Place de l'hôtel de ville

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Malgré un deuxième mandat assez terne, Emile Jourdan est réélu en 1977. Au sein du conseil municipal comme dans toute la mairie, les hommes ont été renouvelés. Ces changements vont-ils donner un nouvel élan à l'action municipale ? L'auteur nous décrit les espoirs levés au début de ce troisième mandat et l'atmosphère de fin de règne qui marque la dernière année. En 1983, la gauche est battue. L'auteur est révoqué (il était, depuis 1978, secrétaire général adjoint) et nous décrit alors sa descente aux enfers.
Publié le : samedi 1 avril 2006
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EAN13 : 9782336259710
Nombre de pages : 372
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PLACE DE L'HÔTEL DE VILLE NÎMES 1965 -1984

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@ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00573-X EAN : 9782296005730

Claude Chaminas

PLACE DE L'HÔTEL DE VILLE NIMES 1965 - 1984
-111Le troisième mandat 1977 - 1983
-IVCette ville avait 2000 ans 1982 -1983

-VLes 1TIé1TIoiresd'un révoqué

1983 -1984

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- III

-

LE TROISIEME MANDAT: UN SURSAUT? 1977 - 1983

MARS 1977. LA GAUCHE GARDE LA MAIRIE

La France ne peut se passer d'élections. A peine les élections cantonales de mars 1976 étaient-elles terminées que déjà on commençait à se préoccuper des prochaines municipales de mars 1977. Pour les communistes gardois, l'enjeu était autrement plus considérable que les cantonales, puisqu'il s'agissait de conserver ou de perdre les grandes villes: Nîmes, Alès, Beaucaire, et si possible d'en gagner d'autres. A Nîmes, deux problèmes semblaient réglés d'avance: il y aurait une liste commune PC-PS plus divers gauche, et la tête de liste serait Emile Jourdan. En revanche, il y eut des discussions sur le nombre de représentants de chaque parti au sein de la liste, et sur l'appartenance politique du premier adjoint. Pour Nîmes, le nombre de conseillers municipaux passait de 37 à 41, mais le système électoral restait, comme pour toutes les grandes villes, le même: liste bloquée sans possibilité de panachage, avec nécessité d'avoir la majorité absolue (la moitié des voix plus une) au premier tour, et la majorité relative au second tour. Aucune fusion de listes ne pouvait intervenir entre les deux tours. Du fait de l'augmentation du nombre de conseillers, il y avait aussi augmentation du nombre des adjoints. Il y eut de longues discussions entre le parti communiste et le parti socialiste sur le nombre de candidats de chaque formation, et sur la place laissée aux autres. Le PS ne voulait à aucun prix d'une majorité absolue de sièges pour les communistes dans la liste d'union. Ces derniers, avec quelques raisons, rappelaient que les diverses élections sur Nîmes (cantonales, législatives ou européennes) leur accordaient en moyenne 63 % des voix de gauche. Donc, les communistes auraient dû être 25 ou 26 sur 41. Mais pour parvenir à l'union, ils étaient prêts à réduire ce nombre et à faire de la place à plusieurs personnalités non communistes. En définitive, les candidats communistes furent officiellement 20 sur 41. Comme en 1971, il y eut sur la liste, proposée par le PC, une personnalité non communiste: le docteur Jean Milhau. En réalité, celui-ci était secrètement membre du parti communiste. Au cours du mandat, le groupe communiste reçut le renfort de Daniel Cabouat qui adhéra au parti communiste. La deuxième discussion porta sur le premier adjoint. Le parti socialiste avait décidé unilatéralement à son congrès de Dijon que le premier adjoint dans une ville devait avoir la même coloration politique que le maire. C'était après tout logique, puisque le personnage est chargé de remplacer le maire quand celui-ci est absent. On a bien vu à Nîmes, au cours du premier mandat 9

d'Emile Jourdan comme au cours du second, que si le premier adjoint n'est pas du même parti que le maire, il ne peut pas réellement assumer un intérim. Le PC, au niveau national, s'accommoda donc de la décision du PS. A Nîmes, les socialistes eurent quelques velléités de demander pour eux le poste de premier adjoint, mais ils durent se rendre à l'évidence et se contenter du poste de deuxième adjoint. Ce qui ne les empêcha pas de renouveler leur demande six ans plus tard. En définitive, la liste d'union de la gauche présentée aux suffrages des Nîmoises et des Nîmois en 1977 comprenait vingt communistes plus une personnalité qu'ils avaient désignée (Jean Milhau), treize socialistes plus une personnalité qu'ils avaient désignée (Lucien Benoist), trois PSU, plus Daniel Cabouat, et -nouveauté- deux radicaux de gauche. La liste des candidats communistes était profondément renouvelée en apparence: onze anciens et neuf nouveaux. N'étaient plus présentés, outre les deux décédés (Dubois et Orand): Emile Bondurand, Gilberte Roca, Paule Alivon, Marcel Vernis, André Capelle. Marcel Vernis devait aller travailler au Grau-du-Roi, donc logiquement il n'avait plus sa place dans la liste. Emile Bondurand n'était pas dans la ligne, et on jugea en haut lieu qu'il ne fallait pas le représenter. Je ne suis pas fier d'avoir pris la parole contre lui dans ma réunion de cellule, suite aux conseils éclairés que m'avait donnés Michel Boissard, alors que Frida Dussaud, secrétaire du maire, prenait la défense de Bondurand. Celui-ci n'apprécia pas son éviction; il confia à une employée du service des festivités qu'il aurait fait volontiers un mandat de plus avec toujours la même délégation, celle des festivités et de la féria. Cela dit, j'ai toujours été et je suis encore ennemi de ceux qui rempilent dans les mandats électifs; mais si on devait appliquer ce principe à Bondurand qui avait été élu en 1965, on aurait dû l'appliquer aussi aux autres. En réalité, le renouvellement des communistes n'était pas si profond qu'il paraissait, car les postes importants allaient être confiés pour l'essentiel aux mêmes: René Astier, Maurice Fayet, Henri Gaillard, Robert Martin, sans oublier Emile Jourdan. Les neuf nouveaux communistes étaient (cf. Sept jours dans le Gard N° 200 du 21 au 27 février 1977) :

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A TTIA Colette, 31 ans, docteur en médecine

. . . . . . . .

LUPPI Thérèse, 42 ans, secrétaire FINIELS Yolande, 38 ans, employée P&T MARTIN Christiane, 22 ans, étudiante CLARY Alain, 39 ans, professeur ARNAUD Guy, 36 ans, technicien P&T CHAULET Jean, 37 ans, ouvrier SNCF FICARD Roger, 32 ans, infirmier, LAMOUROUX Claude, 26 ans, ouvrier SNCF 10

Le groupe communiste se féminisait: deux femmes partaient (Gilberte Roca et Paule Alivon), et quatre arrivaient: Colette Attia, Thérèse Luppi, Yolande Finiels, Christiane Martin. Les entreprises publiques se trouvaient renforcées: deux aux Postes et Télécommunications, et deux ouvriers SNCF. L'hôpital public avait perdu le très populaire Marcel Vernis, mais c'était compensé par l'arrivée de Roger Ficard. Le corps enseignant était stable: en moins André Capelle, en plus Alain Clary. Les deux benjamins de la liste étaient communistes: Christiane Martin (22 ans) et Claude Lamouroux (26 ans). La moyenne d'âge des nouveaux candidats communistes était faible: moins de trente-quatre ans. Le groupe comptait deux Martin: Robert et Christiane, qui n'avaient pas de lien de parenté. Mais cela ne dura pas, car Christiane se maria et devint Christiane Abate. La grosse lacune des nouveaux arrivant sur la liste était qu'on n'y trouvait personne travaillant comme salarié dans le secteur privé, et c'était aussi le cas des onze qui se trouvaient déjà élus au cours du deuxième mandat et qui étaient à nouveau présentés. Au cours d'une réunion des communistes, Bernard Deschamps qui était devenu premier secrétaire fédéral en janvier 1976 en remplacement de Robert Jonis, avait déploré que les plus défavorisés ne soient pas représentés dans la liste des communistes à Nîmes. Comparons avec les candidats communistes à Alès en 1977: sur les vingt-et-un noms, on trouvait huit ouvriers ou ouvriers d'usine, sans prendre en compte les ouvriers mineurs et les ouvriers SNCF. La liste des candidats socialistes était encore plus renouvelée. Plusieurs élus de 1965 n'étaient plus représentés: Gérard Viala, Jean Hugo, mais aussi Gaston Lessut. Pour faire partir ce dernier, celui qui voulait sa place d'adjoint spécial à Saint-Césaire et de délégué à la tauromachie, fit jeter par un employé municipal jusque dans les couloirs de I'hôtel de ville des tracts anonymes déclarant que Lessut était vieux et usé et qu'il devait prendre du repos. Ulcéré par le procédé, Gaston Lessut se retira, ce qui fit beaucoup de peine à son ami Emile Jourdan. Quelques mois plus tard, Gaston me confia que finalement cela faisait son bonheur car, à présent, il avait du temps libre et il n'avait plus de soucis. Le parti socialiste envoya aussi se reposer d'autres élus d'un âge vénérable: Pabion, Fouque, Madame Bédrin. A leur place, il présenta: le docteur Benfredj, bien connu dans les milieux pied-noir trois enseignants: Jacques Longuet, Yves Sigal et Robert Bérard1

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1) J'avais rencontré Robert Bérard peu de jours après mon arrivée à Nîmes, en mai ou juin 1969, en achetant une grande photo montée sur bois du nymphée du Jardin de la Fontaine, que je mis au mur de mon bureau à Nîmes, qui me suivit dans tous mes bureaux successifs, et que j'ai accrochée maintenant dans le couloir de la maison de famille de Rose

Il

deux personnalités éminentes du PS: Jean Matouk et Georgina Dufoix; Jean Matouk, professeur d'économie à Montpellier, était Nîmois de fraîche date, alors que Georgina était issue d'une vieille famille protestante nîmoise, la famille Nègre deux« banquiers» : Jean-Pierre Bonnes et Lucien Bernard un commercial: Richard Schwartz Indéniablement, la liste des candidats socialistes était considérablement rajeunie, à l'image d'un parti en pleine ascension, mais pas féminisée, puisque le départ d'une femme (Mme Bédrin), était compensé par l'arrivée d'une seule: Georgina Dufoix. Le cas le plus particulier, concernant les membres du parti socialiste, fut celui de Henry Toureille. Il était premier adjoint sortant. Mais puisque ce poste devait revenir au PC, Toureille ne pouvait qu'être rétrogradé. Ce qui se passa exactement au sein du parti socialiste, je l'ignore. Toujours est-il qu'Henry Toureille décida de ne pas se représenter. Il paraît que la lutte fut chaude au sein du PS pour le poste de deuxième adjoint, qui allait consacrer son titulaire comme le chef de file des socialistes nîmois si la liste d'union de la gauche était élue. Le bruit courut que, comme les socialistes n'arrivaient pas à se départager, il fallut recourir au tirage au sort. Et ce fut le nom de Joseph Alcon qui sortit. Celui-ci devint donc deuxième adjoint. Plusieurs années plus tard, sous le mandat Clary (1995-2001), Alcon me confia que l'épouse d'Henry Toureille avait refusé de le saluer au cours d'une cérémonie qui se tint en 1997 ou 1998 à la mairie. Alcon ajouta: - Je crois qu'elle me reproche l'éviction de son mari du poste de premier adjoint en 1977 ; or, je ne faisais qu'appliquer une décision nationale du PS qui disait que le premier adjoint devait être du même groupe politique que le maIre.

. . .

Le PSU n'avait plus que trois noms sur la liste: Masseguin, CompèreRoussey et Vigouroux. Daniel Cabouat, ex-PSU, restait sur la liste au titre de personnalité démocrate sincère. Le mouvement des radicaux de gauche faisait son entrée au conseil municipal avec deux places sur la liste: Jack Oriac et Jocelyne Pezet, qui fut appelée plus tard Pezet-Romieux. Où se déroulèrent les négociations entre partis politiques de gauche? Je ne sais. En tout cas pas en mairie, où je ne remarquai rien de particulier sur la préparation des élections municipales. Un de mes sujets d'étonnement, quand la liste des candidats communistes fut arrêtée, ce fut de constater qu'un élu communiste sortant, qui avait juré ses grands dieux en réunion du bureau municipal qu'il ne se représenterait pas, figurait tout de même sur la liste; et 12

pas seulement parce qu'on l'y avait fortement invité, c'est lui qui demanda expressément à être reconduit. Comme disait Alfred de Musset: « Il ne faut jurer de rien ». Lorsque la liste de gauche fut constituée et rendue publique, plusieurs candidats de cette liste pointèrent le bout de leur nez en mairie. Le lieu de ralliement des candidats était le minuscule bureau du directeur de cabinet du maire, Michel Boissard. C'est là que pour la première fois je croisai Georgina Dufoix. Pendant les dernières semaines précédant le premier tour, alors que la campagne électorale se déroulait en ville, le travail municipal se poursuivait intensément. Nous continuions à régler une foule de problèmes. Les commissions se réunissaient comme d'habitude. Le bureau municipal se tenait toujours les vendredis à 17 h. Il Y eut une réunion du «conseil municipal privé» le vendredi 25 février 1977, et une réunion publique du conseil municipal le vendredi 4 mars à 18 h. Seule la dernière semaine fut plus calme en malne. Le budget primitif 1977 de la commune de Nîmes fut voté au cours de la séance du conseil municipal du 4 mars. Comme à l'accoutumée, Emile Jourdan prononça, pour présenter le projet de budget, une allocution que je lui avais préparée. Le total des dépenses et des recettes s'élevait à près de 250 millions de francs. Dans mon texte, j'insistai sur le fait que Nîmes faisait partie des grandes villes les moins imposées de France (30èmerang des villes de plus de 100 000 habitants). Faisant allusion à l'élection prochaine, Emile Jourdan déclarait sous ma plume: « .. .il n'est pas sérieux dans la situation actuelle de promettre un peu tout et de dire qu'en même temps on n'augmentera pas les impôts. C'est pourtant ce que fait la liste de droite camouflée sous le masque de l'apolitisme, et opposée à la liste d'union de la gauche et des démocrates nîmois ». Le premier tour des élections municipales eut lieu dans toute la France le dimanche 13 mars 1977. Pour Nîmes, il n'y eut qu'un seul tour, puisque seulement deux listes s'affrontaient: celle de l'union de la gauche, avec Jourdan, Alcon, Masseguin, Oriac, et celle de la droite emmenée par l'ancien préfet du Gard Grollemund, baptisée Nîmes- Renouveau. Les résultats de ce tour unique furent les suivants: o o Liste E. Jourdan: 30 615 voix (54,60 %), contre 24 660 et 52 % au deuxième tour de 1971 (+ 2, 60 %) Liste Grollemund : 25 463 voix (45,40 %), contre 22 829 voix et 48 % au second tour de 1971 pour la liste Tondut.

13

En 1971, la différence en faveur de la gauche était de 1 831 voix, en 1977 elle passait à 5 152 voix. Le jugement du peuple était sans appel. Dans l'ensemble de la France, avec le premier puis le second tour des municipales, ce fut un raz-de-marée pour la gauche. Et cela malgré la polémique entre les' partis de gauche au sujet de l'actualisation du programme commun. Le parti socialiste gagnait de très nombreuses grandes villes, y compris dans des régions traditionnellement ancrées à droite: Valence, Nantes, Angers, Rennes, Brest... C'était lui le grand gagnant des municipales, mais les gains du parti communiste étaient également impressionnants: Béziers, Le Mans, SaintEtienne, Bourges, Reims, Châlons-sur-Marne... L 'Humanité publia en première page la photo des maires des sept plus grandes villes que le PC dirigeait désormais: Le Havre, Argenteuil, Saint-Etienne, Reims, Le Mans, Amiens, et bien sûr Nîmes avec la photo d'Emile Jourdan. En région parisienne, le PC gagnait même des villes situées en milieu bourgeois, comme par exemple la ville d'Antony dans les Hauts-de-Seine. Dans ces conditions, il était normal que Nîmes reste à gauche, mais il n'y avait pas lieu de pavoiser pour avoir conservé le chef-lieu de département du Gard. Un gain en pourcentage de 2,6 points, ce n'était pas extraordinaire, quand on examinait les gains de la gauche dans le pays. J'eus l'occasion de le dire à la plus prochaine réunion du comité de la section Nîmes-Est. Mais il y eut peu d'échos à mon propos, tant la victoire semblait belle. D'ailleurs, quand on osait critiquer la municipalité de Nîmes à direction communiste dans ce comité de section, Jean Chaulet, membre du secrétariat fédéral répliquait en déclarant: «La municipalité de Nîmes fait un bon travail ».

Le maire et les adjoints
Le nouveau conseil municipal fut convoqué pour le vendredi 18 mars 1977 en vue d'élire le maire et les adjoints. Cette fois-ci, on n'invita pas les majorettes, mais un groupe folklorique avec sa musique et ses « Arlésiennes ». Légalement, la séance devait être présidée par le doyen d'âge, qui se trouvait être Emile Jourdan, puisque les plus âgés (Gaston Lessut, Madame Bédrin) n'étaient plus élus. C'était un peu gênant de montrer que le doyen était le maire, bien qu'il fût encore jeune: étant né en 1914, il allait avoir soixante trois ans. La séance commença normalement sous la présidence de Jourdan qui, en tant que maire sortant, proclama élues les quarante et une personnes figurant sur la liste. Puis il passa la parole au vice-doyen d'âge qui était René Astier, adjoint au sport sortant. Celui-ci prononça un vibrant éloge d'Emile Jourdan, ce qui amena quelques larmes dans les yeux de celui-ci. Jourdan fut réélu maire et reprit la présidence de la réunion. Ensuite eurent lieu les 14

élections des adjoints. Leur nombre augmentait, puisque celui des conseillers municipaux était passé de trente-sept à quarante et un. La Ville de Nîmes avait droit désormais à treize adjoints: neuf adjoints réglementaires et quatre adjoints supplémentaires. La loi obligeait le conseil municipal à voter une délibération s'il voulait porter le nombre d'adjoints au maire de neuf à treize. Au niveau des responsabilités, il n'y avait aucune différence entre réglementaires et supplémentaires. Furent élus:
Adjoints réglementaires:

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1er adjoint: Robert Jonis (PC)
2ème« 3ème« 4ème« 5ème« 6ème« 7ème« Sème« gème« : Joseph Alcon (PS) : Jacques Compère-Roussey : Cyprien Jullian (PS) : Robert Martin (PC) : Colette Attia (PC) : Richard Schwartz (PS) : Maurice Fayet (PC) : Léon Benfredj (PS) (PSU)

Adjoints supplémentaires: . 10èmeadjoint: Henri Gaillard (PC)

.
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.

Il ème «

: René Astier (PC)
: Robert Bérard (PS) : Guy Arnaud (PC)

12ème « 13ème «

Le conseil municipal décida de maintenir deux postes d'adjoint spécial, l'un à Courbessac et l'autre à Saint-Césaire. Furent élus: . adjoint spécial à Courbessac : Ismaël Testanière (PC) . adjoint spécial à Saint-Césaire: Léon Liautard (PS) Fernand Vigouroux fut réélu au poste de rapporteur général du budget. Le parti communiste avait donc sept adjoints au maire, le parti socialiste cinq, le parti socialiste unifié un seul, puisque Masseguin, bien que présent sur la liste n'était plus adjoint. Le mouvement des radicaux de gauche n'en avait aucun. Aux réunions du bureau municipal, où étaient censées se prendre les décisions les plus importantes, il allait y avoir beaucoup plus de monde qu'aux précédents mandats: - le maire - les 13 adjoints - les 2 adjoints spéciaux - le rapporteur général du budget 15

- le représentant du mouvement des radicaux de gauche (Oriac) - Lucien Benoist, qualifié de démocrate sincère
- le secrétaire général et le secrétaire général adjoint - le directeur général des services techniques Total: vingt-deux personnes. Rappelons que la même instance réunissait en 1965 quatorze personnes, et dix-huit en 1971. Parmi les élus communistes membres du bureau municipal, on notait à la fois le maintien de tous les anciens et l'arrivée des nouveaux. Les anciens de 1965 étaient: Emile Jourdan, Robert Martin, Maurice Fayet, Henri Gaillard, René Astier, Ismaël Testanière. Jonis était un ancien de 1965, mais n'était adjoint que depuis 1971. En fait, son action entre 1971 et 1977 avait été plus due à son influence qu'à sa délégation à la jeunesse où il ne se passa presque rien, et à sa délégation à l'administration générale prise en cours de route où il se passa fort peu de choses. Les nouveaux adjoints communistes étaient aussi des nouveaux membres du conseil municipal de 1977 : Colette Attia et Guy Arnaud. Avec Colette Attia, une femme devenait adjointe au maire, une femme allait assister aux réunions du bureau municipal. Du côté des socialistes, le renouvellement des membres du bureau municipal était considérable. Seul Cyprien Jullian était déjà adjoint en 1965. Joseph Alcon était conseiller municipal délégué en 1971, il se retrouvait deuxième adjoint cette fois. Léon Liautard était un élu de 1971, avec une délégation importante de 1974 à 1977 (le personnel) ; il était à présent adjoint spécial à Saint-Césaire, avec une délégation très importante dans une ville comme Nîmes: la tauromachie. Les trois autres adjoints socialistes étaient des « petits» nouveaux de 1977: Richard Schwartz, Léon Benfredj et Robert Bérard. Au parti socialiste unifié (PSU), le seul adjoint qui lui restait était le troisième adjoint, Compère-Roussey, qui était déjà adjoint au maire en 1965. La composition sociale du conseil municipal était sensiblement modifiée. Le groupe socio- professionnelle plus nombreux devenait celui du secteur public marchand (SNCF, Postes & Télécommunications, EDF) avec neuf représentants, dont huit dans le groupe communiste. Les enseignants restaient nombreux: huit, dont un de l'enseignement supérieur (Jean Matouk). Les médecins étaient en force: quatre (deux communistes, un socialiste, un PSU). Les banques et les assurances avaient aussi quatre représentants. Deux artisans faisaient leur entrée au conseil municipal, les deux membres du MRG: Jack Oriac et Jocelyne Pezet. La liste des délégations était la suivante:

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Adjoints . Robert Jonis : administration générale, sécurité . Joseph Alcon: voirie, éclairage public, circulation, transports urbains . Jacques Compère-Roussey : urbanisme, environnement, écologie . Cyprien Jullian : affaires culturelles . Robert Martin: finances, services concédés, achats . Colette Attia : jeunesse, enfance (crèches, centres aérés, loisirs de I' enfant)

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. . . . .
scolaires

Richard Schwartz: foires et marchés, contentieux, halles, taxis Maurice Fayet : eau-assainissement, espaces verts Léon Benfredj : affaires sociales Henri Gaillard: bâtiments, relations publiques René Astier : sports Robert Bérard: instruction publique 1er et 2nd degrés, bâtiments

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Guy Arnaud: personnel, informatique

Adjoints spéciaux: . Léon Liautard : Saint-Césaire, Clos des Galines, tauromachie . Ismaël Testanière: Courbessac, Mas-de-Mingue, lecture publique, bibliothèque Conseillers municipaux . Paulette Alexis: crèches, haltes-garderies . Lucien Benoist: enseignement supérieur . Lucien Bernard: état-civil, mariages . Jean-Pierre Bonnes: logement, rénovation urbaine, SERNI . Renée Desch: délégation sans signature, sous l'autorité de Joseph Alcon: autobus . Georgina Dufoix : animation culturelle . Wladimir Guiu : festivités . Claude Lamouroux : état-civil, mariages . Jacques Longuet: restauration scolaire . Jean Matouk : expansion économique et emploi . Jean Milhau : bureau d'hygiène, laboratoire . Jack Oriac : commerce, artisanat, professions libérales et PME . Yves Sigal: jumelages . Fernand Vigouroux : immigration

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Au total, vingt-sept personnes avaient une délégation Ge ne compte pas les deux conseillers municipaux délégués à l'état-civil et aux mariages), chiffre qui me parut considérable. Mais c'était loin du chiffre qui fut atteint en 1983 sous la première municipalité Bousquet: quarante et un (ce qui avait peu d'importance avec un maire et un secrétaire général tout puissants), et sous la municipalité Clary (1995-2001) : trente-sept.

Quelques aspects relatifs aux délégations. Robert Jonis (PC) avait la délégation à la sécurité (dont les sapeurspompiers), mais surtout celle de l'administration générale. Et de plus il était premier adjoint. Et il fut élu président du groupe communiste. C'était capital pour faire avancer les réformes indispensables, et il avait bien l'intention de les faire avancer. Guy Arnaud (PC) prenait la délégation au personnel, plus l'informatique. Lui aussi avait la ferme intention d'amener des réformes dans cette grosse machine dont il avait un aperçu des errements par sa femme Jacqueline, par les bruits de couloirs et par moi. Dans le domaine de la culture, trois délégations apparaissaient: . les affaires culturelles avec Cyprien Jullian (PS) qui conservait tout ce qu'il avait eu de 1965 à 1977, moins les deux attributions qui allaient aux deux élus suivants . la bibliothèque et la lecture publique qui revenaient à Ismaël Testanière (PC) . l'animation culturelle (délégation symbolique) qui revenait à Georgina Dufoix (PS). Jullian se plaignit auprès de la conservatrice de la bibliothèque municipale: «Les communistes ont voulu récupérer la délégation aux bibliothèques et à la lecture publique ». Il n'apprécia pas non plus que Georgina vînt marcher sur ses plates-bandes et il s'opposa à la plupart des projets de celle-ci. Il l'appelait dédaigneusement « Madame Cent mille francs », parce qu'un crédit de ce montant figurait dans le budget municipal pour l'animation culturelle, ce qui était effectivement bien peu. Lorsque, en octobre 1978, je fus nommé secrétaire général de la mairie, on peut dire que le parti communiste détenait tous les postes-clés de la mairie: . le maire . le premier adjoint

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les délégations à l'administration générale, au personnel, aux finances, aux bâtiments (sans les bâtiments scolaires) . le secrétaire général En revanche, le PC possédait peu de délégations en prise directe avec les besoins de la population. Dans cette rubrique, il avait une partie des travaux publics, les centres aérés, les crèches l, la lecture publique, le sport. Les secteurs qui lui échappaient étaient: la circulation, les transports en commun, l'essentiel des affaires culturelles, les foires et marchés, le social, l'enseignement, les cantines scolaires, la rénovation urbaine, l'urbanisme. Les secteurs-clés semblaient donner une force incroyable au PC, ils furent pourtant sa faiblesse. Dès à présent, on peut donner une appréciation sommaire sur le travail des élus délégués. Tous les communistes travaillèrent courageusement et avec compétence. Ils eurent parfois le tort de ne pas animer une réflexion collective et de trop gérer le quotidien. De ce fait, ils n'eurent pas à leur actif de grandes réalisations qui dépendaient de décisions collectives et d'importantes inscriptions budgétaires. Les élus socialistes étaient d'une autre trempe que ceux du deuxième mandat. Ils étaient à l'image d'un parti profondément rénové depuis le congrès d'Epinay en 1971. A deux ou trois exceptions près, ils s'occupèrent fort bien de leurs délégations. Ceux qui méritèrent une note au-dessous de la moyenne agirent soit par incompétence, soit pour « ne pas travailler pour le roi de Prusse », c'est-à-dire pour le maire. L'un d'eux le déclara carrément en petit comité, mais cela arriva à nos oreilles: - Vous ne voudriez pas, aurait-il dit, que je réalise la cuisine centrale au profit du parti communiste, pour que ce soit Emile Jourdan qui l'inaugure!

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Les élus s'installent
Pour l'heure, le nouveau conseil municipal avait à s'installer. Le lendemain de l'élection du maire et des adjoints, le samedi 19 mars 1977 à Il heures, les élus déposèrent une gerbe au monument aux morts du square Mourier, près de l'Esplanade. Sur la photo publiée par Midi Libre, on voit dixhuit hommes et deux femmes en train de se recueillir. Au premier rang, on remarque Emile Jourdan, entouré à sa droite par Robert Jonis et à sa gauche par Joseph Alcon. Dans le groupe, on ne voit pas Compère-Roussey ni Masseguin. J'avais déjà remarqué que ce dernier ne venait jamais aux
1) Avec une seule crèche municipale en 1977, le conseil municipal faisait plaisir à soixante familles seulement. En 1983, il rendait service à cent vingt familles avec deux crèches: c'était bien peu.

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cérémonies commémoratives. Je lui en demandai la raison. Il me répondit que c'était un principe chez lui de ne pas participer à ce genre de manifestations. Sur la photo de Midi Libre, au dernier rang, on remarque le secrétaire général et le secrétaire général adjoint de la mairie, côte à côte. Un de mes camarades, employé municipal, me dit tout le plaisir qu'il avait eu à voir ces deux fonctionnaires presque la main dans la main. Les bureaux pour les adjoints furent répartis plutôt mal que bien, car la mairie n'était plus extensible. Robert Jonis prit le bureau du premier adjoint, précédemment occupé par Henry Toureille. Il hésita à s'y installer, mais Michel Boissard insista pour qu'il l'occupe, comme les premiers adjoints avant lui. Guy Arnaud demanda à Henry Gaillard de lui céder son bureau situé complètement au fond du couloir des adjoints avec une fenêtre donnant sur la rue de la trésorerie, car il avait une porte double, et il valait mieux qu'on n'entendît pas dans le couloir des conversations qui pouvaient être très personnelles. Henri Gaillard prit un bureau qui donnait dans la cour sordide dite de l'informatique. Tous les élus délégués n'eurent pas un bureau, il s'en fallait de beaucoup. Quelques-uns partagèrent un bureau à deux. Une des premières décisions que prirent les nouveaux élus, avec l'accord de Guy Arnaud, fut celle d'affecter un(e) secrétaire à chaque adjoint. Cela fut fait en un instant. J'étais ulcéré. On n'avait pas demandé leur avis aux secrétaires généraux, on n'avait pas négocié avec eux le « statut» interne de ces personnels, on n'avait pas calculé le coût annuel. Il fut décidé que le ou la secrétaire serait affecté( e) dans le service correspondant à la délégation de l'adjoint; exemple: la secrétaire de René Astier était affectée dans le service des sports. C'était inacceptable pour les secrétaires généraux, et il leur fallut l'accepter. Quand les secrétaires généraux réclamaient du personnel pour faire tourner la machine municipale, on ne les écoutait pas, on ne discutait pas avec eux. Lorsque des postes étaient créés à la demande des secrétaires généraux ou des chefs de service, c'était après des années de réclamations insistantes. Et là, d'un seul coup, douze postes de secrétaires étaient créés. Un seul élu ne voulut pas de secrétaire: Robert Martin. Toujours délégué aux finances, il se devait de donner l'exemple de la rigueur, et il le donna. Décidément, les rapports élus/secrétaires généraux commençaient bien mal sous ce troisième mandat. Il n'en fut heureusement pas toujours ainsi entre 1977 et 1983, mais sur ce point le mandat se termina comme il avait commencé. Il faut cependant souligner que les nouveaux élus socialistes et radicaux faisaient preuve d'une grande courtoisie envers les secrétaires généraux qui n'y étaient pas habitués. Richard Schwartz eut du mal à croire que ces deux hauts fonctionnaires municipaux fussent tenus à l'écart de telle ou telle prise de décision. 20

Une deuxième réunion du conseil municipal fut convoquée une semaine plus tard, le vendredi 25 mars à 18 h 30. Il s'agissait de répartir les élus dans les commissions municipales et extra-municipales créées par le conseil municipal, dans les établissements publics dépendant de la mairie (BAS, caisse des écoles, crédit municipal), dans les conseils d'administration de la SERNI et du centre hospitalier, dans les comités syndicaux des quelques syndicats intercommunaux auxquels la Ville de Nîmes était adhérente, et dans une foule de commissions officielles, la plupart inutiles et dont plusieurs ne se réunissaient presque jamais. Il fallut aussi renouveler les deux conseillers régionaux auxquels la Ville avait droit: furent élus Robert Jonis (PC) et Jean Matouk (PS). Le dossier concernant l'ensemble de ces désignations me sembla fort mal ficelé administrativement, aussi demandai-je à la chef du bureau du secrétariat général de tenir une chemise concernant ces désignations, et d'y noter tous les détails, tous les petits problèmes, plus les modifications qui interviendraient au cours des six ans à venir, afin de mieux régler ces questions à la prochaine échéance, soit en 1983. Avant la séance du 25 mars, à 17 h, tous les chefs de service étaient convoqués afin d'être présentés aux membres du conseil municipal, et viceversa. Nous avions obtenu du maire que ce face-à-face se tienne officiellement. TI aurait été normal que la présentation des élus aux chefs de service fût faite par le maire, et que la présentation des chefs de service aux élus le fût par le secrétaire général. Cela aurait marqué symboliquement la présence de deux directions dans la mairie: une direction politique avec le maire, une direction administrative exercée par le secrétaire général qui, lui, était sous les ordres du maire. Mais voilà, le secrétaire général était aphone. Comment faire? Je proposai à Emile Jourdan que ce soit moi qui présente les chefs de service aux élus. Jourdan m'écouta et ne dit rien. Le 25 mars, quand il fallut passer à la présentation des chefs de service, ce fut le maire qui accomplit cette formalité, avec parfois quelques hésitations sur le nom ou la fonction. La cérémonie se clôtura, comme toujours en France, par un apéritif. La réunion du bureau municipal s'appelait toujours réunion de la municipalité. J'avais proposé à Emile Jourdan de changer son nom et de l'appeler bureau municipal, comme cela se faisait dans les villes communistes (et sans doute dans les autres) de la région parisienne. Jourdan s'y opposa formellement, il ne voulut pas changer, me déclarant même:

- Je

suis un conservateur.

Lors des premières réunions de ce que je continue dans mes mémoires à appeler bureau municipal, le maire présenta un rapport sur le fonctionnement de la mairie, sur le travail des élus, sur les rapports entre les élus et les chefs de service. C'est moi qui avais écrit ce texte. Il fut apprécié par les membres du bureau municipal, qui décidèrent de le diffuser à tous les élus et à tous les chefs de service. Je m'empressai d'exécuter cette décision. 21

LES DEBUTS DU MANDAT

Le baptême républicain de Nicolas
Après les élections municipales de mars 1977, et après les formalités d'installation du nouveau conseil municipal, Michel et Anne-Marie Boissard demandèrent à Emile Jourdan de célébrer le baptême républicain de leur fils Nicolas, né en juin de l'année précédente. C'était une cérémonie oubliée en mairie de Nîmes. Michel Boissard m'avait demandé ce que je pensais de ce genre de baptême, et je lui avais répondu que ça ne rimait à rien. Malgré cela, il me proposa d'être le parrain républicain de son fils, ce que j'acceptai. La marraine fut Marine Corraze, devenue secrétaire générale de la mairie du Blanc-Mesnil en Seine-Saint-Denis. La cérémonie se déroula dans la salle des mariages de l'hôtel de ville. Dans son discours, Emile Jourdan adressa des compliments bien sentis à son directeur de cabinet. On peut penser que pour une fois, ce n'était pas Michel Boissard qui avait préparé le discours du maire. Après la cérémonie, un lunch réunit les invités dans la maison des parents d'Anne-Marie. Quelques-uns s'y retrouvèrent dix-neuf ans plus tard pour arroser les vingt ans de Nicolas, comme le dit la chanson.

Avec les nouveaux élus
La mise au courant des nouveaux élus est une lourde tâche pour les secrétaires généraux. Chacun des nouveaux a plein de questions à leur poser, importantes ou secondaires. Au cours des premières semaines de ce troisième mandat, j'ai reçu Guy Arnaud, Colette Attia, Jack Oriac, Robert Bérard, Wladimir Guiu (ancien élu mais nouveau délégué aux festivités en remplacement d'Emile Bondurand), Léon Benfredj, Thérèse Luppi, Georgina Dufoix, Jean Milhau, Ismaël Testanière (ancien élu, mais nouveau délégué à la lecture publique). .. Il fallait aussi que je prépare les changements dans l'administration. Pour cela, j'eus de nombreux entretiens avec Robert Jonis et Guy Arnaud, car c'est avec leur appui et leur soutien que l'administration pourrait avancer et essayer de rattraper son retard. Réciproquement, ces deux élus n'avaient pas le choix: pour promouvoir des réformes en profondeur, ils ne pouvaient compter que sur moi. Guy Arnaud commença à avoir des réunions sur les questions de personnels avec le secrétaire général (mais celui-ci ne vint pour ainsi dire 23

jamais), le secrétaire général adjoint et le directeur administratif chargé du personnel. Un jour, abordant le problème du travail des femmes de service qui exercent dans les écoles et les cantines, Guy Arnaud rappela que leur temps de travail devait être le même que celui des autres employés municipaux, soit quarante heures par semaine. Or, depuis des années, des décisions, des habitudes, des laisser-aller avaient donné à ces personnels des temps de travail compressés et des vacances élastiques. Rien n'était clair, rien n'était officiel. Guy Arnaud décréta qu'une note de service devait rappeler leur temps de travail, et qu'un chef de service pouvait la signer, car ce n'était pas une décision incombant aux élus. Sans trop réfléchir, je rédigeai une note, la signai en l'absence du secrétaire général, et la fis diffuser par le chef de service. On comprend aisément que cette note, qui remettait en cause des habitudes, fut fort mal accueillie par les personnels concernés. En même temps, Robert Bérard, qui ignorait l'existence et donc le contenu de cette note, organisa une réunion des femmes de service dans la salle du conseil municipal. Il avait je ne sais plus quelles consignes à leur donner. En 1977, comme en 1971, comme en 1965, puis plus tard en 1995, les élus municipaux de Nîmes ne purent s'empêcher de jouer aux chefs de service. Mais le jour de la réunion entre les femmes de service et Robert Bérard, celui-ci eut un aperçu de ce qu'il en coûtait de jouer à ce petit jeu: ce fut un beau charivari; Robert Bérard, qui ne comprenait pas ce qui se passait, eut le plus grand mal à placer quelques phrases. La réforme de l'administration municipale passait inévitablement par une implication personnelle du premier des fonctionnaires de la mairie, donc par le secrétaire général. C'était une condition nécessaire bien que non suffisante. Né en juillet 1912, le secrétaire général allait atteindre la limite d'âge, c'est-à-dire soixante-cinq ans dans l'été 1977. On s'attendait tous les jours à ce qu'il présente au maire sa lettre de demande de mise à la retraite. Or, rien ne se produisait. Ayant eu trois enfants, le secrétaire général avait la possibilité de solliciter son maintien en activité une année de plus. Mais ce n'était pas un droit, c'était une possibilité qui pouvait lui être refusée si l'autorité compétente - le maire - jugeait qu'il n'était plus apte à accomplir ses fonctions. De toute façon, il devait présenter au maire une demande écrite. J'informai Emile Jourdan de l'obligation qu'avait le secrétaire général d'effectuer par écrit cette requête, et de la latitude qu'avait le maire de lui refuser une année supplémentaire. Comme d'habitude, lorsqu'une question le gênait, Emile Jourdan ne me dit rien. Mais au moins il était au courant. A ma connaissance, le secrétaire général de la mairie ne présenta jamais de lettre au maIre.

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Des incidents et des « corvées »
De plus en plus, c'est moi qui faisais le travail et supportais tous les ennuis inhérents à la fonction de secrétaire généraL Après l'élection du nouveau conseil municipal en mars 1977, deux incidents se produisirent sur Nîmes, qui mobilisèrent élus et fonctionnaires municipaux. A la fin avril, en soirée, un trou apparut sur la chaussée de l'avenue du Général-Leclerc, à hauteur des numéros 10, 12 et 14. Sous cette voie passe le canal de la fontaine qui amène les eaux au Vistre dans la plaine. On s'aperçut alors que les murs de façade des maisons situées en face du trou étaient bâtis sur du vide. Il fallut faire évacuer d'urgence ces maisons. Je me souviens être allé vers 20 h rendre visite à la dame qui tenait un kiosque sur le boulevard Amiral-Courbet pour lui dire de ne pas rentrer chez elle ce soir-là. Puis, en juin 1977, trois wagons-citernes se renversèrent sur les voies de chemin de fer du côté du Chemin-bas-d' Avignon. Ils contenaient un produit chimique, l'acétate de vinyle. L'un des wagons avait une fuite, et le liquide qui s'en échappait risquait de polluer l'atmosphère et également la nappe phréatique. Dans ce cas, il faut prendre des mesures techniques qui sont du ressort à la fois de la SNCF, du propriétaire des wagons (Rhône-Poulenc) et des sapeurs-pompiers; il faut prendre des arrêtés d'interdiction de la circulation aux abords qui mettent en œuvre les services municipaux et la police d'Etat; il faut mettre en garde la population contre la pollution de la nappe, et pour cela interdire «la consommation et l'utilisation pour tous usages de l'eau provenant des puits et forages aménagés dans cette zone» (cf. Midi Libre du 16 juin 1977); il faut donner les bonnes informations à la population afin d'éviter la panique. Cela met beaucoup de monde à contribution. Nous eûmes de la chance, car «les conditions atmosphériques ont contribué à assainir la situation, puisqu'il n'a pas fait une chaleur excessive, et qu'il n'y eut pas de vent assez fort pour emporter les vapeurs sur les maisons environnantes» (cf. Midi Libre du 16juin 1977). Les fonctions de secrétaire général et de secrétaire général adjoint sont multiples et imprévues. Il en en arrive de toutes sortes. Ainsi, quand le maire répugne à accomplir une tâche pour une raison idéologique, il arrive qu'il en charge un haut fonctionnaire. Emile Jourdan fut sollicité, en juin 1978, par le consul général d'Afrique du Sud à Marseille, qui tenait absolument à le rencontrer. C'était l'époque de l' « apartheid, qui est un régime de ségrégation systématique des gens de couleur appliqué en Afrique du Sud jusqu'en 1994» (cf. le Petit Larousse illustré). Ce pays était alors très isolé sur le plan international, et je présume que ses représentants à l'étranger étaient chargés d'expliquer que l'Afrique du Sud était le meilleur pays de l'Afrique pour tous ses habitants. Ne voulant pas recevoir le consul, Emile Jourdan me l'envoya. 25

Je le reçus le 15 juin 1978. C'était un homme jeune, charmant, posé, qui me décrivit l'Afrique du Sud sous les plus riantes couleurs. Il insista sur le fait que ce pays ressemblait beaucoup au Sud de la France, et que d'ailleurs il était peuplé en partie de descendants de Huguenots cévenols qui avaient fui les persécutions de Louis XIV et de ses successeurs, et qui étaient arrivés dans le Sud de l'Afrique après un passage par les Pays-Bas. En Afrique, ils cultivaient la vigne comme leurs ancêtres l'avaient cultivée dans le Gard, et ils venaient souvent dans notre département pour rechercher leurs racines. Sans doute satisfait de mon accueil, le consul me fit parvenir régulièrement en mairie la revue en français éditée par son pays. Je ne pris pas garde au devenir des numéros que je recevais, et un jour je les retrouvai sur la table installée dans le bureau de mon secrétariat où on posait un peu de littérature pour les gens qui attendaient que je les reçoive. Quand je m'en aperçus, je demandai à mes secrétaires de faire disparaître ces revues, quelle qu'en soit la qualité esthétique. Je peux encore citer une occasion où Emile Jourdan me délégua pour une tâche qui avait fort peu de liens avec ma fonction. C'était au moment où la Grèce fut admise dans la Communauté européenne, donc en 1981. L'association dite Maison de l'Europe, dont les locaux se trouvaient sur la place du Château, avait organisé un lunch pour célébrer l'entrée de la Grèce dans la Communauté, et avait pour cela invité notamment le député-maire de Nîmes. Emile Jourdan, opposé à l'Europe et à son élargissement comme la direction du parti communiste, se fit représenter par le secrétaire général de la mairie que j'étais. Ce fut une soirée fort agréable, car après avoir entendu quelques prises de parole, je dégustai la rétsina et les hors-d'œuvre grecs qui avaient été préparés pour les invités. Le même genre de « corvée» agréable me fut plus tard « infligé» par Alain Clary et Alain Fabre-Pujol, respectivement maire et maire-adjoint de Nîmes de 1995 à 2001. Ils avaient été invités à la visite de l'appartementtémoin de la résidence Villa Roma, jouxtant le jardin de la fontaine. Comme tous deux avaient milité dans l'opposition contre cette réalisation qui était proche des vestiges romains du Temple de Diane, ils n'avaient pas voulu la cautionner une fois parvenus à la tête de la mairie. Ils m'avaient envoyé à la cérémonie, en compagnie de Jean-Claude Deleuze qui était alors sous mes ordres directeur chargé de l'urbanisme à la mairie. Tous deux, nous avons pu apprécier la qualité de l'appartement-témoin, et la vue imprenable qu'on y avait sur le jardin et sur le Temple de Diane. Et en outre, nous nous sommes régalés des petits fours salés et sucrés qui étaient servis aux personnes présentes

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Le projet de nouvelle bibliothèque Ne croyons pas que la présence à des lunches soit le lot quotidien et le seul travail des hauts fonctionnaires de la mairie. En 1977, à peine le conseil municipal élu et les délégations réparties, je m'impliquai profondément dans un projet important: la construction d'une nouvelle bibliothèque centrale pour remplacer la très vétuste bibliothèque Séguier située dans la Grand-rue. Le nouvel adjoint délégué, Ismaël Testanière, voulait avancer vite dans ce dossier qui avait trop tardé. Avec Françoise Cotton, conservateur de la bibliothèque, nous n'avions pas attendu les élections, puisque nous avions créé un groupe de travail bibliothèque, dont je vois sur mon agenda une réunion le jeudi 6 janvier 1977 de 9 h à Il h. Avec Testanière, nous pûmes accélérer le travail préparatoire. Le vendredi 13 mai 1977, Françoise Cotton, Testanière et moi, nous nous rendîmes à Paris. Le matin à 10 h, nous fûmes reçus à la direction du livre afin de nous faire préciser les possibilités d'obtenir une subvention de l'Etat pour la construction de la bibliothèque. L'après-midi, nous allâmes visiter la moderne bibliothèque municipale de Montreuil-sous-Bois, un des grands fiefs du parti communiste. D'autres visites furent organisées: la bibliothèque municipale d'Arles le mardi Il octobre, celle de la ville nouvelle de Grenoble-Echirolles le jeudi 22 décembre 1977, et nous en profitâmes pour visiter la nouvelle mairie de Grenoble, sous la conduite de Henri Rive, secrétaire général de la mairie que je voyais souvent aux réunions de la CGT à Paris. La réflexion continua à Nîmes sur le projet. Une première question se posait: quelle serait la nature de cette bibliothèque? Dans notre esprit, ce devait être un établissement central qui rayonnerait sur un réseau de bibliothèques de quartier. A partir de là, une deuxième question devait avoir une réponse: où la construire? Il fallait trouver un terrain suffisamment vaste, bien accessible par les transports en commun et par les véhicules individuels. Mais puisque ce serait une bibliothèque rayonnant sur l'ensemble de la ville, il n'était pas nécessaire qu'elle soit située au centre ville. Nous trouvions que déjà trop d'équipements culturels étaient concentrés dans l' «Ecusson». Puisque nous en avions la possibilité, nous avons décidé de sortir la nouvelle bibliothèque du centre et de l'installer dans le quartier qui nous semblait le plus démuni: la ZUP-Nord. C'était une décision courageuse qui ne pouvait pas faire l'unanimité. Nous eûmes contre nous quelques vieux érudits respectables, tel Maître Roger, ancien premier adjoint d'Edgar Tailhades, qui nous dit que ce serait une profonde erreur. Nous lui avions expliqué que sans doute il pourrait continuer à fréquenter la Grand-rue, car les locaux actuels deviendraient une antenne de la bibliothèque centrale. Nous eûmes aussi contre nous une partie du personnel, y compris des adhérents du parti 27

communiste, qui ne pouvait pas imaginer d'aller travailler ailleurs que dans l' «Ecusson». Ce n'était pas la première fois qu'une administration décidait d'installer son siège en ZUP. Ainsi, la direction départementale de l'équipement et la mutualité sociale agricole s'étaient implantées dans ces quartiers neufs. En revanche, la direction départementale de l'action sanitaire et sociale refusa de s'expatrier et tint à rester près du centre, à l'est du boulevard Jean Jaurès.

Autres projets L'année 1977 fut consacrée à plusieurs visites. Comme il était sérieusement question de construire une nouvelle mairie, il fallait visiter des hôtels de ville récemment construits. Le 10 novembre, une délégation de Nîmes se rendit à Vénissieux et à Vaulx-en-Velin dans le Rhône, deux municipalités communistes. Emile Jourdan était venu, il conduisait sa voiture municipale et emmenait Joseph Alcon. Tout au long de l'autoroute, Emile roula à 160 kmIh, sûr de son impunité de parlementaire. Pendant le trajet, les deux élus se disputèrent sur les problèmes politiques du moment qui tournaient autour de l'actualisation du programme commun, sur les divergences entre le PC et le PS. Chacun défendit le point de vue de son parti. Derrière eux, je conduisais ma voiture personnelle, une Peugeot 504 familiale, dans laquelle j'emmenai des collègues de la mairieI. De derrière, nous voyions avec un peu d'inquiétude Jourdan rouler à 160 kmIh tout en faisant des grands gestes. Ma voiture eut bien du mal à tenir le rythme. La boîte de vitesse chauffait, et à un moment j'eus la plus grande peine à passer les vitesses. A Vénissieux, après la visite des locaux, la mairie nous offrit l'apéritif. Emile Jourdan était intrigué, car parmi les personnes de la mairie qui nous recevait, quelqu'un ressemblait étrangement au député-maire Marcel HoueI que Jourdan voyait souvent à l'Assemblée. Ce n'était pourtant pas le député-maire, c'était son frère, qui était le chauffeur personnel de Marcel HoueI. Comme il y avait aussi à Nîmes un projet de nouvelle caserne des pompiers, des visites d'élus et de fonctionnaires eurent lieu. Par exemple, le 15 novembre nous avons visité les nouvelles casernes d'Antibes et de Cannes, et le 15 décembre celle d' Aix-en-Provence. Il fallait aussi faire avancer un projet important, celui de la gare routière et du parking attenant. L'idée de cet ensemble avait été lancée sous le précédent mandat par Maurice Fayet (PC) qui avait la circulation dans ses
1) Ordre de mission du 9 novembre 1977 concernant Claude Chaminas, Henri Alteirac, Guy GeUy et Gilbert Hugues, autorisant un déplacement en voiture pour la visite de la mairie de Vaulx-en-Velin (Rhône).

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délégations. Fayet avait en outre trouvé le bon emplacement: derrière la gare SNCF, à la pointe du triangle entre le boulevard Natoire et l'avenue GénéralLeclerc. Mais à présent, l'adjoint délégué à la circulation était Joseph Alcon (PS), qui entendait bien être le réalisateur de cet équipement. L'affaire vint en réunion de bureau municipal afin de décider qui, de Fayet ou d'Alcon, devait porter ce projet sur les fonds baptismaux. Fayet avait pour lui l'argument sentimental: « C'est mon projet, c'est moi qui l'ai conçu», et Alcon avait pour lui le droit: «C'est moi l'adjoint délégué à la circulation, or ce projet relève bien de la circulation ». Il ne fut pas possible de les départager sans qu'il y ait des dégâts dans le groupe communiste ou entre les groupes communiste et socialiste. Emile Jourdan rendit alors un jugement de Salomon qui mit tout le monde d'accord: un groupe de travail suivra ce projet, il y aura dans ce groupe Fayet et Alcon, et ce groupe sera présidé par le secrétaire général de la mairie. C'était une première: un groupe de travail élus-fonctionnaires présidé par un fonctionnaire. J'étais devenu secrétaire général, et j'ai donc présidé le groupe de travail, qui fit un travail efficace, avec des réunions courtes mais d'où il sortait quelque chose (dixit Mariette Lapierre, qui était chef du bureau de l'administration générale). Des quatre projets évoqués précédemment: la nouvelle bibliothèque, la nouvelle mairie, la nouvelle caserne des sapeurs-pompiers, la gare routière avec son parking, seuls les deux derniers ont été réalisés comme ils étaient prévus, mais seuls les travaux de la nouvelle caserne ont commencé sous le troisième mandat. La nouvelle bibliothèque fut intégrée dans un projet complètement différent par Jean Bousquet: la médiathèque de Carré d'Art. Le parking de la gare routière fut démoli en 2002, suite à la construction du parking de la gare. Il avait vécu quinze ans.

Le groupe communiste
Du côté du groupe communiste, le travail commença sur des chapeaux de roue. Une réunion du groupe eut lieu le 20 avril 1977 à 18 h 30 au Prolè. Dix-huit élus étaient présents, plus trois secrétaires de section, plus Michel Boissard et moi. Le rapport fut présenté par Robert Jonis. C'est sans doute au cours de cette réunion que Jonis fut élu président du groupe, puisque je ne trouve pas trace dans mes papiers de réunion du groupe avant ce 20 avril. Les décisions suivantes y furent prises: - réunion du groupe le premier jeudi de chaque mois - prochaines réunions du groupe le jeudi 5 mai à 20 h 45 sur la nouvelle mairie, puis le jeudi 2 juin à 20 h 45 sur l'information.

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Le 5 mai, dix-sept élus étaient présents. Le document de deux pages fourni par Henri Gaillard rappelait la situation actuelle au niveau des locaux des services municipaux: éclatement des services entre 1'hôtel de ville, la rue Godin, l'orangeraie (en fait l'orangerie, près du jardin de la fontaine), la place Hubert Rouger (service des sports), les locaux de la SERNI (route de Sommières) qui abritaient le GEM, la Grandrue le faible nombre d'antennes dans les quartiers sauf Courbessac, Saint-Césaire et prochainement la ZUP-sud les problèmes posés par l'hôtel de ville: vétusté, entretien onéreux, insuffisance des locaux en nombre, inadaptation des locaux, accès et stationnement difficiles, sécurité impossible à assurer. Le document rappelait les études faites de 1971 à 1976 pour rechercher des terrains, élaborer «une méthode de travail posant comme priorité l'étude de la réorganisation des services municipaux », et prenant en compte l'élément nouveau qu'avaient constitué d'une part l'achat des locaux de la rue Godin et d'autre part les études sur l'utilisation de l'emplacement de l'ancien théâtre. Ensuite étaient abordées les possibilités d'utilisation de cet emplacement: deux niveaux de parking en souterrain (230 places), 8 000 mètres carrés de plancher (sans les parkings) contre 4 000 m2 à l'hôtel de ville, hauteur maximale sur l'arrière à 23,70 m et à 16,70 m en façade avec conservation de la colonnade de l'ancien théâtre, avec une contrainte: porter à 15,70 m minimum la largeur de la rue Racine. Puis le document proposait une présentation du dossier, une méthode de travail et une évaluation du coût: six milliards d'anciens francs (soit soixante millions de francs, un peu moins de dix millions d'euros). Et enfin, Henri Gaillard concluait par la nécessité de prendre rapidement une décision de principe et de ne pas commencer les travaux après 1979.

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La réunion du groupe prévue le 2 juin se tint en réalité le 9 juin 1977 à 20 h 45. Elle fut précédée le même jour par une réunion du maire et des adjoints communistes qui se tint dans le bureau du maire. Il y eut dix-sept présents. A l'ordre du jour figuraient: les problèmes de l'urbanisme, du plan d'occupation des sols, et ceux de la SERNI. Deux documents importants furent préalablement distribués: - l'un, non daté, mais sur lequel j'ai inscrit « reçu le 8-6-77 », qui a reçu une signature manuscrite indéchiffrable, a pour titre « P.O.S de la Z.D.P. » - l'autre, daté de « Nîmes-9 juin 1977 » ne comporte aucune signature. Au sommaire: l'urbanisme, les sociétés d'économie mixte, la S.E.R.N.!., la Z.D.P. de Nîmes-Pissevin. 30

Vraisemblablement, ces deux documents ont été écrits par les collaborateurs de la société ORGECO, peut-être aidés par quelques communistes travaillant à la SERNI. Le document daté du 9 juin 1977 comporte des références à des textes de Roland Leroy, de Georges Marchais, du programme commun, on y évoque le CME, autrement dit le capitalisme monopoliste d'Etat, stade encore plus suprême du capitalisme que L'impérialisme, stade suprême du capitalisme, décrit par Lénine en 1917. Ces deux documents sont des textes très politiques. La réunion du groupe qui se tint le même soir avait à l'ordre du jour les « problèmes des relations publiques et de l'information» (rapporteur Henri Gaillard). On y aborda aussi: . Nîmes Olympique (rapporteur René Astier) . L'emploi (rapporteur Robert Jonis) . Les comités de quartier (rapporteur Robert Jonis) . Le festival POP (rapporteur Robert Jonis) Le groupe communiste se réunit à nouveau le jeudi 16 juin 1977 à 18 h 30 au Pro lé, avec à l'ordre du jour : « Problèmes relatifs à ORGECO ». Aucun rapporteur n'est désigné dans la convocation. Au total, entre le début du mandat (avril 1977) et la mort de Robert Jonis (avril 1982), le groupe communiste s'est réuni au moins trente fois, soit avec l'ensemble du groupe, soit avec les adjoints communistes plus les secrétaires de sections et le secrétaire général de la mairie ou d'autres collaborateurs communistes. Les sujets suivants étaient à l'ordre du jour : . la nouvelle mairie: 3 fois . l'urbanisme: 2 . le POS : 6 . l'îlot A ou îlot Littré: 2 . la SERNI : 2 . l'information, les relations publiques . les problèmes d'ORGECO . la patinoire . le budget: 6 . compte rendu de la réunion des élus communistes et républicains . l'administration municipale . organisation du travail du groupe: 2 . les problèmes de la santé (2 fois) et plus particulièrement la maison médicale (1 fois) . les problèmes de personnels . la gestion municipale: 2 31

la programmation des réalisations municipales restant à effectuer les plans de référence la gestion du théâtre municipal: 2 l'inscription sur les listes électorales l'examen de la situation politique et sociale en liaison avec nos tâches municipales: 2 . création du comité local pour l'emploi Les problèmes de l'urbanisme sont ceux qui ont été le plus souvent discutés, qu'ils soient apparus sous ce vocable, ou sous ceux du POS, de l'îlot Littré, de la SERNI, d'ORGECO. Ensuite apparaît le budget, puis la nouvelle maIrIe. Parfois, la réunion durait toute la journée, elle se tenait alors route de Beaucaire où on pouvait prendre un repas à midi. La réunion qui rassembla le plus de personnes fut celle du mercredi 5 novembre 1980 à 21 h, qui se tint dans les locaux de l'Enfance ouvrière nîmoise au grand air (EONAGA). y étaient convoqués: les membres du groupe communiste du conseil municipal de Nîmes, les membres des bureaux de sections de Nîmes, les membres du comité de ville, plus moi, même si mon nom n'apparaît pas dans la convocation. Elle avait à l'ordre du jour « l'inscription sur les listes électorales, et l'examen de la situation politique et sociale en liaison avec nos tâches municipales ». Elle fut précédée de peu par une réunion fort importante, qui se situait à la moitié du mandat municipal et qui se tint toute la journée du samedi 25 octobre 1980 de 9 h à 15 h dans les locaux des services des bâtiments, avec un ordre du jour chargé:

. . . . .

- les problèmes - le POS,

généraux de la gestion afin de déterminer les priorités en

matière d'investissements
la SERNI.

Au cours d'une réunion du groupe qui se situa avant l'élection présidentielle d' avril 1981, Robert Jonis tint les propos suivants: Cette élection sera difficile pour nous. Je vais vous raconter une anecdote qui doit nous amener à réfléchir. J'étais récemment au restaurant avec notamment Marcel Rosette!, le maire de Vitry-sur-Seine, président de l'association nationale des élus communistes et républicains. Nous avons engagé la conversation avec le garçon qui nous servait. Je lui ai présenté les responsables politiques communistes qui étaient autour de la table. Et nous avons parlé politique avec lui. Le garçon nous a alors déclaré: « Y en a marre de ce gouvernement, il faut que ça change; moi, aux prochaines présidentielles, je vais voter pour Coluche! }) (ce comédien avait réellement
1) Il est décédé en novembre 2005.

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envisagé de présenter sa candidature à l'élection présidentielle d'avril 1981 pour, disait-il « foutre la m ») Robert Jonis exhorta les élus communistes à faire la campagne électorale, à sortir de leur bureau, à être sur le terrain. Et il précisa que pendant ce temps-là la mairie continuerait à tourner, «puisque nous avons la chance d'avoir un secrétaire général de la mairie communiste ». J'étais fier de cette manifestation de confiance. Malheureusement, l'appel de Robert Jonis ne fut que partiellement entendu par les élus du groupe communiste, qui restèrent plus souvent dans leur bureau que dans la rue auprès des électeurs. Les lieux de réunion du groupe communiste étaient divers: . le cercle du prolétariat, rue Jean Reboul (le ProIe') la rue Porte de France (siège de la direction générale des services techniques) . le siège de la fédération communiste, 8 rue Enclos Rey . les services des bâtiments communaux, route de Beaucaire . les locaux de l'Enfance ouvrière nîmoise au grand air, place d'Assas Le groupe communiste perdit un de ses éléments en octobre 1977, en la personne de Roger Ficard qui décéda brutalement à l'âge de trente-deux ans. C'était un des plus jeunes du conseil municipal élu sept mois plus tôt. Il était infirmier au centre hospitalier de Nîmes. Je le connaissais bien, car il était membre du comité et du bureau de la section communiste de Nîmes-Est. Depuis plusieurs semaines, il était absent des réunions de ces organismes pour cause de déménagement. A la fin, lorsqu'on, évoquait son absence, on plaisantait en disant: «Il déménage », alors que son déménagement était terminé. Et à présent, le 28 octobre 1977, à 16 h 15, nous allâmes l'accompagner pour son dernier déménagement au cimetière protestant, situé sur la route d'Alès.

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la mairie: le bureau du maire ou la salle des commissions

Nos vacances en 1977 Revenons au deuxième trimestre 1977 après le renouvellement du conseil municipal. Pour moi, le mois de juin fut une période d'intense activité, car non seulement il y avait beaucoup de travail en mairie, mais de plus il fallait que je m'occupe de trois enfants: Anne-Claude, Fabien et Guy, car Rose était partie faire une cure à Gréoux-les-Bains, dans les Alpes-de-HauteProvence, avec Laure qui faisait aussi une cure. Dans la journée, les enfants étaient à l'école ou au centre aéré, mais le soir il fallait que je sois à la maison. 33

Donc, sauf exception, je n'allais plus aux réunions des commissions municipales après 18 h. Rose et moi, nous avons pris nos congés annuels de 1977 en juillet. Du 9 au 31 juillet, nous sommes allés en Corse, à Calvi, au Club olympique, avec les quatre enfants. Nous sommes partis de Nice le soir en bateau, pour arriver le matin à Calvi. Et nous sommes revenus à Nice après avoir pris le bateau à Bastia. De retour à Nice, Rose et les filles sont rentrées par le premier train à Nîmes, tandis que je restais avec Fabien (10 ans) et Guy (8 ans et demi) pour les embarquer l'après-midi dans le petit train des Pignes, qui allait les emmener à Digne, où leurs oncle et tante Jean et Pierrette devaient les récupérer pour les garder quelques jours chez eux à Marcoux. En Corse, outre les baignades, les jeux organisés par le Club olympique, et les excursions en car, nous avons assisté à l'incendie d'une partie de la pinède dans laquelle étaient construits les bungalows en bois où nous logions en bord de mer. Nous avons contemplé le ballet des avions Canadair qui faisaient le plein d'eau sous nos yeux dans la baie de Calvi, puis qui déchargeaient leur cargaison liquide sur la forêt en flammes. Nous avons même reçu de l'eau de mer tombée du ciel sur nos têtes.

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LES QUESTIONS DE PERSONNEL ET D'ORGANISATION

Guy Arnaud Pendant le mois d'août 1977, comme nous étions relativement tranquilles en mairie, j'eus de longues conversations avec Robert Jonis et Guy Arnaud, soit séparément, soit les deux ensemble, pour définir ce qui devait changer en mairie et comment y parvenir. Sur les questions de personnel, il y eut des entretiens entre Guy Arnaud, Fernand Patris et moi. Patris, qui était arrivé d'Algérie avant l'indépendance, était directeur administratif chargé notamment du gros morceau que représentait le personnel municipal. Lui aussi avait hâte que les choses changent dans le bon sens, et qu'enfin ce soit l'administration municipale (élus concernés et secrétaires généraux) qui décide sur les questions de personnel. Il y eut, le mercredi 17 août, une réunion JonisArnaud-Patris-Chaminas qui dura tout l'après-midi, et encore une autre le jeudi 25 après-midi. Guy Arnaud se mit au courant très rapidement sur les questions de personnel municipal. Il avait une puissance de travail assez impressionnante. Il continuait à travailler aux télécoms, et malgré cela il passait beaucoup de temps en mairie. Les réunions n'étaient pas toujours faciles avec lui, car il avait un caractère épouvantable. De plus, il fumait cigarette sur cigarette, et il fallait constamment aérer son bureau pour ne pas disparaître dans un brouillard de fumée. Mais avec lui, on avait la sensation que la situation évoluait rapidement. Il travaillait avec la commission municipale du personnel, composée d'élus représentant tous les groupes du conseil municipal, des secrétaires généraux et du directeur administratif chargé du personnel. A peu près toutes les questions importantes de personnel étaient soumises à cette commission. Celle-ci se réunissait souvent. De mars 1977 au 31 décembre de la même année, voici ses dates de réunions: . 7 avril . 20 avril . 16 mai . 19 septembre . 7 novembre . 21 novembre . 6 décembre . 12 décembre 35

Guy Arnaud travaillait aussi avec la commission paritaire composée par moitié de membres du conseil municipal, et pour l'autre moitié de membres élus par le personnel titulaire. Au début, son seul interlocuteur était Francis Bastide (Force ouvrière). A partir du renouvellement des commissions paritaires (le 2 juin 1977), il y eut aussi des élus CGT dans les groupes II, III et IV, car dorénavant ces élections eurent lieu à la proportionnelle. Force ouvrière ne conserva son monopole que dans le groupe I (les cadres A), car le nombre de délégués (deux) se prêtait mal au bon fonctionnement de la représentation proportionnelle. Donc, à partir de juin, les débats furent plus équilibrés entre l'administration d'une part, et les délégués du personnel de l'autre. Cela n'empêchait pas que ce soit Francis Bastide qui s'y retrouvait le mieux dans le lacis des textes concernant les employés municipaux.

L'organigraEnEne

Après mars 1977, j'avais convaincu Jonis et Arnaud de la nécessité de revoir fondamentalement l'organigramme des services municipaux, à commencer par la partie concernant les services administratifs et les services dits extérieurs, où nous avions pris plus de retard que dans les services techniques. J'avais préparé dans le plus grand secret un projet d'organigramme qui créait de nouvelles directions administratives et de nouveaux services pour répondre aux besoins. Cela devait se traduire par des créations de postes, donc des dépenses supplémentaires. Mais c'était absolument nécessaire. Cela permettait aussi de remettre de l'ordre dans la numérotation des services qui était assez embrouillée, et se prêtait mal à l'informatisation. Ainsi, dans la 1ère direction administrative, les services auraient les numéros Il, 12, 13, 14 ; dans la 2èmedirection, ils auraient les numéros 21, 22, 23... et ainsi de suite, alors qu'actuellement dans cette 2èmeils avaient les numéros 4, 5 et 7. Et cela permettrait enfin que les responsabilités hiérarchiques de chacun soient nettes et claires, et d'éviter que trop de services dits extérieurs soient rattachés sans raison aucune directement au secrétaire général, c'est-à-dire ne soient rattachés à personne, car un seul homme ne peut pas suivre dix à quinze services ou directions à la fois. J'avais travaillé sur ce projet d'organigramme comme on me l'avait appris dans les stages organisation et méthodes: sans avoir en tête des noms à mettre sur les postes qui seraient à pourvoir. J'avais travaillé uniquement en tenant compte des besoins et en essayant de regrouper rationnellement les services dans des directions administratives qui soient le plus homogènes possible. Il y avait cependant une exception à l'absence de nom pensé au préalable: dans le secteur du personnel, le service unique allait être scindé en

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trois services, et j'avais déjà une idée sur l'affectation future du chef de service actuel et sur le futur titulaire du futur service-clé du personnel, celui de la gestion des carrières et de la gestion de la commission paritaire. Pour l'heure, nous avions quatre directions administratives en mairie: les finances et les foires et marchés avec Francis Bastide, le personnel, les élections et l'état-civil avec Fernand Patris, l'enseignement et le périscolaire avec Odette Patti eu, et le sport avec Michel Constantial qui avait remplacé François Asensi. Il y avait en outre un directeur administratif chargé du centre de formation des apprentis, installé dans les locaux du lycée Dhuoda ; mais il n'était pas à la tête d'une véritable direction, il avait obtenu ce grade à titre personnel, suite à des manoeuvres au sujet desquelles le bénéficiaire m'avait assuré qu'il n'y était pour rien. Comme celui-ci allait bientôt partir à la retraite, cela ferait un poste de directeur administratif à récupérer pour financer une partie de la restructuration. Je proposai de passer à six directions: . 1èredirection finances: comptabilité, budget, foires et marchés

. .

2ème direction

population:

élections,

état-civil,

logement-

affaires sociales-rénovation urbaine, avec rattachement de trois services extérieurs: le laboratoire municipal, le bureau municipal d'hygiène, le corps des sapeurs-pompiers
3ème direction enfance: instruction publique, cantinesrestaurants

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scolaires, centres aérés-crèches, centre de formation des apprentis 4ème direction services généraux: affaires juridiques-

documentation, secrétariat général, administration relations publiques, gardes-champêtres et administratives
Sème direction personnel: formation et gestion

générale, enquêtes

du personnel,

pensions-paye-congés, affaires sociales du personnel, assistante sociale du personnel
6ème direction sports-jeunesse-affaires culturelles: sports et

jeunesse, centre Pablo Neruda, maison des jeunes André Malraux, service culturel, plus tous les services culturels extérieurs: musées d'art et monuments, musée d'histoire naturelle, école des beaux- arts, école de musique, bibliothèque municipale. Je proposai aussi de mettre sous l'autorité d'un seul fonctionnaire le service du plan-administratif et le service du plan-technique. C'était une vieille revendication des chefs de service qui n'avait pu se réaliser jusqu'ici. Ce regroupement devait se faire à l'intérieur des services techniques à qui on attribuait aussi autorité sur le GEM (le groupe d'études municipal). Le flou des rattachements concernant l'urbanisme amenait à des situations kafkaïennes pour certaines affaires. Qui était responsable en cas de problème? Qui devait 37

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