes surlaréception de lalittérature nordique en
26
Francesemblentpeunombreuses,il existe néanmoins un
ouvragetoutàfait utile pourceuxqui désirententreprendre des
recherchesdece domaine, àsavoirLettresnordiquesen
traduction française 1720-1995: Danemark, Finlande, Islande,
Norvège, Suède(1995).C’estDenisBalluquiaétablicette liste de
toutesles traductionsnordiquespubliéesen français.

+1/6,+2 /2#9F./
Ence quiconcerne les recherchesexistant surDagerman en
Suède, àlafoislesétudes s’adressantàdes universitairesetles
livresdestinésaugrand public,elles sontconsidérables. Le livre le
plusimportantetle plus souventcité est sansdoute la biographie
d’Olof Lagercrantz.Pourplusieurscritiques, cettebiographiea
selontouteapparenceune fonctionclefcommeunesorte de
décodeurde l’œuvreainsi que de lapersonnalité deDagerman.
Écritetrès tôt,en 1958 déjà,peuaprèslamortde l’écrivain,la
biographie estmarquée parl’amitié queLagercrantzavaitpour
Dagerman,maisaussi parlesuicide dece dernier.Dans sa
réédition de 1985, Lagercrantzcommentecelaetexplique
combiensalecture de l’époqueaété influencée parle faitque
l’auteuraitmisfinàsesjours:«Je lisaisDagermancommeun
roman policiermaisàl’envers.Ils’agissaitde prouverque lafin
27
étaitinévitable. »
Cettebiographiecontientégalementquelques textesinéditsde
Dagerman,parexemple «StigDagerman,diktaren och
människan »(‘StigDagerman l’écrivain etl’homme’).
Lagercrantzqualifiecetexte de quelque peu superficiel etobscur
28
maisaffirme qu’ilatoutde mêmeun grand intérêt.Il est
intéressantde noterquecetexte,qui futparlasuitetraduiten

26
Signalons toutefoislescontributions toutes récentesdeElisabethTegelbergsur
lesuccèsdupolar suédoisenFrance,en particulier surHenningMankell (2007)
etStiegLarsson (2008).
27
«Jag lästeDagermansom en detektivroman menbaklänges.Detgälldeatt
bevisa att slutet varoundvikligt. » (p.247)
28
«[Utkastet]tarenligtmin mening ej någradjuparespadtag ochärej frittfrån
rökridåermen inte dessmindre måste detanseshaettbetydande intresse.Det
återgesdärförisin helhet. »,(p.232).

28

29
français, aétébienaccueilli enFrance.C’estencoreun exemple
ducurieuxphénomène que nousavonsdéjàsignalé, c’est-à-dire le
faitqu’aprèsavoirdécouvertenFrancecetécrivain étranger
venantd’un petitpays– mort si jeune,etparconséquentauteur
d’une production littéraireassez réduite – on l’apprécieautant.
Maiscomme nous venonsde lesignaler, ce phénomènes’est
produitaprès samort. Même le petit texte, inéditen Suède
pendantlavie de l’auteuretpublié ensuiteavecuncertain
scepticisme n’apasmanqué d’êtreapplaudi parlesadmirateurs
françaisdeDagerman. Le livre de Lagercrantzn’aététraduitni en
français,ni en italien.Une nouvellebiographiesur Dagerman est
enrevanche parue en français.Nouspensonsbien entenduà
l’ouvrage d’Ueberschlag.Certainspassagesde la biographie de
Lagercrantzont toutefoisététraduitsdans unarticlesurlequel
nousauronsl’occasion derevenirplusloin, «StigDagerman,
enfant brûlé »,dePhilippeBouquet,publié d’abord dansPlein
30
Chant(1986),puisdanslarevueContretemps.Il estdonc
possible que descritiquesfrancophonesaienteul’occasion de lire
cespassagesetqu’ilsenaient retiré quelque inspiration. Mais si
cettebiographie n’ajamaisété publiée enFrance ouenItalie,ona
pourtantchoisi detraduire en françaisleroman deBjörnRanelid
Mittnamnskallvara StigDagerman(1993),sorti en 1995chez
Albin MichelsousletitreMon nomsera StigDagerman.Ce livre
– qui estprésentécommeunroman – prétend êtreunesorte de
biographie deDagerman etparfoismêmeunesorte de journal
intime. L’auteur ymélange faits réelsetfiction, ce qui peut
dérouter un lecteurcherchantdesinformations surDagerman et
n’ayantpaslapossibilité devérifierlacontrôlerdecesfaits, ce
qui,detoute évidence n’estjamais simple.En effet, c’est un
roman,le livre necomporte niréférences,nibibliographie.
Comme nousl’avonsditplushaut,il existe enSuède plusieurs
livres surDagerman et son œuvre.Certainsontété écritsparHans
Sandberg,dontle premierouvrageconsacréàl’auteurdate de
1975,StigDagerman – författare och journalist(‘StigDagerman

29
Publié pourlapremière foisdansPleinChant31/32, août/octobre 1986.
30
Nº 12,2003,égalementpubliésurInternet:
http://plusloin.org/acontretemps/n12/AC12DagermanEnfantbrule.pdf

29

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