Les Vampires

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La vision contemporaine du vampire - véhiculée en grande partie par le cinéma, les jeux vidéo, la publicité ou la fiction - réduit souvent cette figure imaginaire au rang de buveur de sang. Cet ouvrage se propose d'étudier la façon dont cette représentation stéréotypée du vampire a pu peu à peu se constituer dans l'imaginaire occidental. Pour cela, il examine les particularités de la vision slave du vampirisme et retrace les étapes de sa migration au sein de la société et de la littérature occidentales aux XVIIIe et XIXe siècles.
Publié le : mardi 1 mars 2011
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EAN13 : 9782296453579
Nombre de pages : 368
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LE SVA M P I R E S
DÀ L S L A V E AU F O L K L O R E L I T T É R A T U R E O C C I D E N T A L E
LITTÉRATURES COMPARÉES Collection dirigée par Pierre ZIRKULI « Liberté et refus des frontières (linguistiques et/ou culturelles). Ce sont là sans doute deux principes fondamentaux de l’activité comparatiste… »(Didier Souiller) Les méthodes comparatives touchent tous les domaines des sciences de l’homme – des études littéraires, linguistiques, historiques à la psycho-logie et aux sciences politiques. Notre collection propose un approfondis-sement de ces méthodes en publiant des études de littératures comparées. Hormis les chercheurs travaillant en France, les auteurs sont des univer-sitaires étrangers dont la langue de travail (ou l’une des langues de travail) est le français. Une attention toute particulière est accordée à la promotion d’une nouvelle génération de comparatistes. Placée sous le signe de la liberté et du refus des frontières, cette collection est littéraire, ce qui veut dire qu’elle se met au service de la compréhension et de la découverte. Déjà parus : Carla Alexia DODI,Villes invisibles de Méditerranée, 2009. Ildikó LŐRINSZKY,L’Orient de Flaubert. Des écrits de jeunesse à Salammbô : la construction d’un imaginaire mythique. Préface : Pierre Brunel. Ioana VULTUR,Proust et Broch : les frontières du temps, les frontières de la mémoire.Préface : Antoine Compagnon. Eric FOUGÈRE,Îles et balises. Escales en littérature insulaire. Corin BRAGA,Le paradis interdit au Moyen Age. La quête manquée de l’Eden Oriental.Préface : Jean-Jacques Wunenburger. Nadège LE LAN,La demoiselle d’Escalot, 1230-1978. Morte d’amour, inter-dits, temps retrouvé.Préface : André Lorant. Michel KAPPES,Roman et mythes. Rilke, Bachmann, Plath.Alexandre PRSTOJEVIC,Le roman face à l’histoire. Essai sur Claude Simon et Danilo Kiš. Préface : Jean-Pierre Morel. Eric TOUYA DE MARENNE,Musique et poétique à l’âge du symbolisme. Variations sur Wagner : Baudelaire, Mallarmé, Claudel, Valéry.Corin BRAGA,La quête manquée de l’Avalon occidentale. Le paradis interdit au Moyen Age – 2.Marta CICHOCKA,Entre la nouvelle histoire et le nouveau roman historique. Réinventions, relectures, écritures.Michel AROUIMI,Les Apocalypses secrètes. Shakespeare, Eichendorff, Rimbaud, Conrad, Claudel, Tchékhov, Ramuz, Bosco, Carlo Levi.Anikó ADAM,La poétique du vague dans les œuvres de Chateaubriand.’Vers une esthétique comparée.
Daniela SOLOVIOVA-HORVILLE
LE SVA M P I R E SDAÀ L S L A V E O L K L O R E U F L I T T É R A T U R E O C C I D E N T A L E
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12503-2 EAN : 9782296125032
PRÉFACE Au cours des quelque trente dernières années, la recherche a accompli de grands progrès en ce domaine pluridisciplinaire qu’est le vampirisme. L’ouvrage de Daniela Horville représente, toutes langues confondues, leur plus récent point d’aboutissement. Comme le titre l’annonce, le propos couvre un triple champ d’investigation. Il s’agit, d’abord, des croyances aux vampires chez les Slaves du Sud, depuis le moyen-âge jusqu’à nos jours, sur lesquelles l’auteur – de langue maternelle bulgare, elle possède aussi de solides connaissances en d’autres langues balkaniques, ainsi qu’en russe – a rassemblé la documentation sans doute la plus considérable, puisée aux meilleures sources historiques, linguistiques, ethnologiques. Il s’agit, ensuite, de repérer les étapes suivies par ces croyances dans leur parcours vers l’Europe proprement occidentale, et là encore l’exposé jette des lumières nouvelles – en l’occurrence, sur les processus, complexes, jusqu’alors mal connus, de diffusion suivant lesquels se sont effectués certains transferts culturels. Le troisième champ d’investigation porte sur les diverses manifestations du vampirisme en Occident dans les Temps modernes. Certes, elles avaient déjà fait l’objet de maints traitements, de qualités diverses, qui eux aussi entendaient les embrasser dans leur ensemble. Mais celui-ci se distingue des précédents avec bonheur, en ce qu’il vient s’inscrire comme organiquement dans le prolongement de la double enquête préalablement conduite. Pour cette raison, il permettra dorénavant de situer dans un contexte aux dimensions élargies ceux des meilleurs ‘ouvrages généraux’ jusqu’alors parus (tels queLa stirpe de Dracula, 1997, de Massimo Introvigne), mais aussi les études consacrées à tel ou tel aspect particulier – dont celle de Jean Marigny, consacrée au vampirisme dans la littérature anglo-saxonne (1985), figure parmi les plus remarquables. On ne saurait trop souligner, en outre, que si l’approche historico-critique adoptée, l’esprit d’objectivité et le souci de précision, maintenus tout au long, relèvent des qualités d’un vrai travail universitaire, donc savant, celui-ci n’en est pas moins écrit dans un style clair et élégant. Destiné à des lecteurs d’horizons divers tels que historiens des idées, de la littérature, des arts, linguistes, ethnologues, il se devra de figurer dans toute bonne bibliothèque – pas seulement dans celles des vampirologues. Antoine Faivre
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INTRODUCTION La crainte de la malfaisance des morts remonte à l’aube de l’humanité : toutes les civilisations l’ont connue à une ou plusieurs périodes de leur histoire. Les Anciens Romains craignaient les larves et les lémures, tandis que les habitants de l’Égypte ancienne appréhendaient les, les esprits maléfiques des morts qui venaient tourmenter les vivants. Les travaux des anthropologues et des ethnologues – James George Frazer et Lucien Lévy-Bruhl, entre autres – ont fourni de nombreux exemples de la présence de cette peur ancestrale chez les sociétés dites primitives. Curieusement, c’est en plein siècle des Lumières, que l’Europe ‘policée’ redécouvre avec stupeur le type de mort malfaisant qui reste le plus en vue de nos jours : le vampire. Dans les années 1730, en effet, les journaux occidentaux divulguent des procès-verbaux sensationnels sur la découverte récente de cas d’exhumation et d’exécution de morts maléfiques, appelés vanpirsen Serbie. Les défunts étaient incriminés de tuer hommes et animaux par leurs apparitions. À l’ouverture de leurs tombes, on les trouvait remplis d’unsang fluide, avec des visages enluminés. Ces histoires ‘dûment attestées’ par des autorités militaires et médicales autrichiennes accaparèrent de façon inédite l’attention des savants et du grand public, celui-ci étant tenu en haleine par la presse qui donnait une grande publicité à ces affaires. Pourtant, les vampires ressemblaient fort à d’autres types de « revenants en chair » connus en Europe – lessanguisugaedont font e état les chroniques anglaises du XII siècle, lesNachzehrermâchant en période de peste dans les tombes, lesstryges de Russie, lesntoupisles et brucolaques. En quoi le vampire se distinguait-il de ces catégories de morts maléfiques au point de les supplanter et de devenir le type de mort malfaisant qui devait e inspirer poètes et romanciers à partir du XIX siècle ? Les titres de la plupart des traités savants allemands, publiés en 1732, offrent quelques éléments de réponse : ils qualifient les vampires deBlutsauger, c’est-à-dire des suceurs de sang. Dès la première heure, journalistes et auteurs de traités savants déduisent que si les corps des morts incriminés sont gorgés de sang, c’est qu’ils ont dû l’extraire en le suçant des corps des vivants. L’explication est très simple et fait de nombreux adeptes : en 1763, le célèbre naturaliste français Buffon se réfère à l’avidité présumée de ces morts sanguinaires en donnant le nom ‘vampire’ à une grosse chauve-souris d’Amérique tropicale qui se nourrit de sang. Par la suite, les dictionnaires et les encyclopédies du e XVIII siècle consacrent cette particularité comme le principal attribut du vampire, élargissant le concept du vampirisme en exploitant la métaphore de la succion de sang. À partir de la publication duDictionnaire philosophique portatif(1764) de Voltaire, le vampirisme évoque non seulement l’état des 9
morts maléfiques, mais aussi toute façon sournoise de tirer profit du travail et des forces d’autrui. De nos jours, les définitions du vampire proposées dans les dictionnaires e montrent la pérennité de cette vision, héritée du XVIII siècle. LeNouveau Littré(2006), par exemple, définit le vampire en se référant à deux figures des Lumières, Mirabeau et Buffon : VAMPIRE, n. m. [vãpir] (allemand Vampir, du serbo-croate vâmpîr)Dans l'Europe orientale, être chimérique qui, suivant la superstition populaire, sort du tombeau pour sucer le sang des vivants. Figuré. Il se dit de ceux qu'on accuse de s'enrichir par des gains illicites et aux dépens du peuple. « Ces vampires dont tout l'art est de pressurer vos peuples », Mirabeau.Très grosse chauve-souris, dite aussi stryge. Mais l’image du buveur de sang donnée dans les textes occidentaux e depuis le XVIII siècle correspond-elle à l’idée que se faisaient du vampire les Slaves dans les années 1730 ? Existait-il un décalage entre la perception du vampire chez les villageois et chez les Occidentaux éclairés ? Et en quoi celui-ci aurait-il pu donner une inflexion particulière à la création littéraire e autour du thème du vampire au XIX siècle ? Pour répondre à ces questions, il faut étudier le vampire en le plaçant au cœur des croyances collectives slaves relatives à l’après-mort et suivre leur évolution en les inscrivant dans un cadre historique et social précis. C’est alors seulement que l’on peut envisager d’établir des parallèles entre les deux visions du vampire et de suivre leurs interférences. En effet, avant d’analyser le personnage littéraire du vampire, nous devons comprendre comment cette vision du mort se nourrissant de sang humain arriva sur la scène occidentale, quelles furent ses origines, et comment elle en vint à revêtir de nouvelles formes. Force est de constater que les croyances slaves aux vampires restent méconnues et que leur réception en Occident n’a pas vraiment intrigué les chercheurs. Les ouvrages généraux où il est question de vampirisme consacrent très peu de place à l’étude du vampire du folklore slave. Le texte de Summers,The Vampire in Europe, qui aurait dû insister sur la spécificité de ces croyances, les répertorie de manière erronée dans le chapitre « Hungary 1 and Czecho-Slovakia (sic) » ! Plus près de nous, Yvon Barès s’est intéressé, quant à lui, aux usages funéraires des Slaves et à leur relation avec les croyances aux vampires. Sans chercher àsituer ces croyances dans la perspective historique qui leur est propre, Barès se contente de paraphraser un article publié par Degaudenzi et Villeneuve. Celui-ci examinait les compte-rendus de fouilles archéologiques, effectuées dans les territoires habités par les Slaves occidentaux à l’époque
1  MontagueSUMMERS,The Vampire in Europe, New York/Avenel : Gramercy Books, 1928, 1997, p. 149-156. 10
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