Nouvelles écritures du moi dans les Littératures française et francophone

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Prenant les années 1980 comme point de départ de l'analyse, le recueil examine les avatars du discours autobiographique dans la littérature contemporaine. Si le moi s'affirme par sa présence continuelle, ce n'est paradoxalement pas d'un moi affirmatif dont il s'agit. Par-delà les différences culturelles, sociales, s'expose la volonté de faire de l'écriture, des écritures, une exaltation de soi par la rencontre d'un lecteur en soi, par soi.
Publié le : samedi 1 décembre 2012
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EAN13 : 9782296510937
Nombre de pages : 262
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Espaces littéraires
sous la direction de Sylvie Camet et Nourredine Sabri
Les Nouvelles Écritures du Moi dans les Littératures française et francophone
Les Nouvelles Écritures du Moi dans les Littératures française et francophone
Espaces Littéraires Collection dirigée par Maguy Albet Dernières parutions Samuel LAIR (sous la dir. de),Fortunes littéraires de Tristan Corbière, 2012.Claude HERZFELD,Gérard de Nerval. L’épanchement du rêve, 2012. Tommaso MELDOLESI,Textes et poèmes autour de l’accident ferroviaire de Meudon, 1842. Une poésie de la catastrophe, 2012. Ygor-Juste NDONG N’NA,La folie des discours identitaires dans les nouvelles littératures, 2012. Richard Laurent OMGBA, André NTONFO (dir.),Aimé Césaire et le monde noir, 2012. Milan BUNJEVAC,Lire la poésie d’Aleksandar Petrov, 2012. Fabrice BONARDI (sous la dir. de),LesNouvelles Moissons, 2012. Jean SÉVRY,Un voyage dans la littérature des voyages, 2012. Christine FRENOT,Théodore Monod, le poète itinérant, 2012. Anton PAVLOVITCH TCHEKHOV,Correspondant de guerre,2012. Ida JUNKER,Le monde de Nina Berberova, 2012. John BAUDE,Jean Giono, deCollineàQue ma joie demeure, Le temps suspendu, le Tout retrouvé, 2012. Éliane ITTI,Madame Dacier, femme et savante du Grand Siècle (1645-1720), 2012.Victor MONTOYA,Les contes de la mine. Conversation avec le Tio, Traduit de l’espagnol par Émilie BEAUDET, 2012. Nathalie AUBERT,Christian Dotremont, La conquête du monde par l’image, 2012. Claude FRIOUX,Le Chantier russe. Littérature, société et politique. Tome 3 : Ecrits 1969-1980, 2011 Ricardo ROMERA ROZAS,Jorge Luis Borges et la littérature française,2011. Deborah M. HESS, Palimpsestes dans la poésie. Roubaud, du Bouchet, etc., 2011.
Sous la direction de Sylvie CAMET et Noureddine SABRI Les Nouvelles Écritures du Moi dans les Littératures française et francophone
© L'HARMATTAN, 2012 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-00178-4 EAN : 9782336001784
Argumentaire
En voulant explorer les autobiographies française et francophone telles qu'elles ont été pratiquées depuis 1980 jusqu'à présent, à travers des genres comme les mémoires, les autofictions, les confessions, les récits de témoi-gnage…, ce colloque s'interroge sur l'évolution du genre autobiographique dans le cours de ces trente dernières années qui réunit l'aspect "fin de siècle", voire "fin de millénaire", et le début d'une époque nouvelle. S'agissant d'un domaine fortement théorisé (Ph. Lejeune, G. Gusdorf, J. Lecarme, S. Doubrovsky, V. Colonna…) le point de départ sera l'étude de cas particuliers qui pourrait déboucher sur de nouveaux aspects théoriques susceptibles de rendre compte de ce que la période considérée présente de cohérent et de spécifique dans sa manière de relier la société et l'histoire à travers le Moi. Cette entité, pourtant synonyme de subjectivité, continue en effet d'exprimer le monde moderne dans sa recherche de l'authentique et du documentaire, la globalisation ayant réhabilité le récit comme voie d'accès privilégiée à la personne et à l'histoire. Ceci n'empêche pas de s'intéresser à la réflexion sur l'évolution des rapports entre la littérature française et les littératures francophones, en analysant la manière dont l'énonciation autobiographique s'articule sur des stratégies discursives pour refléter un mouvement paradoxal d'intégration/rejet par rapport à la France, à travers les écrits récents d'auteurs français de naissance maghrébine ou des auteurs maghrébins ou judéo-maghrébins, par exemple. On sait, avec Roland Barthes, qu'il existe "une Histoire de l'écriture", mais celle-ci ne prend tout son sens que par rapport à ce que l'on peut constater de particulier dans le contexte identitaire actuel où la globalisation a son mot à dire. C'est en interrogeant ces biographies "nouvelle manière", notamment par le biais des conditions de production des textes, qu'il sera possible de les comprendre, de les décrire et d'en saisir les spécificités esthétiques et génériques.
Axes de réflexion :Continuité et rupture dans l'écriture autobiographique L'autobiographie renouvelée : investigations sur soi, pour soi ou pour les autres ? Intertextualité et hypertextualité dans les textes français et francophones
La transformation de l'auteur en personnage L'effet en feed-back de la psychanalyse sur la littérature : l'autobiographie comme terrain d'auto-vérification. Noureddine Sabri Directeur du Département des Lettres
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Présentation
« Sept cent millions de Chinois, et moi et moi et moi » scandait une chanson populaire des années soixante, signifiant clairement : « J’y pense, et puis j’oublie, C’est la vie, c’est la vie »… Dans les années quatre-vingts le rapport entre le monde et le sujet paraît encore un peu plus lâche et le refrain pourrait alors se limiter à « J’oublie sans y penser ». L’abondante littérature de type autobio-graphique ou autofictionnel manifeste en apparence que les sept cent millions de Chinois, les trois cent millions de Soviétiques ou les neuf cent millions de crève-la-faim appartiennent à un lointain que l’individu voudrait omettre ou reléguer à un rang accessoire. En effet, l’émergence de cette préoccupation de soi coïncide avec l’effondrement des puissances érigées au nom du marxisme ; le refus du collectif fait suite immédiatement à une longue période au cours de laquelle les perspectives communautaires l’avaient emporté sur les aspirations égoïstes et limitées à la personne. Pour écrire sa vie, alors même que celle-ci est loin d’en arriver à son terme (l’autobiographie de la tradition valait comme le parcours rétrospectif d’un écrivain contemplant son passé du haut d’une histoire presque achevée) ; pour se contempler dans le miroir, alors qu’aucune trajectoire particulièrement méritoire ait été accomplie ; pour entrer dans le détail de petits accidents domestiques, pour retracer l’arbre généalogique, alors que cet infinitésimal concerne tout au plus la parentèle, quelle perception faut-il bien avoir de soi ? Quelle importance faut-il se donner pour considérer que les menues circonstances qui tissent une vie peuvent susciter l’intérêt, la curiosité d’un public ? Il n’est pas besoin de remonter à loin pour se souvenir des débats relatifs à la notion d’engagement, au statut de l’auteur et à sa responsabilité face à l’histoire. Quelle coupure s’effectue donc soudain pour que les écrivains soient si nombreux à se défaire de leur place d’intellectuel en situation dans le temps ? Comment se fait-il que tant de lecteurs acceptent soudain d’entrer dans l’intime et de devenir familiers des choses du privé ? Quelle part de chacun, marquée par le voyeurisme, l’envie, le désir, est ainsi rendue sensible à des récits qui n’avaient antérieurement leur place que dans la forme particulière du journal ? Le journal dont on sait qu’il conservait un caractère fermé, et que les éditeurs, à la faveur de ce nouvel appétit, ont fini par livrer malgré l’interdit qui pesait parfois sur leur publication. Historiquement, on observe donc une rupture avec l’idéologie et l’esthétique des années soixante, permettant la réappropriation d’éléments tels que le sujet et la narration. Si l’on se fie aux articles qui suivent, la question prend un tour plus subtil et ne se limite pas à un phénomène de cassure. Les analyses, si elles disent bien
cette centration à valeur narcissique, tentent de montrer qu’il s’agirait d’un biais par lequel interroger les modes d’écriture (Partie 1 : Recherches formelles), dès lesConfessionsannonçait :  Rousseau faudrait pour ce que j'ai à dire« Il inventer un langage aussi nouveau que mon projet : car quel ton, quel style prendre pour débrouiller ce chaos immense de sentiments si divers, si contradictoires, souvent si vils et quelquefois si sublimes dont je fus sans cesse agité ? ». Le lien irréductible entre le je et la modalité de son expression est è affirmé depuis le XVIII siècle et les textes présents ne font que le corroborer. L’exposition du moi est en outre un moyen de confondre les identités de la personne et du personnage, de les mêler, de permettre à la fiction d’aller à la rencontre d’un certain réel, bref de permettre au moi qui s’examine de discerner dans le portrait les composantes sociales d’une individualité (Partie 2 : Soi et les autres). Tout part d’abord de la racine, il n’y a pas d’immaculée conception, et même si les aïeux ont grise mine, même si le roman familial se débarrasserait volontiers de leur encombrante présence, parler de sa vie s’entend déjà comme parler des parents. Le chapitreMoi et Surmoi énumère curieusement des figures de père, comme si la mère, étant du côté du biologique, ne méritait pas l’abstraction du livre. Le lien qui rattache à un homme est de l’ordre de la loi. Chez A. Ernaux, P. Michon, M. Bey, A. Djebar, M. NDiaye, l’heure est à régler des comptes, le père n’est donc pas un héros, il est coupable –d’abandon, de bêtise, d’autoritarisme–, il faudra faire avec lui, piètre géniteur, mais en même temps le portrait convainc peu à peu son auteur du caractère essentiel de cette figure. Le discours autobiographique tend plutôt à circonscrire par les mots cette présence profuse, diffuse, qui trop souvent empêche la maturation adulte. L’écriture s’affirme comme l’acte par lequel le sujet devient autre et lui-même, opposant le présent de la rédaction au passé que la rédaction justement condamne au révolu. Dès lors qu’on accepte de dévoiler son appartenance, il faut aller un peu plus loin que vers la simple filiation : bourgeoise, prolétaire, Blanc, Noir, Orientale, Occidentale, les définitions de soi sont rapidement problématiques. Il suffit d’une génération pour que l’on passe du travail manuel au travail réflexif, de la journée de douze heures à la machine à écrire, de la répétition à l’invention. Finalement, le compte rendu un peu simpliste d’une enfance se transmue vite en une série de doutes que l’on pourrait résumer par le fameux : qui suis-je ? Il n’y a donc pas d’itinéraire linéaire mais l’obligation continuelle d’une dérive dont on comprend qu’elle ne sert pas que des intérêts subjectifs, mais travaille également le contenu littéraire. Qu’il s’agisse d’A. Nothomb, d’H. Cixous, d’H. Béji, le terme galvaudé deMétissages convient néanmoins bien au chapitre II. 2, dans l’idée d’établir le constat que l’Un est infiniment dérisoire. Écartèlement, tiraillement, les auteurs posent tous leur appartenance à une géographie multiple, à des cultures contradictoires, il serait de la plus grande banalité d’associer cela à une richesse, au fond, les textes sont sans réponse, entre fidélité à une tradition, trahison d’une autre, difficulté à se situer,
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à se trouver, il n’espèrent peut-être que dans l’écrit pour réunir les fragments disparates de leur existence. C’est pourquoi, les ouvrages analysés dans la sectionMoi et l’Histoire, font apparaître qu’une situation dans un contexte général peut être plus explicative qu’une interprétation par la famille. E. Amran El Maleh inscrit sa vie dans des repères temporels compréhensibles pour le groupe, tout comme le propose N. Moati. A découvrir les confessions de N. Sarkozy ou de S. Royal, on perçoit qu’une certaine mise en perspective de l’être sert la cause publique et permet l’association satisfaisante entre la particularité du comportement ou du caractère et la neutralité voulue de la personnalité officielle. Voilà qui n’est pas une extraordinaire conclusion, mais de tout cela ressort que l’on n’est pas tout seul. Il faudrait cependant essayer une variation sur le terme de solitude, car, si le récit de soi admet rapidement qu’il est simultanément un récit des autres en soi ou par rapport à soi, il expose avec une régularité qui confine au tragique, l’impossibilité d’accorder les autres et soi. La tonalité commune à ces textes, plus que le narcissisme (à moins qu’on ne pose cela comme une de ses composantes) est la souffrance. Origines, lutte pour la reconnaissance, cassures exigées et nécessaires, le discours met à nu la blessure. L’insistance mise à décrire des épisodes qui somme toute font l’objet d’un commun partage devrait inviter à une interrogation minutieuse sur la limite entre le normal et le pathologique. Ce qui se récapitule est une histoire de chocs et de heurts, ce qui se ressasse c’est le malheur d’être et de se battre pour être. Les événements consignés sont peu nombreux, ils se concentrent sur une période limitée allant à l’encontre de l’image d’une somme que le récit de vie appelle volontiers. En ce sens l’autobiographie contemporaine n’est pas un discours mémorial cherchant à décliner les mérites et les gloires, à égrener les figures célèbres côtoyées et aimées, elle consigne les petits faits, les dépendances, les amours et les haines, le sexe et les prières, elle ressasse les épisodes triviaux et honteux, espèce de cure analytique publiée. Ce n’est pas que cela qu’on y puise, car si le lecteur y trouve les éléments d’une identification facilitée, il s’inquiète aussi du travail de recherche sur les modes mêmes de la communication de soi à soi. Plusieurs articles tâchent de mettre de l’ordre dans cette profusion de témoignages plus ou moins artificieusement masqués. Le chapitreUn genre ? Une écriture ? commence par effectuer un bilan des marques formelles établissant les distinctions possibles entre les conventions narratives, quel pacte, pour quel engagement, pour quelle interprétation ? (« Pour une théorie de l’autobiographie »). Puis deux articles convoquent un large éventail de noms contemporains afin de les faire apparaître selon deux registres principaux, celui de l’autoportrait et celui du récit de filiation, catégories que l’on pourra à la fois considérer comme des sous-genres en même temps que des voies d’exploration du genre. Avec l’exemple d’Yves Navarre, cette manière d’exploiter les ressources de l’écriture réfléchie passe par l’éclatement, la notion d’hybridité s’entend comme une des marques de l’ego, allant quêter les expressions circonvoisines et faisant fusionner les formes. Le fragment devient un mode de construction,
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