Pierre Jean Jouve

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Cette étude se propose d'examiner la place occupée par la transtextualité biblique dans les discours romanesques de Pierre Jean Jouve, et notamment les enjeux littéraires que cette omniprésence des Écritures engendre. Parce que l'acte d'écriture lui permet à son tour de se faire créateur, l'auteur reprend à son compte des motifs et des symboles du texte sacré, pour mieux les adapter à son monde romanesque. La place laissée au lecteur atteste par ailleurs de la grande liberté que Pierre Jean Jouve accorde à ce dernier, même si l'écriture reste avant tout tournée vers la figure de l'auteur.
Publié le : mardi 15 novembre 2016
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EAN13 : 9782140023118
Nombre de pages : 248
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Dorothée CATOENCOOCHE
Pierre Jean Jouve
Transtextualité biblique et religion dans l’œuvre romanesque
PIERRE JEAN JOUVETRANSTEXTUALITÉ BIBLIQUEET RELIGION DANS LŒUVRE ROMANESQUE
Critiques littéraires Collection fondée par Maguy Albet Dernières parutions Alléby Serge Pacome MAMBO, Expériences du monde sensible dans la littérature. Description et procès de signification chez Claude Simon et Emmanuel Dongala, 2016. Ya WEN,Baudelaire et la nouvelle poésie chinoise, 2016. Christopher CAVALLO,Hervé Guibert : Formes du fantasme, 2016. Audrey OGES,Violences coloniales et écriture de la transgression : Étude des œuvres de Déwé Görödé et Chantal Spitz, 2016. Jihad BAHSOUN,Réécriture et création dansLa Migration des cœursde Maryse Condé, 2016. Khadija KHALIFE,Les autobiographies de Julien Green et de Michel Leiris. Approches thématique et générique,2015. Isabelle CHOL et Wafa GHORBEL,L’hétérogène dans les littératures de langue française, 2015. Amadou OUEDRAOGO,L’imaginaire dans l’esthétique romanesque de Jean-Marie Adiaffi, Une lecture de La carte d’identité, 2015. Irene IVANTCHEVA-MERJANSKA,Écrire dans la langue de l’autre. Assia Djebar et Julia Kristeva, 2015. Magali RENOUF,Surréalisme africain et surréalisme français, 2015. Hideki YOSHIZAWA,Pierre Drieu la Rochelle. Genèse de sa « voix » littéraire (1918-1927), 2015. Élodie Carine TANG,Le roman féminin francophone de la migration. Émergence et identité, 2015. Mamadou DAHMED,Le héros monstrueux. Une lecture psychanalytique du personnage romanesque de Stendhal, 2015. Aline LE BERRE,Théâtre allemand. Société, mythes et démythification,2015. Alya CHELLY-ZEMNI,Jean Giono. Du mal-être au salut artistique, 2015. Francis IMBERT,LireRosie Carpede Marie NDiaye, 2015.
Dorothée Catoen-Cooche Pierre Jean Jouve Transtextualité biblique et religion dans l’œuvre romanesqueL’HARMATTAN
© L’HARMATTAN, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Pariswww.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09946-0 EAN : 9782343099460
À mon papa, trop vite parti,
À Julien
et à Capucine
Introduction
« La littérature occidentale, à part de rares exceptions, ne s'occupe que des relations des hommes entre eux (rapports passionnels ou intellectuels, rapports de famille, de société, de classes sociales) mais jamais des rapports de l'individu avec lui-même 1 ou avec Dieu ».
Au cours du vingtième siècle, certains spécialistes et critiques, tel Claude Mauriac, dénoncent la longue tradition thématique qui imprègne la littérature occidentale depuis plusieurs siècles. Un constat est alors mis à jour : les sujets axés spécifiquement sur l’être, dans son individualité et sa particularité, semblent faire défaut. Un désir d'exploration de la conscience humaine se fait sentir : l'homme devient un objet de curiosité et doit être envisagé non plus dans son rapport aux autres mais précisément dans la relation, souvent équivoque, qu'il entretient avec lui-même. Après la Première Guerre Mondiale, l'essoufflement de cette tradition thématique, corroboré par une volonté de connaissance et de compréhension, permet donc l'émergence de problématiques nouvelles, davantage axées sur la nature humaine et, pour certains écrivains, sur les valeurs spirituelles qui l'animent : le mouvement centripète laisse progressivement place à une impulsion centrifuge qui se double parfois d'une extension verticale vers les sphères divines. Il est vrai que le premier conflit mondial a bouleversé tous les comportements : l'apparition de thèmes subjectifs (et subjectivisés) doit son essor à une forme spécifique de littérature, celle-là même qui relate la difficulté de la lutte armée et tend à exposer les problématiques de l'homme qui, dans son individualité, s'est trouvé confronté à des puissances guerrières face
1 Claude Mauriac,Introduction à une mystique de l'Enfer, Paris, Grasset, 1938, p. 18. 7
auxquelles il est demeuré impuissant. Les œuvres littéraires, à plus forte raison les discours romanesques, apparaissent alors comme autant de voyages singuliers au bout de l'horreur, l'ensemble étant relaté à travers l'intériorité d'une conscience pensante. Dans ce contexte marqué par la barbarie, certains artistes et écrivains partent en quête de valeurs nouvelles, ayant pour objectif d'atténuer les images cauchemardesques qui envahissent les romans de l'entre-deux-guerres. Ainsi Marcel Proust, à traversLa Recherche du temps perdu, illustre-t-il son désir de rendre la vérité à l'âme et inaugure, par ce biais, l'avènement d'un roman moderne aux accents poétiques. L'évolution du genre, moins formelle que thématique, permet aussi à certains auteurs de se tourner vers un approfondissement des valeurs spirituelles, potentiel échappatoire face à la cruauté humaine : le discours romanesque devient le support privilégié de réflexions, méditations et autres développements relatifs aux relations de l'homme avec lui-même, mais aussi et surtout avec Dieu. C'est ainsi qu'apparaît 2 le roman d'obédience catholique , à travers lequel s'illustrent des écrivains qui sont aujourd'hui passés à la postérité, tels François Mauriac, Georges Bernanos ou Julien Green. Si ces trois hommes de lettres sont ceux qui reviennent le plus souvent pour évoquer cette littérature spécifique, il en est d'autres, quelque peu marginalisés, qui demeurent cantonnés dans l'ombre à cause de la complexité ou de la dimension mystique trop marquée de leurs ouvrages : c'est par exemple le cas pour Marcel Jouhandeau, dont les écrits sont réputés hermétiques et peu accessibles. En marge de ces noms qui ont fait les heures de gloire d'une littérature tournée vers le catholicisme ou le mysticisme se trouve un écrivain inclassable (et inclassé, surtout à l'époque) qui inscrit ses œuvres dans une veine spirituelle tout en faisant un usage très personnalisé de l'écriture romanesque : Pierre Jean Jouve. Davantage connu pour sa poésie, cet artiste (qui a vu le jour à Arras en 1887 et est mort en 1976 à Paris) ne trouve encore aujourd'hui que rarement sa place dans les anthologies littéraires relatives aux romans. De son vivant, déjà, l’auteur ressentait cette difficulté de rattachement à tout groupe littéraire : « Je suis un
2  Parler, de façon catégorique, de « roman catholique » peut se révéler problématique car « il ne peut y avoir, au sens strict, de roman catholique ; un roman n'est pas une démonstration, il n'admet guère la volonté pour prouver ; en revanche un roman peut recevoir une lumière chrétienne, celle-là même qui embrase l'œuvre de Bernanos. » (Pierre de Boisdeffre,Métamorphose de la littérature [1]de Barrès à Malraux,Alsatia, Paris, 1950, p. 205). 8
3 opposant […] tout d'abord aux mœurs littéraires de mon temps ». Cette singularité, qui lui vaut une éviction volontaire à l'égard de ses pairs à partir des années 20, entraîne une solitude et un repli sur soi nécessaires, semble-t-il, à l'émergence d'une œuvre foisonnante et profonde, autant dans son fond que dans sa forme. Lorsque, en 1924, Pierre Jean Jouve s'attèle à l'écriture dePaulina 1880, l'artiste est loin d'être novice dans le domaine littéraire. Alors âgé de 37 ans, il a déjà beaucoup écrit et s'est illustré dans différents genres, notamment dans le théâtre (qui fut une grande source de désillusions autant pour l’homme que pour l’écrivain), le roman (La Rencontre dans le carrefouren 1911,Hôtel-Dieu, récits d’hôpital en 1918) et surtout dans la poésie. Parce que, jusque-là, l’auteur a tenté de se placer dans le sillage de collectifs littéraires déterminés, son art n'a pu prendre tout son essor : pour émerger, l'écriture jouvienne doit être dénuée de toute influence et, surtout, de toute règle prédéfinie. C'est pourquoi la notion, récurrente, de rupture, est susceptible de caractériser autant l'œuvre que la vie de l'artiste et demeure transversale à toute l'entreprise littéraire jouvienne : cette dernière doit être perçue comme une accumulation de phases dont chacune favorise l'évolution artistique et personnelle de l'écrivain. C’est précisément l'étape la plus déterminante de sa carrière qui est inaugurée par l'auteur de 1922 à 1925, puisqu'elle s'assimile en réalité à une renaissance dans plusieurs domaines. Sur le plan sentimental, tout d'abord, Pierre Jean Jouve cède à l'irrésistible tentation adultère qui le pousse vers Blanche Reverchon : les simples affinités nées de leur première rencontre, en 1921, se sont muées en un sentiment amoureux qui ne tarde pas à devenir passionnel. Parce qu'il n'y oppose qu'une résistance considérée 4 comme relative et jugée par beaucoup comme insuffisante , cette liaison devient la cause d'une rupture familiale, certes, mais également sociale : Pierre Jean Jouve voit avec douleur la plupart de ses amis et homologues s'éloigner. Sur un autre plan, ensuite, et sous l'impulsion de sa nouvelle épouse, l'artiste constate avec enthousiasme l'émergence d'un domaine inconnu, la psychanalyse. Celle-ci offre à
3  Interview accordée à Georges Piroué, « Pierre Jean Jouve ou l'incontrôlable incontrôlé », inMercure de France, n° 339, 1960, p. 175. 4  Nous renvoyons ici à l'ouvrage de Daniel Leuwers,Jouve avant Jouve ou la naissance d'un poète, Paris, Klincksieck, 1984 (spécifiquement les pages 202 à 215) et à celui, plus récent, de Béatrice Bonhomme,: la quêtePierre Jean Jouve intérieure, Paris, Aden, 2008 (pp. 76-77). 9
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