Le chantier russe

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Ce tome est le premier d'une série de quatre volumes rassemblant l'intégralité des textes critiques publiés par Claude Frioux depuis 1957. Il recueille les écrits parus entre 1957 et 1968 sur les littératures soviétiques et ce qu'elles ont signifié, la critique littéraire des années 1920, Tchekhov, Maïakovski, Lounatcharski, Grine, Essenine, Pasternak, les dissidents des années 1960. Autant de jalons de la charnière tumultueuse du XIX° et du XX° siècle russe qui connotent la quête d'une rupture et le vacillement d'un statut de la littérature.
Publié le : mercredi 1 septembre 2010
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EAN13 : 9782296262812
Nombre de pages : 274
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LE CHANTIER RUSSE Littérature, société et politique
Espaces Littéraires Collection dirigée par Maguy Albet Dernières parutions Céline GITON,Littératures d’ailleurs. Histoire et actualité des littératures étrangères en France, 2010. Hassan WAHBI,La beauté de l'absent, 2010. Claude HERZFELD,Paul Nizan, écrivain en liberté surveillée, 2010. Charles WEINSTEIN (textes réunis par),Récits et nouvelles du Grand Nord, 2010. Paul TIRAND,Edmond Combes. L'Abyssinien. 18121848. La passion de l'Orient, 2010. Paule PLOUVIER,Pierre Torreilles Poète, Entre splendeur hellénique et méditation hébraïque du souffle,2010. Tommaso MELDOLESI,Sur les rails. La littérature de voyage de la réalité aux profondeurs de l’âme, 2010. Cynthia HAHN (coordonné par),Ezza Agha Malak. À la croisée des regards, 2010. Miguel COUFFON,Marlen Haushofer. Écrire pour ne pas perdre la raison, 2010. David L. PARRIS,Albert Adès et Albert Josipovici : écrivains d’Egypte d’expression française au début duXXe siècle, 2010. Arnaud TRIPET,Poètes d’Italie. De saint François à Pasolini, 2009. Miguel COUFFON,Le Signe et la convention. Hommage à Ingeborg Bachmann, 2009. Patricia IZQUIERDO,Devenir poétesse à la belle époque (19001914). Étude littéraire, historique et sociologique, 2009. JeanPierre BRÈTHES,D’un auteur l’autre, 2009. Thierry POYET,Du romancier aux personnages. Éléments didactiques pour l’étude de quelques personnages littéraires, 2009. JeanYves POUILLOUX et MarieFrançoise MAREIN,Les voix de l’éveil. Ecritures et expérience spirituelle, 2009. Gizelda MORAIS,Réveillez les tambours, 2009. Claudine MONTEIL,Simone de Beauvoir. Modernité et engagement, 2009. Irena KRISTEVA,Pour comprendre la traduction, 2009.
Claude Frioux LE CHANTIER RUSSE Littérature, société et politique Tome I Écrits 19571968
© L’Harmattan, 2010 57, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 9782296125124 EAN : 9782296125124
Ce tome est le premier d’une sériede quatre volumes rassemblant l’intégralité des textes critiques publiés par Claude Frioux depuis 1957. Il re-cueille les écrits parus entre 1957 et 1968 sur les littératures soviétiques, la cri-tique littéraire des années 1920, Tchekhov, Maïakovski, Lounatcharski, Grine, Essenine, Pasternak, les dissidents des années 1960.
A Christiane Dufrancatel avec toute ma gratitude pour la montagne franchie ensemble.
Sans elle cet ensemble n’aurait jamais pris corps.
PRÉFACE LE CHANTIER RUSSE  Les oscillations polaires des jugements portés par les observateurs étrangers sur la Russie, et de tous temps, laissent perplexe. Société complète-ment idéale pour les uns, enfer pour les autres, pour la plupart simple incapaci-té à se plier durablement aux normes d’une communauté civilisée, couronnée par le formidable ratage gâcheur de la fin du XXème siècle que même les Chi-nois ont su esquiver, il y a là plus qu’une cyclothymie des témoins. Quelque chose cloche dans le destin russe par rapport à la façon tranquille dont les cul-tures anglo-saxonne, française et germanique, par exemple, se sont installées dans des images de marque relativement stables. Il semble que ce soit essentiellement, sous les espèces les plus diverses, un hia-tus entre la volonté obsessionnelle de se créer un masque aux dimensions com-plètes et l’impuissance à négocier correctement avec les réalités qui se cachent derrière. Négociation qui est la clef de toutes les grandes réussites historiques. L’Union Soviétique avait hérité du tsarisme une représentation absolutiste, achevée de l’ordre social qui irriguait également les champs éthique, esthétique et autres. La différence, même la nuance, n’y a jamais eu de statut (comme l’opposition en politique).toujours une vision aC’est pourquoi il existait ussi lourdement stéréotypée de la culture où le « politiquement correct » soviétique est l’héritier direct« de l’homme à l’étui» de Tchekhov, sans compter, à l’étranger, les véritables tics mentaux et les complaisances «exo-tiques », « touristiques », de la critique journalistique et universitaire. La diver-sification a dû toujours en Russie se faufiler ou se mutiner, des schismatiques aux dissidents, en passant par les arrière-plans des figures les plus acadé-miques d’apparence.Le propos commun de tousles articles de ce recueil est le décapage d’un cer-tain nombre de figures et de notions, un effort pour « revisiter » Tchekhov, Maïakovski, Pouchkine, Grine, Biély, Khlebnikov, Mandelstam, le modernisme et la littérature de l’époque soviétique et autres, condamnés par de pesantes traditions à ce qu’on appelle en termes de théâtre un «univoque etemploi » réducteur. Cette démarche supposait souvent une certaine « réuniversalisa-tion » de ces créateurs souvent installés dans les spécificités du contexte natio-nal comme dans une cage de montreur d’ours.
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Une telle voie devait naturellement rencontrer un irrédentisme d’une autre nature. Dans un monde à ce point dominé par l’esprit d’orthodoxie, la déviance du goût et de la pratique littéraire devient facilementculpabilité d’Etat. Les circonstances m’avaient rapproché d’amitié avec André Siniavski dont la dissi-dence n’excédait en rien les domaines purement intellectuel et artistique mais fut d’autant plus sévèrement punie. Séduit par son paradoxalisme qui voyaitdans le « réalisme socialiste » une forme involontaire de fantastique finaliste et choisissait la voie disgraciée du fantastique délibéré, je m’engageai dans un combat pour la défense d’un homme exceptionnel et d’une liberté de jugement dont la proscription annonçait la décrépitude d’un régime.J’ai suivi avec intérêt les chemins de laqui révélait une tendance Perestroïka de la culture russe à se présenter sous une forme éclatée, celle de pièces déta-chées par la force ou le hasard, créations de l’exil ou de la clandestinité long-temps tenues à l’écart detous les bilans institutionnels que le récepteur doit sans cesse resituer, rehiérarchiser, repositionner, au-delà d’énormes fractures de temps et d’espaceet de perspectives internes, de fréquents basculements de l’échelle des valeurs.Observer la culture russe,c’est ouvrir un chantier perma-nent. Herzen annonce le grand strabisme indispensable. Après le surgissement décalé de Boulgakov,de Grossman ou de Dombrovski, rien n’est plus comme avant. La plupart des classiques pour le lecteur attentif se dynamitent eux-mêmes de l’intérieur. Dostoïevski ne pardonne jamais à Dieu la mort de son bébé. Tolstoïest aussi sûr que Lévine de s’ennuyer un jour avec Kitty et quitte comme un voleur l’image d’Epinal faite de lui. Grine s’intéresse plus aux jeunes filles et aux suicidés qu’aux mousses aventureux. Tant pis pour les sa-cristies et les mangeurs d’herbes! Les manières soviétiques du grand Soljenit-syne laissent songeur, comme une boucle prête à recommencer. Tchekhov est bien plus coléreux que clinicien. La sensualité iconoclaste de Pouchkine le fait interdire jusqu’en 1917.Tant pis pour les professeurs que le calme apparent de ces deux bustes de cheminée rassure. Il n’y pas de plus sensibles, de plus dou-loureux diamantaires de la mort. Tout comme Maïakovski, hyperclassique par la grâce stalinienne, est aussi un des premiers dissidents : en 1918 il attaque la censure en justice, menace en 1924, si le régime tourne à l’hagiographie, de rien moins que de « faire sauter le Kremlin avec une bombe » (vers biffé de tous les manuels jusqu’en 1970).Ces tumultes intérieurs ininterrompus arrachent la littérature russe aux ama-teurs de pittoresque local bien coloré. Les esprits simplets sont d’autant plus déconcertés que lasubversion n’est pas le fait des seuls exclus. Elle court aussi chez les plus grossièrement patentés (voir Cholokhov dont le héros demeure jusqu’au bout dissidentirréductible). C’est à travers ces brassages internes que cette littérature,bien loin d’être sim-plement une aventurière au charme slave un peu trouble, va, au moins à deux reprises, vers 1898 et 1920, réalimenter en énergie solaire une culture mon-10
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