Mémoires et désirs

De
Publié par

"Je ne suis née nulle part" (Marguerite Duras). "... ce ne pouvait être un homme sûrement qui eût fait le monde. Mais, peut-être, une vieille femme aux mains extrêmement habiles." (Gabrielle Roy). Unies par un seul idéal - devenir écrivains - Gabrielle Roy, du fond du Manitoba, et Marguerite Duras, en Indochine, luttent contre le déracinement et les conflits identitaires qui en découlent. Derrière ces deux femmes, se dresse la figure maternelle, haïe et admirée, exemple de force et de résistance.
Publié le : mardi 1 juin 2010
Lecture(s) : 146
Tags :
EAN13 : 9782296256590
Nombre de pages : 114
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
  
            ! "#  $%&'('($)'!!&&*') +#  $%&(($)!!&&*)
+, -.
   ,   / 0 123
Approches littéraires Collection dirigée par Maguy Albet Dernières parutions Agnès AGUER,L'avocat dans la littérature du Moyen Âge et de la Renaissance, 2010. Sylvie GAZAGNE,Salah Stétié, lecteur de Rimbaud et de Mallarmé. Regard critique, regard créatif, 2010. Élodie RAVIDAT,Jean Giraudoux : la crise du langage dans La guerre de Troie n’aura pas lieu et Électre, 2010. A. CHRAÏBI, C. RAMIREZ,L’héritage des Mille et une nuits et du récit oriental en Espagne et en Occident, 2009. Gloria SARAVAYA,Un dialogue interculturel, 2009. Nelly MAREINE,Henri Miller, Blaise Cendrars. Deux âmes sœurs, 2009. Christian PAVIOT,Césaire autrement. Le mysticisme du Cahier d’un retour au pays natal, 2009. Liza STEINER ,SadeHouellebecq, du boudoir au sexshop, 2009. Jamal ZEMRANI,Sémiotique des textes d’Azouz Begag, 2009. May FAROUK,Tahar Ben Jelloun. Etude des enjeux réflexifs dans l’œuvre, 2008. Christian MBARGA,Emile Zola : les femmes de pouvoir dans Les RougonMacquart, 2008. Jeanne FOUETFAUVERNIER,La Mère du printemps, de Driss Chraïbi. Etude pédagogique, 2008. Émeline PIERRE,Le caractère subversif de la femme antillaise dans un contexte (post)colonial, 2008. Eric SHIMA,A.Césaire, Cahier d’un retour au pays natal et Tchicaya U Tam’si. Approche comparative, 2008. Claude LEIBENSON,Federico Garcia Lorca : images de feu, images de sang, 2006. Charles SALE,TuCalixthe Beyala. Analyse sémiotique de « t’appelleras Tanga », 2005. Peggy RAFFY,L’univers d’Axel Gauvin, 2005. Aminta DUPUIS,L’Initiation de Faust et de Parzival. La quête du Graal. Une voie moderne de connaissance et d’amour, 2005. Abdelhaq ANOUN,J.M. Le Clézio.Révolutionsl’appel ou intérieur des origines, 2005.
 À ma famille,  mon amour toujours,  À mes amis,  un grand merci.
1 - MÉMOIRES ET AUTOBIOGRAPHIE « l'histoire de ma vie n'existe pas.» Marguerite Duras  Face à un texte, je suis toujours encline à le classifier selon un genre déterminé. La couverture m'apporte des indications qui le définissent : roman, théâtre, poésie, fiction, mémoires, autobiographie. La présence de tels indices finit par orienter la lecture et par éveiller chez le lecteur certaines attentes. Quand ces indices font défaut, comment le lecteur, avide de classifications, pourra-t-il s'orienter ? Même si elles existent, ces indications correspondent-elles aux caractéristiques du texte ? Il faudrait rappeler qu'elles expriment une intention ou une décision de l'auteur et ainsi, se rapportant à l'œuvre, elles peuvent aussi bien orienter le lecteur que le surprendre, le troubler ou l'induire à la réflexion.  Il convient ici de distinguer le discours autobiographique du discours fictionnel. Le récit de fiction est un discours qui part de l'expérience d'un personnage soumis à diverses épreuves et à de profondes insatisfactions. Pour résoudre les tensions qui découlent de situations conflictuelles, l'auteur, à travers le personnage, se sert de nombreuses stratégies d'écriture de défense. Il peut avoir recours à l'imagination, ce qui conduit inconsciemment le lecteur au plan de la fiction, afin de le satisfaire. Le vécu apparaît alors réformé par le langage, des résidus ou des restes de mémoire prennent de nouveaux contours, d'autres personnages surgissent, ainsi que d'autres associations thématiques et d'autres rapports d'espace et de temps.  Dans l'autobiographie, genre particulier d'écriture, généralement en prose, de la vie de l'auteur, écrite par lui-même, narrateur et personnage principal portent le même nom et s'expriment le plus souvent à la première personne du singulier.
 Il y a une petite différence entre les mémoires et l'autobiographie. Dans l'autobiographie, il y a un détail spécifique : le sujet de l'énonciation est égal au moi de l'énoncé. La matière racontée est spécifique de l'histoire de ce sujet, et la chronologie des événements rapportés, souvent linéaire. Alors que dans les mémoires le flux est plus libre, et pas toujours conduit par la mémoire volontaire ou chronologique. Les mémoires s'organisent selon deux axes temporels : l'axe diachronique (le passé) et l'axe synchronique (la réflexion présente des effets du passé dans l'esprit). Les mémoires auxquelles on n'attribue aucune diachronie sont des mémoires sans cohérence, une collection de fragments disparates.  Comme il a déjà été dit, ce livre se propose d'étudier l'œuvre de Gabrielle Roy et de Marguerite Duras selon les traits des mémoires et de l'autobiographie. Gabrielle Roy révèle, à travers ses romans et son autobiographie, la vision qu'a une femme, américaine comme moi, des premiers immigrés et pionniers, de ceux qui partaient à la quête d'une identité, mais aussi de l'aventure. Chez Marguerite Duras, au contraire, les aspects autobiographiques apparaissent dans un mélange de confession et de fiction romanesque. Des personnages et des épisodes se répètent. La mémoire fonctionne comme un apport des personnages narrateurs dans la construction de la narration. Les scènes représentées pourraient être considérées comme des projections des souvenirs des personnages.  Le style durassien est une énigme. On ne parvient pas à y distinguer exactement ce qui est réalité de ce qui est fiction.  Les indices autobiographiques sont évidents dans l'œuvre de Gabrielle Roy, spécialement dansLa Détresse et l'enchantement, autobiographie commencée en 1976 et publiée après sa mort, en 1984. Les romans de l'écrivain foisonnent d'informations se rapportant à sa famille, au milieu où elle a grandi et vécu et à son désir de partir pour l'Europe. Leurs titres sont révélateurs et la thématique des textes traduit conflit et ambiguïté de sentiments ; dansDétresse il y a
8
abandon, souffrance et solitude, tandis qu'enchantementrenferme émerveillement, joie et sortilège.  Je pourrais dire queLa Détresse et l'enchantementraconte les conflits éprouvés par l'auteur dans le temps réel de son existence passée, alors que les romans et les contes présentent la recréation et la simulation d'événements vécus. Malgré la modification des noms des personnages, l'aspect autobiographique transparaît dans toute l'œuvre de Gabrielle Roy.  Je peux le voir, par exemple, dans le traitement donné au thème de la vieillesse que Gabrielle Roy aborde au moyen d'une réflexion intense et de comparaisons entre des générations différentes – fille, mère, aïeule. L'expérience de la vieillesse telle qu'elle se présente dans les romans de l'écrivain provient d'événements qu'elle a vécus et qui sont devenus la matière de son autobiographie. En tant que lectrice, cependant, je décèle dans le texte, à côté des aspects autobiographiques, des éléments fictionnels. La fiction se montre vraisemblable, et l'autobiographie n'est pas tout à fait vraie, elle dément l'histoire d'une vie.  Ces caractéristiques sont insérées dans les œuvres du cycle du Manitoba :La Route d'Altamont(1966),De quoi t'ennuies-tu, Eveline ? (1979)La montagne secrèteet dans (1961) l'autobiographieLa Détresse et l'enchantement(1984).  DansLa Route d'Altamont, le personnage-narrateur Christine et sa mère Eveline prennent par hasard une petite route qui les mène vers les surprenantes collines d'Altamont. Le voyage les maintient en suspens et Eveline éprouve le plus grand contentement lorsqu'elle arrive à la montagne Pimbina, au sud du Manitoba. Une sorte de relation intime la rajeunit. Christine ne comprend pas la joie de sa mère à la vue des montagnes, ou plutôt, lorsque celle-ci retrouve le souvenir de son enfance dans les collines, maintenant que «la petite ronde doit être presque finie, la fête retrouvée» (RA p. 207). Dans la crainte de perdre la direction des collines, Eveline réfléchit, sagement, qu'il y a des routes que l'on perd toujours et d'autres que l'on retrouve facilement, il suffit d'une petite clé. Le nom Altamont inscrit sur la plaque du
9
bureau de Poste est cette clé qui assurera le retour aux collines évocatrices, le retour de la jeunesse. La narratrice exprime ainsi les bons et les mauvais souvenirs du passé que nous conservons en nous. Ces deux noms, Route et Altamont, sont riches d'une belle symbologie. Des routes qui se perdent au long de la vie et celles où l'on retrouve le bonheur dans la rencontre et l'harmonie avec le moi.  Pour Eveline, les collines représentaient autrefois la liberté infinie de tout accepter, ou mieux encore, sa jeunesse. Rajeunie par sa visite aux petites montagnes, elle répond aux questions de sa fille au sujet de la grand-mère, nous transmettant alors le sentiment de circularité qui se forme autour des composants de la famille : aïeule, mère et fille. C'est un cercle restreint qui nous fait comprendre la figure de cette mère qui nous habite toutes, comme nous l'habitions avant de venir au monde.  Je peux reconnaître, chez Eveline et Christine, les traits véritables de Mélina Roy et de sa fille Gabrielle, deLaDétresse et l'enchantement. Fiction et autobiographie s'enchevêtrent, à peine séparées par des lignes trop subtiles.  Où commence le vécu et où finit l'imaginaire ? Est-il possible de le savoir ? Cette difficulté est due à l'impossibilité subjective de l'écrivain de se détacher de « l'expérience » - substance et aliment de sa fiction.  Il convient de rappeler que dans le discours fictionnel, le « je » qui parle ne se confond jamais avec le « je » de l'auteur. Ce sont deux instances distinctes. Dans la fiction, la figure du narrateur est elle-même fictionnelle. Le narrateur est une instance fictive.  Dans l'autobiographie, par contre, le « je » qui parle est vraiment l'auteur. Il ne faut pas oublier que, dans certains récits, les frontières entre les deux genres sont assez floues.  Il est vrai que, dans le discours autobiographique, au contraire de ce qui se passe dans le discours fictionnel, l'auteur ne se sent pas toujours libre de modifier noms propres, lieux ou dates ; de toute façon, l'objectivité complète est impossible, puisque « voir » est un acte chargé
10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.