Mythe et littérature

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Marie-France Rouart était toujours en mouvement, à l'instar de la figure mythique du Juif errant à laquelle elle avait consacré nombre de ses travaux. Ce volume rassemble les huit contributions présentées durant la journée d'étude intitulée "Mythe et littérature" ainsi que le texte de la dernière conférence que Marie-France Rouart avait assurée en novembre 2007 "L'infanticide rituel, une accusation sans fin" au Collège des Etudes juives à Paris.
Publié le : dimanche 1 juillet 2012
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EAN13 : 9782296498648
Nombre de pages : 196
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Mythe et littérature
Hommage à Marie-France Rouart
(1944-2008)
Gabrielle Melison-Hirchwald Françoise Susini-Anastopoulos
Mythe et littérature
Hommage à Marie-France Rouart
(1944-2008)
© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-96734-2 EAN : 9782296967342
Avant-propos
Françoise Susini-Anastopoulos Professeur à l’Université de Lorraine Marie-France Rouart, née le 6 mars 1944 dans la commune de Bissy, aujourd’hui rattachée à la ville de Chambéry, en Savoie, était professeur de Littérature générale et comparée à l’Université de Nancy 2. L’une des meilleures spécialistes du mythe du Juif errant nous a quittés brutalement le 26 février 2008 aux États-Unis, sur le campus de l’Université de Knoxville, dans l’État du Tennessee, à l’occasion d’une mission annuelle à laquelle elle tenait beaucoup et dont elle avait toutes les raisons d’être fière. Marie-France Rouart était toujours en mouvement, à l’instar du personnage mythique qu’elle avait choisi d’étudier. Ayant suivi sa famille en région parisienne, la jeune agrégée enseigna dans plusieurs établissements secondaires. C’est en Sorbonne qu’elle poursuivit ses études supérieures jusqu’à la thèse d’État en Littérature générale et comparée, sous la direction de Pierre Brunel. À l’Université Nancy 2 où elle enseignait depuis de nom-breuses années, elle était membre du Centre d’études litté-raires Jean Mourot (CELJM) et avait commencé à déve-lopper un partenariat avec l’Université de Knoxville où professait son ami Patrick Brady.
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Après le décès subit de ce dernier en septembre 2006, elle avait continué à s’investir aux États-Unis en s’y rendant de façon régulière. De la première année d’enseignement littéraire au doctorat, Marie-France Rouart avait su trouver les mots pour motiver ses étudiants, tant français qu’américains. À Nancy, le mercredi après-midi, d’aucuns se rappellent sans doute avoir longtemps patienté sur le banc situé à côté de son bureau pour pouvoir s’entretenir quelques minutes avec elle. Chercheuse active, Marie-France Rouart était également membre de l’équipe de recherche en Littérature comparée (C.R.L.C.), alors dirigée par Pierre Brunel à l’Université Paris-Sorbonne, membre de la SFLGC et siégeait au CNU e en 10 section en 2008. C’est pour célébrer sa mémoire que, le 26 novembre 2009, une journée d’étude portant surMythe et littérature a été organisée par le CELJM de l’Université Nancy 2. Il s’agissait de rassembler, pour un hommage qui s’est voulu simple, mais chaleureux et fervent, certains de ses amis et collègues, son maître Pierre Brunel, mais aussi ses élèves, docteurs, doctorants et étudiants, sans oublier tous ceux qui, sans l’avoir connue personnellement, ont tenu à honorer son souvenir de leur présence. Il y avait donc, concrètement figurées, cette diversité et cette proximité des générations, cette communauté de savoir, mais aussi d’humanité, qui devrait être le seul vrai sens de l’Université. C’est dire également combien l’espace de cette réunion fut, pour reprendre un beau terme de Roland Barthes, tout « bruissant » de sentiments divers, tristesse, nostalgie, reconnaissance, respect, admiration pour la personne, son style, son travail acharné et enthousiaste, regret aussi, peut-être, pour ce qui, de son vivant, ne lui fut pas dit ou lui fut mal dit.
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Rien ne répare jamais le scandale de la mort mais, au-delà du deuil et de la perte, il reste, en citant Vladimir Jankélévitch, « le mystère, à la fois très simple et très profond d’avoir été » et, pour nous, spécialistes de la lecture et de la confrontation des textes, être et avoir été se confond très largement avec la fréquentation des mots, non pour les consommer ou les figer, mais pour les goûter, les interroger, les enrichir et surtout les recueillir et les transmettre. C’est donc cette positivité d’une présence vivante et d’une continuité malgré tout de la parole de Marie-France Rouart que nous avons voulu affirmer et célébrer s’il est vrai que, comme le notait Pierre-Albert Jourdan, « il faut célébrer, célébrer et rien d’autre ». Nous avons donc pris le parti de revenir ensemble sur la terre de prédilection de Marie-France Rouart, la mythocritique ou mythanalyse, lieu par excellence de sa recherche et de son enseignement, pour dire encore une fois le rapport fondateur, foisonnant et sans cesse réactivé du mythe et de la littérature. Pierre Albouy n’avait-il pas déjà suggéré dans sesMythographies que le mythe, concept malmené puis réhabilité, pourrait bien être l’archétype ou la forme-limite de la littérature ou de l’écriture ? Ainsi, les exposés de la matinée ont renvoyé à certains mythes qui furent d’une importance capitale dans la démarche de Marie-France Rouart. Après un rappel de sa bibliographie par Gabrielle Melison-Hirchwald, ancienne doctorante de l’éminente comparatiste, Pierre Brunel a évoqué quelques souvenirs personnels, en tant que directeur de la thèse soutenue par Marie-France Rouart pour le doctorat d’État, avant de revenir sur le mythe du Juif errant, qui en était le sujet. Stanislas Grandidier et Amélie Siest, respectivement ancien doctorant et étudiante de Marie-France Rouart, étaient venus dire leur émotion et 7
se faire les interprètes de toutes les générations ayant eu le privilège de la côtoyer. Juliette Grange nous a engagés ensuite à une réflexion sur l’amour de la littérature, au fil d’un « parcours en hommage à Marie-France Rouart », soulignant du même coup l’intérêt constant de cette dernière pour toutes les questions relatives au dialogue de la littérature et de la philosophie. Gabrielle Melison-Hirchwald et Matthieu Rémy se sont attardés dans leurs interventions sur les mythes liés au grand thème de l’aliénation, son ultime objet d’étude. Quant aux contributions de l’après-midi, elles ont ouvert sur des perspectives plus générales, illustrant à la fois la chatoyante diversité de la discipline et la force éternellement chantante de la grande voix du mythe, « le rien qui est tout », comme le notait Fernando Pessoa dans son célèbre poème consacré àUlysse. Ainsi, nous sommes allés du côté du mythe des frères ennemis dans un drame romantique espagnol en compagnie de Georges Zaragoza, avons retrouvé Hercule et l’Amazone dans l’univers démâté de la Décadence avec Pascal Noir. Joëlle Prungnaud a ensuite évoqué le retour de Pan au tournant e du XX siècle. Après une brève pause, Laurence Kohn-Pireaux décrypta pour nous les avatars d’un mythe des Mille et Une Nuits,la Cité de bronze, dansL’Immortelde J.-L. Borges. Enfin, la manifestation s’est achevée avec une projection d’une quinzaine de minutes, qui restitua au public le visage et la voix de Marie-France Rouart, lors d’une conférence qu’elle avait donnée peu de mois avant sa mort, le 18 novembre 2007, au Collège des Études juives de l’Alliance israélite universelle à Paris sur « L’infanticide rituel, une accusation sans fin ». Grâce à l’aimable autorisation de Monsieur Shmuel Trigano, directeur de la publication de la revueControverses, dans laquelle fut publiée en 2009 cette communication, le texte 8
intégral de cette conférence figure à la fin du présent volume. Tous les participants à cette journée de réflexion et de commémoration se sont quittés avec le sentiment partagé d’avoir mené à bien la tâche qu’ils s’étaient assignée : d’une seule voix et d’un même élan, répondre à ce que Camus nommait « l’appel du mythe » et accomplir un devoir de mémoire, si la capacité de se souvenir et d’honorer est bien l’un des signes les plus forts de l’humain dans l’homme. Puisse cet ouvrage contribuer au souvenir vivant de Marie-France Rouart, et continuer de porter témoignage de notre estime et de notre amitié. Qu’il puisse aussi combler un peu le vide que cette disparition a laissé dans la communauté universitaire, mais aussi et surtout au sein d’une famille, à laquelle nous ne pouvons que redire notre tristesse et réitérer notre sympathie.
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