MARIE-NOIRE

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Marie-Noire est une invitation à la réflexion sur la qualité des relations que nous mettons en terre chaque jour pour nous empêcher de basculer dans la cale d’un autre esclavage. Nous-mêmes, si longtemps privés de toute possession…Nous-mêmes, aujourd’hui assoiffés de toutes possessions, sauf de nous-mêmes.
Publié le : mercredi 1 septembre 1999
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EAN13 : 9782296382718
Nombre de pages : 144
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MARIE-NOIRE
(Paroles en' veillée)

Collection Lettres des Caraïbes dirigée par Maguy Albet et Alain Mabanckou

Eric PEZO

MARIE-NOIRE
(Paroles en veillée)

L'Harmattan

@ L'Harmattan, 1999 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan, Inc. 55, rue Saint-Jacques, Montréal (Qc) CanadaH2Y lK9 L'Harmattan, Italia s.r.l. Via Bava 37 10124 Torino ISBN: 2-7384-7588-4

A] o.rianema mère, A Ton Gontrand et Tante Ginette, A Man Ina,
Tendresses...

- «y ééééé krik! »
- « Y ééééé krak! »

- « Yééééé mistikrik! » - « Yééééé mistikrak! » - « Krik! » - « Krak! » - « En vérité Messieurs et dames, à l'aube où fleurissent dans sa calebasse, les premiers plants de cette histoire, les lèvres du conteur sont encore engluées dans le sommeil premier d'avant-jour, voyage... mouillées dans la rade du

Le temps

n'est

pas en Sa1son

d'abondance,

ni de corossol même, car chaque jour

dépose sur notre dos sa charge à l'endroit comme à l'envers... et il faut purger les mamelles de l'existence pour ne pas danser la kalenda1 les graines vides en vérité... en voici tout de même la parole.
1 Danse traditionnelle empreinte de sensualité

9

CHAPITRE l

Rien ne filtrait sous le manteau de cendre de la nuit, pas même un souffle de vent pour courtiser les voiles du silence. TI faisait nuit noire, tout était éteint. C'était une de ces nuits d'encre où la vie même bâillait, bâillait,
S1t ellement...
. ';> Jusqu ' ou.

Nuit aux sept mamelles Lait de sel et de mer Racines de muées et de vents, Où que tu portes nos pas Germera toujours dans les sillons de nos coeurs, Le plus pur des rêves... vivre.

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Voilà que sept mains se tendent comme un parchemin couvert de palpitations jusqu'au lit de la terre, jusqu'au dos de la mer. C est l'histoire des gens de terre, gens de mer, une même sueur, une même ardeur, l'âme de ces gens nommée malheurs, Courage. Là où s'érigent peines et chants et muscles d'espoir,

s'insurgent

comme une flamme séculaire qui traque le mitan de la vie, elle-même. Conquérir la lumière... Conquérir la lumière, lumière aux sept mamelles. - « Poupoupoupououououououl »

L'appel de la conque de lambi s'éleva dans l'air matinal, conjurant toute la bourgade au réveil. TI était temps d'engloutir, café, café au lait, lèt-vach, ji zoranj, mabi, labsent, madou, pété-pyé, dlo koko et bien d'autres en cas. TIétait grand temps oui, de descendre au bord de mèr pour le coup de senne, rituel des gens de mer espérant à la force de leurs bras et au gré des vents, ramener sous la case la chair nécessaire. Là-haut Compère, quand le cordon de l'igname se de mains

dévisse à la terre, tu vois un charroi

s'emparer de son corps pour l'empêcher de saigner. Je 12

dis alors, respect même pareil pour les gens d'ici-là. - «Ô Seigneur, Dieu tout puissant! Comme tu as la faveur de la lune et des étoiles, le soir venu, tu te promènes dans les savanes du ciel pour prendre la

mesure de chaque jour. J'ai dans l'idée que tu as semaillédanslameraujourd.hui. un lot de bonnes affaires pour nous, parce que tu ne donnes jamais à tes enfants des charges qu'il~ ne peuvent pas porter. Nous nous mettons sous ta protection ce matin, que ta

volonté soit faite, amen! » Cette prière, comme par un seul homme, avait été dite par la petite armée rassemblée sur le sable, aux pieds des cocotiers qui prenaient une doucine avec le vent frais. Chacun était prêt à livrer sa sueur pour avaler les mètres de corde et à porter les sacs de temps

nécessaires pour ramener l'immense filet à terre.

-

«Pouwou

pouwou,

pouwoupouwou!

Moli an wo

manmay, moli an wo! (Donnez du mou vers le haut la
compagnie, donnez du mou vers k haut!) »

Le commandeur

de manoeuvres

sur ce coup-là était avec ses lèvres

passé maître dans l'art de dompter

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fines, le souffle que ses larges poumons avaient chargé dans la conque de lambi. Sonner de la conque n'était pas l'affaire d'un petit lèkètè1 non! Respect par ici too! Compère, chaque note projetée dans l'air désignait une requête, une cadence, un mouvement, vers le haut ou vers le bas du rivage, où se laissait glisser

immédiatement,

sans pyès djendjen2, l'essaim de bras

mobilisés sur la plage. TIfallait marquer le poisson à la nageoire. D'ailleurs le nom de chaque ouvrier-senneur était inscrit sur la liste du maître-d'oeuvre et si la pêche était bonne, bouillon, c'était promesse de blaff, de courtautre Le

de daube, de grillade ou de tout selon le choix du méritant.

accommodement

sonneur de conque, c'était Colbert mais tout le monde l'appelait Ti Col. Compère, cet homme-là pouvait te décaler cinq six cocos secs, flap là comme ça et puis te décapsuler sodas, bières, pepsi-cola, belle-orange à la filée s'il vous plaît! Sans compter les coquillages de tailles diverses qu'il pouvait éventrer wap, à la force de
1

Faiblard

2 Les gens de mer donnaient franchement leur sueur... sans faire semblant

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