Lexique des termes scientifiques

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Publié le : dimanche 1 septembre 2002
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EAN13 : 9782296292871
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LEXIQUE DES TERMES SCIENTIFIQUES
Mathématique
-

Physique

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Informatique

Français
Espéranto

-

Espéranto
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Français

~L'Hannattan,2002 ISBN: 2-7475-2710-7

Jacques Joguin

LEXIQUE DES TERMES SCIENTIFIQUES
Mathématique
-

P hys ique

-

Informatique

Français

-

Espéranto
-

Espéranto

Français

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest

HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

François LÜ JACüMü

PRÉFACE

Il y a trente et un ans, lorsque j'ai demandé comme cadeau de noël un livre d'espéranto, j'ai reçu ce cadeau en février car c'était, en ce temps-là, un exploit de trouver un tel livre en librairie. Grâce, notamment, à L'Harmattan, cette époque est aujourd'hui révolue, et c'est avec grand plaisir que je découvre cet important lexique des termes scientifiques mis à la disposition du grand public. Il n'est plus temps, en effet, de présenter l'espéranto comme un projet: l'espéranto est une langue qui vit et est effectivement utilisée même pour l'usage scientifique. Dès le début du siècle dernier, on trouve des articles scientifiques en espéranto, et Internet ne fait qu'accroître les possibilités de communiquer en espéranto sur des sujets scientifiques, et par là même la nécessité d'avoir sous la main un lexique à consulter. Ce lexique est un des ouvrages de référence dont se serviront les scientifiques qui veulent communiquer en espéranto. Certes, il n'était pas possible d'être exhaustif tant la terminologie scientifique est vaste: Jacques Joguin est physicien, moi-même mathématicien et informaticien, et si je cherche les triggers que manipulent les gestionnaires de bases de données, je trouverai un autre sens du même mot. Chacune de ces trois sciences justifierait un dictionnaire à elle seule; il fallait faire un choix, mais nous avons là un lexique riche tant du point de vue des entrées lexicales que du point de vue des traductions proposées et fruit d'une réflexion sur les problèmes terminologiques en espéranto. 5

J'ai moi-même participé au débat terminologique, en mathématiques, et suis heureux de retrouver dans le présent lexique, comme traduction d'inégalité: malegalajo (que j'ai vivement défendu) à côté de neegalajo (tout comme j'avais défendu malpoluso pour désigner un zéro d'une fonction méromorphe). Je suis heureux que l'auteur ne se soit pas contenté des termes proprement scientifiques, mais qu'il ait pensé à des verbes du langage courant utilisés par les scientifiques, comme abaisser une perpendiculaire. Le débat terminologique est encore ouvert, et nous offrira bien d'autres ressources langagières dans les années qui viennent... peut-être trop, d'ailleurs, il vient un moment où l'on éprouve le besoin d'être un peu normatif et de ne pas mentionner des termes non recommandés même s'ils ont effectivement été utilisés. Mais, comme le prouve le chapitre Quelques Problèmes de la traduction, ce débat démontrera la richesse de l'espéranto et ses possibilités combinatoires, alors que les mots composés français ont souvent perdu le sens de leurs composants: savezvous qu'en français (et dans d'autres langues: allemand...) il existe un mot qui signifie littéralement kunfali ? Coïncider! Bien que nous soyons encore au cœur du débat terminologique, il était important que ce lexique paraisse, marquant une étape du travail des scientifiques espérantistes. La récente discussion, au sein de l'Académie d'espéranto, sur la traduction de GPS, prouve que la traduction des abréviations, par exemple, est une des questions qu'il reste à approfondir: si l'on traduit ROM par NLM, par quoi traduira-t-on NLM (Netware Loadable Module) ? Mais même si l'usage ou la réflexion nous conduit, dans les années qui viennent, à proposer d'autres traductions aux termes de ce lexique, celui-ci restera un document de travail indispensable, et je ne peux que féliciter l'auteur pour cette importante compilation.

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INTRODUCTION
PRÉSENTATION GÉNÉRALE: Il n'y a pas ou presque pas de dictionnaires ou de lexiques des termes scientifiques pour les sciences exactes, concernant l'Esperanto et s'adressant à un public français. Alors qu'il en existe, par exemple, en hongrois ou en japonais! Le présent lexique essaie donc de combler, au moins partiellement, une grave lacune. Il est en effet de plus en plus urgent de faire paraître des ouvrages de base couvrant les principaux domaines scientifiques contemporains. Le problème des transferts de technologie (vers les pays africains par exemple) requiert de tels ouvrages. Traduire des articles scientifiques est une occupation profitable et qui doit rester une étape pratiquement obligée si l'on veut aborder la rédaction d'ouvrages fondamentaux. Mais ces derniers supposent un matériel autrement plus important. Le lexique essaie de répondre à ce besoin. C'est pourquoi les deux parties qu'il comporte sont d'inégale importance. En effet, s'il est assez facile à un Français de comprendre rapidement un texte Esperanto, surtout scientifique, il lui sera, en revanche, beaucoup plus difficile de manipuler les termes scientifiques d'autant que le PlV, qui contient de nombreux termes de ce genre, même récents, n'est pas d'un usage facile. La partie français-espéranto a donc été beaucoup plus développée que la partie espéranto-français. Et cela d'autant plus que la richesse de l'Esperanto est telle qu'il n'est pas rare qu'une même notion puisse être traduite par des termes très différents auxquels on ne pense pas toujours. Mais le recueil ne donne pas les défmitions, un lexique n'étant pas un dictionnaire. Néanmoins, des phrases d'appui, généralement tirées du PlV, ont été introduites pour illustrer l'emploi de certains termes. De plus, les termes ou expressions qui suivent un mot donné (après le signe ",...)'précédant les termes français) n'ont pas été introduits dans la partie eo-fro Par ailleurs, un terme international coexiste souvent avec des termes provenant de l'Esperanto (izomorfa et samforma par exemple). On se reportera ici au texte sur les problèmes de la traduction (9 IB). On se rendra compte que, dans certains cas, la pléthore des termes ne vient pas seulement des possibilités de la langue mais aussi de ses hésitations: l'Esperanto est une langue jeune et vivante et son statut de 7

langue non reconnue lui permet, dans certains cas, d'essayer plusieurs termes. L'usage fmit toujours par trancher. Ce qui est déjà le cas des termes suivis de "evi" (à éviter). Enfm, on a cherché à introduire des termes récents: - attracteur étrange et dépendance sensitive aux conditions initiales (théorie du chaos) -tectonique des plaques et faille transformante (géologie) - disque d'accrétion et réaction de spallation (astronomie) - langage de programmation orienté objet - flop et flops (informatique) - vorton (théorie des cordes) - miroir bimorphe (optique adaptative) ralentisseur de Zeeman (refroidissement des atomes)... En revanche, on n'a pas utilisé systématiquement un suffixe tel que "enz" qui désigne une substance qui remplit la fonction donnée par le radical. Ce suffixe, apparu récemment et bien utile dans certains cas est très utilisé par certains auteurs (KST et EB par exemple) : fIksilo (clip, agrafe) est différent de ftksenzo (fixateur pour photo) (le mot ftksanto faisant trop "humain "). DOMAINES COUVERTS: Trois grands domaines ont été retenus: les Mathématiques, la Physique et l'Informatique Chaque domaine comporte évidemment des sous-domaines. La Physique, à elle seule, recouvre des sciences très diverses: acoustique - électricité, électrotechnique, électronique - mécanique optique - physique nucléaire - thermodynamique... Néanmoins, il a semblé possible d'inclure également des sciences connexes faisant appel à un ou plusieurs des grands domaines précédents: Astronomie - Géologie (minéralogie) - Météorologie En revanche, la Chimie n'a pas été retenue, hormis la Chimie générale, très proche de la Physique. Mais des termes techniques ont aussi été introduits, les laboratoires de Recherche ayant généralement des ateliers de maintenance, voire de fabrication de certains matériels. L'ouvrage ne peut donc prétendre à l'exhaustivité. L'auteur espère que de nombreuses réactions et propositions permettront de le préciser et de le compléter. D'avance, il remercie tous ceux et celles qui répondront à cet espoir. Grenoble J. Joguin 4/10/01 DISPOSITION: Un mot-clé est imprimé en gras. L'écriture italique a deux significations: - soit le terme trouvé dans la littérature ne semble pas satisfaisant - soit il correspond à une proposition s'il n'est pas trouvé ailleurs. 8

Les phrases d'appui sont données en petites lettres. Un terme français est traduit par un ou plusieurs mots E-o. Ensuite sont donnés: - les principales expressions dans lesquelles le terme intervient comme terme de base - les mots entrant dans des expressions où le terme intervient en tant que terme secondaire Exemple: mouvement movead)o, --igo, irado -- ..., relatif (relativa) : le terme complémentaire est traduit parce qu'il y a plusieurs traductions possibles ou qu'il n'est pas donné directement dans le lexique. ..., rétrograde (2) : renvoie à la deuxième acception du mot rétrograde ..., uniforme: la traduction est déjà donnée sans ambiguïté possible Quand plusieurs traductions sont indifféremment utilisables, aucune d'elles n'est soulignée. Si des nuances existent, chaque terme est utilisé avec son initiale. Exemple: êambro et kamero. ABRÉVIATIONS: Les abréviations AAC, CD, CK, EB, EdG, EF, ETF, FE, FLA, KAF, KL, KST, MDic, MT, OR, PK, SBF renvoient à la bibliographie. abr acou amér ast astron Att ou ATT ch cyb élg éln élt eo-fr evi fam fig fm. géol gén gm gram id inf abréviation acoustique américain astronomie astronautique attention chimie cybernétique électricité générale électronique électrotechnique voir partie eo-français à éviter familier (sens) figuré fmance géologie général géométrie grammaire idem informatique mat méc méd mét min. mot angl nb compl nucl opt ph pr prob(a) qc qn reI. suf symb tech topog t.s. v. vx mathématiques mécanique médecine météorologie minéralogie mot anglais nombre complexe (physique) nucléaire optique physique (sens) propre probabilité quelque chose quelqu'un relatif suffixe symbole technique topographie tous sens voir (= cf.) vieux 9

NP = Nouveau PlV SYMBOLES: remplace le radical en E-o ou le mot en français Quand plusieurs mots d'une même famille sont proposés, la racine donnée dans le PlV est souli née: s' re orter renvoie au radical espéranto dans une traduction d'un terme français

~

PARTIE ESPERANTO - FRANÇAIS: L'origine des mots est donnée dans cette partie. Le tableau cidessous résume les différents cas possibles: / * z 1,2,... + le mot se trouve dans le PlV mot du PlV provenant du Fundamento : ag*i (en exposant) mot de Zamenhof: barizo renvoient aux décisions de l'Académie: fazIo, adapt3i (en exposant) le mot existe dans le PlV, avec d'autres acceptions, mais l'extension est possible. le mot existe dans le PlV mais pas à la place attendue

Exem les: emisii : cf. . 53 à anteno - kon

enco...

Beaucoup de termes n'ont pas été traduits dans cette partie parce que la traduction est évidente. On les retrouvera dans la partie français-espéranto et, à partir des renvois associés, on peut accéder à toutes les expressions enregistrées dans le lexique faisant intervenir le mot de départ. On trouvera également, après un mot non traduit, la notation suivante: simpl*a + sommaire elle signifie que la traduction du terme est évidente donc n'est pas donnée (simpla = simple) mais qu'on trouvera aussi ce mot sous d'autres traductions (sommaire).

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Quelques Problèmes de la Traduction
I - ESPERANTO ET INTERNATIONALITÉ:
A) LE LANGAGE SCIENTIFIQUE:

A cause de la complexité des problèmes qu'elle a abordés progressivement, la science, dès le début, s'est forgé un langage propre, essentiellement à base de racines grecques. Par ailleurs, la vision classique, linéaire, a entraîné un cloisonnement des disciplines. Chacune d'elles a alors créé son propre "jargon" et ce jargon, difficilement accessible aux autres sciences, a contribué à renforcer l'isolement des différentes branches. Mais cette vision des choses est de plus en plus battue en brèche. De nouvelles sciences sont apparues aux frontières entre les anciennes et leurs noms même traduisent bien cette évolution: géométrie algébrique, optoélectronique, chimie-physique... Par ailleurs, à cause du poids économique et politique des Etats-Unis, l'anglo-américain pénètre de plus en plus dans les sciences. Or, l'anglais n'est pas une langue neutre, comme le grec ancien ou le latin. Cela pose des problèmes qui ne manqueront pas de s'aiguiser dans l'avenir. Rien que pour cette raison, l'Esperanto se doit, lui aussi, d'être de plus en plus présent sur le terrain scientifique.
B) LES PROBLÈMES GÉNÉRAUX DE LA TRADUCTION:

1) Les moyens de la traduction: La traduction d'un terme scientifique peut se faire en Esperanto de deux façons: - en le copiant par application de la fameuse règle 15 du Fundamento : bikonveksa, elektroniko, fiziko, integrita cirkvito, telefono... - en créant un ou plusieurs termes équivalents, généralement composés, grâce à sa combinatoire. En effet, la richesse de cette combinatoire permet très souvent différentes approches: directif = unudirekta mais aussi faskojeta alors que directionnel(le) sera turnebla, direktebla... La première méthode, qui a permis un enrichissement considérable de l'Esperanto depuis plus d'un siècle, est aussi très dangereuse car elle joue le rôle du cheval de Troie: en laissant les ambiguïtés, voire les incohérences, s'introduire dans la langue, elle risque de porter atteinte, progressivement, à son intégrité et sa spécificité. Cette facilité des emprunts soulève en effet un certain nombre de problèmes.

Il

2) Les problèmes rencontrés: a) Conflit entre l'usage international et le génie propre de la langue: Ce problème apparait déjà dans le langage courant comme le montre l'exemple bien connu du mot hôpital dont les deux traductions (hospitalo et malsanulejo) sont également utilisées. Le problème se retrouve évidemment en science: etuvo et vaporbanejo - multipliki et obligi - fotometro et lummezurilo.. . On pourrait penser qu'en science, la non-reconnaissance officielle de l'Esperanto au plan international, lui laisse la liberté de choix. En fait, cela n'est que partiellement vrai. Car une future reconnaissance est toujours possible. Or, sur ce plan, une première question se pose: l'Esperanto peut-il se permettre de proposer un terme qui lui soit propre en lieu et place d'un terme utilisé internationalement ? La réponse dépend de très nombreux facteurs. Si le terme ne contrevient pas aux règles de la formation des mots en Esperanto et s'il est vraiment très usuel, il vaut mieux l'accepter. Ainsi, on préférera sans doute antiprotono (antiproton) plutôt que kontraüprotono. En revanche, traduire "bistable" par "bistabla" est impossible puisque stabila existe. Certains ont donc proposé "dustabila". Mais ce terme ne convient pas parce qu'il ne respecte pas les règles de la formation des mots, le radical stabil étant qualificatif (c'est à dire de type adjectif: PARl). On peut alors penser à "dustabilstata" [= (du stabilaj statoj)-a = à deux états stables] mais le mot obtenu est long. D'où la traduction adoptée dans le lexique: dustata [= (du statoj)-a = à 2 états]. Il en est de même pour dipôle, souvent traduit par dupoluso, car le composé dupolusa (dipolaire) étant ternaire, il serait bon que son correspondant substantif le soit également si on veut éviter d'éventuels problèmes d'où: dupolusajo (= ajo kun 2 polusoj) bien que dupoluso puisse se lire (du polusoj)-o. Comme il a été dit plus haut, certains termes internationaux, issus des langues ethniques, introduisent des ambiguïtés et des incohérences dans le système international. Par exemple, le terme terminologie lui-même a deux sens très différents: d'une part il désigne la science en question, d'autre part, l'ensemble des termes propres à une spécialité. Or, la polysémie est une des raisons des ambiguïtés. C'est pourquoi elle est fortement déconseillée pour les termes scientifiques par certains organismes de normalisation comme INFOTERM. Les deux acceptions de "terminology" ont donc posé des problèmes à l'ISO qui est parti de l'anglais (voir la recommandation R 1087). Que propose l'Esperanto dans ce cas? Le premier sens est souvent traduit par terminologio mais, vu les deux sens du terme international, il vaudrait mieux utiliser terminiko. Quant au second, il est traduit par terminaro ou terminoprovizo ou termino-kolekto. D'autres ambiguïtés ou insuffisances proviennent de l'utilisation du latin comme en botanique ou zoologie.
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PAR renvoie au terme PAR de la bibliographie.

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Enfm, pour les raisons qu'on vient d'évoquer, il est de plus en plus proposé que certains termes d'origine anglaise disparaissent bien qu'ayant été introduits dans le PlV ou son supplément. C'est le cas de digita (PIVS) qui peut être remplacé par cifereca, de hardvaro (PIVS) qui peut l'être par aparataro... Ces termes ont été maintenus dans le lexique mais disparaîtront probablement dans une édition ultérieure: baêo, êipo, digito, drajvo, epromo, dezajno, initi, komputero, promo, prompto, romo, seti... Dans le lexique, ces termes sont suivis de (evi). Doit-on voir là la simple manifestation du conflit amorcé entre les deux langues? Le problème, en fait, va bien au-delà. En effet, l'anglais est une langue ayant un vocabulaire très riche mais cette richesse porte sur les mots de base, les racines. D'où une grande difficulté d'apprentissage par surcharge de la mémoire. Le vocabulaire de l'Esperanto est, lui aussi, très riche mais l'Esperanto a peu de racines (une vingtaine de milliers). La richesse, dans son cas, provient de sa combinatoire: en moyenne, on peut faire une bonne dizaine de mots par racine. Cela donne un total de 200 à 250 000 mots, ce qui est considérable! Le traitement de texte tout espéranto "êapelilo" possède un correcteur orthographique capable de contrôler 250 000 mots. De plus, l'Esperanto cherche à ne pas multiplier, justement, le nombre de ses mots de base afm que la langue reste d'accès facile. Cela est d'autant plus important que l'Esperanto construit ses mots composés en donnant un rôle central au substantif. Or, la richesse du vocabulaire anglais prend également appui sur le substantif: Les cultures occidentales "pragmatiques et efficaces, sont plus ou moins orientées vers la production de noms... l'anglais est, dans ce domaine, tout à fait remarquable et se caractérise par la richesse exceptionnelle de son vocabulaire" 1 La conséquence est évidente: il faut absolument éviter de multiplier le nombre de racines par une utilisation abusive de la règle 15 du Fundamento et utiliser au maximum la combinatoire de la langue. Exemple: Certains, partant du constat que les termes techniques viennent aujourd'hui, essentiellement, de l'anglais, proposent d'espérantiser directement le terme anglais. Prenons le mot "slot" (fente, rainure). On peut de suite en tirer le mot sloto. Mais que met-on dans les "slots" des ordinateurs ? Des cartes électroniques additionnelles (extension mémoire, carte son, carte pour la souris...). Alors, pourquoi ne pas dire: kartfendo ou kartfoldo ou, mieux, kartingo ? Il en est de même pour le mot" bootstrap" (V. montage). Or, en français, on dit volontiers "circuit bootstrap". Pourquoi ne pas faire de même en espéranto (la cirkvito "bootstrap ") ? Ou bien utiliser un mot composé (enigpliboniga) traduisant la signification du terme.

1 Bénédicte de Boysson-Bardies - Directeur de recherches au CNRS: Laboratoire de psychologie expérimentale Paris V Ecole pratique des Hautes Etudes.

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Enfm, on trouve le terme" atomizi" qui traduit directement le terme français atomiser. Or, la signification de ce terme serait mieux rendue par disatomigi. D'autant que le suffixe "iz" n'a pas du tout le sens de dispersion qui est rendu par le préfixe" dis". On a là un exemple de traduction par simple "copiage" qui conduit à étendre le sens d'un suffixe existant. Or, cette extension peut d'autant plus être évitée que la langue possède les moyens de résoudre le problème! b) Imprécisions fréquentes du langage international: Le langage scientifique, malgré sa spécificité, est parfois ambigu. Or, justement, l'Esperanto, grâce à sa combinatoire, est une langue très précise: * Un exemple typique est le terme "thermique" dont la traduction immédiate est évidemment "termika". Se contenter de cette seule traduction est insatisfaisant car ce terme recouvre en fait des notions très différentes: - un "bouclier thermique" est un revêtement" contre" la chaleur (à rapprocher de anticalorique). D'où le terme "kontraüvarma sildo" [= (kontraü la varmo )-a sildo]. De même avec "barrière thermique". - au contraire, dans" agitation thermique, bruit thermique, emballement thermique...", l'adjectif thermique désigne la "cause" de l'agitation, du bruit... D'où la traduction "provarma" [ = (pro la varmo)-a]. - et les termes "imprimante thermique, traitement thermique... " indiquent que la chaleur est le "moyen" utilisé pour imprimer, traiter... D'où la traduction "pervarma" [= (per la varmo)-a] . Dans tous ces cas, si l'on cherche la précision, il sera préférable d'utiliser le terme purement espéranto. Un autre exemple est l'adjectif "électronique" qui signifie "relatif aux électrons" dans "couche électronique" ou "relatif à l'électronique" dans "voltmètre électronique". Dans le premier cas, c'est le terme elektrona qui convient alors que le second appelle le terme elektronika. Mais les deux aspects sont quelquefois conciliables: ainsi, la traduction du terme "cristal liquide" ne saurait être "likva kristalo" (même si l'anglais dit, comme le français, "liquid crystal") puisque certains cristaux "liquides" peuvent ne pas être liquides (un savon par exemple). De plus, même s'ils le sont, ils conservent certaines propriétés du cristal. D'où le terme "likveca" qui signifie" ayant (certaines) des propriétés d'un liquide". * Autres exemples: les termes qu'on peut appeler "trompeurs" (misgvidaj) : Par exemple, le terme "distribution normale" en probabilité sousentend qu'il y a des distributions anormales! Le terme "normala" est donc à éviter. On peut utiliser plejofta, kutima et surtout Gaüsa puisqu'il s'agit d'une distribution gaussienne.

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A ce type peuvent se rattacher les termes qui s'appuient sur des analogies (de forme par exemple) et font appel à des objets ou coutumes propres à un pays ou une époque: une courbe "en chapeau de gendarme" fait référence à des couvre-chefs qui n'existent plus en France (sinon dans le guignol lyonnais !) et de toute façon ont peu de chance d'exister partout dans le monde. Il en est de même pour "courbe en cloche" : une simple clarine n'a pas du tout la forme de la courbe de Gauss. Il vaut mieux ici prendre le terme anglais (probability curve) et traduire par probablokurbo. En revanche, l'image contenue dans "nubo de elektronoj" ou "nubforma elektronaro" (nuage d'électrons) peut être comprise par tout le monde. De la même façon, la "vision du monde" d'un peuple n'est pas forcément celle d'un autre: une lampe-témoin en français est une lampe qui témoigne que tel appareil fonctionne. En Eo, on utilise donc un terme moins "juridique" : kontrollampo. c) Les contraintes de l'Esperanto: Enfm, l'Esperanto étant très proche des langues agglutinantes ou isolantes, ses termes de base doivent être les plus courts possible pour permettre les éventuelles combinaisons ultérieures. C'est ainsi que la terminaison "ique" de beaucoup d'adjectifs, terminaison qui vient du grec, n'est souvent pas reprise: akromata, elasta, elektrolita, magneta, metamorfa, perioda... Mais cela n'est pas toujours possible, notamment quand les termes plus courts existent déjà avec d'autres sens: dinamika, statika, termika... De plus, cela permet d'utiliser le suffixe "ik" pour désigner une science: glaciiko (glaciologie), varmiko (la thermique), energetiko, povumiko.. . Utiliser "terma" au lieu de termika pose immédiatement problème puisque termo est un terme mathématique. Cette remarque dépasse très largement les contraintes dont il est question ici puisqu'elle rejoint celles vues plus haut en B2a. 3) Conséquence: Dans de nombreux cas, on trouvera donc dans le lexique, à côté du terme international, un ou plusieurs termes purement espéranto. 4) Remarque: Les exemples précédents montrent que la traduction n'est pas chose aisée. Ils ne permettent pas d'éviter les erreurs que l'on rencontre parfois: - traduire débrancher par debranêigi est tout à fait incorrect car "debranêigi" peut s'interpréter comme mettre (igi) une branche (branê) à partir de (de), autrement dit se repiquer sur, placer une dérivation... c'est-àdire tout le contraire de débrancher! "dé" ou "des" en français indique souvent le contraire, ce que rEo rend par "mal" : malkonekti, mals alti (déconnecter). 15

- de même, traduire" énergie au repos" ou "masse au repos" par "restenergio" ou "restmaso" montre que, dans ce cas, l'anglais a fortement déteint sur l'Esperanto pour lequel resto = le reste et non le repos (ripozo). Cela dit, il peut être intéressant, quand une traduction pose problème, de consulter un dictionnaire multilingue (par exemple, le "Dictionnaire européen des Techniques" en 5 langues des éditions Foucher) mais un tel dictionnaire présente pourtant un inconvénient: il ne fait appel qu'à des langues indo-européennes.
II - UTILISATION DE LA COMBINATOIRE
A) TRADUCTION D'EMBOITEMENTS

DE L'ESPERANTO:

SUCCESSIFS:

1) Quelques exemples: Cette combinatoire, dont on a vu des exemples plus haut à propos du mot "thermique", permet souvent d'alléger certaines expressions faisant intervenir une suite de compléments: expérience ~ la gouttelette d'huile de Millikan = Millikaneksperimento pri (la) oleoguteto Cet exemple fait intervenir la composition. Mais on peut aussi utiliser l'adjectif : loi de la conservation de la quantité ~ mouvement= lego pri (la) movkvanta konservigo loi de l'attraction universelle de Newton = lego de Neütono (ou Neütona lego) pri la universala altiro Remarquons que cette traduction résout, en même temps, une ambiguïté syntaxique du français: "de Newton" se rapporte-t-il à "attraction" ou à "loi" ? L'ambiguïté est bien réelle car, si on retrouve le même type de relation dans "loi de distribution des vitesses de Maxwell", la relation est différente dans l'exemple qui suit: production de signaux pulsés de haute fréquence = produktado de impulsaj altfrekvencaj signaloj (ou.. .de impulsaj signaloj altfrekvencaj) Remarquons encore que cette ambiguïté est également fréquente en anglais et pose souvent de graves problèmes de traduction (voir l'exemple de l'OACI donné par Claude Piron dans "Le Défi des langues"l). Beaucoup de ces ambiguïtés, non résolues par la langue, ne le sont que par le contexte, un accent particulier (une pause bien placée par exemple) ou par la culture sous-jacente. L'Esperanto, lui, les résout syntaxiquement. 2) Conséquence: Quelques règles pour traduire certaines expressions Exemple des expressions formées à partir des termes "loi", "principe", "théorème", "relation"... :

l

"Le Défi des Langues" - Claude Piron - Editions L'Harmattan - 1994

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a) Loi de (nom de savant)... : lego de (nomo) ou (nomo)-lego ou (nomo)-a lego : lego de Bode ou Bode-Iego - lego de Kuri ou Kuri-Iego - Daltona lego - Lorentza rilato... b) Loi de (objet de la loi) : lego pri (ou "de" s'il n'y a pas d'ambiguité) : loi de la réfraction = lego pri (ou de ici) la refrakto c) Loi de (nom) de (ou sur) (objet) (ou l'inverse) : lego de (nomo) pri... : loi de la gravitation universelle de Newton = lego de Neutono pri la universala gravito d) Loi de (objet) de (complément) : lego pri... de ... ou pri a 0 ou composition: 0 0: lego pri konservigo de (la mekanika) energio au pri energia konservigo
B) SENS DES RADICAUX ET PRÉFIXATION DES PRÉPOSITIONS:

Beaucoup de mots composés font intervenir des prépositions. Ces composés peuvent se comprendre de deux façons: - une première raison qu'on peut appeler "sémantique" parce que la préposition est absolument nécessaire au sens: Prenons un premier exemple: câble de liaison - énergie de liaison - capacité de liaison On a l'impression que ces 3 expressions ont la même structure. Or, il n'en est rien: dans le premier cas, c'est le câble qui relie. Et comme la plupart des radicaux évènementiels (c'est-à-dire de type verbal : PAR) ont, ce qui est normal, un sens actif qui se conserve quand on leur ajoute la terminaison adjectivale (-a) : montra fmgro = doigt qui montre (= index) on voit que liga kablo (câble qui relie) suffit à traduire l'expression. Mais il n'est pas possible de traduire la seconde par liga energio car dans toutes les réactions exothermiques de la chimie, l'énergie dégagée ne sert en aucune façon à réaliser la liaison qui fait intervenir des forces quantiques d'échange. La chaleur dégagée (l'énergie) mesure la diminution d'énergie (interne) consécutive à la liaison, elle est une conséquence de la liaison, elle accompagne la liaison d'où les traductions possibles: (kunliga, proliga, ligdevena) energio. Quant à la troisième expression, elle doit se traduire de deux façons différentes selon que le condensateur a été volontairement placé pour faire la liaison (cas du condensateur de liaison entre deux étages d'amplificateur) ou que la capacité résulte du fait que la liaison produit un "effet de capacité" (entre l'entrée et la sortie d'un montage électronique par exemple ). Dans le premier cas, on traduira donc par liga kondensatoro et dans le second par kunliga ou proliga. Le même problème se pose si on cherche à traduire par kuniga ou kuniga. 17

Dans l'expression "senkuraga viro", le composé doit s'analyser sous la forme (sen kurago)-a viro (un homme sans courage). Or, kurag est un radical qualificatif (de type adjectival). Donc, la préposition donne à kurag la forme substantivale parce que, en Esperanto, une préposition gouverne un nom, jamais un adjectif. (Il s'agit ici de la notion grammaticale de

- seconde raison ou raison syntaxique:

"compositioninverse" : VEl = Vort Eflko Inversa)1

Prenons alors un autre exemple: capteur de position - capteur de vitesse - capteur de pression Il n'y a pas ici de différence de sens: dans les 3 cas, une grandeur physique est mesurée. Mais: pozici( 0) est un radical nominal (de type" substantif") rapidea) est un radical qualificatif prem( i) est un radical évènementiel Conséquence: pozicia detektilo traduit bien le premier terme. Mais rapida detektilo signifie capteur rapide ce qui n'a rien à voir avec capteur de vitesse Enfm, prema detektilo signifie capteur qui comprime, qui appuie... Comment résoudre le problème? Il est absolument nécessaire d'introduire un "substantif' (vitesse et pression sont des substantifs). On peut utiliser la composition en écrivant "rapidodetektilo" ou écrire simplement" detektilo pri (ou de) rapido". Mais on peut aussi conserver l'adjectif en se servant de VEl c'est à dire en introduisant une préposition: prirapida = (pri la rapido )-a ou laurapida = (lau la rapido )-a et de même: lauprema = (lau la premo )-a Ce problème intervient très fréquemment: * réseau (ou arbre, courroie, roue, système...) de transmission (transmisia reto, safto...) et "rapport de transmission" (pritransmisia rilatumo). En revanche, on traduira "temps de transmission" par "transsenda tempo" parce que transsenda fait déjà intervenir la préposition trans sous la forme transa (transsenda = (transa sendo)-a) ce qui n'est pas le cas de transmisia (radical transmisi/). * courbe de sortie (ou d'entrée) et tension de sortie (ou d'entrée) : la courbe ne sort pas (elira est donc impossible d'où prielira) alors que la tension sort (elira tensio est donc correct). * brouillard de rayonnement ne peut se traduire par radiada nebulo car le brouillard ne rayonne pas mais trouve son origine dans le rayonnement de la Terre qui, à cause de l'absence de nuages, a entraîné une baisse de température. On traduira donc par proradiada nebulo.
1 Plena Analiza Gramatiko

- G. Waringhien et K. Kalocsay - DEA - Rotterdam - 1980

ou Parlons espéranto - J. Joguin - L'Harmattan - 1998

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* et de même pour coefficient (ou indice) d'atténuation, bande (ou raie) d'absorption, bande de conduction, rayonnement de freinage.... Exemple: sorba papero = papier buvard (= qui absorbe); donc sorba bendo est impossible...
C) SENS ACTIF ET NON-ACTIF:

On vient de voir qu'un radical évènementiel suivi de la fmale "a" donne souvent un sens actif: flosa korpo = corps flottant - konserviga flukso = flux conservatif (qui se conserve)... A contrario, un radical qualificatif ou nominal (PAR) ne peut donner un sens actif. Si on veut faire apparaître ce sens, il suffit d'ajouter le suffixe "iv" qui indique une possibilité active (qui peut) alors que le suffixe "ebl" indique seulement une possibilité passive (qu'on peut) : turnebla anteno = antenne directionnelle asociiva memoro = mémoire associative - koloriva ekrano = écran couleur A l'inverse, si on ne veut pas faire apparaître le sens actif d'un radical verbal, il faut utiliser d'autres traductions (Paragraphe précédent).
D) QUANTITÉ D'INFORMATION VÉHICULÉE PAR LES MOTS OU

EXPRESSIONS:

La combinatoire de l'Esperanto peut servir à améliorer la quantité d'information véhiculée par les termes scientifiques. Les exemples vus en IB2b sont, de ce point de vue, particulièrement significatifs. Or, on peut atteindre ce résultat très fréquemment grâce à la composition et à l'emploi d'expressions adjectivales. En voici quelques exemples: * metodo de minimuma kvadratsumo renseigne mieux sur la méthode des moindres carrés que "metodo de la plej malgrandaj kvadratoj" (OR) * ortasimptota hiperbolo décrit mieux ce qui caractérise ce type d'hyperbole que hyperbole équilatère trop proche de triangle équilatéral. Or, ortasimptota est un type de composé très fréquent (Voir "Par"). Les composés espéranto sont souvent difficiles à traduire justement parce que la quantité d'information véhiculée par le terme est trop importante et ne peut se rendre en français, langue analytique, que par un groupe de mots. Ainsi, disfalema vient de disfali qui signifie tomber en morceaux, s'écrouler, se disloquer, se désintégrer. Disfalema signifie donc "qui a tendance à se disloquer, à se désagréger". Si on veut un seul mot, périssable ou instable peuvent convenir mais ces termes ne rendent pas la totalité du sens. Inversement, le caractère synthétique de l'espéranto peut présenter des inconvénients: - soit parce qu'un même composé peut être traduit par des termes très différents: angulmezurilo peut se lire comme rapporteur ou comme

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goniomètre. Cela peut entraîner des ambiguïtés et justifie l'existence de doublets (goniometro). - soit parce que trop d'informations est souvent synonyme de mot trop long. Et, pour réduire le terme, on est amené à ne retenir qu'un aspect du phénomène ou de l'objet. Or, dans ce cas, chaque auteur préférera ce qui, pour lui, semble le plus important. D'où des mots très différents pour traduire une même notion: directif, malléable, maintenance, potence...

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