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Mauriac au monde comme n'y étant pas

De
336 pages
Ce livre aborde les écrits journalistiques de Mauriac dans leur cohérence profonde avec une oeuvre marquée par le conflit entre "Le Royaume et le monde". La relecture et l'étude de ces milliers d'articles, donnés pendant plus de soixante ans aux presses les plus diverses, font émerger la figure d'un journaliste à part, aussi accessible que surprenant.
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Association internationale des amis de François Mauriac
Mauriac au monde comme n’y étant pas Le journaliste, l’histoire et les médias
Études réunies par Benoît Mérand
Mauriac au monde comme n’y étant pas Le journaliste, l’histoire et les médias
Association Internationale des Amis de François Mauriac
Comité de Direction
Président•: Jean-François Durand, Professeur des Universités, Montpellier III
Président honoraire : † André Séailles, Agrégé de l’Université
Vice-présidents : Michel Bressolette, Professeur des Universités, Toulouse-le-Mirail Claire Daudin, ancienne élève de l’École Normale Supérieure, pro-fesseur agrégée Jean-Paul Bourcheix, ancien directeur de Ministère
Secrétaire général : Pierre Bréant, journaliste, écrivain
Trésorière : Élisabeth Frébourg, Professeur agrégée
Conseil scientifique
Laurent Déom, Maître de conférences, Université Charles de Gaulle, Lille III Jean-François Durand, Professeur des Universités, Montpellier François Durand, Professeur des Universités, Pau Guy Imhoff, Saint Bonaventure University, U.S.A. Michaël O’Dwyer, Professeur à Saint Patrick’s College, Université De Maynooth, Irlande Brigitte M. Lane, Professeur associé de français, Tufs University, Massachussets, Olin Center Medford, États-Unis Henri Mitterand, Professeur des Universités, Paris VIII Brian Thompson, Professeur à l’Université de Massachussets, États-Unis Zoïa Kirnozé, Professeur, Université de Linguistique de Nijni-Novgorod, Russie
Association internationale des amis de François Mauriac
Mauriac au monde comme n’y étant pas Le journaliste, l’histoire et les médias
Études réunies par Benoît Mérand
Publié avec le concours du Centre National du Livre
L’Harmattan
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-29116-1 EAN : 9782336291161
INTRODUCTION
Au monde comme n’y étant pas
« Je suis comme un enfant le premier jour qu’il se réveille, dans une chambre fermée, dans un pays inconnu. Ce monde qui vous semble si naturel, il est invisible pour moi. J’y suis comme si je n’y étais pas. Le séjour, d’ailleurs, ne sera pas long. Il me faut faire ma provision pendant que j’y suis. Je ne le connais que par ce que tu me racontes. On m’a fait des yeux sans doute qui ne lui étaient pas adaptés. Et lorsque je le verrai peut-être, ce sera bien loin en arrière lorsque déjà il fuit. Comme le passager qui s’est réveillé trop tard et qui ne voit plus le rivage et la ville qu’on lui montre avec ses monuments Autrement qu’une longue ligne là-bas dans la grande lumière du matin, Presque pareille à l’écume. » 1 Paul Claudel,Le Père humilié
Introduire un volume d’études consacrées à Mauriac journa-liste par une citation en versets duPère humiliéde Paul Claudel peut certes étonner. Comment résister cependant à la tentation de réemployer cette belle expression qui a aussi séduit un drama-2 turge contemporain (Olivier Py ) et qui résume si bien l’esprit de notre approche ? Dans ce dernier volet de la célèbre trilogie des Coûfontainescouvrant un siècle d’histoire de l’Église dans son rapport avec le monde moderne, le personnage de Pensée qui la
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formule se présente comme deux fois aveugle, physiquement et spirituellement. Car, amoureuse d’Orian de Homodarmes, filleul du pape Pie, qui veut faire à la guerre le sacrifice de sa vie terrestre, elle lutte contre ce désir qui la priverait des joies de l’amour humain et associe son incompréhension à l’empreinte d’une religion qui méconnaît le Christ. Elle est baptisée pour-tant : sa mère est juive mais son père est catholique. Elle n’ignore pas d’ailleurs de quelles entrailles le Christ est lui-même issu. Là est la dualité de sa destinée comme de son état d’esprit. Là est aussi le sens de son infirmité physique qui lui fait prendre sa part à la souffrance des hommes, et donc l’engage elle-même dans la voie sacrificielle. Du monde d’avant le Christ se représentant le paradis sous une forme essentiellement terrestre, elle appartient aussi àl’autre monde, le Royaume céleste sur lequel ouvre le mys-tère de la Rédemption. Ses deux cécités n’en sont qu’une, ou plu-tôt la première est, en quelque façon, la métaphore de la seconde. Et c’est dans cette unité profonde que la jeune fille se révèle en définitive comme le contraire de ce qu’elle paraît, dotée d’une acuité particulière, celle de qui voit la vie depuis ailleurs et autre-ment. Elle pose la question : « vous autres qui voyez, qu’est-ce 3 que vous faites donc de la lumière ? » – à quoi sa mère a déjà répondu : « Les autres reçoivent la lumière, mais les tiens la don-4 nent . » Quel est son secret ? « [C]’est quelque chose comme le don des trouveurs de sources [...], je suis avertie intérieurement 5 de tout », explique-t-elle avant d’apporter cette précision capi-6 tale : « Où je suis, il n’y a point de temps . » De même, Mauriac, partagé entre « le Royaume et le 7 monde », suivant l’expression de Jean-François Durand, et tel que, sous l’impulsion de ce dernier, l’Association internationale des amis... l’aborde depuis plusieurs années, jusqu’à ce dernier col-
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loque dont une partie de ce volume constitue les actes, organisé en 2010 à l’université de Montpellier avec la précieuse collabora-tion de Marie-Ève Thérenty de l’Institut universitaire de France. Mauriac, écrivain reconnu par lesiècle(et réciproquement), mais en même temps soucieux de porter sur lui un regard critique, évangélique, parfois même apocalyptique, au sens étymologique du mot. Mauriac cultivant à l’égard dumondele goût comme le dégoût, la sympathie comme l’antipathie – l’enthousiasme, mais aussi la déception, et finalement le désir d’autre chose. Mauriac romancier, Mauriac journaliste. Romancier à qui a été fait, sans doute, ce don detrouveur de sourcesqu’évoque Pensée de Coûfontaines, explorant les profondeurs de l’âme humaine. Mais aussi romancier comme peintre d’une vie mondaine dont il ne s’exclut pas, qu’il dénonce comme un autre lui-même. Et journa-liste, mais de deux sortes : auteur d’unBloc-notescomme d’un journal intime (« je conçois le journalisme comme une sorte de 8 journal à demi intime ») et journaliste engagé qui réagit à l’actua-lité politique, qui prend sa part de risque dans cette histoire contemporaine commentée quotidiennement, parfois sans dis-tance, mais toujours en tissant le fil herméneutique qui révèle au final le visionnaire dans l’éditorialiste, et fait la preuve – comme le montre Claire Daudin dans ce volume lorsqu’elle met en évidence le regard de romancier que porte le journaliste sur l’homme public que fut Adolf Hitler – que l’imagination n’est pas chez lui désoli-darisée de la réflexion citoyenne, pas plus que le chrétien, témoin du Royaume, ne l’est de la société humaine. Or, dans chaque pôle de ce dernier balancement qui articule les deux premières parties de cet ouvrage (engagement politique et interprétation de l’histoire), il faut constater de nouvelles hési-tations, de nouveaux tiraillements : entre « la gauche et la droite »,
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9 suivant l’intitulé même du colloque de la Sorbonne de 1994 c’est ce que rappellent ici Gérard Chalaye revenant sur les enga-gements parfois imprévisibles du journaliste avant la Seconde Guerre mondiale, Michel Dyé étudiant son rapport au nazisme et Guillaume Gros qui, analysant dans le détail les interventions de e l’écrivain auFigaroRépublique, fait ressurgir sa veinesous la IV anticommuniste et antiparlementaire, peu commentée jusqu’à présent dans les études mauriaciennes, et qui a le mérite de nuan-cer la lecture un peu trop linéaire de la diversité des prises de posi-10 tion de l’écrivain, esquissée en son temps par Jean Lacouture . À leur suite, Guy Imhoff se penche sur le sempiternel problème posé moralement au chrétien dans l’exercice même du combat politico-médiatique, où il est tenté, par souci d’efficacité aussi bien que par jeu, par facilité parfois ou plus obscurément par fai-blesse, de retourner contre lui les armes rhétoriques et polémiques de l’adversaireséculierque l’exigence de charité impose pourtant de respecter aussi comme unprochain. Ces conflits ou hésitations trouvent eux-mêmes une correspondance sur un autre plan, théo-logique ou spirituel, qui fonde la dimension visionnaire des écrits journalistiques de Mauriac : entre lesillonismeet l’augustinisme, deux ferments de sa formation religieuse qui, s’ils fondent la por-tée parfois apologétique de ses articles, faisant émerger la figure du journaliste-clerc, orientent pourtant de façon presque contradic-toire son rapport au monde, l’incitant, l’un, à se jeter avec ferveur dans la mêlée, l’autre, à se mettre en retrait pour témoigner d’une lucidité qui prend tour à tour l’aspect de la désillusion et celui de l’espérance. Les articles écrits pendant le conflit civil espagnol puis la Seconde Guerre mondiale – comparés en la circonstance à ceux écrits par Bernanos dans les mêmes contextes – mettent en évi-dence une lecture tragique de l’histoire, quand ceux consacrés
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plus tard à la personne du général de Gaulle, analysés par Pierre-Emmanuel Mérand dans un article soulignant la fonctionhisto-e e riographiqueet Vremplie par le journaliste sous les IV Républiques, font plutôt état de la sourde, mais non moins importante, veine romantique de celui qui, face au charisme de l’homme d’État, renoue avec une conception messianique du pouvoir et de l’action publique. Il ne faut jamais oublier, concernant un écrivain qui, né en 1885, a vécu jusqu’en 1970, la longévité d’une carrière qui aura traversé des périodes finalement très diverses, dont certaines sont moins envahies que d’autres par une actualité politique sombre. C’est le cas, par exemple, des années soixante qui connaissent en France un bouleversement socioculturel lié au développement considérable de la télévision. Or, cette révolution d’abord tech-nique ne laisse pas Mauriac insensible, dont l’ensemble des écrits journalistiques atteste qu’il ne croit pas aux petits sujets, mais s’in-téresse au contraire à tous les événements marquant le temps pré-sent. Ce fut sans doute l’aspect le plus novateur du colloque de Montpellier que l’intérêt porté au Mauriactéléchroniqueur, auteur de nombreux articles sur le phénomène télévisuel, parus entre 1959 et 1964 dansL’ExpressetLe Figaro littéraire, et réunis chez Bartillat en 2008 par Jean Touzot et Meryl Moneghetti sous le titre :« On n’est jamais sûr de rien avec la télévision ». Il faut saisir cette occasion pour remercier de façon particulière la contribution au colloque comme à cet ouvrage de trois éminents spécialistes de la littérature et des médias, qui ont su apporter un regard neuf, inédit et pertinent sur un pan trop méconnu de l’œuvre mauria-cienne. Faisant ressortir l’ambiguïté d’un écrivain tout à la fois curieux et critique à l’égard du nouveau médium, leurs études achèvent de dessiner, en le confirmant, le portrait d’un journaliste
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