Pluralité culturelle dans le roman francophone

De
Publié par

Partant de l'hypothèse que l'altérité et l'identité sont deux notions qui donnent forme aux mécanismes internes des cultures, l'auteur se propose de montrer comment les différences identitaires s'inscrivent non seulement à l'intérieur de l'espace précolonial, mais aussi, sous des formes renouvelées, dans le lieu colonial et postcolonial. Par l'analyse ponctuelle de La mère du printemps, de L'aventure ambiguë, des Soleils des indépendances, de La répudiation et de L'Homme rompu, il se concentre surtout sur la marge comme lieu limitrophe et d'accueil qui porte déjà sa dynamique polyvalente.
Publié le : samedi 1 mai 2010
Lecture(s) : 26
Tags :
EAN13 : 9782296261228
Nombre de pages : 162
Prix de location à la page : 0,0087€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois
INTRODUCTION  Dans le domaine de la littérature francophone, la critique littéraire se penche la plupart du temps sur des analyses qui opposent une identité homogène des sociétés colonisées à une culture globale de l’Occident. Cette critique laisse malheureusement dans l’obscurité la marge culturelle et les différences identitaires qui s’inscrivent à l’intérieur des sociétés colonisées elles-mêmes. C’est cette lacune que je cherche à combler en m’interrogeant sur cinq œuvres francophones, à savoir,La mère du printempsDriss Chraïbi, de L’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane,Les soleils des indépendancesd’Ahmadou Kourouma,La répudiation de Rachid Boudjedra etL’homme rompude Tahar Ben Jelloun. Je m’appuie sur ces œuvres car les problématiques de l’identité et de la marginalisation y sont traitées par l’imaginaire littéraire de manière à provoquer de nouvelles pensées sur l’idée du caractère homogène de la culture.Penser la marge, c’est en effet la positionner par rapport à une majorité ou à une minorité puissante dont le pouvoir cherche à maintenir un ordre culturel établi. Je ne cherche pas cependant à reprendre les discours stéréotypés positionnant toujours l’Occident par rapport à l’autre, le colonisé. Ne voulant ni reprendre les idées culturelles énoncées par Lévi-Strauss dansTristes tropiques, ni prolonger le discours marxisant adopté par Todorov dansNous et les autres, ni faire mienne l’optique de Chinweizu dansToward the Decolonization of African Literature, je cherche à situer le sujet marginalisé à l’intérieur de sa propre société à un moment historique où il est appelé à confronter un renouveau culturel. En prêtant attention au discours sur la marginalisation, je m’efforce de dépasser des analyses des contacts des cultures traitées très souvent dans leurs dimensions oppositionnelles. Je cherche au contraire à considérer l’altérité et l’identité comme deux notions inséparables formant les noyaux mêmes de la culture d’une société.sont ces deux notions qui donnent Ce forme aux mécanismes internes des cultures et créent des changements nécessaires à tout épanouissement culturel. Je me
propose donc, à travers les cinq œuvres choisies, de relever le pouvoir régénérateur investi dans chaque culture et de voir comment les sujets marginalisés confrontent l’impératif du dépassement de l’identité culturelle.Partant de l’hypothèse que les conflits internes et les contacts sont des éléments inhérents à toute production culturelle, je cherche à montrer comment la marginalisation se produit non seulement dans l’espace précolonial mais aussi sous des formes renouvelées dans l’espace colonial et post indépendant. La capacité ou l’incapacité de se soustraire aux contraintes de la quête de toute pureté culturelle va constituer la base de mon analyse socioculturelle. Je vais donc situer chaque œuvre par rapport à la problématique du dépassement culturel. C’est cet “au-delà culturel” que Homi Bhabha dansThe Location of Cultureappelle “the third space” et qu’il considère comme la performance culturelle ayant pour première caractéristique la contestation et n’ayant pour lieu aucune fixité identitaire. En m’appuyant sur cette conception certes conflictuelle mais innovatrice en ce sens qu’elle montre le caractère régénérateur de chaque culture, je veux montrer comment le dynamisme sous-jacent à chaque culture se révèle par la capacité des sujets culturels à surmonter leur altérité par un effort d’ouverture.Mais, alors que Homi Bhabha, dansThe Location of Culture, montre clairement le caractère pluriel de tout espace culturel, je montre que les cinq œuvres sélectionnées problématisent davantage cette pluralité. DeLa mère du printemps etL’aventure ambiguë à L’homme rompuen passant parLes soleils des indépendancesetLa répudiation, le lecteur est confronté à des degrés variés de l’incapacité de la part des personnages principaux à accepter l’absence de toute pureté culturelle. Parmi les questions que je soulève au cours de mon analyse des cinq textes littéraires, les deux suivantes structurent mon investigation. La marge est-elle alors capable de s’épanouir quand elle se cantonne dans un passé référentiel qui donne crédibilité à sa culture se voulant désespérément pure ? Face à la puissance d’une culture conquérante, la culture marginalisée est-elle aussi en mesure de 8
résister aux vagues de disparition qui la menacent constamment ? Je me concentre surtout sur la marge comme lieu limitrophe, voire comme espace d’accueil, qui porte déjà sapropre altérité et est capable de révéler sa dynamique polyvalente. Toute politique qui pétrifie la culture n’est-elle pas alors conçue pour figer cet espace culturel essentiellement pluriel ? Pour pouvoir pourtant saisir la portée de la capacité de toute culture de s’épanouir, je vais considérer la culture en général comme étant dans un état de devenir perpétuel. C’est ce devenir que je montre par rapport à la marge culturelle dans sa volonté d’accueillir tout renouveau identitaire. C’est pourquoi, dans, une première phase, je désire me pencher davantage sur les vieilles conceptions de l’identité et de la culture. Je vais donc d’abord analyser et repenser la culture telle que la conçoit Claude Lévi-Strauss car, pour moi, toute définition de la culture entant que structure définie s’avère un discours pétrifiant qui néglige le caractère régénérateurde l’identité culturelle.Si Tzvetan Todorov, lui, révèle les idéologèmes sous-jacents à la culture occidentale par rapport à d’autres cultures marginalisées, son analyse d’inspiration marxiste reprend la même direction structurale définissant en bloc un “Nous” par rapport aux “Autres” comme si le “Nous” et les “Autres” ne portent pas en eux-mêmes leur propre altérité. Jemie Chinweizu et ses collaborateurs utilisent l’élimination des éléments culturels étrangers comme l’outil indispensable à la pureté homogène de la culture africaine, mais leur conception de la culture diffère de la mienne du fait de ma conception de la culture comme étant essentiellement la coexistence de différences identitaires. Selon moi, la culture se présente en fait comme une arène identitaire trouvant sa valeur à la fois dans sa propre pluralité et dans son dynamisme constant. C’est pourquoi je vais m’appuyer davantage sur les prémisses développées dans The Location of CultureHomi Bhabha. Contrairement à de Lévi-Strauss, à Todorov et à Chinweizu, Bhabha révèle les insuffisances de la conception de la culture comme un tout sans différences. Mais bien que Bhabha soit capital pour mon 9
analyse, je veux néanmoins dépasser la limite qu’il impose à sa théorie en confinant son concept de la pluralité de tout espace culturel à l’ère postindustrielle ou postcoloniale. Je vais démontrer par l’analyse ponctuelle des cinq œuvres littéraires choisies comment cette pluralité est un phénomène qui précède l’ère postcoloniale et postindustrielle.Je vais révéler cette pluralité à travers les conflits au sein du même espace culturel dans les cinq ouvrages littéraires retenus. Les conflits se traduisent en effet dans ces ouvrages par le désir d’une ouverture culturelle d’un côté et par la volonté de certains pouvoirs de maintenir une pureté identitaire de l’autre. Mais si le désir de situer l’identité par rapport à une pureté culturelle se révèle être la thématique sous-jacente aux cinq œuvres de mon analyse, chaque auteur, selon son imaginaire littéraire, pense néanmoins d’une façon différente cette thématique. Pour mieux montrer ces différences, j’ai donc regroupé les textes non seulement selon les années de publication mais aussi par rapport au moment historique traité diégétiquement par les auteurs. Après avoir discuté mon approche théorique dans le premier chapitre, j’analyserai, dans le deuxième chapitre,La mère du printemps (1982) de Driss Chraïbi etL’aventure ambiguëde Cheikh Hamidou (1961) Kane.L’histoire de la colonisation y est traitée non seulement par rapport à l’Occident mais aussi par rapport à la conquête islamique et aux guerres tribales africaines. Dans le troisième chapitre, j’examineLes soleils des indépendances (1970) d’Ahmadou Kourouma etLa répudiation (1969) de Rachid Boudjedra. Situées dans l’ère de la postindépendance, ces deux œuvres révèlent que le marginalisé est à la fois l’individu s’accrochant à un idéal culturel dépassé et inatteignable et le sujet refusant tous les discours politiques (historique et présent) au profit d’un moi romantique. Dans le quatrième chapitre, je me concentre surL’homme rompu(1994) de Tahar Ben Jelloun où le lecteur est confronté à un espace cosmopolite où les personnages sont constamment interpellés à participer à la culture de la corruption économique. Le marginalisé se révèle alors être, chez Tahar Ben Jelloun, comme le sujet n’ayant pas 10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.