Langage, littérature et éducation au Cameroun

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Cet ouvrage réactive le débat relatif aux bases éducatives fondées sur les connaissances endogènes, devant la multitude de pistes de réflexion qui s'offrent à nous en ce début du troisième millénaire. La douzaine de contributions réunies convergent autour du déploiement linguistique, de la dynamique littéraire et des projections didactiques et pédagogiques devant l'actualité des NTIC. Il s'agit de lectures nouvelles des dialogues culturels et interculturels dans le contexte négro-africain en pleine métamorphose.
Publié le : samedi 1 juin 2013
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EAN13 : 9782296538528
Nombre de pages : 234
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Langage, littérature et éducation au Cameroun Language, Literature and Education in Cameroon
Sous la direction de Clément Dili Palaï et Michael Etuge Apuge
Langage, littérature et éducation au Cameroun Language, Literature and Education in Cameroon
Comité scientifique/Scientific Committee
Pierre Fandio, University of Buea (Cameroun) Amos Fergombé, université d’Artois (France) Aminou Mohamadou, université de Maroua (Cameroun) Emmanuel Matateyou, université de Yaoundé I (Cameroun) Ladislas Nzessé, université de Dschang (Cameroun) Alain Sissao, I.N.S.S./C.N.R.S.T. (Burkina Faso) Hervé Tchumkam, Southern Methodist University, Dallas (U.S.A.)
Ouvrage publié avec l’aimable soutien de l’université de Maroua, Cameroun. Book published with the support of the University of Maroua, Cameroon.
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-00136-4 EAN : 9782343001364
Sommaire
IntroductionClément Dili Palaï_____________________________________________ 7 Première partie : Dynamique du déploiement linguistique ____________11Extinction or Distinction of Northern Cameroon Native Languages: From Ecolinguistics to Linguistic RightsFrançois Baïmada Gigla_______________________________________13The Acquisition of Akoose Verb SystemMichael Etuge Apuge__________________________________________31Les langues locales du Sud-Ouest du Cameroun : barrières ou passerelles à l’essor et à la communication touristiques ?Raymond Mbouognong________________________________________51Fulfulde et promotion touristique au CamerounRosalie Maïrama_____________________________________________63Deuxième partie : Mouvances littéraires et identité sociale ____________ 83Le francilège des « Nordistes » dans la littérature camerounaiseBana Barka _________________________________________________85Poésie traditionnelle peule : le mbooku et la formation de la jeunesseAïssatou____________________________________________________99
Troisième partie : Didactique et philosophie de l’éducation___________121Language and the Cameroonian Classroom: Theory, Practice and ProspectsBlasius Agha-ah Chiatoh______________________________________123English as a Self-Assertive Language in French Cameroon and its Pedagogic ImplicationNicoline Agbor Tabe_________________________________________147Marginalisation et perspectives d’avenir des enfants de la rue à Maroua (Cameroun). Essai d’analyse philosophiquePierre Tchimabi_____________________________________________161
Quatrième partie : Éducation et mise en valeur des TIC_____________179L’influence du téléphone portable sur les filles mafa de Koza (Nord-Cameroun)Élisabeth Yaoudam__________________________________________181L’usage de l’ordinateur dans le travail scolaire des apprenants : Opinions des élèves des Lycées Général Leclerc et bilingue de Yaoundé (Cameroun)Emmanuel Béché____________________________________________195Information Communication Technology (ICT), Availability, Accessibility, Utilization: An Instigator of Effective Teaching and Learning in Cameroon UniversitiesJoseph Besong Besong and Athanasius Ako Ayuk___________________219
Introduction
1 Clément Dili Palaï
Comment associer langage, littérature et éducation dans un contexte où les avatars de la société (devant la prolifération des termes liés à la mondialisation, à la globalisation et au village planétaire) prennent le pas sur les savoirs acquis depuis des lustres, et qui se sont transmis au fil des générations ? Comment aussi imaginer un débat objectif sur les bases éducatives fondées sur les connaissances endogènes, devant la complexité et la diversité de pistes de réflexion qui s’offrent à nous en ce début du troisième millénaire ?
D’entrée de jeu, il faut dire que la langue ou mieux, le langage est un phénomène complexe. Pris isolément, le fait linguistique détermine la personnalité de l’individu, l’identifie et le vivifie. Il consolide le sujet parlant ou énonciateur dans son rôle de catalyseur de la chaîne de la communication. Ensuite, langue et littérature, si on tient à les dissocier, ne résistent pas à la tentation de toujours se lier, car la première est le support de la deuxième, et la deuxième est la matérialisation esthétique de la première. Enfin, que valent la langue et la littérature –acceptons qu’elles sont deux modes de communicationsi elles ne contribuent pas un tant soit peu à édifier, à élever voire à valoriser l’homme, dans le sens éducatif du terme ? En réalité, le problème reste entier, quand on sait que l’acquisition des connaissances ces derniers temps reste aussi tributaire des nouvelles technologies, ou plus amplement des nouveaux médias. Réunis autour de cette problématique, les contributeurs à cet ouvrage se sont fait le devoir de consacrer des analyses apparemment isolées, mais en réalité soudées, dans la perspective d’une meilleure appréhension des concepts de langage, de littérature et d’éducation qui, à première vue, peuvent paraître anodins. En fait, un des objectifs de cet ouvrage était de s’inspirer des valeurs endogènes pour mieux cerner les mutations sociales auxquelles la société camerounaise est vouée, tout en restant conscient des zones de résistance qui perdurent, devant les multiples innovations ambiantes du monde actuel. Les diverses contributions contenues dans cet ouvrage obéissent à une triptique qui fait écho aux variables axiales qui ressortent du titre de ce
1 École normale supérieure, université de Maroua, Cameroun.
livre. Dans le premier axe consacré à la dynamique du déploiement linguistique, on réalise avec Baïmada Gigla que la plupart des langues du Nord-Cameroun sont menacées d’extinction, alors même qu’on voit la nécessité d’en faire une véritable « puissance de Babel » pour un développement plus efficient qui intègre unité et citoyenneté, tout en préconisant un partenariat avec les deux langues officielles que sont le français et l’anglais. En guise d’illustration à une telle option qui vise la rehabilitation voire l’exhumation des langues ditesnative, Michael Etuge Apuge offre au public une description de La morphologie du verbe, du temps, des aspects et du mode de la langue akoose du Sud-Ouest du Cameroun, une région à laquelle s’intéresse aussi Raymond Mbouognong. Celui-ci, dans l’interrogation qu’il formule autour de l’impact des langues sur le tourisme montre que, contrairement à une idée bien répandue qui fait du Cameroun une destination touristique de rêve, beaucoup reste à faire. Peut-être le salut de l’industrie touristique de cette « Afrique en miniature » viendrait-elle de la mise en valeur des langues locales, tel que le propose aussi Rosalie Maïrama dans sa contribution intitulée « Fulfulde et promotion touristique au Cameroun », avec une mise en place réelle et régulière d’un lexique fonctionnel à l’usage des touristes, dont l’apport dans l’économie n’est plus à démontrer.
Fatalement, le deuxième axe de cet ouvrage, consacré aux mouvances littéraires et à l’identité sociale, se veut un prolongement du premier. Ainsi, Bana Barka, qui ne dissocie guère le substrat linguistique du « Nordiste » camerounais de sa présence littéraire –ou en littérature –, aborde avec beaucoup de subtilité le « francilège » de l’habitant de cette partie du pays, lequel s’érige en véritable trait distinctif à travers les textes de littérature et de musique. On peut aussi constater avec Aïssatou que le Nord-Cameroun, qui s’est toujours distingué par le mbooku, tout au moins dans le contexte peul, offre à travers cette forme de poésie chantée dont Ali Koura reste un des principaux vulgarisateurs, une opportunité d’éducation, voire de fromation indéniable pour la jeunesse actuelle.
Le troisième et dernier axe de cet ouvrage recentre le débat autour des tendances didactico-éducatives et la question de l’intégration des TIC dans le quotidien des hommes et des femmes. D’entrée de jeu, Blasius Agha-ah Chiatoh démontre que l’épineuse question de l’usage des langues locales ou nationales dans le système éducatif camerounais reste d’actualité. Elle est même une nébuleuse subséquente à une politique
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nationale hésitante et balbutiante. L’auteur ne trouve rien de mieux à proposer que l’instauration d’un nouveau modèle d’enseignement bilingue dont les deux composantes seraient la langue maternelle et une des deux langues officielles. Ainsi, le bilinguisme correspondrait à un enseignement en deux langues et non en un enseignement de deux langues, comme c’est le cas depuis l’indépendance survenue en 1960.
De son côté, Nicoline Agbor Tabe se penche sur les enjeux de l’enseignement-apprentissage de l’anglais en zone francophone au Cameroun, tout en remarquant que cette langue y gagne de plus en plus du terrain. Suite à des investigations rigoureuses, l’auteure de cet article montre que, pédagogiquement parlant, de nouveaux outils d’apprentissage de l’anglais sont mis en œuvre et méritent d’être suivis avec minutie, car il y va du développement du système éducatif camerounais dans tous les ordres d’enseignement.
Quid alors des enfants hors des salles de classe ? Qu’en est-il de cette catégorie de tout petits qui, pour une raison ou une autre, se retrouvent dans la rue, loin des syllabus et voués à une éducation compromise ou incertaine ? C’est la problématique à laquelle s’attaque Pierre Tchimabi, à la faveur d’une approche ethnosociologique et philosophique de ce phénomène. Mendiants, voleurs, drogués et à la vie sexuelle désordonnée, ces enfants, bien que marginalisés, ne manquent pourtant pas d’avenir et méritent une attention particulière de tous.
Les Technologies de l’Information et de la Communication clôturent cet ouvrage, par deux contributions importantes, chacune ciblant un nouveau media. Pour Élisabeth Yaoudam, qui a mené une étude de proximité sur la jeune fille mafa de Koza (Extrême-Nord du Cameroun), le compromis entre le téléphone portable et les traditions ancestrales reste sinon difficile, du moins impossible. Il en découle une déformation identitaire de la jeune fille, aux prises avec l’arrivée brutale de ce nouvel outil de communication qui commande désormais en elle des postures nouvelles, mais le plus souvent pernicieuses. Quant à Emmanuel Béché, bon spécialiste des TICE (Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Éducation), l’usage de l’ordinateur en milieu scolaire apporte une plus-value dans le rendement des élèves et une réelle valeur ajoutée pédagogique. C’est du moins ce qui ressort des opinions des apprenants interrogés dans les lycées Général Leclerc et bilingue de Yaoundé. Il ne faut cependant pas se leurrer, car de tels résultats ne sont
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