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Les vers du Bourbonnais Antoine de Bertin (1752-1790) seraient directement issus de l'âme et iraient droit au coeur : ainsi sont célébrés ses Amours, trois livres d'élégies dont la critique et le public saluent alors le "naturel", la "sincérité" et la "vérité". En faisant de ses vers des doubles de lui-même, en renouvelant l'élégie antique, Bertin a influencé Lamartine et inspiré Vigny. A l'instar des autres poètes créoles contemporains, Parny et Léonard, il a illustré une poésie lyrique et descriptive que le siècle suivant prolongera et amplifiera.
Publié le : vendredi 1 janvier 2010
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EAN13 : 9782296247857
Nombre de pages : 224
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ΠU V R E S D E B E R T I N
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Antoine de BERTIN
ΠU V R E S
Textes présentés et annotés par Gwenaëlle Boucher
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© L’Harmattan, 2009 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-11085-4 EAN : 9782296110854
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PRÉFACE
BERTIN LIBERTIN ? par
Gwenaëlle Boucher
Né dans ces beaux climats et sous les cieux amis Qu'au sein des mers de l'Inde embrase le tropique, Élevé dans l'orgueil du luxe asiatique, Lapourpre, le satin, ces cotonsprécieux Que lave aux bords du Gange unpeuple industrieux, Cet émail si brillant que la Chine colore, Ces tapis dont la Perse estplusjalouse encore, Sous mespieds étendus, insultés dans mesjeux, De leur richesse à peine avaient frappé mesyeux. Je croissais jeune roi de ces rives fécondes : Le roseau savoureux, fragile amant des ondes, Le manguier parfumé, le dattier nourrissant, L'arbre heureuxoùmûrit le café rougissant, Des cocotiers enfin la race antique et fière, Montrant au-dessus d'euxsa tête tout entière, Comme autant de sujets attentifs à mes goûts, Me portaient à l'envi les tributs les plus doux. Pour moi d'épais troupeauxblanchissaient les campagnes ; Mille chevreauxerraient suspendus auxmontagnes ; Et l'Océan, au loin se perdant sous les cieux, Semblait offrir encor, pour amuser mesyeux, Dans leur cours différent cent barques passagères Qu'emportaient ou la rame ou lesvoiles légères. Que fallait-il de plus ? Dociles à mavoix, Cent esclaves choisis entouraient ma jeunesse ; Et mon père, éprouvé par trente ans de sagesse,
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Au créole orgueilleux dictant de justes lois, Chargé de maintenir l'autorité des rois, Semblait dans ces beauxlieuxégaler leur richesse. ("Adieuxà une terre…", livre 3)
C'est Antoine deBertin qui s'autoproclame ainsi en 1784 roi de l'île Bourbon et de ses trésors, exaltant en vers son enfance créole, à la fois idyllique et despotique. Cependant en cette fin de dix-huitième siècle, ce règne sans partage sur la nature et les hommes est de courte durée : l'enfant roi est détrôné par son compatrioteÉvariste de Parny(1753-1814), un ami et rival dont les succès éditoriauxle consacrent sans conteste comme le prince de cette île des poètes.Certes, cette destitution est toute littéraire mais, de fait, il n'est pas une notice biographique, un portrait deBertin ou une analyse de son œuvre qui n'évoquent Parny, décrétant, au terme d'inévitables comparaisons, la supériorité de l'auteur des Élégies par rapport au créateur des Amours.
Ainsi, dans sonHistoire de l'île Bourbon (depuis 1643 jusqu'au 20 décembre 1848)publiée en 1862, Georges Azéma écrit à propos de Bertin : "Moins tendre et moins classique que Parny, il est plus passionné, plus brillant. Il a dans sa poésie plus d'éclat, plus d'audace, plus d'enthousiasme. Mais son style n'est pas pur et châtié comme celui de son rival : il est chaleureux, mais inégal, plus spirituel que sensible. Élégant imitateur des élégiaques anciens, dont il s'approprie les idées et la tournure, il n'a pas, comme l'autre, un cachet qui lui soit 1 particulier." De la même façon, dans sesMélanges philosophiques et littéraires, Louis-Simon Auger débute le chapitre consacré à Bertin par un parallèle entre les deux compagnons d'études et de plaisirs et distribue ainsi les récompenses dans une sorte de tableau d'honneurs poétiques : "Enfin, si, d'une communevoix, la première place parmi nos poètes érotiques est décernée à Parny, il me semble que la seconde appartient incontestablement au chevalier de Bertin ; et 2 ce partage est encore assezprécieuxpour sa mémoire."
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Si, pour la postérité, l'éclat de Parnyaltère sa propre renommée en focalisant les regards et les mémoires, Bertin n'en vouepas moins à son confrère une admiration sincère : "Maudit enchanteurquevous êtes", écrit Bertinqui, dans une lettre "À Monsieur le chevalier de Parny" du 4juin 1776, désespère depeindre deuxdivines beautés aussi gracieusementque son ami et maître :
Pourquoi des beauxjoursquejeperds Occupez-vous ma rêverie ? Vosplaisirs etvosjolisvers Me font mourir de jalousie.
Louant ainsi un concurrent du même âge que lui, qui s'illustre dans des formes poétiques semblables etversifie les sentiments élégiaques comparables,Bertin ne semble pourtant cesser de déclarer envers à Parnyune passion dont la constance le console peut-être des infidélités et des ingratitudes féminines :
Cher Parny! Tu le sais : rivauxet frères d'armes, Et dans tous les sentiers nous rencontrant toujours, Compagnons échappés auxfureurs de Neptune, Témoins de nos succès sans en êtrejaloux, Espoir, craintes, ennuis, plaisirs, gloire, fortune, Tout devint commun entre nous. Conformité d'âge et de goûts, Et d'esprit et de caractère, Resserra chaque jour une amitié si chère. ("Épilogue")
Rivalisant de compliments avec celui qu'il nomme "le 3 chantre brillant deCatilie" ("Coup d'œil sur Cythère" ), Parny n'est pas dupe des hommages répétés de ce "flatteur habile" ("A 4 M. le chevalier ddont l'œue Bertin") vre tout entière peut apparaître comme un monument élevé à leur amitié :
Crois-moi, la brillante couronne Dont tu flattes mavanité,
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C'est l'amitié qui me la donne 5 Sans l'aveu de lavérité. ("ÀBertin")
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C'est donc de bonne grâce que l'ancien monarque, autoproclamé puisvolontiers déchu, a ainsi abdiqué toutes ses prétentions sur ce royaume des lettres oùil est né le 10octobre 1752 à Sainte-Suzanne deBourbon et qui deviendra l'île de la Réunion en 1794. Son père, François-Jacques Bertin, est alors "commandant du quartier Sainte-Suzanne" et deviendra gouverneur de l'île de novembre 1753 à mars 1767.C'est toujours avec émotion queBertin se remémore ses premières années, passées notamment dans la propriété somptueuse du château de Gol appartenant à son parrain Antoine Des Forges-Boucher ancien gouverneur général des îles de France et de Bourbon d'août 1723 à décembre 1725 ; il se plaît également à rappeler la magnificence des paysages tropicauxet la splendeur luxueuse des décors qui ont enchanté son enfance :
Quej'aime encore, aprèsquinze ans d'absence, Ce Gol témoin des jeuxde mon enfance !
Sur lepenchant d'un fertile coteau (Il m'en souvient) s'élève le château ; L'art a mêlé, sous son riche portique, Legoût français au luxe asiatique ; Etj'admirais ces tapisprécieux Que brode en Perse un peuple industrieux, Ces fins tissus d'une écorce docile, Et cet émail transparent et fragile, Qu'au Fleuve-Jaune apétri le Chinois, Vases brillants, arrondis sous ses doigts. ("Épître à M. Des Forges-Boucher")
Suivant une tradition envigueur chezles riches familles insulaires, en 1761, le jeune Bertin, alors âge de neuf ans, est
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