Les créations lexicales dans le roman africain

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À travers un abondant corpus, ce livre montre comment certains écrivains africains ont renouvelé l'écriture dans le roman. L'auteur présente un aperçu synoptique de la langue française et les facteurs à l'origine des créations lexicales. Il analyse la nouvelle écriture et les créations lexicales, ce qui permet de découvrir d'intéressantes tentatives formelles opérées par ces écrivains. Enfin, il porte un regard sur les inventivités lexicales, l'acceptabilité du néologisme, l'intertextualité et la problématique de la littérature africaine.
Publié le : dimanche 1 novembre 2015
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EAN13 : 9782336394862
Nombre de pages : 360
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Robert Ayaovi Xolali Moumouni-Agboké
Les créations lexicales dans le roman africain
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07759-8 EAN : 9782343077598
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Les créations lexicales dans le roman africain
Robert Ayaovi Xolali MOUMOUNI-AGBOKÉLes créations lexicales dans le roman africain
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Nombreux sont les ouvrages de recherches ou de thèses qui tentent de rendre compte du roman en général et du roman africain en particulier, de ses techniques ou de son contenu. Les uns offrent un panorama historique ou géographique lorsqu’ils s’inscrivent dans le contexte d’une filiation linguistique ou d’une aire culturelle. D’autres s’attachent davantage aux formes et aux thèmes qu’à la chronologie. En effet, les romans picaresques, de formation ou historiques (pour reprendre une tripartition communément admise), échappent aux limites d’une étroite périodisation comme aux frontières naturelles. Ces différentes approches, qu’elles fassent intervenir la diachronie (comment le roman évolue-t-il depuis ses origines à nos jours ?) ou la synchronie (quelles sont les structures types de l’univers romanesque ?) procèdent toutes d’une démarche comparatiste. Elles s’efforcent de cerner le roman à partir de ce qu’il n’est pas (les genres voisins) ou qu’il n’est plus (les genres dont il serait issu). Le roman africain, on le sait, est un genre repris à la littérature européenne et pendant longtemps, il a failli être maintenu comme une imitation du roman européen. Son autonomie passait non seulement par l’adoption de nouvelles formes d’écritures, mais encore par des créations lexicales susceptibles de rendre compte des réalités africaines et de l’état d’âme particulier de l’écrivain négro-africain. Grâce aux travaux des formalistes russes, nous savons que l’œuvre littéraire est un phénomène global, un atout, bref un système d’éléments soumis à des lois organisationnelles bien précises. De même que le style reflète le tempérament et le degré de culture de l’individu, l’écriture traduit la personnalité de l’écrivain et son idéologie. Toute démarche qui se veut scientifique exige au préalable la définition de son sujet. Lorsque la critique s’est intéressée, à partir des années 1950, à la production littéraire des Africains et des descendants d’Africains disséminés à travers la diaspora, elle a utilisé dans un but d’exactitude épistémologique, des termes englobants ou trop restrictifs. Quelle que soit la formulation de tous les titres des ouvrages consacrés à la matière, elle pêche néanmoins par insuffisance.Anthologie de la nouvelle poésie nègre et
1 2 malgache,De la négritude dans la littérature négro africaine,Anthologie négro-africaine, panorama critique des prosateurs, poètes et dramaturges 34 noirs du XXè siècle,Manuel de littérature négro-africaine, Littérature 5 nègre, etc. Très vite est apparue l’inadéquation de ces déterminations, soit parce qu’elles étaient trop globalisantes, soit qu’elles s’éloignaient de l’objet de la littérature dite africaine. En effet, la nature et la spécificité de la littérature africaine continuant d’alimenter les débats les plus passionnants, sa définition doit être constamment objet de questionnement. Or celle-ci reste et demeure d’autant plus difficile que la naissance de cette littérature à nos jours, théoriciens, critiques, écrivains, en somme les spécialistes de tout acabit, n’arrivent pas à dégager une caractérisation consensuelle. La question apparemment anodine, "qu’est-ce que la littérature africaine ?", prend depuis belle lurette une allure énigmatique et surtout controversée. Aux défenseurs motivés s’acharnant à arborer les critères spécifiques de la littérature négro-africaine s’opposent des réactions acerbes qui frisent une dénégation sans appel. Les critères définitoires de race, d’idéologie, de géographie, de point de vue, de style et de langue ainsi brandis se trouvent aussitôt balayé d’un revers de main au moyen de contre- arguments aussi solides. Dans ce contexte de débat contradictoire, il semble tout à fait légitime d’indiquer les repères de cette joute intellectuelle et culturelle entre les critiques. Suivant cette optique, le critère racial, conditionnant l’inclusion d’une œuvre dans la littérature africaine à son élaboration par un noir, est battu en brèche par la conception selon laquelle la littérature se passe de la couleur. En définissant la littérature africaine par le statut de défenseur des intérêts du "monde noir", le critère idéologique se voit évacué à cause de la ligne de démarcation établie entre littérature et militantisme. Par ailleurs, la détermination de la nature géographique qui a beau expliquer la littérature d’Afrique comme l’ensemble des œuvres où la peinture du milieu africain prédomine, fait l’objet de contestation ; car aux yeux de ses adversaires, la seule mission assignée à la littérature, c’est la valorisation de la culture. Si le critère de point de vue présente cette littérature comme la position de l’auteur par rapport à sa création, ses détracteurs soutiennent l’impossibilité de différencier le regard d’un écrivain africain et celui d’un écrivain occidental. Quant au critère linguistique, tout
1  Senghor Léopold Sédar,Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française, précédée deOrphée noirde J.P. Sartre. Paris, P.U. F., 1948. 2  Melone Thomas,De la négritude dans la littérature négro africaine. Paris, Présence Africaine, 1962. 3  Kesteloot Lilyan,Anthologie négro-africaine, panorama critique des prosateurs, poètes et dramaturges noirs du XXè siècle. Viviers, Les Nouvelles Editions Marabout, 1967. 4  Jahn Janheinz,Manuel de littérature négro-africaine; Du XVIè siècle à nos jours, de l’Afrique à l’Amérique. Paris, Resma, 1969. 5 Chevrier Jacques,.Littérature nègre. Paris, Armand Colin, 1984.
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en réhabilitant la littérature négro-africaine en fonction de l’utilisation des langues du continent, il se heurte à l’objection selon laquelle cette définition restrictive doit être dépassée dans la mesure où la transmission du contenu culturel africain, peut également se faire par le biais des langues étrangères. Enfin, le critère stylistique semble porter en lui-même les germes de sa destruction : à l’idée d’une esthétique fondée spécifiquement sur "l’âme noire" s’oppose, en effet, celle d’un universalisme littéraire. Au regard de l’ampleur des débats, il y a lieu de replacer la littérature africaine dans le sens général de la notion même de littérature. Avec tout le risque de la redite auquel l’on s’expose, on perçoit parfois cette littérature comme un ensemble d’œuvres écrites ou orales à visée esthétiques. Toute conciliante qu’elle paraisse, cette caractérisation reste générique, évasive. La solution qu’elle propose face à la problématique définitoire donne, en conséquence, à ladite littérature, l’image d’un aliment délicieux dont le consommateur savoure le goût sans se demander outre mesure de quelle recette il résulte. "Les créations lexicales dans le roman africain"constituent également un centre d’intérêt. Qu’en est-il alors de la définition du roman ? La recherche de son sens connaît-elle autant de débats contradictoires ? Plus les spécialistes essaient de cerner les contours sémantiques de cette notion, moins leurs réflexions s’avèrent concluantes, d’autant plus que la plupart de définitions proposées reflètent une valeur subjective qui ne rencontre guère l’adhésion générale. De là, persistent les divergences dès qu’il s’agit de circonscrire et d’évaluer, objectivement, le concept de roman. C’est pourquoi, au lieu de se perdre dans les tentatives divergentes, cette étude fera sienne la définition de Bernard Valette, lorsqu’il écrit :
«Les tentatives de définition du roman, pour nombreuses et variées qu’elles soient, se ramènent pratiquement toutes à deux procédures ; il s’agit : soit d’opposer le roman aux autres "genres" littéraires voisins… soit de dégager ce qui, dans les transformations du mythe ou de l’abâtardissement de l’épopée a pu 6 engendrer une forme autonome du récit» .
Cette clarification synthétique invite à saisir les caractéristiques sémantiques spécifiques du roman par le double canal de la "genrologie", en tant que science prenant en charge l’étude des genres littéraires, et de la déchéance du mythe et de l’épopée. De façon plus précise, la deuxième idée signifie que le roman est né du mythe et de l’épopée. Bien qu’évasives, ces démarches ont le mérite d’intégrer, dans leur pratique, la méthode comparative qui éclaire du coup le sens du roman. Comme toute analyse du roman africain nécessite préalablement son explication, l’éclaircissement tantôt évoqué revêt un intérêt primordial. Or, l’absence de signification consensuelle autour de l’idée même de roman a des répercussions sur la perception du roman négro-africain.Le terme négro-6 Valette Bernard,Esthétique du roman moderne,Paris, Nathan, 1985, p. 5.
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