Nathalie Sarraute

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« Maman a la peau d'un singe ». Dérouler ce que contient cette phrase
d'Enfance et l'étendre sur l'ensemble de l'oeuvre de Nathalie Sarraute, c'est
montrer comment la mise à mal de la peau de maman et de ses substituts
parfois méconnaissables conduit l'auteur à détruire inlassablement le
personnage, la personne et l'identité individuelle. La peau de maman est d'abord un lieu, interface où se produisent les échanges blessants entre le dehors et le dedans. C'est aussi une substance dorée et veloutée que contredisent cruellement ses paroles pétrifiantes.
Publié le : samedi 1 janvier 2011
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EAN13 : 9782296451964
Nombre de pages : 131
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Nathalie Sarraute La Peau de maman
© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-14006-6 EAN : 9782296140066
Nathalie de Courson Nathalie Sarraute La Peau de maman
L’Harmattan
Espaces Littéraires Collection dirigée par Maguy Albet Dernières parutions René AGOSTINI, Théâtre poétique et/ou politique ?, 2010. Joëlle BONNIN-PONNIER,Les Goncourt à table, 2010. Christine LARA,Pour une réflexion xommuno-culturelle de la lecture, 2010.Bernard POCHE,Une culture autre, La littérature à Lyon, 1890-1914, 2010. Lalie SEGOND,De la déficience: représentations, imaginaire, perceptions du handicap dans la littérature contemporaine, 2010; Claude FRIOUX,Le Chantier russe. Littérature, société et politique. Tome 1 : écrits 1957-1968, 2010 Céline GITON,Littératures d'ailleurs. Histoire et actualité des littératures étrangères en France, 2010. Hassan WAHBI,La beauté de l'absent, 2010. Claude HERZFELD,Paul Nizan, écrivain en liberté surveillée, 2010. Charles WEINSTEIN (textes réunis par),Récits et nouvelles du Grand Nord, 2010. Paul TIRAND,Edmond Combes. L'Abyssinien. 1812-1848. La passion de l'Orient, 2010. Paule PLOUVIER,Pierre Torreilles Poète, Entre splendeur hellénique et méditation hébraïque du souffle,2010. Tommaso MELDOLESI,Sur les rails. La littérature de voyage de la réalité aux profondeurs de l’âme, 2010. Cynthia HAHN (coordonné par),Ezza Agha Malak. À la croisée des regards, 2010. Miguel COUFFON,Marlen Haushofer. Écrire pour ne pas perdre la raison, 2010. David L. PARRIS,: écrivainsAlbert Adès et Albert Josipovici d’Egypte d’expression française au début duXXe siècle, 2010. Arnaud TRIPET,Poètes d’Italie. De saint François à Pasolini, 2009. Miguel COUFFON,Le Signe et la convention. Hommage à Ingeborg Bachmann, 2009. Patricia IZQUIERDO,Devenir poétesse à la belle époque (1900-1914). Étude littéraire, historique et sociologique, 2009. Jean-Pierre BRÈTHES,D’un auteur l’autre, 2009.
L’écrivainest quelqu’un qui joue avec le corps de sa mère […] pour le glorifier, l’embellir, ou pour le dépecer, le porter à la limite de ce qui, du corps, peut être reconnu.  Roland Barthes
Avant-propos
A Pétersbourg au début du siècle dernier, une enfant de huit ans, Natacha, marche dans la rue en tenant la main de sa maman et tombe en arrêt devant une poupée de coiffeur qu'elle trouve « plus belle que maman ». Que se passe-t-il là ? En apparence peu de chose. Ce qui s'appelle rien, dirait Nathalie Sarraute. En réalité, vient de naître la première des idées autour desquelles une œuvre va se construire pendant soixante ans. Cette maman s'appelle Pauline Chatounovski et brille par son charme, son originalité. Appartenant à une famille d'intellectuels juifs, auteur prolixe de romans paysans, de cape et d'épée, d'aventures à succès, sous un pseudonyme masculin qui signifie « Ouragan » et qui préservera toujours son incognito, elle a le tempérament d'une de ces femmes exceptionnelles ou qui se disent telles, mêlant avec art le masculin et le féminin, qui jalonnent l'histoire des femmes des deux derniers siècles. On sait aussi par Enfancece personnage qui se tient comme par que enchantement au-delà de toutes les contingences est une mère distraite, froide, et qu'elle laissera en 1909 sa fille Natacha à Paris chez son ex-mari, Ilia Tcherniak, sans jamais revenir la chercher. Il ne va pas être dans cette étude directement question du sentiment douloureux d'abandon qu'a pu éprouver Natacha Tcherniak et que Nathalie Sarraute n'aborde elle-même qu'avec sa méfiance habituelle pour le « tout cuit », les mots préfabriqués : abandon, malheur. On ne cherchera pas à montrer non plus comment Nathalie Sarraute a retourné la situation en composantou moins plus
sciemment mais très visiblementune œuvre aux antipodes de celle de sa mère. On partira plutôt de ce qui à première vue peut passer pour un détail, une simple particularité physique : la maman d'Enfancese caractérise par la qualité de sa peau, une peau rosée, rayonnante, tiède et soyeuse au toucher, une peau-paysage qui se confond avec la lumière dorée qui enveloppe Natacha lors de ses promenades au jardin du Luxembourg. En mettant à l'arrière-plan l'histoire familiale de l'auteur, on va donc parler d'une mère-peau. Plus qu'une figure humaine, cette mère-peau est à la fois un lieuun dehors-dedans et une substance organique qui, cinquante ans avant d'apparaître dansEnfance sous les traits d'un personnage, est une toile invisible que l'écriture ne cesse depuisTropismesde tisser. Loin d'être une froide abstraction, la maman dépersonnalisée qui va émerger ici relie le tissu de l'écriture de Nathalie Sarraute à une expérience intime et archaïque, à la « région vicieuse 1 jamais apaisée » avec laquelle, selon Henri Michaux, tout écrivain reste en contact. Maman sera anonyme, peu figurative, mais concrète, palpable, source de la sensation sur laquelle l'œuvre s'est bâtie, source même de la Maman qui dansEnfanceapparaît comme personnage. Si Nathalie Sarraute n'avait pas écritEnfance,le lecteur n'aurait jamais eu la moindre idée de cette peau maternelle constitutive de l'œuvre, car elle figure partout sous des formes et des textures qui la rendent à première vue plus ou moins reconnaissable : velours, soies, duvets, fourrures, mais aussi : coques, enduits, vernis, digues, étuis, parois… 1  Henri Michaux,Passages,Œuvres complètes II, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2001, p. 348. 10
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