Plus Oultre II

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Quatre ans après la sortie d'un premier volume de Mélanges offerts par les comparatistes à Daniel-Henri Pageaux, sort le deuxième volume consacré aux domaines ibériques et ibéro-américains qu'il a étudiés et sillonnés au long d'un demi-siècle. Le lecteur retrouvera dans la quarantaine d'études, coordonnées par Sobhi Habchi (CNRS/CRAL), les grandes orientations des recherches menées en terres ibériques par Daniel-Henri Pageaux (voyages, mythes, images, poétique comparée) dans un esprit constamment ouvert au dialogue entre les littératures et les cultures.
Publié le : mardi 1 novembre 2011
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EAN13 : 9782296474185
Nombre de pages : 518
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PlusOultreIIÉtudescoordonnéespar
SobhiHABCHI(CNRS,Paris)
PlusOultreII
Mélanges consacrés aux littératures ibériques
et ibéro-américaines
Offerts
à
Daniel-HenriPAGEAUX
PréfacedeSobhiHABCHI
PostfacedeÁlvaroManuelMACHADO
L’HarmattanDumêmeauteur
Sobhi Habchi aux Editons L’Harmattan
Plus Oultre, volume 1, 2007.
Dans la demeure de l’absent, 2000.
Au nomdu job, 1999.
Les noces de l’oubli, 1998.
Âge de guerre et autres Thrèmes (suivi de Mourir à la place de Dieu), 1997.
Le prophète Eros (suivi de Premières eternités), 1997.
©L’HARMATTAN,2011
5-7,ruedel’École-Polytechnique;75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56609-5
EAN : 9782296566095PRÉFACE
Lorsque le 6 décembre 2007, à la Sorbonne, à la Bibliothèque de Paris
III, à l’occasion de la remise à Daniel-Henri Pageaux du premier Plus Oultre,
dédié à la littérature générale et comparée, j’annonçais la mise en chantier de
Plus Oultre II consacré aux domaines ibériques, j’étais loin d’imaginer qu’un
retard considérable allait être pris. Retard dû à des circonstances, diverses et
multiples, qui ont été,je tiens plus que jamais à utiliser la formule d’usage,
indépendantes de ma volonté. Une preuve évidente, mais aussi émouvante, de
ceretardestlaprésencedansce volumedelacontribution(unedespremières,
il est vrai) qu’a donnée Tania Franco Carvalhal, disparue au début de l’été
2006, alors qu’elle était encore Présidente de l’Association Internationale de
Littérature Comparée (AILC), et qu’elle venait d’achever, en collaboration
avec D.-H. Pageaux, un numéro thématique de la Revue de Littérature
ComparéesurleBrésil.
Il faut cependant reconnaître que ce retard a finalement bien fait les
choses puisque la sortie fin 2011 de Plus Oultre II coïncide avec un
anniversaire hautement significatif à mes yeux. Àl’automne 1961, il ya tout
juste un demi-siècle…, D.-H. Pageaux, jeune agrégé d’espagnol – il vient
d’avoir vingt-deux ans et rejoint son premier poste au Lycée Poincaré de
Nancy – publiait ses premiers travaux: un résumé de son diplôme d’études
supérieures (l’ancêtre du master) consacré à «Voltaire en Espagne » et un
premier compte rendu à la Revue de Littérature Comparée portant sur un
thème franco-portugais. Rétrospectivement, on peut dire qu’il prenait
possession, sur la pointe des pieds, de deux domaines qu’il a su défendre et
illustrer pendant cinq décennies et qui, dans le même temps, n’ont cessé de
s’agrandiret de s’enrichir.Etj’invoque,sous l’autorité du maître et del’ami,
un éclectisme revendiqué haut et fort, un goût pour la variété ou plutôt,
commeilaimeàlerépéter,pourles «singularités multipliées ».
Dans ce demi-siècle que je viens d’évoquer, j’ose prélever quelques
décennies partagées, plus d’un quart de siècle, en remontant au début des
années 80 lorsqu’Etiemble qui avait accepté de diriger mon doctorat d’État
décida, pour cause de retraite et de santé, de me « confier à son jeune
collègue, Daniel-Henri Pageaux» en me disant : «Pageaux est un honnête
homme, homme d’éthique, mais aussi d’esthétique». J’ai donc côtoyé un
maître devenu ami et j’ose citer Montaigne, même s’il fautcomparer ce qui
est comparable (principe premier de la littérature comparée) parlant de son
ami La Boëtie: «Parce que c’était lui; parce que c’était moi » (Michel de
Montaigne, Essais,Livre I,chapitreXXVIII, «Del’amitié».Jesouhaiteque
ces mots ne paraissentpas exagérés: ils traduisentune situation, rare de nosjours, de complicité intellectuelle et l’esprit de nos échanges, en particulier
sur les poésies d’Orient et d’Occident qui sont pour moi un espace d’études,
de recherches, mais aussi de création. Ce qui m’autorise à passer de la
Gascogne, chère à D.-H. Pageaux, à l’Orient profond et de la Renaissanceau
e eVI et au X siècle pour retrouver le poète juif arabe As-Samawal Ibn
‘Adâyâ’ (mort vers 560 de notre ère) et après lui Al-Motanabbi (mort en
965), grand poète emblématique d’un temps de splendeur, vite évanouie,
mais aussi grand poète de tous lestemps. C’est As-Samawal, avant
AlMotanabbi, qui nous rappelle, en une sentence admirable et terrible, ce que
je voudrais dire à l’ami que nous honorons : «Rares sont les nobles d’esprit
sur terre et parmi nous /Inna al-kirâma qalîlu…».
Le souci d’être bref me pousse, ici, à ne pas revenir sur des travaux que
j’ai commentés dans Littératures et cultures en dialogue (L’Harmattan,
2007): un volume d’hommage personnel, en essayant de montrer comment
deuxorientationsdepensée,deuxprincipesderecherchessesont,à monsens,
très vite affirmés: d’une part, l’histoire culturelle, l’histoire des idées, un
certainpenchantpourlasynthèse et la vued’ensemble;d’autre part,la lecture
attentive de textes, un exercice exigeant par lequel D.-H. Pageaux souhaite, je
reprends sa formule, que «le trajet de lecture s’approche le plus possible du
projet d’écriture», offrant ainsi un exemple personnel de critique de
sympathie, de critique «recréante» (le néologisme est de lui). Une méthode
de lecture, une méthode, non une théorie plaquée, des chemins d’accès au
texte pour l’illuminer qui doivent beaucoup aux exemples stimulants qu’ont
été pour luiJean Rousset ou Jean Starobinski auxquels il a consacré de belles
pages dans son essai Les ailes des mots, critique littéraire et poétique de la
création(L’Harmattan,1994).
Au fil des années, D.-H. Pageaux s’est éloigné du Siècle des Lumières
qui fut son premier champ d’action. Il est revenu aux classiques du Siècle
d’Or qui avaient accompagné d’un peu trop près des années d’apprentissage
qu’il a évoquées dans des entretiens que j’ai suscités et organisés (Les nuits
carnutes, Jean Maisonneuve, 1999). Il a revisité, comme l’on dit, Sainte
Thérèse, Cervantès, Tirso. Il a composé une Histoire de la littérature
espagnole (Ellipses, 2002) dont les dimensions ont été pour lui un défi
stimulant. Il a largement exploré la production poétique et romanesque du
Portugal (la Génération de 70), les relationsluso-françaises, ce qui lui a valu
d’être élu membre correspondant de l’Académie des sciences de Lisbonne ;
il a exploré aussi le roman latino-américain (Carpentier, Amado, Sábato,
Fuentes…), et le roman philippin et son illustre représentant, José Rizal,
enfin les poètes espagnols contemporains. Ce sont là des avancées
successives, des élargissements progressifs qui justifient amplement la
devisequisertàfédérerleshommagesquiluisontadressés:«Plusoultre».
Le regard quelque peu étranger, éloigné, que je porte sur ces champs de
recherchesm’amènecependantàformuler,àpartirderéférencesetdecadres
de penséequi sont aussi ceux de ma petitepatrielibanaise (ou le
Mont6Liban), laquelle a été longtemps un modèle pour les dialogues entre cultures
(je reprends des mots que D.-H.Pageaux aime à répéter), une hypothèse ou
une ligne de synthèsesurun ensemble de travaux quej’ai tenu àfaire figurer
en annexe. Pleinement ibérique, par l’attention accordée aux lettres et aux
cultures hispaniques comme aux cultures d’expression portugaise, la pensée
comparatiste, critique et enmême temps créatrice de D.-H. Pageaux, a voulu
et su articuler très vite espaces méditerranéens et espaces atlantiques, une
perspective d’union et de conciliation qui a d’ailleurs été secondée, après sa
venue en Sorbonne en 1975, par l’ouverture aux francophonies d’Afrique et
des Amériques. Je ne décèle aucune préférence particulière, mais une
attention, une passion égale portée aux fondements culturels légués par la
Méditerranée gréco-latine et à ses prolongements, ou métamorphoses
multiples, qui se sont manifestés dans le «nouveau » Monde: un équilibre,
précieuxàmonsens,entretraditionculturelleetinnovationdepensée.
On verra que les contributions ici rassemblées, dans ce deuxième volume
de Plus Oultre (longuement et patiemment rassemblées…), se font l’écho,
multiple, pluriel, des grandes orientations de recherches de D.-H. Pageaux.
Cette ampleur et cette diversité ont été assurées grâce à la large participation
de ses collègues et amis ainsi que d’anciens étudiants. Pour rester fidèle à
l’esprit et à l’enseignement du maître et de l’ami, je dirais, en reprenant ses
mots, que les étudiants, les doctorants qui sont venus à lui, dès son arrivée en
Sorbonne,luiontbeaucoupapprisetqu’ilaessayédefairefaceauxexigences
qui étaient les leurs, pour répondre à la variété de leurs suggestions et de
leurspropositionsderecherche.
Insistons sur la richesse et la densité des contributions dans ce Plus
Oultre II et oublions le retard pris et sa cohorte de difficultés. C’est le
moment de rappeler le vers d’Ovide que D.-H. Pageaux aime à citer, quand
il veutjouer, nonsans humour, àl’érudit, mais aussi quand il veut honorer la
recherche abondante et le travail bien fait : «Materiam superabat opus / Le
travaill’emportaitsurla matière…».
Or le travail ne s’arrêtera pas, je l’espère, à ce volume. Il importe à
présent de se tourner vers le troisième domaine que D.-H. Pageaux a
largement exploité: la francophonie ou mieux les francophonies. Je souhaite
que ce tiers livre, à venir, Plus Oultre III, bénéficie de l’expérience, je n’ose
dire de la vitesse, acquise pour qu’il puisse voir le jour le plus vite possible,
àlafoispournotreplaisiretpournotrereconnaissancefraternelleetamicale.
SobhiHABCHI,CNRS-CRAL,EHESS,Paris,
Àl’ombredelaCathédraledeChartres,finjuin2011.
7I.ESPAGNELEROMANPICARESQUEENTRETRADITIONETMODERNITÉ:
L’AMBIGUÏTÉÉNONCIATIVEDUGUZMÁND’ALFARACHE
GuiomarHAUTCŒUR
ParisVII
Introduction
Le roman picaresque représente, à n’en pas douter, un ferment de
modernité romanesque à la Renaissance: l’invention d’un récit à la première
personne mettant en scène la voix d’un gueux et des aventures en tout point
opposées à celles, fortement idéalisées, des romans de chevalerie, a
profondément modifiéles voiesduromaneuropéen.Le «réalisme»duroman
picaresque constitue ainsi,selon bien des critiques, l’un des traits constitutifs
desamodernité.
Mais sile roman picaresquefait la part belle aux realia,justifiant ainsi la
efiliation avec le réalisme romanesque du XIX siècle, on sait que la narration
écritedupícaroillettré,celleduvieuxLazareparexemple,estunepurefiction
sans vraisemblance aucune du point de vue historique. Et si l’anonymat de
l’auteur du Lazarille de Tormes a pu laisser soupçonner une parenté possible
entrel’auteuretlenarrateurdel’histoire,ladistancequisépareMateoAlemán
de son personnage Guzmán met l’accent sur le caractère fictionnel de
l’énonciationpicaresque.L’autobiographiefictivedupícarodonneunevoixet
prête un discours à un homme ignoble au sens propre du terme. Aussi, élevée
au rang du «mémorable»,la vie du gueux se doit de justifier un tel statut: le
récit du gueux témoigne davantage d’une posture morale que d’un souci de
réalismeausensmoderneduterme(Pavel,p.268).
Le roman anonyme Lazarille de Tormes adopte pour ce faire le point de
vue du vieux Lazare qui tente d’expliquer la situation à tous égards
scandaleuse dans laquelle il se trouve au moment où il écrit. Le lecteur est
libre de se laisser toucher ou pas par le plaidoyer satirique qui fait l’essentiel
de l’épître du mari cocu; mais il est obligé d’admettre que la situation dans
laquelle se trouve Lazare, aussi immorale soit-elle, a mis ce dernier à l’abri de
la nécessité. L’ambiguïté morale qui préside au Lazarille de Tormes tient en
epartie à la question, bien connue au XVI siècle, de savoir si la fin justifie les
moyens.
À la différence de Lazare, le vieux pícaro du roman de Mateo Alemán
adopte le point de vue du pécheur converti. Son récit tire dès lors une
légitimité certaine de la volonté du narrateur de mettre en garde le lecteur
contre le vice. Contrairement à Lazare, Guzmán se désolidarise de sa vie
d’autrefois: le récit du pícaro se moralise et l’ambiguïté axiologique de son
récit tend à disparaître. C’est du moins ce que le texte déclare explicitement.
e
On sait pourtant à quel point le XVIII siècle a mis à l’honneur des narrateursdont la mauvaise foi est perceptible au sein d’un récit apparemment
vertueux. Nous avons appris à nous méfier des déclarations de Marianne et
même de celles de Des Grieux (Démoris); peut-on, dans le cas du Guzmán,
faire pleinement confiance à un narrateur versé dans l’art de la dissimulation
et delaruse?Lesdébats critiquesautourduromandeMateoAlemántendent,
depuis quelques décennies, à débattre précisément de cette question. Le
point de vue qui consiste à interpréter Guzmán d’Alfarache dans la
perspective de l’orthodoxie religieuse post-tridentine (Michaud, 1987, p.
2225) s’oppose à un point de vue « moderniste» qui tend minimiser la portée
des propos moralisateurs du narrateuret à insister sur ce qui, dansce roman
edutournantduXVI siècle,relèvedel’humanismefinissant.
Nousvoudrionsconsacrerlespagesquisuiventàl’analysedesarguments
qui soutiennent ces positions antagonistes de manière à montrer qu’elles ne
correspondent pas, ou pas uniquement, à des postures idéologiques mais
qu’ellessont,l’uneetl’autre,profondémentinscritesdanslalettredutexte.La
question morale dont relève Lazarille de Tormes (la fin justifie-t-elle les
moyens) se détache du texte qui ne fait qu’illustrer, par l’exemple de la vie de
Lazare, une question morale abstraite et générale. La problématique morale
tientàlacapacitéqu’àlecteurderattacherl’exemplesingulier deLazare àune
maxime abstraite. Dans le cas de Guzmán, le questionnement moral est
indissolublement lié au décryptage, par le lecteur, des différentes postures
énonciatives proposées par le texte. La problématique axiologique, dans
Guzmán,tientàuneherméneutique.
I.Uneillustrationdel’orthodoxiereligieuse
a)Unnarrateur moraliste
L’image du narrateur comme atalaya de la vida humana (vigie de la vie
humaine) se trouve au fondement d’une lecture exemplaire du récit de
Guzmán.
[…] le fil de la tapisserie que je prétends tisser de la vie d’un homme qui,
devenuparfait après avoir été châtié par mille travaux et misères, étant
descendu au plus bas emploi sur la galère où il était forçat à la conille, nous
découvre, comme guetteur, toutes sortes de vices et compose un baume de
e
divers poisons (II partie, «Aulecteur »,p.370).
Quelquespagesplusloin,au début delasecondepartie,lafinalité morale
del’ouvrage est ànouveau clairement exprimée:tandisqueGuzmán supporte
les bastonnades, le lecteur reçoit les avis nécessaires pour les éviter. Certes, le
«sujet est bas et ravalé» (p.375), mais cette immoralité sert un but noble et
généreux:lenarrateurfaitlerécitdesaviepourcorrigerlelecteur.
Bienquecertainschapitresrappellentlafacturedesouvragesdemorale,
Guzmán d’Alfarache n’est pas un traité mais un récit d’aventures plaisantes.
Ce n’est pas pourtantlà un argument que l’on peut mettre au service d’une
lecture moderne et ludique. De l’avis de bien des théologiens contemporains
12d’Alemán, le divertissement est davantage apte à faire avaler la pilule de
l’enseignement moralquel’austéritédestraitésthéoriques :
Car comme ce que je dis est pure vérité, il ne le faut pas prendre pour
passetemps, mais bien pour avertissement […]. Toutefois,de peur que cette
médecine ne te fasse mal au cœur et que sa mauvaise odeur ou saveur ne
t’empêche de la prendre, dorons un peu la pilule, enrobons-la de quelque
e
chose qui aitbonne apparence (II partie, LivreIII,chapitre3,p. 632).
Le mélange de l’anecdote et des digressions morales est par ailleurs un
héritagede l’écriture religieuse: l’exemplum, qui recourt à une anecdote
destinée à illustrer un propos moral, se trouve généralement précédé d’un
énoncé initial du sujetet suivi d’un développement explicatif. Les
dictionnaires encyclopédiques, les traités de morale (Les Silva de varia
lección à la manière de Pedro Mexía par exemple) et les sommes doctrinales
sont organisés sur ce même principe qui allie les définitions aux exemples.
Le choix d’une matière «ignoble» par Alemán relève qui plus est d’un
procédépratiquéparlesérudits,àsavoirl’exempluma contrario:ils’agit de
représenter non pas ce qu’ilfaut faire maisce qu’ilnefaut pasfairepour que
le lecteur, voyant les conséquences néfastes des mauvaises actions, s’en
dégoûteetpartants’enéloigne.
Outre cela, le prétendu «réalisme » des romans picaresques peut être
considérécomme étant redevabled’uneperspectivereligieuse.
DanssonouvrageLiteratureandthedelinquent,A.Parkerrappellequele
réalisme des romans picaresques est habituellement interprété comme le
résultat de la critique de l’idéalisme romanesque traditionnel (chevalerie,
pastorale, roman byzantin). La réaction picaresque contre la norme esthétique
idéalisante est généralement présentée comme étant de nature exclusivement
poétique. Mais A. Parker rappelle également que la lecture des genres
idéalistes est considérée par l’église tridentine comme une façon d’échapper
au spirituel (Parker, p. 21). La réforme tridentine en effet de re-moraliser la
littérature en faisant prendre conscience au lecteur de la faiblesse humaine et
en promouvant une esthétique «réaliste» qui joue, selon A. Parker, un rôle
essentiel dans l’abandon des formes romanesque idéalisées. Lorsque, en
1588,unmoinedel’ordredeSaint-Augustin,PedroMalóndeChaide,publie
un livre (Libro de la conversión de la Magdalena) sur la conversion de
Marie-Madeleine, cette histoire est explicitement présentée dans l’avis au
lecteur comme une alternative religieuse à l’amour profane et «terrestre»
présent dans le roman pastoral et notamment dans la Diane de Montemayor
(1559). À la place de Diane, Malón de Chaide choisit comme héroïne un
personnagehistorique,laMarie-MadeleinedesHymnes qui,selonlatradition,
avait été prostituée avant d’être touchée par l’amour de Dieu. C’est parce
qu’elle était une pécheressequ’elle représente, comme aucune autre héroïne
de fiction romanesque, la réalité de l’expériencehumaine, à savoir la
faiblesse et la corruption. Onze ans plustard, Mateo Alemán publie la
13première partie de son Guzmán de Alfarache, l’un des premiers romans
«réalistes» de la tradition européenne qui, à l’instar des ouvrages de nature
religieuse, sert la vérité théologique dans la mesure où il illustre les théories
du péché, du repentir et du salut; comme Marie-Madeleine, le gueux
recherche l’amour dans le monde et se vautre dans l’infamie, mais il est
aussi capable, dans sa dégradation, de répondre à un amour supérieur. Le
héros des romans de chevalerie est concurrencé par un gueux capable se
régénérer. C’est seulement dans ce sens que, selon A. Parker, le roman
picaresque s’oppose au roman idéaliste: non pas comme une satire ou une
parodie, mais comme une littérature de la vérité qui répond explicitement
auxexigencesreligieusesdelaContre-Réforme.
b)Narrationetconfession
Un certain nombre de modèles d’énonciation religieuse peuvent être
convoqués pour éclairerla parole de Guzmán : l’ensevelissement maritime
du galérien, ce lieu d’où il se repent et d’où il parle, rappelle le séjour
d’expiation du prophète Jonas dans le ventre de la baleine. Or Jonas a pour
mission d’annoncer le courroux divin aux hommes qui se sont détournés de
Dieupourvivredanslesplaisirs.
Le choix de l’autobiographique peut également servir une lecture
religieuse et exemplaire dans la mesure où le récit du pícaro s’apparente à
uneconfession.
On pourrait faire appel au modèle de la confession «judiciaire»
puisque, selon J. Berchtold (p. 183), la démarche autobiographique n’est pas
étrangère à une pratique institutionnalisée par la Justice espagnole au temps
de Mateo Alemán: l’activité requalificatrice requise chez un criminelinvité
à confronter l’un à l’autre, dans le répit et la solitude précédant son
exécution, un sermon conventionnel sur la vertu et la remémoration
circonstanciéedesonpropreparcoursdanslevice.
Mais ce sont surtout Les Confessions de Saint-Augustin qui constituent
l’horizon d’attente sur lequel repose l’écriture autobiographique. Dans ses
Confessions Saint-Augustin se propose d’édifier le lecteur en lui exposant
ses propres erreurs et en en faisant le commentaire. Ces erreurs sont
présentées comme les étapes d’une conversion définitive tandis que la
confession s’offre comme un éclaircissement, une boussole pour un lecteur
engagé dans le parcours périlleux de l’existence. Le mauvais exemple donné
enspectaclepeutdevenirl’antidoteutilepourluttercontrele mal:
Mais pour qui fais-je ce récit ? Ce n’est pas pour vous, mon Dieu ; mais en
vous contant ces choses, je les conte à mes semblables, aux hommes […]. Et
pourquoi l’écrire? C’est à fin que quiconque le lise, et moi-même, nous
concevions laprofondeurde l’abîme où il faut crier vers vous (p.39).
Je veux me confesser[…] devantlesfilsdeshommesquipartagentma croyance,
ma joie, ma condition mortelle, qui sont mes concitoyens et, comme moi,
14accomplissent le voyage d’ici-bas, qu’ils me précèdent surma route, qu’ils m’y
suiventouqu’ilsm’yaccompagnent(Saint-Augustin,LesConfessions,p.205).
Selon une image fréquemment utilisée par les théologiens, le péché
originel a conduit l’homme à sa misère, lui imposant la peregrinatio
laborissima de l’existence. Les errances, les épreuves pénibles et les
souffrances caractérisent ce parcours en quoi consiste la vie humaine alors
que la paix et la tranquillité seront trouvées dansle havre de Grâce.
SaintAugustin oppose les chrétiens qui savent percevoir leur condition d’exilés et
de «voyageurs » aux «hommes attachés à la terre » et aux biens de celle-ci
(Berchtold,p.231).
Aussi la métaphore augustinienne de la vie comme voyage est-elle filée
par le texte d’Alemán sous la forme d’une longue errance dans une
géographie concrète. Le voyage de Guzmán peut d’autant plus être compris
comme une illustration de la pérégrination augustinienne qu’il s’achève par
une conversion. Le modèle énonciatif de la confession autorise une
interprétation spirituelle ducheminement de Guzmán dont l’errance ne serait
plus un voyage individuel mais le symbole d’un cheminement collectif dans
lequelchaquelecteurestsommédesereconnaître.
On peut noter à cet égard que le premier départ de Guzmán, lorsqu’il
quittela maisonoùil estné,s’accompagned’uneallusionàlaGenèse:
Je fis en enfant niais, sans jugement ni conduite; et la punition fut juste,
puisque, ayant de quoi vivre sans soucis, je voulus connaître le bien et le mal
e(I partie, LivreI,chapitre7,p. 129).
La conception du temps humain qui apparaît plus loin dans le texte,
conception pessimisteet cyclique, fait du séjour ici-bas une sorte de réplique
dupéchéoriginel:
Ainsi va le monde, et ce n’est point d’aujourd’hui. Il y a longtemps qu’on dort
sur ce côté. Point de recours ni de remède : tel l’avons-nous trouvé et tel nous
le laisserons. Il ne faut pas espérer des temps meilleurs, ni croire que fût
meilleur le passé. Tout a été et sera même chose. Le premier qui fut père fut
e
traître, la première mère menteuse, le premier fils larron etfratricide (I partie,
LivreIII,chapitre1,p. 271).
L’homme déchu ne peutrien pour lui-même tant qu’il vit dans la
corruption du monde. Ainsi, après avoir étudié la théologie à Alcala,
Guzmán se laisse-t-il prendre dans les rets de Gracia, sa seconde épouse. Le
narrateur n’a jamais connu d’hommes qui n’aienteu autre chose en vue que
leur intérêt propre: «Je voyais mes amis aussi généreux de promesses que
mesquins à les tenir. Il n’y a plus de Pylade ni d’Oreste au monde et la
mémoire en est quasi morte avec eux » (p.463). Toutes les mauvaises
actions décrites par le texte, vol, tromperie, vengeance, amour lascif,
gourmandise,sontuneillustrationdesseptpéchéscapitaux.
15Il existe pourtant un lieu à partir duquel le salut semble possible. Dès le
prologue de la première partie, le lecteur sait que le pícaro finira sur une
galère royale. C’est de là que provient la narrationet c’est là que converge le
récitbiographiqueremémoré :
Il écrit lui-même sa vie dans les galères, où il demeure forçat à la cadène pour
ses crimes, comme tu le verras bien au long en la Seconde partie («Brève
déclarationpourl’intelligence decelivre »,p.63).
Le rappel de la galère, lieu de rédaction infâmant mais rédempteur où
s’élabore la confession, sert de garantie morale au récit (Berchtold, p. 189).
Mais la galère est aussi le lieu de la conversion de Guzmán à la vie
chrétienne, lieu qui, à l’instar du jardin milanais de Saint-Augustin, sert de
cadre à l’intervention de la Grâce divine. Ainsi, à l’espace et au temps
corrompus de lanaturehumaine– espace des auberges, temps sans progrès–
s’oppose une coordonnéespatio-temporelle des plus étranges. Lieu
paradoxal où l’homme est à la fois enchaîné et libéré, la galère se trouve
située hors de l’espace et du temps conventionnels. Quel trajet la galère
suitelle exactement? Combien de temps Guzmán va-t-il y passer ? Le lecteur
n’ensait rien(Michaud,1987,p.122-167).
Ces différents arguments font de Mateo Alemán un auteur du passé par
opposition à Cervantès, auteur moderne par excellence. Le lecteur ferait
pourtant preuve de partialité s’il s’en tenait à une seule interprétation,
univoque et religieuse, du cheminement de Guzmán. La force extraordinaire
de ce texte consiste plutôt à juxtaposer des pointsde vue contradictoires qui
provoquentunesortedevertigeherméneutique.
II.Unenarrationhumaine
a)La voixdel’humaniste
L’existence d’un humanisme espagnol n’est plus remise en question
depuis les études de Bataillon, Abellán et Ynduraín. L’Espagne de Charles
Quint s’ouvre à l’humanisme tandis que les écrits d’Érasme sonttraduits en
castillan. Mais le climat d’ouverture aux idées nouvelles changedansles
années 1559, date de parution du premier Index de Valdés: on reproche aux
érasmistes espagnols d’être un groupement hérétiqueet, au cours du dernier
etiers du XVI siècle, la plupart d’entre eux suivent la loi du silence pour
éviterlesconfrontationsavecl’Inquisition.
Les spécialistes de Mateo Alemán ont trouvé des indices qui attestent la
formation humaniste de l’auteur du Guzmán, comme par exemple les liens
avérés qu’il entretient avec l’humaniste Pérez de Herrera. L’idée, souvent
exprimée à propos de Cervantès, que la morale tridentine affichée par le texte
ne serait qu’une «couverture» destinée à éviter la censure, s’est également
appliquéeàl’œuvred’Alemán.
On peut noter que la rédaction d’œuvres profanes à visée didactique
constitue un des champs d’activité humaniste. Aussi trouve-t-on, dans
16Guzmán d’Alfarache,àcôtédesaffirmationsconcernantlanaturecorrompue
de l’homme, l’idée humanisteque les actes immoraux sont surtout le résultat
de son ignorance. L’importance accordée par l’humanisme renaissant à la
valeur de la connaissance dans la formation intellectuelle de l’homme est
sensibledansletexted’Alemán.
Que de larcins, que de violences, que d’ordures et de traîtrises se commettent
dans les auberges et relais […]. Mais qu’on ignore ce mal ou qu’on le
connaisse, il serait de la plus haute importance d’y porter remède […]. Mais je
puis assurer que la réformation des chemins, ponts et relais ne requerrait pas
moins de soin, pour le trafic et commerce qui en dépendent, que d’autres de
egrande conséquence(I partie,LivreII,chapitre1,p. 187-188).
La critique d’une conception de l’honneur trop souvent éloignée de la
vertuetquelenarrateurappelle «orgueil»ou «folleopiniondesoi»apparaît
eclairement exprimée dans le roman (I partie, Livre II, chapitre 2, p.191-192).
Ailleurs est évoquée l’idéeque, si les pauvres volent, «la faute en revient le
plus souvent aux maîtres, qui donnent maigre salaire et courte rétribution à
eleurs serviteurs, lesquels vivent dans le besoin et leur sont peu fidèles» (I
partie, Livre II, chapitre 5, p.219). Dans l’innocence de ses jeunes années,
Guzmán, qui ne connaît rien d’autre que la vie picaresque, tient ses larcins
epourchoseliciteetpermise(I partie,LivreII,chapitre5,p.220).
L’indignation de l’humaniste soucieux de réformer le monde apparaît au
niveaudel’énonciationlorsquelevieuxGuzmáns’exprimeainsi:
Mais quand je voyais des gens riches et de qualité se perdre en d’exactes et
curieuses recherches pour ne donner qu’une misérable piécette, je ne le
pouvais souffrir : j’y perdais ma patience, aujourd’hui encore le souvenir m’en
ravive la colère et je sens naître en moi un élan de rage et de fureur que je ne
e
sauraisdire (I partie, LivreIII,chapitre6,p. 305).
Dans Guzmán d’Alfarache, les allusions à la corruption de la Justice
terrestrepèsentdumêmepoidsquecellesquiconcernentlaJusticedivine.
b)L’élogenostalgiqued’uneviesanscontraintes
Au point de vue religieux selon lequel la providence envoie des
épreuves à l’homme pour l’amener à se transformer intérieurement, le
narrateur rétorque ceci: «Toutefois elles [ces épreuves] n’étaient pas de
ecelles que Dieu envoie, car c’était moi qui les cherchais » (I partie, Livre I,
chapitre3,p.6).LejeuneGuzmánestirrésistiblementattiréparcequelavie
picaresque peut comporter de plaisirs. Ainsi, lors de son séjour à Rome chez
le Cardinal, Guzmán regrettesa vied’erranceetressentlescommodités dela
vieaupalaiscommeunecontrainteinsupportable:
Peut-être te semble-t-il que ma vie était plaisante ; mais pour moi c’était vivre
attaché au poteau, un carcan au cou, exposé à la honte publique. Tout me
e
puait, rien ne m’était bon.Jouret nuit je soupiraisaprès mesplaisirspassés (I
partie, LivreIII,chapitre9,p. 336).
17Il existe un interlude dramatique intitulé Testamento del pícaro pobre,
publié en 1614 mais écrit avant 1605, représentant un picaro à qui on a
promis du vin et à qui on donne en échange de l’eau. La déception amène le
gueux aux portes de la mort. Venantà se confesser, il prononce les paroles
suivantes:
Gozar de libertad, vivir contento
soñarse rey vistiendose de andrajos,
comer faisanes siendo sólo ajos
1y poseer alegre el pensamiento .
Un poème de la même période intitulé Vida del pícaro, conclut, à la
suited’uncertainnombredestancesdanslamêmeveine:
Muy […] corto quedo
En alabar la vidaque codicio[…].
Sólo el pícaro muere bien logrado,
Que desde quenació, nadadesea,
2Y asi, lo tiene todoacaudalado […] .
Dans ces textes, comme dans L’Illustre laveuse de vaisselle de
Cervantès, la vie picaresque est indissociable de l’éloge d’une vie libre et
joyeuse. Le picaresque hérite de l’esprit de la renaissance le désir de
retourneràlanature,l’aspirationàunevieautonome,simpleetheureuse.
Lenarrateur moraliste du Guzmán d’Alfaracherejette-t-ilsi fermementle
péché que les plaisirs de sa jeunesse ne comptent plus à ses yeux? Rien n’est
moins clair; et l’indignation réformiste du Guzmán narrateur s’accompagne,
parmoments,d’unenostalgievibranteàl’égarddupassé.
Quand je considère les années heureuses dont j’ai joui, et qui se sont écoulées
sur moi – non que je m’abandonne à ma fantaisie ni que j’oublie les
souffrances afin de me persuader que celles que j’endure à présent sur cette
galère sont plus grandes ou moins supportables –, il n’y a point de doute que
e
le souvenir m’en est infiniment cher. (I partie, LivreIII,chapitre5,p. 301).
c)Lesrusesd’uneénonciation picaresque
Enfin,siGuzmán-personnageestlapersonnificationmêmedu mensonge,
peut-on raisonnablement ne pas soupçonner Guzmán-narrateur de mensonge
et detromperie lorsqu’il affirme qu’il s’est converti et qu’il netomberajamais
danssestraverspassés?Quellevaleuraccorderàlaconfessiond’ungueux?
Il faut se rappeler que Guzmán ne cesse jamais de fréquenter l’église
ealors même qu’il vit engluédans le péché (I partie, Livre II, chapitre 3). Qui
plus est,sa dernière repentance, celle qui manifestel’intervention de la grâce
et marque la fin de ses aventures, n’est pas la première : lorsqu’il est lynché
1 Anales de la literatura española,Bonilla ySan Martin éds., Madrid, 1904, p. 64-75, cité par
A. PARKERp.16.
2 A.BonillaySanMartinéds.,RevueHispaniqueIX,1902,p.295-330,citéparA.PARKER,p.16.
18parla foule, Guzmán consent à unecontrition momentanée (« Je vis alors
ma difformité comme dans une glace, et me sentis si fort contrit que […]»,
eII partie, Livre I, chapitre 7, p.442). Il quitte l’ambassadeur à la fin de ce
même chapitre et décidede partir à Florence «[…] avec ferme propos
d’ouvrir un tout nouveau chapitre de [s]a vie, effaçant par de vertueuses
actions les taches dont les vicieuses [l]’avaient tout déformé » (p.445). Plus
loin, après la mort de sa première épouse, Guzmán décide en vain d’entrer à
el’université pour réformer sa vie et mettre de l’ordre dans tous ses vices (II
partie, Livre III, chapitre 4, p. 655-656). La dernière ruse de Guzmán est
particulièrement intéressante à cet égard: il fait semblant de rapporter à un
religieux une bourse trouvée par terre que sa mère vient réclamer peu après,
ce qui le fait passer pour un homme exceptionnellement vertueux aux yeux
du religieux. Ce dernier considère Guzmán comme un saint et prêche pour
lui à l’église de sorte que les gens lui font l’aumône. Le religieux va jusqu’à
trouver une place pour Guzmán, ce qui ne l’empêche pas de devenir l’amant
d’une servante et de voler sa maîtresse en contrefaisant ses comptes. Ce
dernier méfait, le plus grave car il mène Guzmán aux galères, n’a d’autre
nomque celui d’hypocrisie, «tant il est vrai qu’il n’ya rien de plus propre à
tromper un juste que la sainteté feinte par un méchant homme » (p.712).
Commentcroireàsaconversionfinaleaprèscedernieraveu ?
eOn sait que, dans le chapitre XXII de la I partie de Don Quichotte,
Cervantès met en scène un pícaro, Ginés de Pasamonte, qui est condamné
pour la deuxième fois aux galères– oùil ya déjàfaitun séjour de quatre ans
– et prétend avoir écrit le livre de sa vie. S’agit-il d’un double de Guzmán ?
Cervantès a-t-il imaginé une «suite» aux aventures du héros alémanien
après sa conversion? Si c’était le cas, et l’hypothèse n’est pas totalement
saugrenue,celainvalideraitladiteconversion.
Comment interpréter, par ailleurs, le dernier chapitre hautement ambigu
e(II partie, LivreIII, chapitre 9) qui suit la conversion de Guzmán? Et
pourquoi avoireubesoind’ajouterunchapitre àcelle-ci?Le narrateurraconte
lafaçondontsonami Sotos’yprendpourfairepasserGuzmánpourun voleur
aux yeux du capitaine de galère. Guzmán précise, en bon et vertueux chrétien,
qu’il n’entient pas rigueur à Soto de sa trahison: «Je lui voulais toutes sortes
de biens et lui me faisait toutes sortes de mal » (p.744). Et pourtant, informé
de la mutinerie que Soto fomente parmi les galériens, Guzmán le dénonce au
capitaine de la galère sans la moindre hésitation. La première action de
Guzmán après sa conversion est tout sauf vertueuse puisqu’elle consiste en un
mensonge(Guzmánfait semblant d’adhérerauprojetderébelliondesforçats),
et en un acte de délation. Soto est condamné à être écartelé, ce qui rend
Guzmán indirectement responsable de sa mort. Or on sait que les pícaros
s’adonnent à toute sortes de vices sans jamais aller jusqu’au meurtre:peut-on
considérerlesconséquencesdeladélationdeGuzmáncommeuneexceptionà
cette règle? Guzmán a-t-il soldé ses comptes avec sa mauvaise vie ou bien
est-ilausommet,etmêmeau-delà,desacarrièredepícaro?
19Si la deuxième hypothèse est concevable, il est dès lors possible
d’établir une équivalence entre la ruse picaresque et l’écriture du gueux.
Écrire, pour Guzmán-narrateur, n’est-ce pas inventer et feindre pour obtenir
ce qui ne lui revient pas de droit, à savoir la reconnaissance du lecteur? Et
dans ce cas, le narrateur n’est-il pas resté aussi pícaro qu’il l’était dans son
jeuneâge?Lerécitdesavien’est-ilpasuneultimerouerie?
Conclusion
L’ouvrage de Mateo Alemán a connu un véritable regain d’intérêt depuis
quelques décennies et ses relectures ont donné lieu à des interprétations
nouvelles,desdébatscontradictoiresetfructueux.Unequestioncrucialedivise
les critiques à propos de la foi qu’il convient de prêter au discours du pícaro.
Soit on ajoute foi aux propos de l’auteur qui soulignent l’intention didactique
de l’œuvre, auquel cas le roman serait l’un des derniers avatars du roman
médiéval fondé sur l’allégorie et l’exemplum. Soit on est disposé à suivre
d’autres pistes d’analyse dans la structure complexe du roman afin de dégager
unautrediscoursquiseraitoccultépaslediscoursmoral.
Mon opinion est que ces deux lectures coexistent ensemble et que la
ruse finale de l’auteur, ruse diabolique s’il en estqui rend au texte toute sa
modernité, c’est précisément le caractère indécidable de l’énonciation
guzmanienne. Si modernité il y a dans ce texte truffé de digressions
allégoriques et moralisatrices, elle consiste à renvoyer le lecteur à sa propre
incapacitéàdéciderdelanatureduromanqu’iltiententrelesmains.
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21DONQUIJOTEREALISTA
Heinz-PeterENDRESS
UniversitédeFreiburg
Elproblemaylatesis
Es bien sabido que la distinción entre Don Quijote como idealista y
SanchoPanzacomorealistaesdebidoalosrománticosalemanes.Situándose
todavía en un plano general y teórico, Friedrich Schiller había distinguido,
en su escrito Sobre la poesía ingenua y poesía sentimental, entre los
caracteres opuestos del idealista y del realista. August Wilhelm Schlegel
adoptó la antítesis de Schiller y habló de «las dos grandes fuerzas de la
vida: la prosa representada por Sancho; la poesía, noblemente figurada por
DonQuijote»(Bertrand,86).FriedrichWilhelmSchellingporfinconcibióa
los dos protagonistas como personajes mitológicos sobre una basefilosófica
que consiste, a su modo de ver, en la lucha entre lo ideal y lo real. Como
consecuencia de estas reflexiones don Quijote llegó a ser el símbolo del
idealistaySanchodelrealista.
Esta distinción antitética permaneció válida durante mucho tiempo y lo
es para muchos en gran medida todavía en nuestros días. En su Historia de
la literatura españolaJoséGarcía Lópezconfirmó para la segunda mitad del
siglo XX que los «dos protagonistas constituyen, para la mayoría de los
lectores [¿inclusive para élmismo ?], los símbolos de la postura del idealista
y del materialismo, de la fe ciega en los valores del espíritu y del sentido
prácticodelavida »(G.L., 260).
Se trata de un verdadero tópico o prejuicio. Daniel Eisenberg contó no
hace mucho que en un curso para principiantes los estudiantes «sabían
perfectamente quiénes eran don Quijote el idealista y Sancho Panza el
realista»,-bien que «nunca habíantenidocontacto directoconla obra[ !]»
(E.en Illades,9).
Lo que sigue será la tentativa de matizar, reequilibrar y corregir estas
constataciones categóricas. La distinción de arriba no es falsa, desde luego.
Solamente es tosca, aproximativa e imprecisa. Nadie negará que Don
Quijote,ademásdeserunloco– «his madnessiscentraltohim»,dijoRiley
(R., 46) –, es un exaltado idealista que persigue los más nobles ideales del
hombre y quiere mejorar el mundo. Así Turguenev en el siglo XIX escribió
lo siguiente: «Don Quijote está todo él impregnado del amor del ideal [...];
[...]esel servidordeunaideaqueloenvuelveensubrillo »(T.,37/38).
Erich Auerbach pensaba que «pocos amantes de la literatura habrá que
noasocienalafiguradeDonQuijotelaideadeunagrandezaidealista,deun
modo absurdo, grotesco, es verdad, pero no por ello menos idealista, heroicoe incondicional» (Au., 321-322). Y en nuestros días Jean Canavaggio habló
de manera parecida del «mundo ideal, hacia el que se proyecta
incansablemente» (C., 179). Y nadie negará tampoco que Sancho Panza,
que fue concebido originariamente como el‘tonto’ de la historia, con « muy
poca sal enla mollera»(DQ, ed. Rico, 2004, I, 7, 99), se destaca, sobre todo
al principio, por su interés material y su arraigado sentido realista. Pero
desde hace mucho tiempo se sabe también que, contagiado por la fe de su
amo, Sancho poco a poco va siendoconquistado – al menos
intermitentemente – por el maravilloso mundo de las caballerías y que
entonces adopta a su manera igualmente posturasidealistas. «Sí, Sancho es
tambiénotrocaballerodeotroideal »,afirmóDámasoAlonso(Al.9).
Ahora bien, limitándome sobre todo a la Primera Parte, yo quisiera
demostrar que don Quijote tampoco se caracteriza únicamente por su
idealismo, sino que también manifiesta más de una vez una vena realista,
aunque, bien es cierto, en un tono mucho más bajo.Yello desde el principio
y no solamente bajo el paulatino influjo de Sancho Panza, de su
‘sanchificación’, según el término de Madariaga (M., 431-438). En este
contexto se menciona generalmente la evolución de los caracteres
principales. Este es otro tópico de la crítica, en gran medida justo desde
luego, pero no cubre la verdad entera : como don Quijote es a menudo casi
al mismotiempolocoycuerdo–Rileyhablóde «thebuilt-incombinationof
madness and sanity» (R., 46) –, actitudes idealistas pueden también
manifestarsealladoosobreunfondodevistasrealistas.
En las más importantes publicaciones de las últimas décadas no he
encontradonadasobreesteasunto.Contodoeso,anticipándoseaMadariaga,
Miguel de Unamuno ya había puesto reparo a la tajante división y dicotomía
en su Vida de Don Quijote y Sancho de 1905. Juan Alborg confirma:
«Unamuno fue, probablemente, el primero que reaccionó contra la simplista
valoración del Quijote en dos planos absolutos – idealismo y realismo –
respectivamente encarnados por el hidalgo y su escudero » (Alb., 164).
EscuchemosalpropioUnamuno: «[...]muylejosdeserdoscabosopuestos,
como hay quien mal supone, fueron y son no ya las dos mitades de una
naranja, sino un mismo ser visto por dos lados. Sancho mantenía vivo el
sanchopanzismo de Don Quijote [que, visto así, es un rasgo intrínseco del
hidalgo] y éste quijotizaba a Sancho, [...] » (U., 157). El que, sin embargo,
dioenelclavofueunavezmásAméricoCastro,cuando,en1947,afirmó,en
una contribución en inglés, lo que corresponde exactamente a mi tesis:
«Don Quijote and Sancho blend in their very opposition [...] »...«Let us
discard, then, the inveterate habit of calling Don Quixote an ‘idealist’ and
Sancho a ‘realist’, since both master and squire share both characteristics »
(C. en Flores/Bernadete, 154). Pero estas declaraciones quedan como frases
aisladas,novanseguidasdepruebas medianteejemplostextuales.
24Unasreflexionesteóricas
Con Unamuno y Castro parto, pues, del principio de que idealismo y
realismo no se reparten exclusivamente entre los dos protagonistas de la
novela, sino que coexisten, aunque, evidentemente, con peso diferente,
dentro de cada uno de ambos. Por lo tanto también dentro de don Quijote.
Pues bien, con respecto al realismo de don Quijote, el análisis de la relación
entre, por un lado, la locura y, por el otro, la cordura y las actitudes de
idealismoorealismomeparecepoderaportarunaclarificación.
La locura prevalece evidentemente en don Quijote. La mayor parte del
tiempo es un loco. Bajo la influencia de su lectura favorita, los libros de
caballerías, ha perdido la razón y, por consiguiente, tiene una visión errónea
de la realidad y vive en un mundo fantástico de héroes invencibles y de
grandes aventuras. Pero la locura de don Quijote no comporta sólo factores
negativos. Al contrario, constituye, por así decirlo, la sustancia de don
Quijote: junto con su fundamental bondad, su inteligencia y su cultura hace
de élel inconfundible personaje que nos fascina y divierte. Werner Krauss
tuvo razón cuando afirmó que la locura no es únicamente causa y origen de
las múltiples derrotas,sinoque produce un estado de excepción, enel cual el
loco puededesarrollar libremente sus dones que, deotro modo, se atrofiarían
y quedarían improductivos (K., 145).Yse puede sostener también que en
don Quijote la locura y la actitud idealista no se estorban tanto. Al contrario,
la primera favorece y alienta la segunda y le sirve de fuente de inspiración.
«El idealismo toma vuelo sobre las alas de la locura», según una lograda
fórmula de Auerbach (A., 334). (Poco antes había observado conjusteza que
«la dificultad reside en la circunstancia de que en la idea fija lo noble, puro,
salvadorestáligadoconloabsolutamenteabsurdo»(Au.,328).
¿Cuál es, pues, la relación entre la locura y la actitud realista que nos
interesa en primer lugar en este trabajo ? En un sentido estrictose excluyen
mutuamente por supuesto. Pero las cosas se complican. Ya Hatzfeld y
Madariaga habían constatado que en medio de la locura caballeresca la
1lógica y la razón permanecen muchas veces intactas . Y, por otra parte, el
texto mismo del Quijote nos informa mediante la voz de diversos personajes
que en el caso de don Quijote se trata de «un entreverado loco, lleno de
lúcidos intervalos » (II, 18, 846), y, paradójicamente, de un «loco cuerdo»
(I, 17, 838; II, 36, 1017). Ahora bien, de modo semejante la locura y la
visión realista se encuentran a veces inmediatamente una al lado de la otra y
hasta se superponen yse mezclan de manera sorprendente, como los
ejemplosquesiguenmásabajoseencargarándedemostrar.
1H.HATZFELD: «[...]alhablaracercadeuntemaquepertenecetotalmenteasu monomaniánica
visión caballeresca, ya no deja por un momento de tratarlo con gran lógicaysensatez [...] »
(H.91)yS.deMADARIAGA: «[...]aunensulocura,nomueredeltodolarazón,sinoqueparece
dormir[...]»(M.407).
25Es una perogrullada que en más de una situación don Quijote está
cuerdo y se comporta de esa manera. Como según su intención básica de
parodia de los libros de caballerías, el autor lo muestra la mayoría de las
veces en situaciones relacionadas con su monomanía caballeresca, el lector
2medio tiene la impresión de que está irremediable y exclusivamente loco .
Pero la locura afecta sólo lo caballeresco. « It is not a capricious or
allencompassing madness, but inclines only in the direction of his chivalric
obsession», observó Riley (R., 52), ymuchas declaraciones del libro
confirman este aserto. Es casi un leitmotiv (véase por ejemplo I, 30, 390 ; I,
38, 491; I, 49, 614; II, 43, 1069; II, 62, 1241; II, 65, 1269). Por lo demás
hay que tener en cuenta que, en el transcurso de la obra, las locuras del
hidalgo disminuyen progresivamente. En total queda, por lo tanto, bastante
espacioparalacordura.
Pues bien, ¿Qué relación existe entre esta última y las actitudes
opuestas de idealismo y, sobre todo, de realismo? El idealismo puede bien
estar favorecido y enardecido por la locura, sin embargo precisa en primer
lugar y fundamentalmente de la contribución delsano juicio si no quiere
transformarseenpuraexaltaciónyfantasíairreal.
Con frecuencia cordura y realismo se meten manifiestamente en el
mismo saco. Por esta razón no se los distingue como se debe. Sin embargo no
son lo mismo, por supuesto. Cordura, el antónimo de locura, es el estado
mental de una persona que está en su sano juicio.Es un estado de la mente en
sí misma que se manifiestaen palabras y acciones. La cordura es la condición
previa del realismo de una persona. Hay que estar cuerdo para poder ser
realista. Realista es una persona que tiene el sentido de la realidad, que ve la
realidadcomoes.Realismoenestesentidoes unaactitudsobriayobjetiva,es,
por así decirlo, transitivo, lo cual significa que la mente de una persona se
refiereenestecasoalarealidadexterior,aunobjetofueradesímismo.
Pruebastextuales
Sobre la base de estas reflexiones y distinciones quisiera ahora
referirme a una serie de pasajes que deben probar que es lícito hablar
también de don Quijote realista. Pienso que por razones de exactitud y de
claridad será lo mejor seguir la cronología y linearidad del libro, aunque por
lo que se refiere al desarrollo de los dos protagonistas no se trate de una
evolución rectilínea, sino de un «proceso contradictorio yparadójico»,
comobiendiceAnthonyClose(C.,39).
2Esto es también la (errónea) opinión de Luis Andrés MURILLO: «[...] in fact the hidalgo’s
entire personality and character are deeply and radically affected ». Habla de «a total
transformation ofhis self »(M.27).– Tampoco me parece adecuadala tesis de Vicente GAOS
de «una locura voluntaria» por parte de don Quijote (G.168,178). De vez en cuando sí,por
ejemploenI,25,peronosiempreyen general.
26Durante la primera salida (caps. 1-6) cualquier actitud realista por parte
de don Quijote parece estarausenteporcompleto. La locuraparecereinar de
modo absoluto. En su mente el hidalgo toma una ventapor un castillo, al
ventero por el alcaide del mismo, a unas frívolas mozas por unas hermosas
doncellas, a un porquero por un enano, a unos mercaderes toledanos por
unos caballeros andantes y hasta a sí mismo por Valdovinos y por el moro
Abindarráez. Pero puede resultar pro- vechoso examinar las cosas más de
cerca, especialmente el primer capítulo. Por una buena razón Francisco
Márquez Villanueva dijo hace poco: «No se ha reflexionado bastante sobre
lo gradual de su caballeresca puesta en marcha en aquel maravilloso capítulo
primero de su historia » (M.V., 18-19). El lector aprende que don Quijote
«se daba a leer libros de caballerías con tanta aficiónygusto » que «perdía
el pobre caballero eljuicio»,y«rematado ya su juicio, vino a dar en el más
estraño pensamiento que jamás dio loco en el mundo, y fue que le pareció
convenible y necesario, [...] hacerse caballero andante, [...] » (I, 1, 43). Para
realizar su proyecto procede a una serie de preparativos. Y lo que ocurre
ahora es sumamente interesante. Empieza con las armas. Leemos lo
siguiente: «Limpiólas y aderezólas lo mejor que pudo; pero vio que tenían
una gran falta, y era que no tenían celada de encaje, sino morrión simple ;
mas a esto suplió su industria, porque de cartones hizo un modo de media
celada, [...]» (44). Para probar si era fuerte, «sacó su espada y le dio dos
golpes, y con el primero y en un punto deshizo lo que había hecho en una
semana; [...]» (ibid.). Entonces vuelve a hacerla de nuevo, y, esta vez, sin
querer hacer nueva experiencia, la declara y tiene «por celada finísima de
encaje» (ibid.). El marco para todas estas acciones lo constituye sin duda la
locura que engloba el conjunto de la situación. Pero ¿ No ve don Quijote las
armas como son realmente ? ¿No fabrica la celada con método y maña?
¿No actúa con prudencia y circunspección cuando decide no someterla a
una renovada prueba ? ¿No procede con conscientes y lógicos actos de
voluntad? ¿Finalmente no es permitido, pues, afirmar que la locura no sólo
noanulalarazón,sinotampocolaapreciaciónrealistadelascircunstancias ?
Cuandoemprendeel segundoelementodesuspreparativos,donQuijote
continúa de manera igualmente sensata y realista. Se pone a ocuparse de su
rocín con el objetivo de hacerle apropiado para su nuevo empleo de corcel
caballeresco. Se nos informa que «cuatro días se le pasaron en imaginar qué
nombre le pondría», que «procuraba acomodársele de manera que declarase
quién había sido antes que fuese de caballero andante, y lo que era
entonces»yque «así, después de muchos nombres queformó, borróyquitó,
añadió, deshizo ytornóa haceren su memoria e imaginación, al fin le vino a
llamar Rocinante, nombre,a suparecer,alto,sonoroysignificativo de lo que
había sido cuando fue rocín, antes de lo que ahora era [...]»(45). Es evidente
que don Quijote sabe muy bien lo que está haciendo. No pierde de vista la
realidad– «without losing consciousness of ordinary reality», dijo Riley en
una nota(R., 61, n.12).Realiza unverdaderoactode creación,semejante por
27lo que hace al resto al de un escritor delante de su hoja en blanco (forma,
borra y quita, añade, deshace y vuelve a hacer en su memoria e imaginación).
Experimentando, vacilando y ponderando transpone en su mente, con plena
conciencia, a su rocín de la banal realidad cotidiana al mágico mundo
caballereresco. Procede detal manera queloreal, el primitivo material crudo
(el rocín) de antes, queda conservado en el imaginario producto final
Rocinante). José Angel Ascunce Arrieta habla de «un plan perfectamente
meditado donde se revela un espíritu lúcido y previsor » (A.A., 23). Vemos
que la locura y la falsa apreciación y, por otra parte, la vista adecuada y
realista están inextricablemente enlazadas y entretejidas desde el principio.
¿Noseríaposible,porlodemás,queenesteprimercapítuloeljuiciotodavía
sano del hidalgo Alonso Quijano hubiese dejado su huella en esa
sorprendenteclarividenciapormomentosdedonQuijote ?
Vicente Gaos tiene razón:«Don Quijote, ya en los primeros capítulos
de la Primera Parte [...], es un personaje complejísimo en quien es muy
difícil deslindar locuraycordura » (G., 167). Pero todos sabemos que a
partirdelasegundasalidaconlaañadiduradeSanchoPanzalascosastoman
un nuevo rumbo y la obra adquiere indudablementeuna nueva calidad. Es
cierto que la locura sigue ejerciendo su dominación. La larga serie de
episodios como la aventura de los molinos de viento, el combate con el
vizcaíno, la confusión de Maritornes con una princesa, la batalla con los
rebaños de ovejas, el error con el cuerpo muerto, la transformación de la
bacía del barberoenel yelmo de Mambrino ola luchaconloscuerosdevino
se imprimen fuertemente en nuestra memoria. Pero ¿ quién en realidad ha
prestadoatenciónal hechode que donQuijote siempre vea SanchoPanza,el
«labrador vecino suyo» (I, 7, 99) como Sancho Panza, a quien ha ofrecido
la función de escudero? Es tan evidente que no parece ser digno de
mención, pero ¿no es un elemento realista ? Lo mismo sucede– y me limito
aquí a la Primera Parte del Quijote – con un gran número de personas (el
ama, la sobrina, el cura, el barbero, los cabreros, don Vivaldo, Marcela, el
ventero Palomeque el Zurdo, el cautivo Ruy Pérez de Viedma, etcétera), con
animales (Rocinante, el asno de Sancho, las jacas gallegas), con cosas (las
bellotas avellanadas, el queso y el vino en I, 11, los batanes, las cadenas de
los galeotes, la maleta de Cardenio) y con sucesos (la comida con los
cabreros, el entierro de Grisóstomo, Rocinante cortejando a las yeguas
gallegas, el manteamiento de Sancho o su discusión con el canónigo de
Toledo). Personas, animales, cosas y sucesos que don Quijote no transforma
en modo alguno, sino que percibe como son en realidad. ¿ Con qué derecho
pasarporaltotodoeso?
Con respecto a la visión de sí mismo constatamos la típica oscilación
entre el loco autoengaño y el autoconocimiento realista. Don Quijote se
equivoca por completo– ¡y bastantes críticos con él!– cuando en el quinto
capítulo afirma orgullosamente: «Yo sé quien soy» (79). Se trata de una
afirmaciónenplenodelirio,porqueal mismotiemposetomaporValdovinos
28y Abindarráez. Con la nueva salida, sin embargo, el sentido de su identidad
aumenta con creces. Veamos algunos ejemplos. ¿Qué lector no lo cree
cuando al final de su discurso sobre las armas y las letras proclama:«a mí
ningún peligro me pone miedo »? (I, 38, 491). ¿ O cuando se autodefine
frentealcanónigo deToledo : «De mí sé decir quedepués que soycaballero
andante soy valiente, comedido, liberal, biencriado, generoso, cortés,
atrevido, blando, paciente, sufridor [...] »? (I, 50, 625). Comentario de
Riley: «we are amused at the presumption, but we can hardly deny the
worthiness of the conviction »(R., 172). Tampoco ponemos en duda la frase
que dirige a maese Pedro alias Ginés de Pasamonte:«doy gracias al cielo,
que me dotó de un ánimo blando y compasivo, inclinado siempre a hacer
bien a todos y mal a ninguno»(II, 25, 919), lo que repetirá poco después en
su respuesta al eclesiástico en el palacio de los duques : «Mis intenciones
siempre las enderezoa buenos fines, que son de hacer bien a todos y mal a
ninguno» (II, 32,972). Nunca la fe loca y la visión justade sí mismo sin
embargo chocan tan íntimamente que cuando dice a don Diego de Miranda:
«Bien podrán los encantadores quitarme la ventura, pero el esfuerzo y el
ánimo seráimposible»(II,17,839.Lacursivaesmía).
Pues bien, el peculiar elemento realista que voy a abordar ahora se
revela probablemente sólo al lector atento y culto. Se trata del famoso
discurso de don Quijote sobre la Edad de Oro en el capítulo 11. Los dos
protagonistas han llegado al campamento de unos cabreros que los acogen
con gran afabilidad y los invitan a una frugal comida. En este idílico
convivio rural se bebe vino y se comen carne, quesos duros y bellotas
avellanadas. Estas últimas despiertan en don Quijote una reminiscencia
cultural y le llevan a iniciar su grandilocuente y solemne discurso sobre la
Edad de Oro. Ascunce Arrieta señala que asistimos a un «cambio de
orientación psicológica »(A.A., 24) y que no está hablando «un ser
alucinado y loco », sino «un temperamento reflexivo »(A.A,. 25). Con una
tonalidad perfectamente idealista don Quijote evoca los felices tiempos de
esa primitiva edadmítica que, desdeelprincipiodelaAntigüedad(Hesíodo)
hasta el Renacimiento, vino figurando como un tópico fundamental de la
3cultura occidental. Es sabido que el concepto global de la Edad de Oro se
compone siempre de una serie de subtópicos que varían según los diferentes
autores. Según el orden en que aparecen nombradosa lo largo del texto de
Cervantessonlossiguientes:
-igualdad por ausencia de propiedad privada («eran en aquella santa
edadtodaslascosascomunes»I,11,133);
-generosidaddelanaturaleza;
-pazyconcordiauniversales;
3Véase Walter VEIT, Studien zur Geschichte des Topos der Goldenen Zeit von der Antike bis
ins 18. Jahrhundert,tesis doctoral, Köln 1961 o Harry LEVIN, The Myth of the Golden Age in
the Renaissance,Bloomington/London :IndianaUniversityPress,1969.
29-simplicidaddelosvestidosydellenguajeamoroso;
-ausenciadefraudeyengaño ;
-inutilidad de instituciones de la justicia, «porque entonces no había
quéjuzgarniquiénfuesejuzgado »(I,11,135)
-yseguridadgeneral.
-Ahorabien,unestudiodelaEdaddeOrotalcomovieneexpuestoen
lasobrasdelosmásdiversosautoresdesdelaAntigüedadclásica
hastaelRenacimientorevelaqueCervanteshaomitidotodaunaserie
deasuntosquenuncahabíanfaltadohastaentonces.Sonéstos:
-unaexistenciaequiparablealadelosdioses(Hesíodo:Erga. Los
trabajosy los días);
-alegríaperpetua,nuncaempañada(Hesíodo;LucianodeSamóstata,
Relatos verídicos;Boccaccio,Fiammetta);
-eternajuventud(Hesíodo;Luciano);
-eterna primavera (Ovidio, Metamorfosis; Horacio, Epodo 16;
Luciano;Tasso,Aminta);
-torrentes de leche y néctar o miel (Ovidio; Luciano;Virgilio,
Bucólica;Horacio;Sannazaro, Arcadia;Tasso);
-laserpientesinveneno(Ovidio;Virgilio;Tasso);
-losbueyesquehablan(Sannazaro),etc.,etc.
Vemos, por lo tanto, que Cervantes echó por la borda todo lo
sobrenatural y quimérico, todo lo irrealista e improbable. Vemos que bajo la
superficie idealista el realismo del personaje supuestamente loco queda de
prontoiluminadocontodaclaridad,cuandonosetratadeasuntosquetengan
relación inmediata con la caballería. Se pudiera tal vez pensar y decir que
fue el autor, Cervantes el racionalista, quien operó esta selección, pero, por
otra parte, es un hecho irrevocable que quien pronuncia este discurso es don
Quijote. (Es cierto que, cuando, al contrario, lo caballeresco ocupa su
espíritu, está dispuesto a creer en encantadores, hechizos y toda suerte de
cosas fantásticas. Y, efectivammente, al final del discurso vuelve a su
monomanía cuando declara ser su misión de caballero andante resucitar ese
prístinoestadodelahumanidad).
Es cierto que para acceder a este último aspecto realista, tuvimos que
practicar una lectura de tipo‘arqueológico’. Ello es mucho menos el caso con
el episodiopastoril deMarcela yGrisóstomoquesigueinmediatamenteypara
el cual el discurso sobre la Edad de Oro sirve de marco abstracto e
introductorio. Somos testigos de una evidente manifestación de realismo y de
una aplicación ejemplar de nuestra definición inicial según la cual el estado
mental de la cordura es la condición previa para la actitud o visiónrealistade
una situación o de un acontecer. En efecto, con entera lucidez y apreciación
realista don Quijote asiste al desarrollo del pequeño drama y, sobre todo, al
brillante alegato exculpatorio de Marcela que ha sido acusada de ser culpaple
de la muerte de Grisóstomo. Don Quijote juzga que Marcela «ha mostrado
conclarasysuficientesrazoneslapocaoningunaculpaquehatenido[...]»(I,
3014, 170). Su juicio coincide con el de los restantes personajes (ficticios)
presentesenlaescenaqueson «admirados,tantodesu discrecióncomode su
hermosura»(ibid.). Y evidentemente coincide también con el del lector– yel
delnarradorqueenestesentidohainfluídoenlarecepcióndellector.
Nos damos cuenta de que existe toda una variedad de posturas realistas
de don Quijote que se podrían dividir en diferentes tipos o categorías. Una
categoría suplementaria que se puede calificar de sorprendente realismo
crudo se presenta cuando, en el capítulo 25, don Quijote relata a Sancho la
anécdota de «una viuda hermosa, moza, libre y rica, y sobre todo
desenvuelta» (311), que se enamoró de un fraile lego, «rollizo y de buen
tomo» (ibid.), y que declara al superior del monasterio que «para lo que yo
le quiero, tanta filosfía sabe,ymás, que Aristóteles» (ibid). Daniel-Henri
Pageaux habla de «un apologue un peu leste»(P., 123). En efecto, es una
historieta inesperada y totalmenteinusitada por parte de don Quijote. El
hidalgo se la cuenta a Sancho tras haber admitido que conoce muy bien la
verdadera identidad de Dulcinea, que no es una princesa, sino en realidad
una analfabeta de nombre de Aldonza Lorenzo, hija de Lorenzo Corchuelo y
de Aldonza Nogales. Se la cuenta poniéndose durante algunos momentos al
nivel de su interlocutor Sancho Panza, el villano rústico; de ahí esos términos
casivulgares.Yselacuentanoparaconfesarqueenrealidadtienelas mismas
intenciones (carnales) respecto a Dulcinea, sino para explicarle que había
tomado comopunto de partida a la labradora Aldonza para voluntariamente
crear en su imaginación a Dulcinea, la mujer ideal. Para esto Aldonza le
basta(«y,así,bástameamípensarycreerquelabuenadeAldonzaLorenzo
es hermosa y honesta [...]» (312). Aquí constatamos, pues, dos cosas: por
una parte que don Quijote sabe distinguir muy bien entre realidad y ficción
y,porotra,quetieneunaconcienciaaguda(yrealista)de su...idealismo.
La última categoría delrealismo de don Quijote en la Primera Parte que
quisiera aducir se podría titular de realismo ilustrativo. En presencia de un
gran número de personas, don Quijote pronuncia su muy conocido discurso
sobre las armas y las letras en la venta de Juan Palomeque. Este
razonamiento no se distingue solamente por la hábil disposición retórica de
las ideas y las brillantes formulaciones del cuerdo orador, sino también por
la descripción realista de unas vivas y plásticas escenas que sirven de
ejemplos para la argumentación. Comparando los esfuerzos del estudiante y
del soldado, don Quijote evoca dos escenas que muestran al segundo en
situaciones llenas de peligrosidad y dramatismo. La primera se sitúa en la
tierra con el soldado que se halla cercado en un lugar fortificado, que los
enemigos están minando y de dónde no puede huir, « temiendo y esperando
cuándo improvisamente ha de subir a las nubes sin alas, y bajar al profundo
sinsuvoluntad»(I,38,490).Ylasegundaseubica en el mar,enunabatalla
naval - trasluce el recuerdo biográfico del autor -, donde «con intrépido
corazón, llevado de la honra que le incita, se pone a ser blanco de tanta
arcabucería,yprocurapasarportanestrechopasoal bajelcontrario»(ibid.).
31Hasta aquí la demostración de diversas manifestaciones realistas de don
Don Quijote enla Primera Parte. Con respecto ala segunda, seré mucho más
breve. La locura del hidalgo deviene cada vez más sólo parcial y los
intervalos lúcidos abundan ahora – y ello ni con mucho únicamente bajo el
fenómeno de su‘sanchificación’. En consecuencia nada tiene de extraño que
las apreciaciones y posturas realistas aumenten correspondientemente. En
muchas ocasiones don Quijote ve la realidad tal como es y son los otros
personajes quienes le hacen creer que se trata de cosas de sus libros.
Paradigmáticos para tal circunstancia son, por una parte, el capítulo 10,
donde don Quijote percibe a la perfección la realidad de las tresfeas y rudas
labradoras y donde Sancho socarronamente transforma esta realidad
fingiendo que tienen delante a Dulcinea y sus doncellas, y, por la otra, toda
la sección del libro (capítulos 30 siguientes) donde don Quijote sirve de
objeto a las incesantes burlas de los duques. Ve a estos últimos, como por lo
demás a casi todos los otros personajes que encuentra durante su
peregrinación (desde Sansón Carrasco y Diego de Miranda hasta Roque
Guinart y Antonio Moreno) con una mirada realista. Y con una mirada
realista y aguda asiste a una cantidad de escenas, como por ejemplo a las
escenas con los rebuznadores (II, 27), con Camacho, Basilio y Quiteria (II,
19-20), o con la falsa continuación por Avellaneda (II, 51). Al fin, en II, 74,
en su lecho mortuorio, despertándose y recobrando la razón, don Quijote
accedealaplenavisióndelarealidad,esdeciral conocimientorealistadesu
locura y de la nocividad de los libros de caballerías que la habían causado.
Pero tenemos que pagar un alto precio: al despertarse nuestro héroe ha
recobrado también su identidad original de Alonso Quijano el Bueno y
perdido, por lo tanto, la de don Quijote de la Mancha, el personaje que nos
ha cautivado durante cientos de páginas «ha recobrado la razón – dice
Menéndez Pidal – pero ha perdido el ideal en el cual viveyrespira,y no le
quedasinomorir»(M.P.,209).
Conclusión
Espero haber mostrado suficientemente en las páginas anteriores que
también existe un ‘don Quijote realista’ y que se manifiesta de diversas y
variadasmaneras. Pero es bien cierto que en la jerarquía de los rasgos
característicos de don Quijote, el de realistaocupa solamente un puesto
menor. Don Quijote es un exaltado idealista y, sobre todo, un loco (aunque
bastantes veces un loco cuerdo, inteligente, culto, inspirado y hasta sabio).
Sin vacilar suscribimos la afirmación de Morón Arroyo: «Toda
interpretación de don Quijote que no cuente con su locura y con la distancia
que el autor mantiene con respecto al ‘extremado’ caballero, falsifica el
texto» (M.A., 233). En total, soy consciente de que el carácter de don
Quijote es tan rico y complejo Pageaux habla de «un personnage des plus
composites» (P. 184) – que es casi imposible definirlo. Además eoy
32consciente de que, como opina Alborg, «cada fraccionamiento lo traiciona »
(A.,172).Sinembargounanálisis metódicoloexige–provisionalmente.
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34CARTASDEANADEJESÚSAMONSEÑORPIERREDEBÉRULLE
YUNASCUANTASMÁS
Maria PilarMANEROSOROLLA
UniversidaddeBarcelona
El 17 de octubre de 1604 hace su entrada en París, en el priorato de
Notre-Dame-des-Champs, un grupo de carmelitas descalzas españolas con la
intención de fundar el primer Carmen descalzoen Francia. Este mismo día,
el arzobispo de París, Henri de Gondy, dio el permiso para erigir la
fundación y, al día siguiente, el vicario general de París inauguró el nuevo
conventocon el nombre de “L’Incarnation”. Se trata de una fundación
largamente deseada y repleta de grandes dificultades, cuyo inicio debe
remontarse a 1583, un año después de la muerte de santaTeresa, cuando el
piadoso caballero franco-español, Jean de Quintanadueñas de Brétigny, en
uno de sus viajes a Sevilla, toma contacto con las carmelitas descalzas, en
particular con la priora, María de san José, quien en varias visitas le dará a
conocer el Carmelo teresiano. Brétigny, que entablará relación con el
provincial Jerónimo Gracián y san Juan de la Cruz en 1585, realiza desde
entonces diversas tentativas fundacionales, una de ellas en colaboración con
una piadosa e influyente dama perteneciente a la Liga, Marie de Batarnay,
mariscala de Joyeuse, pero el nuevo provincial, Nicolás Doria, que en 1585
en el capítulo de Pastrana había accedido a las fundaciones francesas, se
muestra reticente y pide la autorización del rey de Francia, mientras las
guerras de religión asolan este país y las relaciones franco-españolas no
estánensumejormomento.
La paz se restablece entre Francia y España por el tratado de Vervins,
firmado el 2 de mayo de 1598 entre el ex calvinista y ahora católico Henri
IV y Felipe II, lo cual, por el momento, va a hacer más fáciles las relaciones
entre los dos países. En este mismo año Brétigny se ordena sacerdote. Ello
no le impide seguir consu proyecto fundacional. Santa Teresa es poco
conocida en Francia. Él se va a encargar de la traducción al francés de sus
obras, en colaboración con Guillaume de Cheure, cartujo de Bourgfontaine,
tomando como base la sola edición española existente en esas fechas, la
editadaen Salamanca porGuillermo Foquel en1588,al cuidado defrayLuis
de León. Su traducción será la única en francés en treinta años y verá la luz
en París por Guillaume de la Noüe en 1601. La obra tuvo un granéxito yfue
seguida por la traducción de la biografía de santa Teresa deljesuita y
confesor de la santa, Francisco de Ribera, y en colaboración igualmente con
el cartujo. Los libros fascinaron especialmente a una mujer, Barbe Avrillot,
Madame Acarie por su casamiento con Pierre Acarie, llamado el“laquais de
la Ligue”. La futura Marie de l’Incarnation supo interesar para el proyectofundacional a las fuerzas vivas del catolicismo francés, el París devoto,
emergente de las guerras de religión, que frecuentaba los salones de su
“hôtel”, en particular interesó a monseñor de Bérulle, en 1601 un joven
sacerdote de 26 años, doctor en Teología y capellándel rey. En realidad, es
también Madame Acarie la que reúne un nutrido grupo de jóvenes
postulantes que quieren hacerse carmelitas, creando la congregación de
SainteGeneviève, ylaqueimpulsa,afinesde1601,un coloquioenlaCartuja
deParís,al que,bajolapresidenciadeDomBeaucousin,prior,asistenJean de
Brétigny,Pierre de Bérulle y los sacerdotes y teólogos, Jacques Gallemant y
André Duval, para tratar de la fundación de carmelitas descalzas en Francia,
descartandounafundaciónde descalzos. Es ella, asimismo, la que anima a la
princesa deLongueville, Catherine d’Orléans,a ser lafundadorasecular,que
se encargaría de obtener del rey las indispensables patentes, que Henri IV
concedeenjuliode1602.FechadeunasegundareuniónenlamismaCartuja
con los asistentes a la primera, más la participación dela princesa yFrançois
de Sales, entonces coadjutor de Ginebra, a quién se encarga de tramitar el
asunto en Roma. Se establecen en esta reunión las condiciones de la nueva
fundación. Se elige París como centro de expansión de los futuros conventos
de Francia y a María de san José, que había aprendido el francés, como
fundadora. Quedaban por hacer gestiones difíciles: convencer al rey de
España, ahora Felipe III, al general de la Descalcez, el rigorista Francisco de
la Madre de Dios, y elegir a las carmelitas, que se querían, preferentemente,
monjasquehubiesenconvividoconTeresadeJesús.
Jean de Brétigny, a instancias de la princesa de Longueville, con su
criadoJean Navet, René Gaultier, abogado del Gran Consejo, que conocía el
español, ylasseñoras del círculo Acarie: LouiseJourdain,María Quesada de
Pucheuil ylajoven postulante Rose Lesgu, criada deMadame Acarie, parten
para España en octubre de 1603 con el fin de traer a Francia las ansiadas
carmelitas. Ya en julio de 1603, probablemente desde París, Brétigny había
escritoal generaldelCarmen(Quintanadueñas.LettreXXV),suplicándoleel
envío de carmelitas descalzas españolas para las fundaciones de Francia;
desde Valognes al mismo, el 30 de septiembre por idéntica razón
(Quintanadueñas. LettreXXVI)yya desde Segovia, el 19 de marzo de 1604,
al Definitorio del Carmen con el mismo propósito (Quintanadueñas. Lettre
XXVII). Asimismo, llevaba cartas de la princesa de Longueville (Bérulle.
Lettres 16 y 17) para el Definitorio y general del Carmen, para el nuncio en
España, monseñor Domenico Gimnasio, y para el rey Felipe III. La comitiva
llegó a Burgos, en cuyo carmelo la madre Tomasina Bautista, monja que se
barajaba para ir a Francia, era todavía priora. Pero las diligencias de
Brétigny serán frenadas por una carta de monseñor de Bérulle, fechada el 24
de noviembre de 1603 (Bérulle. Lettre 12), en la que suplica a éste cambiar
el orden y la manera de proceder en el asunto hasta que no reciba nuevo
aviso; le sugiere dirigirse a Valladolid, ciudad donde se había trasladado la
corte,ycharlarcon:
36…les bonnes filles de la mère Thérèse, sans vous adresser ni au roi, ni à la
reine, ni a Mr. le nonce, ni a Mr. l’ambassadeur, ni même aux Pères de
l’ordre; et même sans déclarer le sujet de votre voyage aux Pères de l’ordre
afin de ne les émouvoir et de ne préparer les difficultés avant que l’affaire
puisse être efficacementpoursuivie...
Bérulle dejaba entrever que enviarían a otra persona de Francia para
tratar el asunto. Esta persona será él mismo, designado por el círculo del
“hôtel Acarie”. Monseñor no viajará con las manos vacías. El 13 de
noviembre de 1603 se ha emitidolabula de ClementeVIII, “In Supremo”,
porlaqueseerigeelconventodecarmelitasdescalzasdeParís,bajolavisita
del comisario apostólico de los carmelitas descalzosde Italia y el gobierno
inmediato de tres clérigos franceses: Jacques Gallemant, André Duval y
Pierre de Bérulle, esperando que se fundasen en Francia conventos de
descalzos. El 9 de febrero de 1604 parte monseñor de Bérulle para España
con René Gaultier, que había regresado a Francia de su primer viaje. Lleva
consigolabuladeClementeVIIIycartas deHenri IVparalacorteespañola.
Por las cartas dirigidas por Pierre de Bérulle a Madame Acarie durante
el viaje podemos tener noticias de los aconteceres del mismo. En carta del 4
de marzo de 1604 (Bérulle. Lettre 19), seguramente desde Valladolid,
monseñor le da cuenta de su visita al embajador y al nuncio y de la
contrariedad de los descalzos de fundar las descalzas primero; hecho, por lo
demás, no insólito ya que, como argumenta Bérulle, la reforma teresiana
comenzó con fundaciones femeninas. El 18 de marzo de 1604 le escribe
Madame Acarie (Bérulle. Lettre 20) insistiéndole en que se elijan carmelitas
donde reluzca particularmente la virtud de la caridad. En marzo o principios
de abril (Bérulle. Lettre 21), monseñor comunica a Madame Acarie la
resolución favorable para las fundaciones francesas del general y los
definidores del Carmen. Sigue faltando la elección de monjas. Y la madre
María de san José ha muerto prematuramente, no enLisboa, donde pensaban
que estaba los franceses, sino en el apartado convento de Cuerva, donde
precipitadamente había sido trasladada.También ha muerto inesperadamente
la madre Tomasina Bautista, lo que Bérulle notifica a Madame Acarie en
carta de fines de abril o principios de mayo (Bérulle. Lettre 22). La elección
de carmelitas es asimismo el tema de las siguientes cartas con la
confirmación del Definitorio de Madrid para las fundaciones, noticia
relevante de la carta fechada en Valladolid, el 20 de mayo (Bérulle. Lettre
24),endondemonseñordescribeal padregeneral:
…L’esprit de cet homme est le plus sec et arrêté en son sens que j’aie jamais
vu et le plus incapable à recevoir lumière ; et rien ne se peut emporter sur lui,
que parune plusgrande etplusforte détermination que la sienne...
La próxima carta del 20 de mayo (Bérulle. Lettre 25) habla de una
nueva elección de fundadora, barajando a María de santo Domingo. En fin,
en la carta fechada en junio (Bérulle. Lettre 27) notifica monseñor que los
37descalzos han determinado dar monjas y más de las que los franceses piden.
Aúnasílehandefraudado:
et il me semble qu’en ce pays, il y a peu de gens de conseil et d’intériorité. J’en
ai plus trouvé en une bonne âme inconnue et méprisée [Francisco del niño
Jesús, seguramente] et à mon avis, de mérite devant Dieu, qui est en cet ordre,
et a pratiqué la sainte Mère, qu’en tout le reste de cette province, qui fait
beaucoup plus de profession de l’extérieur que de l’intérieur. Je parle du
commun des réguliers, non de cet ordre de la Mère de Dieu, qui marche d’un
autre pied pour le regard des filles...
Malestar y dificultades todas ellas que parecen disiparse el 4 de agosto
cuando el general firma la patente por la cual nombra a las fundadoras de
París y a la madre Ana de Jesús como primera superiora. Decisión que le
ratificará el secretario del nuncioel 15 de agosto (Bérulle. Lettre 31) y que
monseñor transmitirá a Madame Acarie en carta fechada en Burgos el 5 de
septiembre(Bérulle.Lettre32):
…à la fin il a plu à Dieu de faire condescendre du tout le Général et les
supérieurs de l’ordre qui ont fait des résistances extraordinaires et les obliger
de nous donner celles que nousavonsdemandées parle conseil des premierset
plus éminents de l’Espagne [seguramente el padre Ribadeneira, el padre
Báñez y el padre Curiel]. La première est Anne de Jésusque tout l’ordre et
toute l’Espagne tient entre undes plus grands sujets de ce pays.
Ana de Jesús había ingresado en el Carmen de Ávila en 1570,
profesando en Salamanca al año siguiente, donde pronto fue nombrada
maestra de novicias. Distinguida por santa Teresa desde el momento de su
conocimiento, había convivido íntimamente con la reformadora en los
primeros años de su experiencia carmelitana. En relación estrecha,
igualmente, con Juan de la Cruz y Jerónimo Gracián, fundará, junto a santa
Teresa, en 1575, en Beas del Segura, donde quedó como priora y comunicó
espiritualmente con el futuro santo, confesor del convento, fundando ambos
en Granada en 1582, siendo Ana de Jesús y la comunidad femenina de los
dos carmelos descalzos andaluces impulsos de privilegio de fases
importantísimas en la redacción, si no inspiración, del Cántico espiritual
sanjuaniano, a ella precisamente dedicado. La ascensión de Nicolás Doria al
provincialato de la orden en 1585 supuso el comienzo de una reorganización
del Carmen descalzo que, en principio, otorgó a Ana de Jesús una clara
relevancia, pues fue el nuevo provincial quien la designó para fundadora y
priora del primer carmelo de descalzas de Madrid en 1586, perfilándose con
ello su puesto de sucesora de santa Teresa en la orden. Pero en 1588, en el
capítulo general de Madrid, el mismo Doria, que había conseguido, por
breve de Sixto V, que la Descalcez se constituyera en congregación
autónoma, instituyó en el Carmen descalzo la llamada Consulta como
gobierno permanente de frailes y también de monjas y con poderes para
nombrar priores y prioras, predicadores y confesores, centralizando la orden
38y supeditando totalmente a las descalzas, pioneras de una reforma que fue,
en principio, femenina, al poder masculino de los frailes. Por lo demás, la
Regla y las Constituciones se desfiguraban y el auténtico espíritu teresiano
se eclipsaba y con ello su humanismo. Ana de Jesús fue consciente de los
acontecimientos y, juntoaMaría de sanJosé, y asesorada porreligiosos no
carmelitas (Domingo Báñez, Teutonio de Braganzay fray Luis de León),
encabezó una petición hecha a Roma, al papa Sixto V, en 1590, para la
obtención de un breve, bien llamado “Salvatoris”, que confirmase para las
monjas las leyes herencia de santa Teresa. Antes, en 1588, había hecho
imprimir en Madrid las Constituciones de Alcalá, promulgadas por la
fundadora en 1581, las que el breve “Salvatoris” quería defender y que Ana
de Jesús defenderá, conservará y seguirá mientras viva. Pero en 1591 el
breve concedido por SixtoV a las descalzas fue revocado por Gregorio XIV,
y en este año se sucedieron tres papas en el solio pontificio(Gregorio XIV,
Inocencio IX, ClementeVIII) que dejaron oficialmente en suspenso la
petición de las monjas, con la expedición de un contra breve y, finalmente,
en 1592, la nueva edición de las Constituciones en las cuales se habían
insertado los cambios de los breves “Salvatoris” y “Quoniam non
ignoramus”. A resultas de todos estos hechos, Ana de Jesús fue encarcelada
en su celda del convento de Madrid; luego, en 1594, pasó a Salamanca
dondeen1596fueelegidapriora,en1599reelegida,yendonde,muertofray
Luis de León en 1591, quien le había dedicado su Exposición al Libro de
Job, en prueba de su sublime amistad, mantendrá relación con Domingo
Báñez,JuanAlonsoCuriel,AgustínAntolínezyotroscatedráticoseminentes
de la universidad salmantina, pero no gozará del favor del nuevo general del
Carmen, Francisco de la Madre de Dios. Por sus cartas al agustino Diego de
Guevara, fechadas en Salamanca el 1 de diciembre de 1602 (Ana de Jesús.
Carta 12), 15 de marzo de 1603 (Ana de Jesús. Carta 13) y 12 de julio de
1604 (Ana de Jesús. Carta 22), podemos vislumbrar cómo la monja sigue el
proyecto de las fundaciones francesas y en concreto, en la carta del 1 de
diciembre,cómohapedidoserpartedeellas:
“…Y así he suplicado a nuestro padre general, que le piden monjas para
fundaren Francia,que si lasdiere, sea yo una de ellas…”
Sin duda, la introducción del Carmen descalzo en Francia representaba
para ella un nuevo horizonte para implantar la reforma teresiana según las
ConstitucionesdeAlcalá.
Ana deJesússaliódeSalamanca parafundar enParísel 20deagostode
1604 en compañía de dos hermanas del mismo convento elegidas por ella :
Beatriz de la Concepción e Isabel de los Ángeles. Llegaron a Ávila el día 23
pararecogeraAnadesanBartoloméque,aunquelega,habíaimpresionadoa
Bérulle. De Ávila, Brétigny fue a Loeches en busca de Leonor de san
Bernardo,elegidaporquesabíafrancés.El5deseptiembrellegaronaBurgos
donde se les unió Isabel de san Pablo, que también hablaba francés. Fueron
39acompañadas por el general, Francisco de la Madre de Dios, en la primera
jornada y el provincial de Castilla la Vieja, José de JesúsMaría, las
acompañó hasta la frontera; luego siguieron hasta París con el padre Miguel
de san Fermín, provincial de Aragón y Cataluña, y un compañero, Francisco
del SS. Sacramento, más la expedición francesaformada por Bérulle,
Brétigny, su criado JeanNavet, René Gaultier y Edmont de Messa, más
Louise Jourdain, María Quesada de Pucheuil y Rose Lesgu. Viajaron por
tierra pasando la frontera por Irún ysiguiendo por Bayona, Burdeos, Saintes,
Poitiers, Amboise, Orleáns.Llegaron a París el 15 ó 16de octubre yles salió
al camino para recibirlas la princesade Longueville. Visitaron Saint Denis y
a las benedictinas de Montmartre antes de dirigirseasu nuevo convento, un
gran edificio en construcción en el priorato de Notre-Dame-des-Champs en
el faubourg saint Jacques del que sólo había quedado la iglesia y la casa
prioral, donde, de momento, se alojarán las carmelitas. Concebido a gran
escala, cosa que contrariará a Ana de Jesús por no ajustarse a la Regla
teresiana y comentará a Diego de Yepes, obispo de Tarazona, en carta
fechada en París el 8 de marzo de 1605 (Ana de Jesús. Carta 26), el “grand
couvent” que será y por este nombre se le conocerá, bajo la dirección de
Madame Acarie y Michel de Marillac, “garde des sceaux”, estaba pensado
para albergar a 50 monjas, futuras fundadoras en Francia y, aún, en los
países vecinos. Con todo, el día 18 de junio se inauguró el convento y el 21
reciben las descalzas la visita de la reina, Maria de Medici, acompañada de
las princesas y damas. Los dos padres carmelitas, que habían acompañado a
las monjas, se vuelven a España y el 1 de noviembre toman el hábito las
primeras novicias: Andrée de Tous les Saints (Levoix), Marie de la Trinité
(Hannivel) y Louise de Jesús (Jourdain), a las que siguen 17 más. Pronto la
afluencia de postulantes hace pensar en la creaciónde un nuevo convento
que se erigirá en Pontoiseel 16 de enero de 1615 y del que será priora, por
expreso mandato de los superiores franceses, Ana de san Bartolomé, para lo
cualrecibiráel velonegrodemonjadecoro.
Aunque se ha especulado en torno al disgusto de Ana de Jesús por la
decisión de los superiores de hacer de Ana de san Bartolomé monja de coro
y priora, según lo que la beata dejó escrito en su Autobiografía de Amberes,
ningún resquemor se deja notar en el comentario que sobre el caso hace Ana
de Jesús en su citada carta a Diego de Yepes. Precisamente, las 4 únicas
cartas que poseemos de Ana de Jesús dirigidas a monseñor de Bérulle, y a
ningún otro superior en Francia, y de las cuales, si las hubo, no se han
conservado respuesta, se escriben después de la fundación de Pontoise y,
salvo en la segunda, no se trasluce atisbo de conflicto, a pesar de que la
madre, desde que fundara en Francia, ansiaba la llegada de los descalzos,
que tanto disgustaron a Bérulle, para lo cual, a espaldas de monseñor, hace
gestiones con la congregación de Italia, la que correspondía a Francia por la
bula “In apostolicae dignitatis”, dispensada por Clemente VIII el 13 de
noviembre de 1600, que había separado la congregación de Italia de la de
40España, dándole a aquélla la jurisdicción en “todo el mundo”, salvo en
España y Portugal y en sus posesiones de Africa y de Indias, lo que se
trasluce en la carta citada dirigida a Diego de Yepes, entre la primera y
segunda carta enviadas a Bérulle.Laprimera de ellas, fechada en París, en
enero o febrero de 1605 (Ana de Jesús. Carta 24), es muy cordial: se
preocupa por la salud de monseñor y acepta los nuevos confesores que le ha
enviado. En la segunda, que le escribe desde Parísyno desde Dijon, como
apareceen(AnadeJesús.Carta27),despuésdel8demarzode1605,afloran
los conflictos y la insatisfacción de la madre: piensa que dejará Francia, ya
que, sin explicarquién, la encuentran inútil para esta tierra. Comunica a
monseñor quehapedidoalpapa, LeónXI, dispensapara algunoscambios de
lasConstitucionesquehayquehacerenFrancia,queseguramentetienenque
ver con la admisión en el Carmen de Louise D’Abra de Raconis, hija del
embajador suizo, nacida de padres calvinistas y educada en el calvinismo,
pero convertida al catolicismo bajo la dirección espiritualde Bérulle. Ana de
Jesús se opone a su admisión, mientras no haya autorización pontificia y
enmienda en las Constituciones que dicen se mire que las postulantes sean
hijas de padres católicos y, lamentablemente, descalificará a Ana de san
Bartoloméporhaberseentrometidoenestosasuntos:
la madre Ana de San Bartolomé no ha tenido ocasión hasta ahora para saber
lo que monta el hacer o deshacer una Regla o Constitución, porque cuatroo
cinco años que nuestra Santa Madre, antes que muriese, la trajo consigo, no
era para que hiciese los negocios, sino para que la vistiese y desnudase y
ayudase a escribir algunas cartas, porque tenía su reverencia un brazo
quebrado y las queeran del coro nopodían asistir[la] tanto…
La tercera carta, fechada en París a finales de mayo o primeros de junio
de 1605 (Ana de Jesús. Carta 28), tiene otro cariz. Bérulle le ha comunicado
elinformenegativoquesobreellaledioel generalenEspañayAnadeJesús
agradece las misericordias que Dios hace con ella en Francia, pues en este
paísha hallado la hospitalidad que siempre ha deseado, y exalta el amor que
profesaamonseñor:
Bendito sea Dios que no hace cosa en valde y siempre cumple los deseos que da
a las almas! La mía ama entrañablemente a vuestra merced; y ahora veo claro
queselodebo,puesteniendoesainformacióndemiGeneralmetrajoacá…
Le notifica que ha escrito al capítulo de los cartujos para que aceptasen
la visita de las carmelitas descalzas, visita que ellos han de declinar. La
cuarta y última carta, fechada en París el 10 de junio de 1605 (Ana de Jesús.
Carta 29) es de puro trámite. Ruega por la salud de monseñor y desea saber
si la octava del Santísimo Sacramento quiere que se celebre como se hace en
la orden. El 5 de junio habrá tomado el hábito en Pontoise, de manos de Ana
de san Bartolomé, Louise D’Abra de Raconis con el nombre de Claire du
SaintSacrement.
41En septiembre de 1605 Ana de Jesús deja París para fundar en Dijon.
Pareceuna resoluciónante los desacuerdos soterrados mantenidos con
monseñor de Bérulle, pero los problemas en torno a las Constituciones y la
polémica llegada de los descalzos, cuya comunión espiritual y dependencia
jurídica de las descalzas estaba formulada por el artículo primero de las
Constituciones de Alcalá, no desaparecían porla distancia. La acompañan en
la fundación Beatriz de la Concepción, Isabel de los Ángeles, Marie de la
Trinité y Marie de saint Albert, más tres postulantesyen el viaje Jacques
Gallemant y Jean de Brétigny, que va de confesor. El 21 de septiembre se
erigió el convento, pero el pueblo recibió mal a las monjas españolas. La
nobleza, en cambio, acogió con fervor a las carmelitas,ymuy especialmente
la baronesa y futura santa Jeanne de Chantal. Pero Ana de Jesús, enferma y
cansada de sus desencuentros con los superiores de Francia, quiere volver a
España, aunque sospecha que no será bien recibida por el general descalzo,
encasoimprobabledequeésteaccedaensuregreso.El5deagostode1606,
en carta escrita desde Bruselas, la infanta Isabel Clara Eugenia, que conocía
a Ana de Jesús desde los tiempos de Madrid, la invita a pasar a Flandes para
fundar en la capital un convento de carmelitas descalzas (Ana de Jesús.
DocumentosComplementarios36):
como os dirá Quintanadueñas, el sitio que tengo para el monasterio es junto a
nuestra casa, que es lo que yo he pretendido siempre, para que se nos pegue
algo de lo bueno que tendréis en la vuestra. Avisadme muy particularmente de
todo lo que se hubiere de hacer y esto puntualmente cómo manda que sea la
madre Teresa, porque noquiero que se exceda unpuntoennada…
La invitación representa una solución a sus problemas y una ocasión de
reflejarsuteresianismoyhacerválidaslasConstitucionesdeAlcalá.
En viaje hacia Bruselas, el 30 de diciembre de 1606, Ana deJesús parte
de Dijon para París en compañía de Beatriz de la Concepción y Marie de
saint-Albert. En París se les unió Éléonore de saint-Bernard y, en carrozas
enviadas por la infanta Isabel, fueronaPontoisea recoger a Claudine du
saint-Esprit y a Amiens, convento fundado el 14 de mayo, para tomar a
Amande de Jésus y despedirse, paulatinamente, de las conventuales. En el
viaje fueron acompañadas por Brétigny, pues el nuncio de Bruselas,
monseñor Decio Caraffa, había dado poderes a los superiores de Francia
para nombrar un superior delegado de las carmelitas descalzas de Flandes y
éstos le eligieron a él. El 22 de enero de 1607 llegó la comitiva a Bruselas y
fue recibida por los archiduques y la nobleza hispano-belga y, al día
siguiente, se erigió el convento provisional con Ana de Jesús como priora y
Beatriz de la Concepción de superiora. En julio se recibieron las primeras
novicias. La afluencia hizo que el 4 de noviembre se fundara un nuevo
conventoenLovainayel7 defebrerode1608otroenMons.Ainstanciasde
Ana de Jesús también se llevará a cabo en 1612 la fundación de carmelitas
descalzas de Cracovia. Ya en 1607, en el mismo año de la llegada de Ana de
42Jesús a Flandes, muy significativamente, había salido a la luz, en Bruselas
por Roger Velpius, la edición francesa de las Constituciones de Alcalá, y en
1616 se editarán las de Dole en las cuales se distinguirán los dos regímenes,
el de la orden fuera de Francia y el de Bérulle en Francia, con las
anotaciones al pie de página de Ana de Jesús en cuanto a los confesores y
predicadores para los conventos de Bélgica y Polonia. También, bajo el
impulso de la madre y la aquiescencia del príncipe Alberto, se funda en
Bruselas,el7deseptiembrede1610,porTomásdeJesúsdelacongregación
italiana y breve de Paulo V, el primer convento de carmelitas descalzos de
los que, desde ahora, va a depender el gobierno de las carmelitas descalzas
de Flandes. Ana de Jesús será elegida por cuatro veces priora de Bruselas y
lo será hasta su muerte, acaecida el 4 de marzo de 1621. En el mismo año, se
abre en las sedes de Malinas, Tournai, Cambrai, Arras y Amberes el proceso
ordinario de beatificación y canonización. No tenemos cartas de que Ana de
Jesús tuviera relación con el Carmen descalzo de Francia desde su marcha a
Flandes, a excepción de un billete de afecto y amor mutuo, fechado en
Bruselas, el 21 de julio de 1607 (Ana de Jesús. Carta 32), que envía a las
descalzas francesas, pero es indudable que su memoria quedó grabada en las
carmelitas formadas por ella y se extendió a través de ellas por los
numerosos carmelos de Francia. En 1896, la santa del Carmelo francés,
Thérèse de l’Enfant-Jésus, nos dará una prueba (Sainte Thérèse de
l’EnfantJésus,LettreàSoeurMarieduSacréCoeur,p.189-190):
Aux premières lueurs de l’aurore, je me trouvai (en rêve) dans une sorte de
galerie, il y avait plusieurs autres personnes, mais éloignées, Notre Mère seule
était auprès de moi, tout à coup sans avoir vu comment elles étaient entrées,
j’aperçus trois carmélites revêtues de leurs manteaux et grands voiles, il me
sembla qu’elles venaient pour notre Mère, mais ce que je compris clairement,
c’est qu’elles venaient du Ciel. Au fond de mon cœur, je m’écriai: Ah ! que je
serais heureuse de voir le visage d’une de ces carmélites. Alors comme si ma
prière avait été entendue par elle, la plus grande des saintes s’avança vers
moi; aussitôt je tombai à genoux. Oh ! bonheur, la Carmélite leva son voile ou
plutôt le souleva et m’en couvrit…sans aucune hésitation je reconnus la
vénérable Mère Anne de Jésus, la fondatrice du Carmel en France...
En 1611, durante la regencia de Maria de Medici, los carmelitas
descalzos fundaron en París su primer convento de Francia con las patentes
otorgadas por la soberana; pero los padres Denys de la Mère de Dieu y
Bernard de Saint-Joseph, franceses ambos, que quedaron después de la
marcha de Tomás de Jesús de la congregación italiana, que negoció la
fundación,tuvieronqueprometeraMicheldeMarillac,pordeclaracióndel2
de febrero, para que ésteno impidiera el registro de las patentes, de no
reivindicar el gobierno de las carmelitas descalzas. En 1613, Pierre de
Bérulle lleva a cabo en París la fundación del Oratorio, punto culminante de
la restauración católica francesa, en la que se barajaba su fervor teresiano
con otras decantaciones espiritualeshacia la experiencia religiosade
43François de Sales, hacia el modelo implantado en Roma, en 1564, por san
Filippo Neri en su propio Oratorio y sobre todo con el sueño de una
congregación secular por encima de los proselitismos y luchas entre y en las
órdenes religiosas. Pronto, el 17 de abril de 1614, por el breve “Cum
pridem”, el papa Gregorio XV excluye del gobierno de las carmelitas
descalzas de Francia al nuncio de París y a los carmelitas descalzos para
dárselo definitivamente a él y a sus sucesores en el generalato del Oratorio.
Es privilegio que Bérulle defenderá en 1620 hasta términos extremos en los
territorios sometidos al rey de Francia, entonces ya Luis XIII. Elevado al
cardenalato en 1627, Bérulle murió dos años después. En Francia se habían
fundadomásde40conventosdecarmelitasdescalzas.
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451VOLTAIREYDONQUIJOTE
MercèBOIXAREU
UniversidadNacional deEducaciónaDistanciaUNED
La sentinelle m’a demandé mon nom : j’ai répondu,
comme de raison, que je m’appelais don Quichotte, et
j’entre sous ce nom (DeVoltaireàFrédéric, 1740).
La presencia del Quijote de Cervantes en Francia es notoria desde las
primeras traducciones que siguen a la publicación de cada una de las dos
partesdelaobraenEspaña,ladeCésarOudin,en1614,ladeFrançoisRosset
en 1618. El excelente estudio de Maurice Bardon, Don Quichotte en France
e eau XVII et au XVIII siècles. 1605-1815 (1) considera muyexhaustivamente
las distintas reescrituras de la obra, de entre las que cabe destacar las de
autores que descubren en el texto de Cervantes no sólo sus recursos de
comicidad, su vinculación a las temáticas de errancia y aprendizaje, sino
también susimplicaciones filosóficas y metanarrativas. En el sigloXVIII,
autores interesados por las posibilidades del nuevogénero, la novela, toman
la obra española como hipotexto de sus relatos. Nos referimos sobre todo a
la Histoire de l’admirable Don Quichotte de la Manche del primer gran
novelista del siglo Robert De Challe, al Pharsamon de Marivaux, o en la
segunda mitad de siglo, a Jacques le Fataliste de Diderot. Estos autores no
sólo aportan a la narrativa francesa unas producciones innovadoras, en el
sentido de que se trata de representaciones más realistas, atentas a lo
cotidiano, sino también reflexiones sobre los mundos de ficción como tales,
y sobre las relaciones entre el autor, el narrador y el lector, cuestiones que
lesrelacionanmuydirectamenteconeltextocervantino.
En este panorama de la narrativa francesa del siglo XVIII, Voltaire no
aparece como epígono del Quijote y sus múltiples producciones– dramáticas,
líricas, históricas, filosóficas, narrativas… – no se relacionan directamente ni
con el personaje ni con el autor español. En el capítulo de Maurice Bardon
dedicado a «Les Philosophes» (p.531-570)ymás concretamente a Voltaire
(p.549-570) se destaca la difusión que en el siglo XVIII tiene ya la obra
cervantinaylasopinionesyreescriturasdiversasdelamisma.
Basándonos en la obra de Voltairey muyespecialmente en su
Correspondencia, quisiéramos mostrar el conocimiento que este autor tiene
de la obra de Cervantes, a partir de alusiones y citas. Más allá de esta labor
de rastreo bibliográfico, desearíamos mostrar cómo la intencionalidad
narrativa voltairiana es una aplicación ideológica del dispositivo narrativo
1Paralascitasdeestaobra,seguimos,lareedicióndeSlatkineReprints, Genève,1974.crítico del Quijote. Finalmente y, tras apuntar las profundas semejanzas y
diferencias entre Candide y Don Quijote, consideramos como es el autor,
Voltaire, y no su personaje, el que se emparenta explícitamente con él. Este
hecho pone de relieve la modernidad del personaje de Cervantes en el Siglo
de las Luces, siglo de progreso, antes de que los románticos acuñen una
imagentrágicaynostálgicadel mismo,quizálamásdifundida.
Consultado el Voltaire électronique que recoge las entradas
2correspondientes a todo la obra y que va siendo publicada en la edición de
Oxford, encontramos más de 40 citas referidas a nuestro personaje en
3distintas grafías: Quichotte, Quichote. Unicamente la Correspondencia nos
da además más de 40 referencias a Cervantes, Sancho Panza y a otros
personajes y episodios de la obra. Tenemos, pues, más de 80 alusiones que
muestran que Voltaire conocía muy bien el texto. Sabemos que poseía la
novela en español, la edición de Bruselas de 1617, conocía la traducción
francesaenlaedicióndeLyonde1723yhabíaleídola Vida de Cervantesde
Mayans y Siscar, que precede la edición de Londres, en la edición de
4Ámsterdam de 1740 . Según la Correspondencia se puede deducir que hacia
1753 vuelve a leer el Quijote y que esta obra le es particularmente presente
cuandoseinstalaenLesDélicesyposteriormenteenFerney.
Las referenciastienen motivos y significados muy diversos. Podemos
establecer cuatro grandes grupos: 1) las que contienen juicios sobre la obra
de Cervantes; 2) las que contienen comentarios sobre los personajes de D.
Quijote y Sancho Panza; 3) aquéllas que se sirven de los mismos para
expresarjuicios más reflexivos, en la línea filosófica del autor y 4)
finalmente,lasquelesirvenal autorparaidentificarseconlospersonajes.
En primer lugar, respecto a los juicios sobre la obra, cabe recordar que
Voltaire, como la mayoría de los hombres de letras contemporáneos desprecia
la novela y el cuento, como obras menores no vinculadas a los tres grandes
géneros aristotélicos –la lírica, la épica, la tragedia- aunque este desprecio no
coincida con los grandes éxitos editoriales de la segunda mitad del siglo: las
57 ediciones de los Contes moraux Marmontel o las 24 de Candide (según la
Bibliographiedugenreromanesquefrançaisentre1751y1800).
Por otra parte, cabe recordar también el desprecio de los filósofos por la
España del siglo XVIII que, lejos de ser reconocida en sus esfuerzos
2 Voltaire électronique, The Voltaire Foundation. Cambridge : Chadwyck-Healey, Oxford,
1998. Respecto a la edición impresa de Oxford que corresponde a la edición electrónica,
desde1969estáen víasdepublicación yhansalidoya másdeun centenardevolúmenes.
3VOLTAIRE, Correspondance, coll. «Bibliothèque de la Pléiade », 13 volumes, Gallimard,
Paris,1978-1993.
4En una carta a DUCLOS (Délices, 1761) cita a MAYANS (Mayans y Siscar) como editor del
Quijote yde una vida de Cervantes. Posteriormente en una carta al propio MAYANSYSISCAR
(Délices, 1762),alude a las influencias españolas en la literatura francesa de la época:
«puisque les Espagnols n’ont daigné rien prendre de nous et que nous avons beaucoup puisé
chezeux ».Ver Correspondance,vol.VI,págs732y927.
48progresistas, aparece según la imagen de los siglos precedentes con los
tópicos de crueldad, intransigencia religiosa (la Inquisición) y supersticiones
5diversas que, la convierten en antimodelo para los filósofos . Voltaire, a
pesar de hacerse eco de estos desprecios, sin grandes matizaciones ni
entusiasmos, valora el Quijote como el libro más leído de Europa, «aussi
Don Quichotte est lu de toutes les nations» (Lettres philosophiques. «Sur
M. Pope et quelques autres poëtes fameux ») y, aún elogiando a otros
6autores, como Lope de Vega o Quevedo , lo cita como la gran obra de la
literaturaespañola:
Les Espagnols n’ont pas eu depuis Don Quichotte un seul roman qui mérite
d’être lu (explica que lo mismo ocurre en Italia desde Ariosto). Les deux héros
de l’Arioste et de Cervantès sont fous, et ces deux ouvrages sont les meilleurs
de l’Italie et de l’Espagne.
(Articlesextraitsdela Gazette littéraire de l’Europe).
Sin entrar tampoco en matizaciones, en una carta a Marmontel (1765),
resalta su comicidad, a pesar de la atención que el autor tuvo que poner en
evitarconflictosconla Inquisición:
Vous savez bien que Michel de Cervantes disait que sans l’Inquisition Don
Quichotte aurait été encore plus plaisant.
(Correspondance VII, p.1110).
Por lo que se refiere a sus juicios sobre el personaje, éstos son mucho
más frecuentes, variados y matizados. Destaca su aspecto ridículo, víctima
delasmaldadesajenas:
…Don Quichotte qui n’est représenté dans Cervantès que comme un
insensé à qui on fait continuellementdes malices.
(Questions sur l’Encyclopédie).
Noobstante,elfilósofohasabidoyacaptarycomprenderlascualidades
propias del caballero, honrado, valiente, culto y sabio, y la grandeza que
encierra tras su apariencia ridícula. En su obra La Prude, Mme Burlet
apostrofaaBlanfort,subrayandosusemejanzaconD.Quijote:
v.1754 Ma foi, tu joins, moncher homme entêté,
Le ridicule avec la probité
Il me paraît que ta triste cervelle
De don Quichotte a suivi le modèle ;
Très honnête homme, instruit, brave, savant
Maisdansun point, toujoursextravagant.
5Ver R. DESNÉ, «Una antítesis de las Luces : España en los filósofos franceses » en M.
BOIXAREU, R. LEFERE (coord.) La Historiade España en la literatura francesa. Una
fascinación.Castalia,Madrid,2002,págs.353-362.
6Ver la carta 3175 a FAWKLNER (1752) en la que elogia a QUEVEDO por su imaginación.
(Correspondance III,p. 642).
49Este adjetivo, «extravagant» es el que más frecuentemente se aplica al
personaje, relacionándolo con la «locura», otro tópico con el que se califica
tambiénalanaciónespañola.
En general, podemos afirmar que Voltaire simpatiza con el personaje, a
pesar de su comportamiento irracional y de sus vivencias en un mundo de
fantasías. En su admiración, lo relaciona con otros personajes históricos que
son objeto de su estudio, comoCarlos XII de Suecia, a quien llama «don
Quichote du Nord. Dont la valeur a paru plus qu’humaine» (La Pucelle
d’Orléans, chant 3). También en L’homme aux quarante écus se refiere a esta
monarca como «un fou extraordinaire qui se battait comme D. Quichotte
contrelesmoulinsàvent»(cap. «D’unbonsouperchezM.André»).
En lo que concierne la utilización de este personaje en relación con las
ideas filosóficas del autor, cabe señalar que a Voltaire le interesan aspectos
aparentemente contradictorios, la grandeza moral del personaje, pero
también sus vivencias imaginativas y quiméricas. En unas reflexiones sobre
el quietismo, el autor da como ejemplo el amor desinteresado de D. Quijote
porDulcinea:
Ce qu’on aurait dû remarquer, c’est que le quiétisme est dans Don Quichotte.
Ce chevalier errant dit qu’on doit servir à Dulcinée, sans autre récompense,
que celle d’être son chevalier. Sancho lui répond : Con esta manerade amor
he oydo yo predicar que se ha de amar a nuestro senor por sí solo, sin que nos
mueva esperanza de gloria o temor de pena: aunque yo le quería amar y
servirporlo que puede ser (citadoenespañoleneltexto).
(Le Siècle de Louis XIV,Chap.38,nota 413,deVoltaire).
Las alusiones más significativas las encontramos en sus distintos
comentarios sobre la polémica obra de Jean Meslier. En Questions sur
l’Encyclopédie alude al paralelo que Meslier establece entre el idealismo de
Cristo y el de D. Quijote, mientras que el realismo temeroso de S. Pedro
quedaparangonadoconSancho:
C’est un homme si profondément ulcéré des crimes dont il a été témoin, qu’il
en rend la religion chrétienne responsable, en oubliant qu’elle les condamne.
Point de miracle qui ne soit pour lui un objet de mépris et d’horreur. Sur le
curé Mélier il va même jusqu’à comparer Jésus-Christ à Don Quichotte et St.
Pierre à Sancho-Pança.
(Texto «Miracles »).
En el Extrait des sentiments de Jean Meslier,la credulidad quijotesca
en un mundo de mítica caballeresca se compara a la credulidad cristiana en
lostextosbíblicos:
Si, suivant cette manière d’interpréter allégoriquement tout ce qui s’est dit, fait
et pratiqué dans cette ancienne loi des Juifs, on voulait interpréter
allégoriquement tous les discours, toutes les actions et toutes les aventures du
fameux don Quichotte de la Manche, on y trouverait certainement autant de
50mystères et de figures. C’est néanmoins sur ce ridicule fondement que toute la
religion chrétienne subsiste. (cap. 5)
El mismo paralelo entre la fábula caballeresca que el Quijote ridiculiza
y la fábula religiosa que pretenderidiculizar el filósofo, aparece en el
comentario a la Histoire véritable des temps fabuleux de Guérin Durocher y
muy especialmente en el conocido artículo Esprit faux del Dictionnaire
philosophique.
Par quelle étrange bizarrerie des hommes sensés ressemblent-ils à don
Quichote, qui croyait voir des géants où les autres hommesne voyaientque des
moulins à vent ? Encore don Quichote était plus excusable que le Siamois qui
croit que Sammonocodom est venu plusieurs fois sur la terre, et que le Turc qui
est persuadé que Mahometamis la moitié de la lune dans sa manche. Car don
Quichote frappé de l’idée qu’il doit combattre des géants, peut se figurer qu’un
géant doit avoir le corps aussi gros qu’un moulin, et les bras aussi longs que
les ailes du moulin : mais de quelle supposition peut partir un homme sensé
pour se persuader que la moitié de la lune est rentrée dans une manche, et
qu’un Sammonocodom est descendu du ciel pour venir jouer au cerf-volant à
Siam, couper une forêt, et faire des toursde passe-passe ?
Voltaire considera la credulidad de Don Quijote « más excusable» que
la de siameses yturcos en sus creencias absurdas y, por extensión, la de todo
tipo de creencias basadas en «fábulas» contrarias al sentido común y a lo
demostrableporvíaexperimental,porlaRazón.
J’ai lu dans le testament du célèbre curé Meslier qu’en expliquant ainsi les
ouvrages de ceux qu’on appelle Nabi, il y avait trouvé toute l’histoire de Don
Quichote clairementprédite.
(Dieu et les hommes,cap. 36,p.442).
En Questions sur l’Encyclopédie el paralelismo de la quimera
quijotescasevuelveautilizarparacompararalosespañolesFranciscoJavier
e Ignacio de Loyola con D. Quijote: estos religiososjesuitas están imbuidos
de obras cristianas, especialmente de los milagros y gestas de la Leyenda
Dorada, de la misma forma que D. Quijote lo estaba de los libros de
caballerías. Como éste, entregan heroicamente su vida a una causa
«imaginaria». No obstante, en la asunción de la ilusión por la realidad, las
transformaciones quijotescas operanpor similitud(losgigantes por molinos ;
los ejércitos por rebaños, etc.), mientras que las creencias o fábulas
religiosassontotalmente arbitrariasycorrespondenaloqueelfilósofollama
Esprit fauxo «Menteequivocada».
En este paralelismo se encuentra la intencionalidad misma de los
Cuentos de Voltaire. Con estos relatos el autor se propone «iluminar» las
mentes equivocadas parangonando las fantasías de los cuentos maravillosos
con las historias fabulosas que se contienen en los llamados libros sagrados
de las distintas religiones. De la misma forma que el objetivo de Cervantes
en su Quijote es mostrar lo absurdo de los libros de caballerías (Pues no ha
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