Les ressources du discours polémique

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Consacrée aux ressources du discours polémique dans l'oeuvre romanesque de l'écrivain congolais Pius Ngandu Nkashama (né en 1946 au Congo belge), la présente analyse se fonde sur la parole violente empreinte d'amplifications, de redondances, de métaphores (notamment celle du rouge), d'ironie, de vocabulaire régional de la patrie de l'auteur. Il en ressort qu'à la violence inouïe de l'animal politique s'en oppose une autre : la violence didactique, à la fois libératrice et constructive.
Publié le : mardi 1 février 2011
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EAN13 : 9782296451124
Nombre de pages : 313
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LES RESSOURCES DU DISCOURS POLÉMIQUE
DANS LE ROMAN
DE PIUS NGANDU NKASHAMA















































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-13872-8
EAN : 9782296138728José Watunda KANGANDIO





LES RESSOURCES DU DISCOURS POLÉMIQUE
DANS LE ROMAN
DE PIUS NGANDU NKASHAMA














Critiques Littéraires
Collection dirigée par Maguy Albet


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La Lettre de Gênes de 1878, 2009.






Celui qui ne sait pas est un ignorant,
mais celui qui sait et qui ne fait rien est un criminel.

(Brecht, B., Galileo galilei, Éd. de l’Arche, 1955)









A Serge, Inès, Auréole, Eloge, Bavon, Olive ;
En mémoire de Martin Penge Kilauri.



La préparation du présent essai critique a associé bien des généreuses
personnes auxquelles je tiens à rendre un chaleureux hommage :
Debreuille Jean-Yves, Antonia Belinda, mes chers enfants, Jacqueline Pradier,
Jean-Michel Dewailly, Jean Rieucau, Jacques Bulambo, Elisée Karamba,
Londre Mushilungu et beaucoup d’autres. Mes mots sont impuissants pour
traduire gracieusement l’hommage que je rends à votre inépuisable contribution
pour le succès de cet ouvrage.

QUELQUES SIGLES
APA : Axiologique péjoratif adressé.
LDM : Le doyen marri.
EE : Les étoiles écrasées.
LM : La malédiction.
RDC : République Démocratique du Congo.
PUF : Presses Universitaires de France.



INTRODUCTION GENERALE
La littérature est un géant qui mêle tout, broie tout, transcende tout, s’en
prenant à des hommes par-delà les idées, à des idées par-delà les hommes (J-M.
Monod, 1983 : 10). A aucun moment, la littérature ne s'est départie de sa
mission première consistant à dévoiler le monde social, avec ses aléas.
Cependant, tout en conservant cette mission, la littérature se transforme au gré
de l'expérience humaine. Cette étude s'inscrit dans les recherches actuelles
orientées vers le traitement du discours dans la communication humaine,
précisément dans trois romans de Pius Ngandu Nkashama : La malédiction, Les
étoiles écrasées et Le doyen marri.
Le choix de cet auteur se justifie à la fois par la diversité de thèmes
fascinants qui couvrent l’ensemble du corpus et par le fait qu’on le considère
comme écrivain engagé et engageant. C’est par engouement pour les oeuvres
romanesques de langue française produites dans ce pays-continent qui connaît
depuis des années une création littéraire dépassant les frontières des territoires
de l’Afrique dite francophone, que j’ai opté pour cette étude.
0.1. APERCU SUR LA CONCEPTION LITTERAIRE ET
L’ENGAGEMENT DE PIUS NGANDU EN TANT QU’ECRIVAIN
Pius Ngandu Nkashama est né en 1946 sur les terres de Mbuji-Mayi dans la
Province du Kasaï oriental, au Congo Démocratique (ex-Zaïre). Il est
actuellement professeur de Littérature française et de Sémiotique littéraire au
Département de Français, et Directeur du ‘Center for French and Francophone
studies’ de la Louisiane State University (Bâton Rouge, USA). Il compte près
de trente années d’activité de recherches et de création ; il a publié une
cinquantaine de livres couvrant aussi bien la fiction (poésie, théâtre, roman,
essai) que la critique littéraire, la linguistique, les sciences politiques, la
sociologie et l’anthropologie des religions. L’œuvre fictionnelle de Pius Ngandu
suit régulièrement le cheminement de sa patrie (la RDC), voire de l’Afrique en
général, scandé par des soubresauts d’inquiétude due aux conditions liées à la
15 vie d’un écrivain et/ou d’homme tourmenté. Ses recherches portent sur le
‘discours africain et les textes littéraires’ à travers l’oralité et l’écriture.
Par ailleurs, l’on s’aperçoit en lisant ses écrits romanesques, que plusieurs
disciplines s’y croisent. Dans ses romans, les traces historiques se mêlent
chaque fois aux événements fictionnels ; et la philosophie, la religion et la
tradition africaine vont de pair avec la science. Cela permet d’appréhender le
discours africain spécifique envisagé par Pius Ngandu et les preuves de la
condensation des savoirs. La fiction de ce romancier ne se contente pas
seulement de donner une image du monde social. Elle ne se présente pas non
plus comme le miroir de la société, à l’instar de Stendhal, mais plutôt comme
des miroirs en mouvement. Tout simplement parce que ses écrits littéraires
expriment souvent les faits vécus, parfois avec une certaine dose de lucidité,
parfois camouflée, brouillée, si bien qu’il n’est pas parfois aisé de déterminer la
démarcation entre l’histoire et la fiction.
Ses fictions romanesques récusent régulièrement, sans demi-mesure, la
tyrannie subie par la vaste Afrique et surtout l’ex-Zaïre, terre aussi riche en
voleurs de droits de l’homme qu’en hyènes (A. Kourouma, 2000 : 275), et la
démission de ses citoyens (les peuples). Toutefois, si l’écrivain dénonce et
récuse le régime de la terreur qui pèse sur son pays, le pouvoir colonial et/ou
l’Occident n’en sont pas exclus. D’autant plus que c’est la politique de l’ancien
Maître, celle qui se fondait sur la répression et l’abolition des valeurs humaines
au Congo Belge, qui a été imitée par les Congolais qui sont passés aux
commandes, à l’accession du pays à l’indépendance politique. A cet effet, Marc
Angenot fait cette mise au point, selon laquelle « toute culture se donne
probablement des Enonciateurs de Paradoxe : leur principal avantage est que
leur hétérodoxie n’est qu’apparente : ils prennent le contre-pied de la doxa, ce
qui revient à dire qu’ils demeurent dans la mouvance de celle-ci. (1982 : 339).
0.1.1. L’influence de la crise socio-politique au Congo Démocratique
sur l’œuvre de l’écrivain
Face à la politique coloniale, Pius Ngandu fustige, non sans déchirement
moral, les mutations brutales infligées aux Congolais à partir de l’idée-force qui
a constitué l’épine dorsale de la politique coloniale. Les cultures ou croyances
congolaises (africaines, au sens large), les signes qui recouvraient des
symbolismes ritualisés relatifs aux cultes des ancêtres, au pouvoir cheffal, aux
rites initiatiques ou rites de passage…, ont été détruits et réduits par la
colonisation belge au rang de ‘paganisme et/ou de religions profanes’. Or, ce
sont ces mythes qui constituent, pour Ngandu, le dynamisme culturel de chaque
peuple. Soulignons que ces mêmes types de déchirement s’établissent
curieusement chez Je, le narrateur du récit dans La malédiction, où la fiction
montre une complicité entre le narrateur et l’auteur par dérision. Pourtant le
lecteur peut s’apercevoir que l’autobiographie se mêle à l’histoire réelle. Ce Je,
tout en dénonçant l’ignominie dans laquelle sombrent à la fois le pouvoir
16 politique et le peuple de son pays, s’interroge souvent sur lui-même, non pas
pour se déprécier, mais plutôt pour attirer le regard des Autres sur lui, avec une
dose de théâtralité, afin de les amener à réagir contre le mal qui ronge l’univers
social qu’il présente.
C’est avec la même vivacité que chez Je de L’Insurgé (Jules Vallès), que
celui de La malédiction ressent un malaise psychologique profond devant un
monde de médiocrité. Et ce dernier (Je), précisons-le, ne se présente plus
comme un porte-parole de Pius Ngandu, il acquiert un sens collectif, universel.
Il est celui qui révèle une signification, un sentiment historique et symbolique
du récit. Enfin, ce roman se présente comme un ensemble de divers souvenirs
atroces diversifiés qui obsèdent ce narrateur (Je).
Quoi qu’il en soit, Pius Ngandu publie sa première œuvre littéraire
fascinante en 1977 : c’est une tragédie qu’il intitule La délivrance d’Ilunga. La
pièce de théâtre est publiée à l’époque où le parti unique (la seule formation
politique autorisée) pendant la deuxième législature en RDC a atteint son âge
d’or : la répression populaire, la délation, la corruption, la trahison, le
clientélisme politique, etc., sont des mots-maîtres de la gestion de la chose
publique, et le fondement de la philosophie du pouvoir en place. L’auteur de la
tragédie garde encore en mémoire les souvenirs amers de son incorporation
forcée et brutale dans l’armée de son pays ainsi que celle de tous les étudiants
de son époque.
Et pour cause : ils avaient protesté contre les conditions sociales dégradantes
dans les cités universitaires.
Parallèlement, au cours de la même année (1977), dans la Province du
Katanga (Shaba), l’armée régulière du pays de l’écrivain affronte les rebelles
dénommés ‘Tigres’. Ceux-ci forment le mouvement insurrectionnel dirigé à
partir de l’Angola voisin. C’est la première guerre du Shaba. Si La délivrance
d’Ilunga est le reflet du chaos et de l’anarchie qui avaient déchiré la R.D.C au
cours des premières années qui avaient suivi son accession à l’indépendance, la
dérive des dirigeants politiques du jeune Etat indépendant, le rôle joué par
l’ancienne métropole avant et après l’indépendance du pays, semblent avoir
inspiré La malédiction, alors que les deux guerres du Shaba (Katanga) ont
nourri Les étoiles écrasées. Par ailleurs, pour cet écrivain, c’est la fausse thèse
d’une malédiction infligée à toute la descendance de Cham qui a permis à
l’autorité coloniale de dépouiller la R.D.C de son patrimoine ancestral, et
d’encourager la paresse et l’esprit de dépendance de son peuple. C’est cette
destruction du patrimoine culturel congolais qui fonde le sentiment de révolte
chez Pius Ngandu dans La malédiction. Ainsi qu’il le fait remarquer lui-même
dans cette réflexion :
Ce qu’on peut dire de ces mythes, c’est qu’ils ne fonctionnent plus comme
une dynamique culturelle. Tout cela, du fait que leur retentissement
symbolique se trouve circonstruit à la gestion des communautés. Ils ne
17 sont plus soutenus par une ‘force mythologique’ : aucune communauté
d’un village zaïrois (congolais) actuel ne peut penser accéder par la seule
impulsion spirituelle, à la conquête du pouvoir politique ou à l’extension
géographique de son territoire. Aucune ne peut imaginer une puissance
qui fasse éclater les horizons étatiques, qui rejaillisse sur des actes
concrets, héroïques ou pas, épiques ou pas, légendaires ou pas. Les
royaumes kuba, lunda, tchokwe, luba, kongo ou azandé des XVIIIème au
XIXème siècles eux, pouvaient le penser, et même en rêver (1982 : 125).
0.2. LA PRESENTATION CHRONOLOGIQUE DE LA CRISE
CONGOLAISE SELON L’ECRIVAIN
C’est sans doute l’accès à l’histoire de la colonisation belge et son impact
sur la vie future de la R.D.C, qui constituent la problématique littéraire
principale de Ngandu dans l’une des fictions qu’on va examiner. C’est ainsi que
dans La malédiction (le plus ancien des trois romans constituant ce corpus
textuel), l’écrivain s’improvise historien et adopte même des divisions
historiques fictionnelles qui, du reste, ne correspondent pas au modèle
classique. Il s’agit de ce qu’il nomme respectivement : le Moyen Age, les Temps
modernes, l’Epoque contemporaine et la Fin des temps. Le Moyen Age dont il
parle, s’étend de 1930 à 1960, période rapprochable de l’année 1885, date réelle
au cours de laquelle s’était tenue la Conférence de Berlin : délimitation des
frontières étatiques et début de la ‘mission civilisatrice’ de l’Europe en Afrique.
Les Temps modernes font allusion aux années 1960 (à partir du 30 juin : date de
la proclamation de l’indépendance politique de la R.D.C) à 1966. Cette période
correspond au début des illusions du peuple congolais. Quant à l’Epoque
contemporaine, elle fait référence aux années 1966-70, c’est-à-dire à la période
de la ‘néo-colonisation’ entretenue par les fils du pays, après le départ des
Blancs. Il s’agit de la peinture du Congo (Zaïre à l’époque) soucieux de se
débarrasser de la nouvelle tyrannie. Et, enfin, la Fin des temps s’étend de 1970 à
1982. Le peuple est alors marqué par le souci constant de libération. Précisons
qu’à cette période, ce romancier vit déjà en exil à Annaba, en Algérie. Dès lors,
le peuple étant toujours animé de la même préoccupation (celle de libération), il
va de soi que cette délimitation s’étend à la période actuelle dans ce pays.
Visiblement, la subdivision temporelle contenue dans La malédiction,
constitue la genèse de l’histoire de l’ex-Zaïre qu’on voit se dérouler dans Les
étoiles écrasées et Le doyen marri. Cela amène le lecteur à croire que les
œuvres constituant ce corpus déroulent le motif exposé dans le premier roman.
Cette subdivision peut correspondre, à en croire Pius Ngandu (1982 : 125-128),
à quatre générations successives.
18 0.2.1. La Première génération
Elle est caractérisée par un mimétisme du modèle colonial (répression,
confort, discours pernicieux, auxquels s’ajoute l’illusion, etc.) à l’instar de la
psychologie de Medza, le héros désillusionné de Ferdinand Oyono dans Le
Vieux nègre et la médaille. Cette classe comprend les Congolais qui connurent
le début de la colonisation belge pendant la constitution de l’Etat Indépendant
du Congo (E.I.C), de 1909 à 1960. Certes, la colonisation a plongé les
Congolais de cette époque dans une profonde mutation, de sorte qu’ils ont
connu une grande secousse psychomorale : ils ont été tirés de leur village
(arrachés de leur culture de base) où ils étaient élevés suivant d’autres formes
d’éducation, et où ils avaient appris d’autres méthodes d’accession au pouvoir
ou à toute autre forme de puissance. Il s’agit aussi, pour la plupart, de rescapés
de la pratique esclavagiste, ou de ceux qui ont échappé à la discipline sévère de
certains parents ou de certains despotes des villages traditionnels.
Ce sont eux qui ont été incorporés dans l’armée colonisatrice, ou qui ont été
hissés aux postes administratifs de ‘clercs’ (dactylographes) ou de planton
(huissier de bureau), ou ils devenaient catéchistes de mission catholique
d’évangélisation (une aubaine à l’époque, car ils se retrouvaient proches des
chargés de la ‘mission civilisatrice’). Le plus souvent, ces Congolais étaient
recrutés comme mineurs dans des sociétés d’exploitation de matières
précieuses, bénéficiant ainsi d’une gloire illusoire, à l’accession du pays à
l’indépendance : les instances du pouvoir les exploitaient à dessein pour illustrer
une grandeur utopique du pays. De sorte que ces ‘héros’ sont confondus avec
des objets de curiosité, lorsqu’ils portaient leur ‘médaille de mérite civique’.
A l’accession du pays à l’indépendance, ces Congolais ont cru à l’idée que la
libération politique du pays signifiait l’expulsion des Blancs du territoire
national. Le corollaire de ladite expulsion serait immanquablement la
récupération de tous les biens et de tous les postes autrefois occupés par les
colonisateurs. Ce qui revient à croire que le peuple devait baisser les bras et
jouir de tout le bonheur que la terre ancestrale procure. Dans ce cas, d’autres
peuples sans ressources travailleraient sans doute à la place du peuple
autochtone, tout en lui remettant gratuitement le fruit de leur labeur. Les
Congolais de cette première génération seront, pour la plupart, des aigris :
l’‘Eden’ auquel ils avaient aspiré n’était qu’illusoire.
0.2.2. La Deuxième génération
Elle est composée des Congolais qui sont nés, qui ont grandi et ont été
éduqués à l’époque coloniale. L’on peut considérer qu’ils en sont l’émanation.
Toutefois, soulignons que le terme ‘éducation’ n’est pas à appréhender au sens
limitatif d’‘instruction’. Il réfère plutôt à la philosophie du pouvoir colonial, aux
différentes méthodes appliquées par la colonisation belge pour le succès de sa
mission au Congo : répression, oubli ou refus (c’est selon) de promouvoir
19 l’instruction, suppression des valeurs culturelles congolaises et leur substitution
par celles qui confortaient le pouvoir politique, etc. Précisons qu’en matière
d’instruction (un aspect de l’éducation), la politique coloniale belge n’a pas
encouragé le développement de l’esprit critique dans la colonie. Etait-ce parce
que la métropole voulait perpétuer la colonisation, étant donné que la politique
coloniale se fondait sur le paternalisme ? Etait-ce seulement par mauvaise foi ?
Peu importe. Quoi qu’il en soit, ce sont les Congolais nés et éduqués dans ce
système qui ont causé la frustration et la terreur au lendemain de l’indépendance
du Congo, à l’instar des méthodes pratiquées par la colonisation belge. Sans
toutefois les placer tous ‘dans le même panier’, car on dénombre parmi eux une
minorité éclairée de la lumière de la Raison, Pius Ngandu les considère comme
les fossoyeurs de la patrie.
S’agissant de l’instruction, la ‘mission civilisatrice’ au Congo Belge visait
principalement la formation des moniteurs de l’école primaire, le diplôme le
plus élevé étant, dès lors, un ‘Certificat d’Apprentissage Pédagogique’ que des
candidats très sélectionnés acquéraient après la sixième année de l’école
primaire ! C’est donc le niveau de ceux qui ont accédé au pouvoir à l’accession
du pays à l’indépendance. Cela justifie l’absence d’une élite bien formée, suite à
l’impréparation de cadres compétents. Ces nouveaux maîtres sont l’émanation
de cette instruction bâclée issue de la colonisation. Ils avaient été formés
comme des agents auxiliaires subalternes, que l’administration coloniale a
utilisé comme colporteurs en vue d’asseoir sa politique. Il faut préciser que
ladite politique coloniale s’est constituée en trois forces différentes mais dont
les objectifs convergeaient : la suppression de la culture de base du peuple
congolais en la remplaçant par celle du maître. Il s’agit entre autres du pouvoir
coercitif (l’administration, la police et l’armée), du Capital et de l’Eglise. Ony
reviendra ultérieurement dans l’analyse des discours polémiques.
En effet, ce sont ces Congolais qu’on vient de présenter, qui sont les
Pionniers de la vie politique de la R.D.C, parce qu’ils constituent la classe des
‘évolués’ après l’indépendance nationale. Pour marquer leur ‘fidélité’ au régime
colonial dont ils sont dorénavant l’émanation, ils singent : ils exigent, ils
ordonnent, ils commandent de la même manière que les anciens colonisateurs.
Ils vont même au-delà, ils pillent et détruisent tout, y compris les quelques
valeurs culturelles héritées de la colonisation. On peut croire que cette
génération est à la croisée des chemins, car c’est une classe qui a voulu
s’attacher au modèle colonial sans y parvenir, et qui a par ailleurs cru se forger
une identité à partir d’un modèle intellectuel ‘authentique’- détaché de
l’enseignement missionnaire qu’ils ont reçu. Ceux d’entre eux qui ont ‘raté’ le
train de vie, se sont transformés en ‘prophètes des Eglises nouvelles’ ou encore
se sont travestis en ‘devins’ pour escroquer leurs compatriotes grâce à des
pratiques magiques ou pernicieuses. Leur gestion décriée de la chose publique
et du pouvoir sert d’outil principal à la problématique posée par Pius Ngandu
dans sa fiction. Les tourments qui rongent respectivement les héros : Je (La
20 malédiction), Joachim Mboyo (Les étoiles écrasées) et Sadio Mobali (Le doyen
marri), et leur souci d’accès à la liberté, en constituent un argument probant.
0.2.3. La Troisième génération
Elle est la plus abandonnée à son triste sort. Certes, elle est riche de
potentialités intellectuelles, mais elle est vaniteuse. Tout simplement parce
qu’elle est marquée par une léthargie et une torpeur pesantes. Elle est constituée
des premiers cadres universitaires de la R.D.C, après l’indépendance. Il leur est
régulièrement reproché l’absence d’esprit créatif. Les mains liées, ils ont été
utilisés, grâce à leur souci d’autosatisfaction ou de leur survie, comme
idéologues du régime de la terreur. Ils constituent en pratique la classe la plus
marginalisée, parce que la plus couarde, la plus défaillante de l’histoire du pays
au regard d’un engagement constructif. C’est parmi ces premiers cadres
universitaires congolais que l’on dénombre les députés cueillis à froid par le
pouvoir en place, c’est-à-dire sans voix à l’Assemblée du pays pendant la
deuxième législature, les économistes ‘incapables’ de penser une théorie pour
sortir le pays du gouffre entretenu à dessein, les médecins au savoir expéditif et
sans moyens, les enseignants coupés du reste du monde, sans le moindre
matériel de référence et non rémunérés, les magistrats à l’esprit mercantile, etc.
Par ailleurs, ceux d’entre ces cadres universitaires qui ont osé élever la voix
ou qui ont tenté consciencieusement de proposer des voies pour sortir de la
crise, ont été brimés et soumis à la déportation. Et pour cause. Les deux classes
(celle réellement au pouvoir et celle des cadres universitaires) se regardent en
‘chiens de faïence’ : un problème lié au conflit de générations, où tout se fonde
sur le niveau de formation scolaire. On l’a déjà souligné, ceux qui ont dirigé
l’ex-Zaïre pendant la deuxième législature sont, pour la plupart, des sujets
éduqués par le régime colonial : leur niveau d’instruction ne dépassant pas le
seuil de l’école primaire, ils n’ont pas toléré dans leurs cercles les jeunes qui ont
acquis des méthodes cartésiennes, certainement par souci d’autosatisfaction
alimentée par la peur ou le dédain. Instinct de survie oblige ! Par
surcompensation, le même instinct a poussé une poignée de ces cadres
universitaires rejetés et sans emploi à recourir à des méthodes lamentables pour
être recrutés : c’est la loi du moindre effort inaugurant le clientélisme politique,
la calomnie, la trahison, la corruption, etc., comme moyens privilégiés pour
accéder au pouvoir ou à toute forme d’emploi répondant à leur profil ou non. Le
corollaire de cette pratique, c’est que la psychose de l’animal politique au
pouvoir disparaît, et sa puissance se renforce.
Visiblement, c’est dans cette catégorie, celle de la génération sacrifiée, que
l’on peut ranger Pius Ngandu, dont la plupart des oeuvres de fiction (et même
des écrits critiques) ont été produites durant son exil ‘perpétuel’. Pendant ce
temps, ceux qui ont accepté de jouer le jeu du pouvoir en place, ont occupé des
postes ‘juteux’ au cours de la deuxième république. Ils y sont parvenus, la
plupart du temps, après avoir recouru aux pratiques déjà évoquées. Engloutis
21 dans une démission préjudiciable, ils s’improvisent ‘spécialistes’ pour
l’accession à la paix dans le pays. Pour Pius Ngandu, ces cadres se complaisent
dans des volte-face idéologiques, réclamant pour leur conscience une paix
impossible. Et ironie de l’histoire, pour ne l’avoir pas bien entretenue, leur terre
a suscité beaucoup de convoitise de la part d’autres prédateurs.
0.2.4. La Quatrième génération
Contrairement aux trois précédentes, celle-ci est composée des Congolais
nés et nourris des luttes internes après l’accession du pays à l’indépendance.
Précisons d’emblée que ceux-ci constituent plus de la moitié de la population de
la R.D.C. De la société actuelle de leur patrie, ils n’ont éprouvé que les
violences (physiques et morales), les interminables souffrances et guerres, et
toutes les formes de brutalités. Sans doute, ils n’ont pas connu la colonisation.
Ce qu’ils en ont appris sont des échos déformés à dessein par la ‘bande de
sorcières’ au pouvoir dans le pays, qui ont confisqué la vie et l’espoir de toute
leur postérité. En l’occurrence toutes les guerres, tous les conflits armés qui ont
déchiré ou déchirent encore le pays : après l’assassinat de Patrice Lumumba en
1961, cette terre n’a connu qu’une succession de conflits armés alternant avec
des moments d’illusoires accalmies.
Au chaos qui a suivi, après l’exécution de ce leader politique, le pays a
connu tour à tour : la rébellion muléliste (de 1963 à 1965), dirigée par l’ancien
ministre de l’Education du gouvernement Lumumba : Pierre Mulelé. Peu après,
en 1967, un mercenaire dénommé Jean Schramm, recruté par d’anciens
politiciens congolais en exil, avait déclenché un mouvement insurrectionnel
dans toute la partie Est du territoire congolais. De sorte qu’il se fit proclamé
même « Président de la République » de la partie sous son contrôle ! Par
ailleurs, en 1969, une révolte estudiantine (on en a déjà parlé) paralyse
Kinshasa, la capitale politique du pays, et en même temps le poumon
économique du Congo : Lubumbashi. Elle est vite réprimée par le pouvoir
politique, ‘l’ennemi’ (l’ensemble des étudiants) ne possédant aucune arme
véritable en dehors des projectiles. Dès lors, des mesures draconiennes sont
arrêtées par le Chef de l’Etat, le Général-Président, pour ‘restaurer’ l’ordre
public : toutes les universités sont fermées et les étudiants sont incorporés de
force dans l’armée nationale (y compris Pius Ngandu). En outre, pour rétablir
l’ordre, des condamnations à la peine capitale par pendaison devant le public
des opposants politiques- les vrais !- sont prononcées par un tribunal militaire
spécial créé à cet effet par le régime en place.
A cela s’ajoute en 1971, une succession de décisions politiques prises par le
chef de l’Etat, parmi lesquelles : la suppression des prénoms ou noms de
baptême, l’instauration de la politique du ‘Recours à l’Authenticité’, dont
l’idéologie se fonde sur le bannissement du mode de vie occidental, avec
comme corollaire la ‘Valorisation’ de la vie ancestrale, l’introduction dans le
programme d’enseignement à tous les niveaux de la discipline dénommée
22 Idéologie politique, qui vise à apprendre à l’enseigné la conception et la
philosophie du pouvoir telles qu’elles sont tracées par le président de la
république, le Guide et Père de la nation. A ces mesures s’ajoute la
1nationalisation de presque toutes les entreprises para-étatiques ou privées dans
l’ensemble du pays.
En tout état de cause, cet exercice du pouvoir crée un désenchantement au
sein de la population qui sent qu’elle est trahie par ses dirigeants politiques. Au
cours de la même année (1971) et l’année suivante, le Général-Président
procède à d’autres changements non moins impopulaires que les précédents :
c’est l’instauration des ‘Trois Z’ (le pays s’appelle désormais Zaïre, la monnaie
et le fleuve portent le même nom. Le pouvoir devient davantage monolithique :
les formations politiques sont supprimées et remplacées par un système
monopartiste intégral. Après une mascarade d’élections présidentielles
organisées par son régime en 1977, mais à candidat unique (lui-même), l’‘élu’
Président à vie lance un plan d’actions structurel dénommé ‘Objectifs 80’ :
celui-ci vise un certain nombre de réformes fabuleuses dans certains secteurs
préalablement ciblés : l’Education, l’Economie et les Finances. Mais les
résultats ne se font pas attendre : c’est un échec total. Toute cette dérive
totalitaire, le foisonnement d’insuccès stimulent un certain réflexe de protection
chez les opposants politiques en exil souvent rimés, traqués par le régime, et
souvent naïvement trahis par des infiltrés corrompus par le pouvoir de leur pays.
Une hostilité en appelle une autre, dit-on. Et plus on monte dans l’arbre,
davantage on devient fragile. L’anarchie entretenue et orchestrée au sommet de
l’Etat incite d’anciens gendarmes katangais venus d’Angola et commandés par
un ancien Brigadier de la police congolaise des années 1960, un nommé
Mbumba Nathanaël, à prendre les armes contre ce régime décrié. D’abord en
mai 1977, puis l’année suivante, au cours du même mois et dans la même
Province du Katanga ou Shaba à l’époque des faits : ce sont les deux guerres du
Shaba. Pendant ces deux incursions rebelles, l’armée régulière connaît des
revers. Le régime est sauvé in extremis par les forces venues à sa rescousse du
Maroc, la logistique ayant été assurée par certains pays occidentaux (C.
Braeckman, 1991 : 65-66).
Certes, l’écrivain congolais s’en est inspiré pour la rédaction des Etoiles
écrasées. Mais, ne l’oublions pas, notre univers est soumis à la loi de la
dialectique : tout bouge, tout passe et rien ne demeure ! Le lion s’est affaissé : le
Machéral-Président est terrassé par la maladie. Ses adversaires politiques le
savent, les étudiants aussi. Le Vent de la Perestroïka souffle en 1990 : il n’y a
plus de guerre froide, l’Occident qui a longtemps constitué l’épine dorsale du
régime en place, n’ayant plus d’intérêt pour lui, l’oblige à lâcher prise. Le
Maréchal-Président prône l’instauration de la démocratie, la mort dans l’âme.

1 Par nationalisation, il faut entendre non pas le transfert des biens du domaine privé au domaine
public, mais plutôt le partage entre ladite « bande de sorcière » des domaines ou propriétés privés
ayant appartenu aux entrepreneurs étrangers ou aux colons.
23 Les étudiants, considérés comme le fer de lance de la pression populaire,
exigent que le régime cède le pouvoir. Mais c’est sans savoir que, pour un tyran,
le pouvoir ne se donne pas : il s’arrache ! Celui-ci, traqué de tout côté, envoie
par dépit sa garde rapprochée, dans la nuit du 11 au 12 mai 1990, dans les cités
universitaires du Campus de Lubumbashi (Katanga), pour donner une dernière
leçon aux ‘récalcitrants’. Le nombre exact d’exécutés ne sera jamais connu.
Pius Ngandu, dans son exil perpétuel, s’inspire de cette barbarie humaine pour
concevoir une fiction romanesque qu’il intitule Le doyen marri en 1994.
Décidément, cette dernière génération (dans la subdivision qu’on a
adoptée) n’a eu qu’une vie étouffée dans l’oeuf. Aucune génération parmi celles
qui ont précédé ne la prend effectivement en charge. Mais toutes l’ont rejetée, à
des degrés divers. Les Congolais appartenant à cette catégorie et ayant évolué
dans leur terre ancestrale ont connu tous les systèmes scolaires, toutes les
mutations idéologiques, toutes les incohérences politiques. Il faut souligner que
depuis l’‘Objectif 80’ (dont on a précédemment parlé), le programme
d’enseignement, de l’école primaire à l’université, a subi des modifications tous
les deux ans au niveau de la forme, voire du contenu d’apprentissage. De telle
sorte qu’il s’avère difficile pour les Congolais de cette génération (écolier, élève
ou étudiant) de déterminer dans quel système d’enseignement ils ont été formés
à la réflexion.
Par ailleurs, ceux de la même génération qui n’ont pas fini l’école primaire
par manque de moyens matériels ou d’encadrement, ceux qui n’ont pas satisfait
aux épreuves nationales pour l’obtention du ‘Diplôme d’Etat’ (l’équivalent du
baccalauréat en Europe) d’études secondaires, et même ceux d’entre eux qui
n’ont pas franchi le seuil de la première année à l’université, se sont fondus
dans la grande masse populaire de tous les centres urbains, les plus chanceux
sont arrivés en Europe. C’est parmi eux que se recrutent soit les instituteurs de
l’école primaire de brousse, les nouvelles recrues des armées qui terrorisent le
peuple, toute tendance confondue : armée régulière et rebelle, enfants soldats
compris. Ils sont encore les piliers de la musique congolaise (zaïroise). Ajoutons
que c’est parmi eux qu’on dénombre les enfants de la rue, les Shege et/ou les
Ngulu. En leur qualité d’ ‘Enfants de la grande aventure historique’, ils ne
croient appartenir à aucune terre spécifique. De sorte qu’ils sont marqués par le
sentiment de la détribalisation ou de la déclanisation. Leur ethnie et leur clan
sont devenus, dès lors, l’environnement social du milieu urbain dans lequel ils
évoluent.
En outre, en tant que défenseurs de la musique marquée par l’immoralité et
l’absence de toute vertu, ils apparaissent quotidiennement sur les écrans de
télévisions nationales et africaines (celles de l’Occident n’étant pas épargnées)
avec une musique marquée par des cris, des fantasmes et des imprécations.
C’est là leur unique vision du monde. Leurs discours reflètent perpétuellement
un mode de vie corrompu et dominé par la passion de vivre et d’autres formes
d’ambiguïté telles que des discours flottants dénotant une instabilité
24 permanente, etc., où l’on justifie l’irresponsabilité des hommes par une
malédiction (divine) originelle.
Les oeuvres de Pius Ngandu prônent d’abord et avant tout la libération du
peuple en ‘captivité’ au moyen du savoir. A en croire Pius Ngandu (2000 : 6),
ce ne sont pas les hommes qui seraient ‘constitués de telle ou telle matière
néfaste, ainsi que le rapportaient des mythologies stupides de la malédiction.
Celles qui évoquaient malencontreusement Cham avec de la mauvaise foi dans
l’interprétation des textes bibliques, et celles qui vilipendaient l’histoire de tout
un continent, en hypothéquant l’avenir de générations entières, sous les
fallacieux prétextes que les ‘noirs n’avaient aucune part à l’histoire du monde’.
Il s’agit d’une véritable conquête qui a libéré les esprits, par la force des
connaissances acquises.
0.3. L’ENGAGEMENT DE PIUS NGANDU EN TANT QU’ECRIVAIN
D’entrée de jeu, notons qu’après la parution de La délivrance d’Ilunga,
l’écriture de cet écrivain est marquée par le même leitmotiv : le dirigeant
politique au Congo-Kinshasa accède au pouvoir à la faveur de la perfidie, et s’y
maintient grâce à l’agressivité, aux brimades qu’il fait subir au ‘turbulent’ qui
hausse le ton. Le peuple, au bout du compte, en devient non seulement déprimé
mais encore défaillant. Et le comble c’est que la pratique semble avoir été
mûrie, et entretenue partout en Afrique. Ainsi que l’évoque Pius Ngandu dans
ces réflexions :
Il apparaît maintenant de plus en plus clairement que des politiques
concertées avaient été pratiquées dans de nombreux pays pour que les
plus turbulents et les plus révolutionnaires se retrouvent à l’étranger,
sans nourrir aucun espoir de retourner, de manière à permettre aux
nantis et aux oppresseurs de prolonger indéfiniment leurs monopoles
d’horreurs. Toutes les stratégies des partis uniques ont obéi
rigoureusement à ce schéma destructeur, sans panache, sans fausse
pudeur non plus. ‘Fuir’, oui, mais parce que la vie au pays ne représente
plus que la mort permanente, la souffrance infligée à chaque pas dans la
rue. La peur qui noue au ventre, la frayeur subite pour une parole de
trop, pour un geste de protestation, pour un acte de refus aux régimes en
place. (ibid., p.3).
Tout projet d’écriture se fixe à l’avance un objectif à atteindre, c’est-à-dire
une mission à réaliser. C’est pour cette raison qu’aucune personne ne peut écrire
sans prendre parti, même de façon voilée. L’écrivain congolais Pius Ngandu
expose la persécution pratiquée par les responsables politiques de son pays
contre le tissu socio-économique, en l’occurrence contre l’élite du pays. Il
présente ces vices pour que leurs auteurs soient combattus par le peuple. En
refusant d’accepter passivement tous ces maux et toutes ces violences
25 perpétrées par le pouvoir politique en place, le peuple s’engage à renverser ce
régime. Et tout à la fois, il transcende en la refoulant la thèse aberrante fondée
sur la mythologie religieuse de la malédiction, selon la mauvaise interprétation
de la bible qu’en font des paresseux et certaines personnes mal intentionnées.
Dès lors, Pius Ngandu peut-être considéré à la foi comme un ‘satiriste
classique’ ou un marxiste. Il importe de souligner que nous empruntons le
concept satiriste à Marc Angenot. Pour celui-ci, un satiriste est un pamphlétaire,
un terroriste ou un polémiste. De ce fait, la polémique se révèle la forme
« identifiable d’un certain modus operendi idéologique dont l’extension est plus
large, d’une idéologie « latente », l’opposé de ce que peut-être une pensée
critique. ». (M.Angenot, 1982 : 337). Le polémiste ou le satiriste classique
s’évertue à décrire la ‘vision crépusculaire du monde’ ou ‘le monde d’après- la-
catastrophe’ parce que ce monde lui est axiomatique. Aussi essaie-t-il de
dégager l’« existence simultanée entre persuasion et violence verbale, entre
liaison, vérité, liberté et solitude. » (ibid., p.338). Certes, les œuvres
fictionnelles de Pius Ngandu sont souvent polémiques lorsqu’elles exposent les
situations qui prévalent dans sa patrie ou en Afrique. Ses écrits littéraires se
présentent comme un discours opposé aux récits officiels. Ils exploitent les
ressources qui confèrent au langage ses pouvoirs persuasifs. De ce fait, à travers
la communication, l’oeuvre littéraire de Ngandu remplit la fonction
perlocutoire : elle incite le lecteur à s’y investir et, donc, à agir. C’est là que
l’écriture de Pius Ngandu devient réaliste. Cependant, soulignons-le, aucune
fiction n’est à considérer a priori comme document authentique.
C’est en effet un produit du rêve de l’écrivain dont le souci est de voiler la
réalité, si bien que le pouvoir politique aurait de la peine à se retrouver. Par la
fiction, l’écriture de Ngandu cherche à réfracter et à transformer tout à la fois la
réalité sociale. Maurice Delcroix pense dans ce sens, que « toute fiction est un
beau mensonge qui, postulant la liberté désirante et agissante du sujet, voile
l’emprise des déterminations sociales et des processus de conditionnement. »
(1987 : 292). En effet, ce romancier-dramaturge dont nous examinons trois des
multiples écrits fictionnels, dénonce toujours (ou presque) l’antagonisme
récurrent entre le pouvoir (colonial et post- colonial) et la liberté populaire. Ses
œuvres littéraires revendiquent aussi au sein des littératures contemporaines la
place de la mythologie littéraire. Pour justifier sa thèse, cet écrivain et critique
croit que tout acte de création littéraire s’inscrit dans la perspective sociale
soutenue par les mythologies de l’univers culturel de l’artiste. Il emboîte ainsi le
pas à Edouard Glissant, qui indique la voie à suivre (celle consistant à la
revalorisation de l’identité antillaise) aux écrivains antillais ; tel qu’on peut le
remarquer dans cette invite :
Pourquoi le vœu poétique du monde ? Pourquoi pas l’intime (entendons :
des écrits en créole) ? […] La Relation, complexe, ardue, imprévisible,
est le feu majeur des poétiques à venir. Le cri du monde devient parole.
26 Pour tel qui y songe, et va cet élan (ce passage), il n’est voie que dans sa
terre, obscure et lourde. L’universel abstrait nous défigure. Et si cette
terre, ce lieu, sont là menacés, alors marteler la parole volontaire. […]
Chanter l’histoire : imprévisible, incomprise. Tenter aussi la façon d’un
langage… (car il n’est pas de peuple qu’on puisse désormais réputer hors
du temps des hommes, et l’histoire du monde ô poète se lit partout). […]
Il semble que de jour en jour le tour de l’effacement pour nous
Martiniquais s’accélère. Nous n’en finissons pas de disparaître, victimes
d’un frottement de mondes… Qu’y peut l’écriture ? Elle ne rattrape
jamais. Hormis pourtant l’action nécessaire (le bouleversement sans
réserve de cette banalité de mort), il reste à crier le pays dans son
histoire vraie : hommes et sables, ravines, cyclones et tremblements,
végétations taries, bêtes arrachées, enfants béants. (E. Glissant,
1981 :15).
Sans doute, l’acte de création est subordonné à la ‘spiritualité’ de cet univers
social, à ces forces de l’imaginaire créateur et, pourquoi pas, subordonnée à la
rationalité qui le soutient. Cette valorisation de la culture africaine, mieux le
combat culturel auquel l’écrivain Ngandu convie les artistes africains (ses
confrères écrivains, en particulier) à l’instar de la pensée qu’Edouard Glissant
vient de livrer au sujet de la même problématique, visent à ce que les artistes
africains cessent de croire que :
Le programme de la ville (occidentale) qui a abouti à un véritable fléau
sur une grande échelle (et) présenté comme le modèle à suivre pour le
‘tiers-monde’…puisse se transformer en une conquête de l’Esprit,
lorsqu’il est transporté vers un autre lieu historique. Les sociétés d’ici et
celles de là-bas n’ont pas suivi un itinéraire équivalent. Et même si les
correspondances étaient à postuler de part et d’autre, les contextes ont
totalement changé… (1997 :368-69).
Aussi croit-il qu’il est logique, de ce point de vue, de revenir au fondement
de la littérature : celle-ci est « d’abord et avant tout une histoire des
littératures. » (ibid., p.2). De ce fait, comme la littérature traduit le mode de vie
du peuple considéré comme son destinataire privilégié, ce romancier atteste
qu’il est « plus utile actuellement de recomposer une méthode qui soit orientée
principalement vers les premiers destinataires de ces littératures, c’est-à-dire le
public africain. » (ibid., p. 11). Chez Pius Ngandu, le recours à la mythologie
littéraire, loin d’apparaître comme une revanche contre la face négative de la
colonisation africaine, se rapporte aux cultures de l’esprit. Les avantages
qu’offre cet engagement chez ces artistes africains sont tels qu’il leur permettra
de :
27 -Stimuler la création littéraire et artistique et (…) promouvoir de meilleures
formes d’expression artistique;
-Affirmer (l’) identité culturelle par la revalorisation (du) patrimoine
culturel (africain)…
(ibid., p.13).

Toutefois, chez Pius Ngandu, le recours aux mythologies littéraires comme
axe de recherche dans la création artistique, ne se confond pas avec cette
passion pour les littératures nationales que prônent aujourd’hui certains
écrivains ou critiques africains en mal de positionnement. Ces littératures
semblent un piège tendu par des artistes, souvent les moins connus, qui pensent
trouver là une occasion de valorisation inespérée. Ils sont surtout appuyés par
des éditeurs motivés par des raisons lucratives. Pour l’écrivain congolais, ce
paradigme ‘littératures nationales’, brise par ailleurs la dynamique et la
cohérence de l’unité culturelle africaine entendue au sens large. Car s’il est vrai
que l’Afrique est subdivisée en plusieurs états, il est cependant imprudent et
inadmissible d’envisager les littératures nationales en fonction des frontières
étatiques qui n’ont pas tenu compte des réalités culturelles des peuples
d’Afrique avant la Conférence de Berlin (1885). Le corollaire de ce mépris a été
la dislocation des structures traditionnelles et unies, des ethnies appartenant
désormais à des structures nouvelles : c’est le cas des Bambaras, des Peuls, des
Kongos, des Lundas, etc. Or, ce sont ces ethnies qui constituent la réalité
culturelle des peuples d’Afrique. Lilyan Kesteloot (op.cit, p.306) reprend à son
compte l’analyse que voici faite par Pius Ngandu sur ce cas :
Longtemps les littératures d’Afrique se sont laissé empêtrer dans des
pièges inextricables. Les questions auxquelles les critiques
s’empressaient de répondre n’étaient nullement celles qui intéressaient
directement les textes considérés, mais celles posées par d’autres cercles
du pouvoir idéologique. Ainsi la question des littératures nationales.Il
apparaît clairement qu’elle ne relevait pas du fonctionnement de ces
littératures à l’intérieur des frontières des Etats pour lesquelles elles
étaient censées faites, mais uniquement des milieux universitaires, ou
même occidentaux ou américains.Car, en réalité de quoi s’agit-il ? Dès le
départ, les tenants de cette question affirmaient que les auteurs se
préoccupaient de produire des ouvrages littéraires destinés en priorité à
leurs publics nationaux, consacrant par là les hypothèses restrictives des
sources et des origines principalement internes. D’une part cela
corroborait le principe de la diversité des lieux de la prise de parole,
éliminant aussi l’éventualité d’une ‘unité culturelle de l’‘Afrique’.
D’autre part les conclusions dégagées par de tels postulats aboutissaient
à des expressions emphatiques renforçant la mégalomanie des systèmes
politiques, tout en évacuant du texte la possibilité d’une conscience
historique à l’échelle d’une communauté plus large. Les conséquences
28 ont été terribles à tous les niveaux…l’écriture littéraire s’est infléchie au
point de ne plus fonctionner qu’au rythme de cet objectif unique : la
renaissance au niveau strictement national.
En grand défenseur de son ‘antillité’, E. Glissant livre les raisons de son
choix pour la littérature créole, qu’il n’a pas respectée malheureusement, mais
dont le retentissement est en train de se faire sentir aujourd’hui en Afrique:
«(Elle) est une reconquête culturelle. Elle nous réinstalle dans la vérité de notre
être, elle milite pour notre émancipation. C’est une idée qui ne peut pas être
prise en compte pour nous par d’autres : (elle) ne peut être téléguidée. »
(op.cit, p.18).
Mais en tout état de cause, ce qu’envisage Pius Ngandu dans ce cas, c’est
l’unité de l’Afrique dans sa diversité. Chez cet écrivain, l’identité culturelle
passe toujours par la récupération de la langue maternelle. C’est pourquoi il
exhorte ses confrères écrivains à défendre leurs langues et, par voie de
conséquence, leur culture en général, car personne d’autre ne saurait le faire
efficacement, ni n’accepterait d’ailleurs une telle tâche. Son engagement à
vouloir « rompre le mur de la langue classique » dans laquelle il ne croit pas
être à l’aise pour exprimer des réalités « indispensables » à son public privilégié
(les Congolais et/ou les Africains), se justifie dans cette interrogation :
Comment traduire l’africanité dans une langue européenne ? (op.cit, p. 314).
En effet, dans les œuvres romanesques sélectionnées, la marginalité des
personnages principaux et leurs écarts de langage sont des aspects qui attirent
l’attention du lecteur. Ils profèrent des insanités dans un discours à la fois
révoltant et engageant. Par là, Pius Ngandu rejoint la position de J. Bergeaud
sur la pudeur : « nous n’en sommes plus à Clara d’Ellébeuse ni à cette héroïne
d’Henri Bordeaux qui ne pouvait souffrir qu’on lui baisât la main. (…) La vue
d’une cheville qui menait nos grands oncles d’il y a quarante ans au bord de la
congestion laisse aujourd’hui tout le monde en parfaite santé morale. »
(1956 :18). Mais la violence langagière choisie par prédilection par Pius
Ngandu n’est pas à prendre au pied de la lettre comme un simple motif
ornemental. Elle consiste à laisser éclater la verve mordante de l’écrivain et
toutes les ressources d’un polémiste en vue d’inviter ses compatriotes et tous
ses lecteurs virtuels à la prise de conscience de leur destin. Autrement dit, il est
soucieux de ternir tout caractère sacralisé par l’opinion pour inciter les lecteurs
à la révolte. Suivant cette démarche, l’écriture du romancier s’affirme contre
toute perspective sociale, morale ou physique. Il emboîte ainsi le pas à Sony
Labou-Tansi, lorsque celui-ci prévient (dans l’Avertissement donné) au lecteur
de son roman, L’Etat honteux :
Le roman est paraît-il une œuvre d’imagination. Il faut pourtant que cette
imagination trouve sa place quelque part dans quelque réalité. J’écris ou
je crie, un peu pour forcer le monde à venir au monde. Je n’aurai donc
jamais votre honte d’appeler les choses par leur nom. J’estime que le
29 monde dit moderne est un scandale et une honte, je ne dis que cette
chose-là en plusieurs ‘maux’… (S. Labou-Tansi, 1985 : 5).
De la même façon que chez Pius Ngandu, l’auteur de L’Etat honteux dévoile
la crise morale dont souffre son public principal, mais peut-être aussi une crise
de l’écriture. De sorte que le lecteur peut considérer que l’écrivain apparaît
‘torturé’ à cause du silence préjudiciable de ses compatriotes face à la barbarie
dont ils sont victimes. Ce silence pérennise l’asservissement de ces derniers
face au pouvoir politique censé les protéger. Est-ce la raison pour laquelle le
même Labou-Tansi annonce avec insistance qu’il :
Exige un autre centre du monde, d’autres excuses de nommer, d’autres
manières de respirer…parce qu’être poète, de nos jours, c’est vouloir de
toutes ses forces, de toute son âme et de toute sa chair, face aux fusils,
face à l’argent qui lui aussi devient un fusil, et surtout face à la vérité
reçue sur laquelle nous, poètes, avons une autorisation de pisser,
qu’aucun visage de la réalité humaine ne soit poussé au silence de
l’Histoire. Je suis fait pour dire la part de l’Histoire qui n’a pas mangé
depuis quatre siècles. Mon écriture sera plutôt criée qu’écrite
simplement… (ibid., p.11).
Certes, l’emploi de la fiction n’est pas gratuit chez Pius Ngandu. Elle est une
technique qui permet de camoufler, de travestir la réalité sociale telle qu’elle est
vécue. Ainsi, parce que l’écrivain ‘cache’ son véritable projet, le lecteur y
accède en interrogeant l’humour, les figures. Arnelle Cresset justifie cette thèse
en faisant observer que la fiction, « tout en jouant sur la vraisemblance
s’émancipe du registre de vérité qu’il n’est pas tenu de respecter, (…) ‘paix
pour le roman, puisqu’il avoue qu’il ment’ ». (s.d : 55). Aussi est-il imprudent
pour une lecture crédule de confondre fiction et réalité en prenant au pied de la
lettre le discours du roman. Pius Ngandu n’échappe pas à cette règle. C’est
pourquoi il se sert de la réalité matérielle : c’est dans la pratique que l’homme
doit prouver la vérité, c’est-à-dire la réalité et la force de la pensée. Soulignons
toutefois que l’identification de la fiction à la réalité matérielle s’opère dans un
intervalle infiniment large. Aussi est-il souvent imprudent de procéder a priori
par toute forme d’anticipation pour saisir le lien entre ce couple, parce qu’il ne
s’y présente pas d’identité absolue, même si une certaine relation en est
perceptible. Cela conduit aussi à préciser de la même manière que l’écrivain
Pius Ngandu, sur le plan de la réalité matérielle, n’est pas le représentant d’une
quelconque idéologie marxiste.
Mais, c’est plutôt son écriture qui « veut marquer les distances qui séparent
cette représentation (la conscience de soi) et la réalité de l’aventure
humanitaire ; l’originalité de cette entreprise c’est que la distance doit s’y
manifester à l’intérieur même de cette représentation. » (P. Macherey, 1974 :
30 256). Nous devons souligner que dans ce contexte, le concept de
‘représentation’ ne renvoie pas un à délégué désigné d’une formation politique,
ni à un mouvement social ; elle ne fait pas non plus allusion à un candidat élu
après un quelconque suffrage. La représentation dont il est question est
entendue dans le sens des conditions qui ont concouru à la production d’une
œuvre littéraire. C’est en effet à partir du moment de sa publication que l’écrit
fictionnel peut représenter une idéologie, c’est-à-dire ce qu’envisage son auteur,
son projet, etc., comme Pierre Macherey l’explicite dans ce qui suit:
Un individu représente une classe sociale, et l’idéologie de cette classe,
dans la mesure où il prend position par rapport à ce ‘climat’
idéologique ; autrement, dans le cas de l’écrivain, il n’écrirait rien. Le
produit du travail romanesque n’est œuvre que dans la mesure où il
fournit un rapport propre, dans la mesure où il comporte une invention
par rapport à l’‘esprit’ dont il dépend.
(…) Il est impossible de reproduire dans une œuvre particulière toute
l’idéologie : celle-ci peut être appréhendée seulement dans une de ses
parties ; il y a donc choix, et c’est ce choix qui est significatif dans la
mesure où il peut être plus ou moins représentatif. Les contradictions qui
habitent l’œuvre, s’il y en a, ne peuvent donc être les mêmes, reproduites
terme à terme, que les contradictions dont cette œuvre dépend ; même si
on retrouve ces contradictions idéologiques dans la vie même de l’auteur
(ibid., p.257).
A la lumière de ce qui précède, on peut dire que la pensée de Pius Ngandu
est fortement enracinée dans la réalité et se traduit dans les faits. Tout marxiste
énonce une méthode adéquate de lutte et une stratégie qui ne déstabilise le
peuple. Cela est indispensable parce que le langage est lui-même un fait social.
Pour sûr, le langage oral ou écrit d’un auteur est déjà, par elle-même un fait
élaboré par la société, modelé par une succession d’éléments historiques, et
chargé de connotations collectives. Et Ngandu fait partie de cette pensée
marxiste. Il apparaît dès lors incongru de parler du marxisme sans faire allusion
au gauchisme, à l’imagination au pouvoir ou au néo-marxisme, à la théologie de
la révolution, etc. A ces étiquettes de l’idéologie marxiste, l’on peut ajouter le
réalisme socialiste… A ce sujet Georg Lukács témoigne :
Toute forme est la résolution d’une dissonance fondamentale au sein de
l’existence, un monde où le non-sens est situé à sa vraie place, où il
apparaît comme porteur et comme condition nécessaire du sens.
Si donc, dans une œuvre […] le caractère finalement vain des plus
profondes et des plus vraies aspirations humaines, ou la possibilité d’un
ultime échec humain, doit être accueilli en tant qu’élément fondamental,
si ce qui est absurde en soi doit être éclairé et analysé et, par conséquent,
31

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