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© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:978-2-296-11975-8 EAN:9782296119758
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Critiques Littéraires Collection dirigée par Maguy Albet
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Aux pĂšres et mĂšresdetous ordres
Aceuxqui ont luttĂ© et luttent dans et par l’écriture
INTRODUCTION Au commencement Ă©tait la lutte. Placer l'Ă©criture de LouisRenĂ© des ForĂȘts sous le signe de la lutte n'est pas le fruit d'une vĂ©ritĂ© thĂ©orique mais le rĂ©sultat d'une confrontation de plusieurs annĂ©es avec les textes. Sur un "livre de bord" 1 (O, TF, p.271) qui aurait narrĂ© notre premiĂšre approche de cette Ă©criture, on aurait pu lire : abordage difficile. Il fallut suivre le cours imprĂ©visible et insaisissable de la vie. Une reprise duBavardfut rĂ©vĂ©latrice de changements. La dĂ©couverte, la mĂȘme annĂ©e, de fragments d'Ostinatoet desPoĂšmes de Samuel Woodfut, cette fois, une Ă©piphanie. A la maniĂšre de des ForĂȘts parlant de sa premiĂšre lecture du poĂšte anglais GĂ©rard Manley Hopkins, nous pourrions 2 dire : "j'en ai subi un choc" . 3  Une "vĂ©ritĂ© de parole" s'en dĂ©gageait. Non une vĂ©ritĂ© thĂ©orique imposĂ©e mais une vĂ©ritĂ© d'expĂ©rience, celle donnĂ©e par un homme, Ă  la fin de sa vie, en un passage de siĂšcle et de millĂ©naire, sous une forme inachevĂ©e et fragmentĂ©e. Mais la prĂ©vention pessimiste qui pesait sur l'oeuvre a provoquĂ© cette premiĂšre question : que restetil comme salut possible ? Cette question fut le point d'origine de notre recherche. Un peu par dĂ©fi contre un sentiment dominant, par 4 dĂ©sir aussi de "risquer" un "sens" , "au nom d'une idĂ©e de la poĂ©sie comme 5 souci du salut et tentative pour changer la vie" . Nous plaçant ainsi en situation 6 de "transgression positive" , nous nous mĂźmes Ă  traquer les cellules de salut, 1 La liste des abrĂ©viations pour les Ɠuvres de LouisRenĂ© des ForĂȘts est reprise en fin de volume. 2 "Entretien avec JB Puech",Cahier LouisRenĂ© des ForĂȘts,n°6,7, Le Temps qu’il fait, Cognac, 1991, p.25. 3 Y. BONNEFOY,La VĂ©ritĂ© de parole, Le Mercure de France, 1988. 4 Y. BONNEFOY,PoĂšmes, PoĂ©sie/Gallimard, 1982, p.138. 5 J. THELOT,PoĂštique d’Yves Bonnefoy,GenĂšve, Droz, 1983, p.15. 6 M. FINCK,Yves Bonnefoy Le simple et le sens,JosĂ© Corti, Paris, 1989, p.12.
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lecture aprĂšs lecture, en rechercher, fragment aprĂšs fragment, les motifs. La formule du salut dansOstinatonous apparut sous la lumiĂšre d'une trinitĂ© : luciditĂ©, lutte, unitĂ©. Lepremier et le dernier motif mettaient Ă  jour une "face lĂ©preuse" (O, MF, p.97) etun "bien pur" (O, MF, p.21). La recherche "Ă  tĂątons" (PSW, p.7) des motifs de salut dans les fragments d’Ostinatonous avait conduit Ă  cette coexistence, nourrie par la critique, et consubstantielle Ă  l'Ă©criture de des ForĂȘts, de la luciditĂ© et de l'unitĂ©, de la face sombre et de la face claire, de la finitude et de l'ouvert, du nihilisme et de l'espoir. A leur croisĂ©e, le motif moteur de la lutte.  La conscience de cette coexistence plaçait en face d'une rĂ©alitĂ© conflictuelle incarnĂ©e dans le texte. Ce sont ces moments oĂč l'ĂȘtre d'Ostinato,armĂ© de son tempĂ©rament, de son Ă©nergie et de son expĂ©rience, assume sa luciditĂ© et entre dans une lutte qui devient comme sa "religion". Il s'Ă©lĂšve alors au rang de "hĂ©ros de lĂ©gende" (O, MF, p.36). Dans un style qui fait face, l'Ă©criture incarne ce corps Ă  corps, ce mot Ă  mot. Le hĂ©ros lutte, littĂ©rairement et littĂ©ralement. Il se bat, et se dĂ©bat, dĂ©sespĂ©rĂ©ment, mais ne cessera le combat que toutes forces Ă©teintes sans s'occuper ni des chances ni des issues. Seuls l'Ă©nergie, le mouvement et la force le maintiennent, non la probabilitĂ© d'aboutir. Le salut n'est plus alors dans une issue mais dans la lutte mĂȘme, au cƓur de sa contradiction assumĂ©e. Et l'analyse Ă©tymologique confirmait cette approche en mettant Ă  jour une riche source commune entre les deux termes de notre hypothĂšse, Ă©criture et lutte. Le verbe "Ă©crire" vient du latin scribere, luimĂȘme issu du grec graphein qui signifie proprement "creuser" : "les anciens Ă©crivaient en creusant des 1 tablettes de cire avec des stylets" . Et leDictionnaire historique de la langue 2 françaiseprĂ©cise la parentĂ© avec des termes indoeuropĂ©ens signifiant Ă©galement "gratter, inciser". Cet acte d'abord physique de l'Ă©criture renvoie aux premiers vers desPoĂšmes de Samuel Wood:"Ecoutezle qui grignote Ă  petit bruit" (PSW, p. 7) ; "Aussi se tientil voĂ»tĂ© sur un champ tout Ă©troit/Comme une bĂȘte creuse un trou" (PSW, p.8). L'Ă©criture est d'abord cet acte musculaire qui investit le corps du scribe aux prises avec la matiĂšre de la tablette, comme dĂ©jĂ  dans un corps Ă  corps. Et le mot lutte, issu du latin lucta, exprime justement ce combat corps Ă  corps dont le modĂšle originel est la lutte grĂ©co romaine. Ecrire et lutter renvoient donc tous deux Ă  des actes Ă©lĂ©mentaires, physiques et musculaires, dont il demeure en "maniĂšre de traces" (O, MF, p.15) cette inscription dans l'arĂšne et sur le support du combat.  L'Ă©tymologie morphologique confirme cette approche. En effet le mot Ă©criture s'est formĂ© Ă  partir du participe futur du verbe scribere: scriptura. Dans la grammaire latine, tout participe futur a nĂ©cessairement un sens actif, par 1Ăšme  P. LAROUSSE, article "Ă©crire",Grand dictionnaire universel du 19 siĂšcle, collection REDIVIVA, NĂźmes, 1990. 2 Article "Ă©crire",Dictionnaire historique de la langue française, sous la direction d’Alain REY, ed. LE ROBERT, Paris, 1995.
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