Permanence et variabilité dans le récit persan et arabe classique

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Les récits contenus dans cet ouvrage proviennent d'une matière narrative qui prend racine dans une culture de facture populaire. Elle a donc évolué longtemps sous le régime de la pure oralité. Ces textes ont donc subi un travail d'adaptation selon des critères élaborés dans une optique littéraire. Qu'est-ce à dire qu'analyser ce genre de textes pour y déceler les points de conjonction du permanent et du variable et mettre à découvert les indices d'oralité qui y subsistent et ne font qu'un ?
Publié le : lundi 15 février 2016
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EAN13 : 9782140001895
Nombre de pages : 200
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Bazzi
RachidBazzi
Permanence et variabilité dans le récit persanet arabe classique
Ap p r o c h e s li t t é r a i r e s
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© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07253-1 EAN : 9782343072531
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Permanence et variabilité dans le récit persan et arabe classique
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Approches littéraires Collection dirigée par Maguy Albet Dernières parutions Taïeb BERRADA,La figure de l’intrus, Représentations postcoloniales maghrébines, 2016 Magda IBRAHIM,Le personnage de Charlotte dans Le Testament français(1995) d’Andreï Makine, 2015. Claire CARLUT,Entre Poésie et Philosophie : l’œuvre de Christian Bobin, 2015. Jean-Philippe PETTINOTTO,À Marguerite Duras : L’écriture comme un fleuve asiatique, Représentation narrative de la vie familiale dans les œuvres de l’auteur, 2015. Petra KUBÍNYIOVÁ,À la recherche de l’identité dans l’œuvre de Frédérick Tristan, 2015. Ramona MIELUSEL,Langue, espace et (re)composition identitaire dans les œuvres de Mehdi Charef, Tony Gatlif et Farid Boudjellal, 2015. Rafik DARRAGI,Hédi Bouraoui. La parole autre. L’homme et l’œuvre, 2015. Youssef ABOUALI,Yasmina Khadra ou la recherche de la vérite,2013. Zohir EL MOSTAFA,Hommages à Driss Chraibi,2013. Mokhtar ATALLAH,Études littéraires algériennes, 2012. Sous la direction de Mokhtar ATALLAH, Le Culte du Moi dans la littérature francophone,2012. CALISTO,Lou Andreas-Salomé ou le paradoxe de l’écriture de soi,2012. Florence CHARRIER,Le Procès de l’excès chez Queneau et Bataille, 2012. Mansour DRAME,Poésie de la négritude, 2012. Mamadou Abdoulaye LY,La Théâtralité dans les romans d’André Malraux, 2012. Dominique VAL-ZIENTA, Les Misérables, l’Évangile selon “saint Hugo” ?, 2012.Yannick TORLINI,Ghérasim Luca, le poète de la voix, 2011.
Rachid Bazzi
Permanence et variabilité dans le récit persan et arabe classique
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Du même auteur Au-delà de l’oral et en deçà de l’écrit : les Mille et une nuits, L’Harmattan, 2008. Hélas sur le passé !Traduit de l’arabe, présenté et annoté, L’Harmattan, 2013. Âh ‘alâ mâ fât ! Hikâyât min ath-thurât l-maghribî, Rabat, Publications de la Faculté des lettres et sciences humaines, 2013.
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INTRODUCTION Les récits que nous examinerons dans les pages qui suivent proviennent d’une matière narrative que tous les indices concourent à indiquer qu’elle prend racine dans une culture de facture populaire et qu’elle a donc évolué longtemps sous un régime de pure oralité. Ils ont certes subi un travail d’adaptation selon des critères formels et théoriques élaborés dans une optique littéraire. Mais, aucun travail de remaniement, quelque soin qu’on y mette, ne saurait les dépouiller de leur substrat oral. Sous le texte, la voix Autrement dit, pour qu’un récit puisse se départir de son oralité, il ne suffit pas qu’il soit fixé par écrit ou adapté à une forme lettrée ; encore faut-il lui donner élaboration selon les pratiques narratives propres à l’écrit. Qu’est-ce à dire alors sinon qu’analyser ce genre de textes pour y déceler les points de conjonction du permanent et du variable et mettre à découvert les indices d’oralité qui y subsistent ne font qu’un ? Il en découle que pour nous le récit de tradition orale est un long et laborieux travail de restructuration, et la quête d’un équilibre qui reste perpétuellement hors de portée. Une sémantique de ce même récit, quelle que soit par ailleurs sa théorie de référence, doit en tenir compte, sous peine de le réduire à des catégories faciles à manier certes, mais qui restent propres au récit littéraire. En mettant ainsi en valeur le caractère rebelle de l’ora-lité et la force avec laquelle elle continue d’opérer en sous-main même dans les récits mis sous forme écrite, nous permettons à un certain nombre de perspectives de
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s’ouvrir devant notre recherche. Nous pensons, en premier lieu, à la nécessité de prendre en considération la situation 1 de performance , donc la présence du conteur et le rôle décisif qui revient à la transmission orale dans la forma-tion du récit populaire. Ceci porte à penser que deux tendances traversent le récit de tradition orale et doivent œuvrer de concert : le caractère collectif qui lui est inhérent de par son oralité et l’intervention d’un élément à caractère individuel, à savoir le sujet dont l’effort doit porter sur la diffusion vocale du récit et ne peut par là même qu’y intervenir. D’où l’intérêt de donner le pas à la notion d’emprunt, la seule qui se trouve à même de prendre en charge la composante col-lective du récit tout en soulignant le rôle crucial qui doit revenir au conteur. Emprunt et moindre effortPar ailleurs, bien qu’il soit le procédé le plus générateur de variabilité, l’emprunt est loin d’être arbitraire, tant il est vrai que le conteur ne choisit pas ses emprunts au petit bonheur. Tenu qu’il est d’étoffer son récit au fur et à mesure qu’il le raconte et de répondre le mieux possible aux attentes de son auditoire, le conteur de tradition orale se trouve dans la même situation que tout sujet parlant. De ce fait, il se doit de recourir au principe de moindre effort. À partir du moment où la faculté de créer se trouve ainsi réduite à sa plus simple expression, faire appel à la répétition et à la duplication des personnages, devient le 1 Dans le sens où l’entend Paul Zumthor : «Lorsquecommunicationet réception (ainsi que, de manière exceptionnelle, production)coïnci-dent dans le temps, on a une situation deperformance.» (La lettre et la voix :de la « littérature » médiévale, Paris, Ed. du Seuil, coll. «Poétique», 1987, p. 19).
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seul moyen dont dispose le conteur de meubler ses récits. Ce qui l’engage, on s’en doute bien, à faire des emprunts aux récits qui se trouvent déjà dans son répertoire et qui lui reviennent par association. Ceci dit, qu’elle trouve ancrage dans le moindre effort régissant la performance, n’empêche pas la permanence de participer d’un autre registre non moins déterminant. Le retour récurrent des mêmes personnages et les traits forcés qu’ils peuvent alors acquérir nous seront d’un grand secours pour présenter sous son vrai jour la culture d’oralité où ils évoluent. Le nombre restreint des person-nages, conjugué à leur consistance, peut faire office de procédé mnémotechnique et assurer alors, comme l’af-1 firme Walter J. Ong, la fixation dans la mémoire . De ce qui précède, il ressort que l’emprunt suppose un processus remémoratif de nature à faciliter le contact entre un récit dans un moment de son évolution, et celui qui s’avérera à même de le doter d’un nouvel élément et d’en élargir ce faisant la portée. Pour qu’il puisse aboutir, ce processus doit être régi par la similitude que le conteur peut déceler, au gré de ses associations et selon la fortune de son imagination, entre deux séquences relevant des deux récits en question. En s’appelant ainsi, les motifs facilitent les contami-nations des récits et l’apparition d’altérations à pro-fondeur variable. Ce qui ne veut pas dire, pour autant, que cette variabilité doit aller jusqu’au bout et amener des ruptures irréversibles. Il y va de la survie des personnages. Aussi, seuls les motifs qui se distinguent par leurs affinités peuvent-ils entrer en ligne de compte.
1 Retrouver la parole : introduction à l’histoire de la culture et de la religion, adaptation française par Barbara O’Connor et Jean-Philippe Fabien, Paris, Mame, 1971, p. 194.
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