Premières rencontres avec l'autre dans les cultures anglophones

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Que la rencontre soit fortuite, ou bien au contraire recherchée, précédée d'une série d'attentes, les préconstruits ou a priori culturels, sociologiques et linguistiques qui la sous-tendent sont autant d'éléments à prendre en compte pour qui s'interroge sur la première rencontre avec l'autre. Même attendue, cette première rencontre avec l'autre comporte souvent une part d'inattendu. C'est alors que s'instaure un jeu complexe entre le prévu et l'imprévu... Telles sont les pistes les études ici réunies par des chercheurs aux spécialités diverses dans le domaine des cultures anglophones.
Publié le : jeudi 1 avril 2010
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EAN13 : 9782296257146
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SOMMAIRE

Florence MARIE-LAVERROU – Introduction

Première partie

p. 9

Allers et retours du cheminement vers l’Autre / D’un point de vue à l’autre

Chapitre I –L’illusion dela rencontre

Sandhya PATEL– Samuel Wallisand George Robertson: Keeping
Pace inthe Pacific(1767)…………………………………………….

Barbara NAPIERALSKA –“There aretwo heads to everycoin”:
The Image ofthe Otherin SirWalterRaleigh'sDiscovery of the
Large, Rich, andBeautiful Empire of Guiana……………………….
Lionel LARRÉ – Une hallebarde dansla prairie …………………….
Michael PARSONS –FirstEncounters with Tristanians: Meeting
the OtherorMeetingthe Self?……………………………………….

Chapitre II – L’inouï de la rencontre

Françoise PRIM –Other: l'expression première de l'altérité d'un
pointdevue linguistique ……………………………………………..
Frédéric DOREL – Conceptionsdivergentesde l'altérité dansle
e e
Nord-OuestdesÉtats-UnisduXIXsiècle auXXIsiècle.
Missionnairesetchamanes: deuxmagies quisescrutentet se
façonnent……………………………………………………………..
Oana COGEANU – Meeting One'sSelf:the FirstEncounterin Alice
Walker'sThe Color Purple…………………………………………...
Jacqueline JONDOT – Premières rencontres: le long cheminvers
l’Autre de Salom Rizk dansSyrian Yankee………………………….

- 7

p.19

p. 35

p.45

p.57

p. 69

p.81

p.93

p.105

Deuxième partie

Surgissement de l’altérité

Chapitre III – Modalités de la rencontre

Christelle LACASSAIN-LAGOIN – Contact visuel avec l'autre :
implications sémantiqueset syntaxiquesavec leverbelook…………
FrançoisGALLIX – Jeuxderegard : choc immédiatoueffet-retard
chezJoseph Conrad etGraham Greene ………………………………
Susan BARRETT – Re-Encounteringthe FirstEncounterin Kate
Grenville'sThe Secret RiverandSearching for the Secret River……
Anne COMBARNOUS – Premièrerencontre avec le Vendredi de
Coetzee dansFoe(1986): autre mise enreprésentation de l'autre …

p.119

p.137

p.145

p.155

Chapitre IV – Rencontre au cœur de la langue :l’expérience du
désajustement

Lilia KOVTUN – Intercultural Encountersin Literature: Meetingthe
Other………………………………………………………………….
Clare MOSS-COUTURIÉ – Chanson etdifférance dansle jazz:
Jeanne Lee,une artiste «totale » ……………………………………..
Cécile MARSHALL –“theautrethatje estisfuckingyou”:
modalitésetlangagesde larencontre dansv.de TonyHarrison …….
GeoffreyPITCHER – FirstEncounters withthe African American
Other………………………………………………………………….
Danielle CHINI – Premières rencontresavec la langue de l’autre :
l'école primaire peut-elle construire lesfondementsd’une
compétence plurilingue ………………………………………………

Noticesbio-bibliographiques /Noteson Contributors………………

- 8

p.175

p.183

p. 205

p. 215

p. 225

p. 241

Introduction

Le thème de la rencontre avec l’Autre eston ne peutplusfertile.Il ne peut
manquerd’intéresserdeschercheursaux spécialitésdiversesdansle domaine
desculturesanglophones tantil est vrai, comme lerappelle Edward Saïd,que
« [l]’espritduchercheurdoit toujoursfaire activement, en lui-même,une place
à l’Autre étranger[…] Etcette action créatrice d’ouverture à l’Autre,quisinon
reste étrangeretdistant, estla dimension la plusimportante de la mission du
1
chercheur».Laspécificité de cevolume estd’être axésurlespremières
rencontresavec l’Autre, en excluant toutefoisdeson champ deréflexiontoute
2
premièrerencontre amoureuse.C’estdonc naturellement que l’accent s’est
trouvé mis sur«‘l’altérité dudehors’ qui concerne lespays, peuplesetgroupes
situésdans un espace et /ou tempsdistantsetdontle caractère‘lointain’ voire
3
‘exotique’estétabli enregard descritèrespropresàune culture donnée».
Néanmoins, certainsdesarticlesde cevolume fontla partbelle àune altérité
4
que l’on pourrait qualifierd’« altérité dudedans» et s’intéressentà l’autre
refoulé ensoi oulaissésurlesmargesde lasociété,qu’ilsoit social,racial ou
5
sexuel.Danslesdeuxcasde figure – premières rencontresavec « l’altérité du
6
dehors» ouavlec «’altérité dudedans» ,un certain nombre de données
identiques serépètent.Dérivé de « encontrer» – «trouver sur son chemin » – le
terme «rencontrer» a d’abord été attesté dans un contexte guerrier (« affronter
en combat»)de conflitetde confrontation avantde prendreunsensplus
général(«setrouveren présence de »)etde comporter une idée de hasard, de
surprise, d’imprévu.Parailleurs,si les récitsdesexplorateurs sesont trouvés

1
Edward SAÏD, «L’humanisme, dernièrerempartcontre la barbarppie »,. 2-12inLe Monde
diplomatique, http://www.monde-diplomatique.fr/2003/09/SAID/10386.
2
Certainesdesmodalitésde larencontresontd’ailleurscommunesà larencontre avec l’autre
étrangercomme à larencontre avec l’autre, objetdudésiramoureux.Onsonge à l’intitulé de l’un
deslivresde Jean Rousset:Leursyeux se rencontrèrent, Paris: Corti, 1981.Il auraitpu servirde
titre auchapitre III de cevolume.
3
Denise JODELET, «Formesetfiguresde l'altéritppé »,. 23-47in Margarita
SANCHEZMAZAS & LaurentLICATA,L’autre :regards psycho-sociaux, GrPenoble :resses
Universitairesde Grenoble,2005, p. 26.
4
Ibid., p. 26.
5
Voir, ici-même, lesarticlesde Cécile Marshall, Clare Moss-Couturié etde GeoffreyPitcher.
6
On pense à cette phrase de Saïd: «L’Oriental étaitainsirelié auxélémentsde lasociété
occidentale(lesdélinquants, lesfous, lesfemmes, lespauvres) qui avaienten communune
identitéqu’on peutdécrire comme lamentablementautre », Edward SAÏD,op. cit., p. 237.

logiquementconvoquésdanscetteréflexion, la fictionyoccupe aussiune place
7
de choix.Elle permetparfoisde donnerà entendre le pointdevue de l’Autre
oudumoinsde le mettre enscène(cequi poseune foisde pluslaquestion de
cette mise entexte de l’Autre etdufiltrequ’ellesuppose)là où, danslaréalité,
la primauté de l’écrituresurl’oralité danslesystème de pensée occidental
signifiasouvent son exclusion : le Fridayà la langue coupée de Coetzee n’est-il
pasà cetitre emblématique du silenceque l’Occidentimposa à l’Autrequitte à
8
lerecouvrirparfoisdesesinterprétations scripturaires?De fait, le problème de
l’écriture etde la langue est un desfilsconducteursde cevolume,soit que le
manque d’une langue communerende difficile lavraierencontre(sans que les
acteurs, jesonge ici à SirWalterRaleigh dansl’article de Barbara Napieralska,
ensoientconscients),soit quesoientanalyséslesfiltreslinguistiqueset
9
conceptuels quis’interposententre le Même etl’Autre.Aussi des réflexions
pluslinguistiques surla langue anglaise, axées surl’idée de «rencontrnee »,
pouvaientmanquerd’yfigurer.Aufinal, il apparaît que la perspective
diachronique n’estpeut-être pascellequi prime :certes, notre posture
postmoderne nousamène àquestionnerde manière pluscritique nosfiltres
linguistiquesetnospréconstruits, maislavraierencontres’avèretoutefois
toujoursdifficile, pris que nous sommesdansles retsde nos récitsetde notre
héritage imaginaire.Parfois, cependant, la disparité entre laréalité de l’Autre et
les textes que nousélaborons surlui est telleque, dansle choc dontelle est
synonyme, les trousde la langue oulesjeuxderegard, le miracle de la
rencontre paraîtpouvoir se produire…

Cevolumes’articule en conséquenceselon deuxaxesprincipaux.Dans une
première partie, intitulée «Allers et retours du cheminement vers l’Autre.
D'un point de vue à l’autre», ils’agitderendre compte des récits, desattentes,
despréconstruitsoua prioriculturels,sociologiques,voire idéologiques qui
sous-tendentetfaçonnentle momentde la premièrerencontre.Si dansbien des
casils semblentinvalider toute possibilité devraie premièrerencontre, il arrive
aussi, de façon paradoxale,qu’ilslasubliment.Dans unsecondtemps, notre
intérêt s’estportésurle «[s]urgissement de l’altérité»,surlesmodalitésde la
rencontre lorsque celle-ci estchoc imprévu, face-à-face déstabilisantet
10
saisissant, ébranlement temporaire desidéespréconçues .Chacun de cesdeux
axesestlui-mêmesubdivisé en deuxchapitres.

7
Voirdanslevolume lesarticlesde Jacqueline Jondotetd’Oana Cogeanu.
8
Voirl’article d’Anne Combarnous.Seréféreraussi auxanalysesde Michel DE CERTEAU,
L’Écriture de l’histoire, Paris: Gallimard, 1975, pp. 250-282.
9
Voirdanscevolume lesarticlesde Frédéric Dorel etJacqueline Jondot.
10
Voir, à cesujet,un ouvragerécemmentpublié : Frédéric REGARD(ed.),De Drake à Chatwin.
Rhétorique de la découverte, LyENS Édion :tions,2007.L’ouvrages’intéresse à la «zone de
contact», à « ce momentprécisde la découverte, de cet ‘espace’intersubjectif non entièrement
déterminé, où se mettenten place,s’inventent,s’ajustent,se négocientlesmodalités, cognitiveset

- 10

Le premierchapitre – «L’illusion de la rencontre» – cerne logiquement un
certain nombre de donnéesfondamentalesdans touterencontre avec « l’altérité
11
dudehors».Sandhya Patel compare les récitsdu voyageque Samuel Walliset
George Robertson effectuèrentensemble etleurschoix rhétoriquesdansleur
rendudu tempsetde l'espace.Elle montre commentcesderniersinfluentpar
avancesurlarencontre avec l’Autre.Dansle casde George Robertson, ils
conditionnentla «représentation » de cetAutretandis que letexte de Wallisen
sembleudene «scription »plusneutre.Barbara Napieralskasouligne,quantà
elle, combien les« premierscontacts» de SirWalterRaleigh avec lesIndiens
n’en étaientpasnécessairement (lesEspagnolsayantprécédé lesAnglais).C’est
cequesuggèrent, entre autres, etla nature palimpseste desontexte –récit
12
feuilleté où se mêlenthistoires rapportées, légendesetmythes– et son
caractère naïvementeuro-centrique – Raleigh ne parvenantà lire l’Autreque
13
selon le Même, à «filtrerl’autre en même».Cesontdespostures similaires
que meten évidence la mise enscène de la «premièrerencontre »entre les
IndiensetlesAnglaisen 1607dansle film de Terrence Malick,The NewWorld,
qu’analyse Lionel Larré.Ellesaboutissentaufinal àune non-rencontre avec les
Indiens, maisaussi, c’estdumoinscequesuggère Terrence Malick, avec cette
partoubliée desOccidentaux que cesmêmesIndiens, peut-être,représentent
poureux, cequ’ilsont refoulé pour se construire.Plusprèsde nous
temporellementet spatialement, moinsexotique donc(quoique), l’article de
Michael Parsons s’intéresse à la presque «premièrerencontre »entre les
Britanniquesetleshabitantsde l’île de Tristan da Cunha, évacuésde leurîle en
1961 pourcause d’éruptionvolcanique.L’épisode illustre latendance detout un
14
chacun à «serabattresur untexte »lorsqu’il estconfronté àune étrangetéqui
questionnesa proprevision dumonde maisaussisa propension à considérer
l’Autreuniquementpar rapportà ludani-même :sce casprécis, l’Autre, les
habitantsde Tristan da Cunha, envinrentà incarnerdansla presse etl’opinion
publiqueune partperdue(rurale, communautaire, pétrie devaleursdupassé),
maispréservée aumilieude nulle part, de la métropole.Aussi ensait-on aufinal
davantagesurla Grande-Bretagne desannées1960 quesurleshabitantsde

linguistiques, despremièresexpériencesanglaisesde l’Autre »(p.11) tels qu’ils sont rendusdans
les récitsd’explorateursanglais.Dansla deuxième partie de notretravail, enrevanche, ce nesont
pasles récitsd’explorateurs qui ont retenunotre attention lorsde l’analyse des« modalitésde la
rencontrmaie »,sla mise en fiction de cethème dansdes romanscoloniauxetpost-coloniaux.
Voirici même l’article de FrançoisGallix surConrad etGreene, celui de Susan Barrett sur
Grenville etcelui d’Anne Combarnous surCoetzee.
11
Denise JODELET,op. cit., p. 26.
12
Enunsens,sonrécitmetenscène nonun lieugéographique oùilrencontre desindividus, mais
untopos,si l’onsonge à la définitionqu’en donne Edward Saïd: «untopos,un ensemble de
références,un amasde caractéristiques quisemble avoir son origine dans une citation ou un
fragmentdetexte, […] ou quelque morceaud’imagination plusancien, ou un amalgame detout
cela », Edward SAÏD,L’Orientalisme.L’Orient créé par L’Occident, Paris: Seuil, 1997, p. 204.
13
FrançoisHartog cité parFrédéric REGARD, « Introduction » in Frédéric REGARD(ed.),op. cit.,p.16.
14
Edward SAÏD,op. cit.,p.112.

- 11

Tristan da Cunha.Toutevraierencontre avec l’Autreserait-elle donctoujours
déjà invalidée par« notre attitudetextuelle » etparnotre incapacité à l’accepter
15
« comme autre justement»?

Si le premierchapitresouligne lesconséquencesdesa priorietde la
rhétorique desexplorateursetdes voyageursoccidentauxdanslerécitdes
premières rencontres, le pointdevue de l’Autre en estla plupartdu temps
absent,soit que les récitsétudiésl’aientocculté,soit qu’ilsesoitdérobé.Le
deuxième chapitre – «L’inouï de la rencontre» – ménage enrevanche des
aperçus surce pointdevue de l’Autresisouventoblitéré danslerécitdes
premières rencontreset qui pourtantoppose aux tropesduMêmesa propre
rhétorique,sa proprevision dumonde.À ce propos, l’analyseque Françoise
Prim propose dumorphèmeothersuggèreque ce dernierexprimeune
distinction entre deuxélémentsdontil posesimplementla dualitésans y
adjoindre aucune notion desupériorité oud’infériorité.Il estdonc la première
manifestation parle langage de larencontre première.Frédéric Dorelsouligne
que c’estl’existence même des rêves, desattentesetdes récitsdeschamanes
qui permirentà la magie de larencontre d’avoirlieuentre certains
missionnaireseuropéensetcertainsAmérindiensetde perdurerdeux siècles
après– mêmesi elle futinitialementfondéesur un contresens,une expérience
16
de «miscommunication».L’issue despremierscontactsn’est toutefoispas
toujoursaussi heureuse.L’incompréhension primesouvent, etcequelles que
soientlesintentions qui animentchaque partie,quellequesoitmême parfois
leurproximité ainsique le meten évidence l’article de Oana Cogeanu.
L’Afrique dont rêventlesmissionnairesnoirsaméricainsdansThe Color Purple
d’Alice Walkernerêve pasd’eux, ouplutôtne parvientpasàse libérerdujoug
deses représentationsdu« missionnaire chrétien » en général pour rêverd’eux.
Aussi l’issue heureuse du romansemblequelque peuforcée au regard de la
déceptionqu’éprouventlesAméricainsnoirsdevantl’accueilque leur réserve
l’Afrique, accueilqui les renvoie de faitauxlimitesde leurspropres
représentationsde l’Afrique.De mêmequese passe-t-il lorsque l’Autre,
désireuxdes’intégrerdansle monde duMême, n’a de ce mondeque des
représentations ?Etpeut-ily trouver sa place, confrontéqu’il estaussi enretour
aux représentations qu’a de lui ce monde duMême?Tel estlequestionnement
quisous-tend la lectureque Jacqueline Jondotdonne despérégrinationsdu
hérosde Salom Rizk dansSyrian Yankeeetdesa méandreusesortie horsde la

15
Edward SAÏD,op. cit.,p.112, p.8.Saïdva d’ailleursplusloin indiquant que la comparaison
nonseulementn’est querarementdescriptive mais va de plus toujoursdansle mêmesens: « On
peintdonc le portraitde l’autre en projetant surlui nospropresfaiblesses, il nousestà la fois
semblable etinférieur.Cequ’on lui arefusé avant tout, c’estd’êtredifférent: ni inférieurni
(même) supérieur, maisautre justement», p.8.
16
Line COTTEGNIES, «Lerécitd’exploration à la Renaissppance »,.53-82in Frédéric
REGARD(ed.),op. cit., p. 67.

-
12

gangue des
possible?

représentations

imaginaires.

Mais

celle-ci

est-elle

vraiment

En dépitdupoidsdespréconstruitsetdes représentationsimaginaires, le
momentmême de la premièrerencontre, accidentelle oulonguementpréparée,
estparfois un chocsaisissant,voire déstabilisant.Letroisième chapitre –
«Modalités de la rencontre» –s’intéresse donc au surgissementde l’altérité
principalementdansle face-à-face physique etle contact visuel.Ainsi la
réflexion de Christelle Lacassain-Lagoinsurlesimplications sémantiqueset
syntaxiquesdu verbelooky trouve-t-elle logiquement sa place.FrançoisGallix
indique commentGraham Greene, à lasuite de Joseph Conrad, mitl’accent sur
lesjeuxderegard aucœurdetouterencontre entre deuxêtres.Moment unique
d’autantplusintensequ’il esta posterioriamplifié parleregretde ne jamais
connaître l’Autre.Untel échec de laquestion épistémologique estaucœurdes
deux romansde Kate Grenvillequ’examine Susan Barrett quand bien même, là
encore, le choc de deux regardsindividuels quise croisentpourla première fois
donnaitde prime abord l’espoird’unevraierencontre.DansThe Secret River
Kate Grenville metenscène ceque putêtre la premièrerencontre deson ancêtre
avec lesAborigènesd’Australie,sansparvenir, en dépitdudécalagetemporel et
desesefforts réelsdans sa proprevie pourfaireun pas versl’autre – ceque
narreSearching for the Secret River –, àse départirdetous sespréjugés,
dévoiléspar sonvocabulaire, età adopterle pointdevue de l’Autre.Anne
Combarnous se penchesurlesmodalitésde larencontre avec l’Autre dans
l’incipitdeFoede Coetzee – où seretrouve l’importance du regard, maisaussi
celle dupremiercontact tactile – pour soulignercomment, dèsle départ, l’enjeu
estdetilaille :s’agit toujoursdesevoir reconnuentant qu’individupar un
autre individu qui a devous unereprésentation différente de cellequevous vous
faitesdevous- même.Cetincipitprogrammatique annonce la problématique au
cœurdu roman : de la peurde la néantisation desoi découle la néantisation de
l’autre.Aussi l’héroïne n’en finit-elle pasde douteretd’oscillerentre
17
«structure Autruei »t«structure perverse ».Les récitspost-coloniauxde
Grenville etCoetzee,qui pourtantpermettent unretour surle passé,unereprise
dumomentinitialvuà distance et unvraiquestionnementlà oùil n’existaitpas
dansdetellesproportionsprécédemment (ilsuffitdesongerau texte de Defoe),
n’en finissentpasde dire la labilité de la premièrevraierencontre avec l’altérité,
danslaréalité comme dansla fiction.

Toutefois, etc’estcequetente de cernerlaquatrième partie du volume –
«: l’expérience du désajustementRencontre au cœur de la langue» – il est
desfaillesparoùl’Autresurgitaucœurde la langue etde la fiction.Lilia
Kovtun nous rappelleque certainsphilosophesetcritiqueslittéraires– entre

17
L’expression estde Deleuze.

-
13

autresM.Buber, E.LévinasetM.Bakhtine – ont vudansla polyphonie
littéraire la mise en œuvre de cespremières rencontresavec l’Autre comme
possibilité,voire nécessité, desortirde nosornières rhétoriquesetconceptuelles
afin derendre possible levivre ensemble.La notion derencontre etde dialogue
avec l’Autre estaucœurduMême –sans que celui-cis’enrendetoujours
compte.Le casde la chanteuse de jazz, Jeanne Lee,telqu’il estanalysé par
Clare Moss-Couturié,semble le démontrer.C’esten effetdans seschansons que
s’insinue la «différance »chère à Derrida, comme lorsqu’elle démystifie la
vocalité,redonne aux rythmesducorpsleurplace etjouesurla matièresonore.
Lavoix,qui «traverse le langage, […] faitde l’insensé letrouparoù
18
s’engendreun irrésistible poème» etpermetlarencontre avec l’Autre :le
corps, le féminin et toutcequi longtempsfutinfériorisé et refoulé comme autre.
C’estaussiunerésurgence de cequi futaussi longtempsnié – leregistre
vulgaire –qui estaucœurde l’analyseque Cécile Marshall propose dupoème
v.de TonyHarrison.Elle permetaupoète dese confronterà la culture
populaire, l’autre de la culture officielle, maisaussi àsa propre nature duelle
dans une mise enscène dulangage fondéesurl’hétéroglossie dontparlaitM.
Bakhtine :l’Autre fait retouretje »le «sereconnaîtautre.L’écho de cette
créativité d’artiste entre deuxlangues, entre deuxcultures résonne aussi dansles
poèmesde Paul Laurence Dunbar.GeoffreyPitcher soulignequesi cela
échappa aucritique littéraire William Dean Howells, ilsembleque Paul Dunbar
aitjoué desclichésetdespréconstruitsdesblancsà l’égard desnoirsetait
comptésur un certaintype de lecteurspourlire au-delà detelsclichés.Les trois
précédentsarticlesonten effeten commun de mettre en avantlerôle de
l’auditoire oudulecteurpour quesoiteffective cette premièrerencontre avec
19
l’Autre.C’està luiquerevientla difficiletâche dese départirdesesidées
préconçues.L’opération de désajustement que permettentcertains textesoula
chanson de jazzpratiquée parJeanne Lee l’aide en cela.Enfin, parceque nous
sommes tousdesprofesseursde la langue anglaise, nousne pouvions que nous
intéresser, ainsique nousengage à le faire letexte de Danielle Chini, aux
premières rencontresavec la langue de l’autre.Là encore, ils’agitde faire en
sorteque les structuresde la langue maternelle,qui constitueun filtre perceptif
etcognitif incontournable, n’entraventpasl’accèsaux structuresde la langue
étrangère.On peut toutefois se demanderdans quelle mesure lesconditions
actuellesde l’apprentissage deslanguesdanslesclassesduprimaire permettent
cette premièrerencontre avec la langue de l’autre.

Chemin faisant, de NewYork à Sydney, desAmérindiensauxAustraliens,
deshabitantsde l’île de Tristan da Cunha auxhooligansdesannées
soixantee
dix, des récitsdesexplorateursduXVIsiècle aux romanspost-coloniaux, en
passantpar quelquespoèmeset quelques réflexionslinguistiques, les sujets

18
Michel de CERTEAU, p. 281.
19
C’étaitdéjà le casdanslesarticlesde FrançoisGallixetde Jacqueline Jondot.

- 14

abordésdanscevolume furentl’occasion de nombreusespremières rencontres
etla preuveque cesdernièresnesontpasnécessairement vouéesà l’échec
lorsque primentl’envie d’élargissementdesavision dumonde etdeson
horizon etle désirde coexistence.

- 15

Florence MARIE-LAVERROU

Première partie

ALLERS ET RETOURS DU
CHEMINEMENT VERS
L’AUTRE / D’UN POINT DE
VUE À L’AUTRE

Chapitre I : L’illusion de la rencontre

Samuel Wallis and George Robertson: Keeping
Pace in the Pacific (1767)

Sandhya PATEL

Université de Clermont-Ferrand

Exploratory seavoyaging had lucrative consequences throughoutEnglish
and laterBritish history.Over the centuries, British maritime expertise and
endeavourculminated firstinthe Atlanticspheresof influence.AsArmitage
recapitulates:

By thesecondquarterofthe eighteenth century,the British Empire
comprehendedthe United Kingdom of GreatBritain, Ireland,the islands
ofthe Caribbean andthe British mainland coloniesof North America.
The frontiersofthatextensive monarchy were guarded bya common
20
religion and by the Royal Navy.

Thispavedthewayfor the emergence and consolidation ofthe empire inthe
th
Indian and Pacific Oceansinthesecond half oftcenhe XVIIIturyas the
reconfiguration of existing colonial interests tookshape.Thus, political and
economic initiative as well asindividual enterprise gave momentumto maritime
exploration and notably thesearch for the prosperous vastSouthern Land
supposedlylocated inthe greatPacific Ocean.Andso began an era of

20
D.ARMITAGE,the British EmpireThe Ideological Origins of, Cambridge UniversityPress,2000, p.1.

exploration and attending imperial expansion.George Ansonsailedroundthe
globe in 1740-44 and did littletosolvethe mysteryofthe great southern land.
Commodore John Byron leftEngland in June 1764 inthe frigateDolphinand
thesloopTamarcaptained byPatrick Mouat.Byron had been instructedto
search for the Northwestpassage betweenthe Pacific andthe Atlantic.Hewas
unsuccessful andsailed home cross the Pacific headingwestandthroughthe
atollsofthe Tuamotuarchipelago discovering Takaroa and Takapoto and
sighting Rangiroa.Byronwasback in England byMay1766 withouthaving
sightedthesupposedlyimmense Southern continent.

This voyagewasimmediatelyfollowed in 1766by thatof Captain Samuel
Wallisinthevery sameDolphinaccompanied by theSwallowcaptained by
Philip Carteret.The Admiralty’s reiterated objectivewas to“discover& obtain
a complete knowledge ofthe Land orIslands supposedto besituated inthe
21
Southern Hemisphere.”Wallisdiscoveredthe SocietyIslandsand Tahiti and
the eponymousWallisIslandsonthis voyage and claimedthathe had perhaps
caughta glimpse of land, possibly the Southern land, onthe horizon.

The French had also been making plans to explorethe Pacific and in October
1766hadsentBougainville aroundtheworldwiththestoreshipEtoile
captained byLa Giraudais.They were instructedto proceedtothe Pacificwhere
they wereto map andtake possession of anyislands theymightdiscover.
Bougainvillethoughthewas the first to discoverTahiti in 1767butWallishad
claimedthe island forGreatBritain onlya fewmonthsearlier.Inspite ofthese
ratherdiscouragingresultsasfarasTerra Australis Incognitawasconcerned,
the exploration ofthe Pacific continued andthe most successfulvoyages were
22
undoubtedly thethreevoyagesof JamesCook(1767-1789).

21 n
AdmiraltyInstructions to Cap.Wallis, Commanderof hisMajesty'sShip Dolphin, ADM
2/1332, Public RecordsOffice, London, UK.
22
Captain Cook made hisfirst voyagetothe Pacific(1768-1771)intheEndeavourto ostensibly
observethetransitof Venusover thesun atTahiti.Secretinstructionsmade itclear thatCookwas
alsoto determinewhether therewasanypossibilityofthe existence of avastcontinentinthe
Pacific by sailing asfar south aspossible.Afterleaving Tahiti hesailedto latitude 40°22’and
deducedthatit was unlikely thatanygreatland massmightbe inthevicinity.Hesailed onto
NewZealand identifyingthe countryas two islands thusdisprovingthetheory thatNewZealand
mightbethe northernmostpointofthe Southern continent.Cookwentonto discoverand mapthe
Eastern Coastof Australia in 1770.Cooksailedthroughthe TorresStraitsarriving home in July
1771to greatacclaim.In 1772, hesetoff againwith essentially thesame objectivethatis the
exploration ofthe Pacific Ocean in order to discover the Southern continent.This wasatwo-ship
expeditionwiththeResolutionbeing captained byCook andtheAdventurebyTobiasFurneaux.
Cooksailedsouth ofthe Cape of Good Hope butno continent was sighted andthe expedition
reachedthe Pacific in early1773.Aftercompleting a first returnvoyage from NewZealandto
Tahiti,theResolutionsetoff on asecond loopto explorethesouthern extremesofthe Pacific
Ocean between NewZealand and Cape Horn in November1773.Cookreached latitude71° 10’
“farther than anyone had been before”in hisownwords.He concludedthatif continent there

-20-

After these discoveriesof“new”landsand peoples, ensuing modesoftrade,
23
plunderandsettlementdepended in partontheuse made of navigators’
accountsbymerchants, politiciansandtheoristsalike.How the explorers,
privateersandvarious voyagers understood andtranscribedthe new worldsin
their reports was thuscritical.The latter usually tookthe form of logsand
journalsand inthesetexts, navigatorsnegotiatedvariousinfluencesand
pressuresintheir representationsof new territoriesand importantlyofthe first
encountersbetween Otherpeoplesandthemselves.Their responsesinthe form
24
ofthe“invention of indigenouspeoples”asBaylyargues wereto a large
extentboundupwiththeircultural andscientific politics.Edward Said contends
that the production ofthisknowledgewasalso determined by thewiderdictates
25
of imperial politics.Daunton and Halpern furtherarguethat the politicsof
identityalsoweightedrepresentationsofthetenorof encounter:

Thisprocess wasmorethan asimple encounterbetweentwostable, fixed
identities, forbothwere fractured andvarious, changing over time and
space in constantinterplayand mutualredefinition…It wasnotmerely
thatimperial power springing from many sourcesclassified, defined and
sought to dominate indigenouspeoples, but thatequally the identitiesof
26
Britons themselves tookshape inrelationtothe colonised other.

In additiontothe impacting ofthesevariouspoliticsonrepresentation,
David Mackayattributes the nature ofthe navigators’ responses to newpeoples
and placesas “…mediated by such basic factorsas the harshnessorduration of
27
their time at sea”.Musgrove’scontentionthat travelling – ormovementas

was, it wasa frozen almostinaccessiblewastestretchingtothe South Pole.Cook continued his
exploration ofthe Pacific(theAdventureandtheResolutionhad lost sightof each othernearNew
Zealand)andsailed north,stopping off atEasterIsland,rediscoveringthe Marquesas, lost tothe
worldsincethesixteenth century, discovered and mappedthe PalliserIslands (Arutua, Apataki
and Toau)and chartedthe NewHebrides.He discovered NewCaledonia andthe Isle of Pines,
Norfolk Island(lateran ill-famed penal colony)andwasback in NewZealand in October1774.
Onthe final leg ofthis voyage hesailed more orless straightacross the Pacific Oceantothe
South American coast to coveranyground he mayhave missed,thusfinallylayingtorest the
centuries-old myth of a Pacific Terra Australisand establishingthe geographical limitsofthe
Pacific.Hewasback in England in July1775.
23
K.ANDREWS,Trade, Plunder and Settlement, Cambridge UniversityPress, 1984.
24
C.A.BAYLY,“The British and IndigenousPeoples1760-1860: Power, Perception and Identity”,
p. 21 in M.DAUNTON & R.HALPERN(eds.),Empire and Others. British Encounterswith
Indigenous Peoples, 1600-1850,Philadelphia: Universityof Pennsylvania Press, 1999.
25
E.SAID,Orientalism, London: Penguin(1978)1995, p. 20.
26
M.DAUNTON & R.HALPERN,op. cit., p. 6.
27
D.MACKAY,“Myth, Science and Experience”, in A.CALDER & J.LAMB, B.ORR,
Voyages and Beaches Pacific Encounters, 1769-1840, Hawai’i: Universityof Hawai’i Press,
1999, p.111.

-21

28
opposedtosettlement– is “…an anxious sense of being nowhere”is
particularly relevantinthiscontext.Adrien Pasqualisimilarlyargues that the
voyage itself isasiteworthyofscrutinyasitdetermines visionsofthe places
29
oncereached orinthiscase discovered.

30
JohannesFabian focuseson onespecific aspectofthismaritime journeying
–thatis therepresentation – and its relateduse and misuse – ofthetime factor
which he arguesconstitutes the foundation ofvariousepistemological as well as
imperialistdiscourses.Thisjourneying isnotjustin Fabian’s termsmovement
inspace butalso implicatesa movementintime,the passage from one age, or
31
from onestage of civilisation,to another.Thus,the argumentofthispaperis
thatinthe navigators’ texts,thetranscription oftravel intermsoftime and
distancewasa complex semiotic practicewithsignificant repercussionsand not
simplya material expression of movementinthescientific mode.The critical
question herethen ishow the long,slow voyagesaroundtheworld andthe
practice ofsailing overexpansesofsea are described by these navigators.How
does the narratoras temporal organiserorder the modesof depiction oftravel?
Is therepresentation ofthisjourneying andthe passage oftime, an integral
parameteroftravelthe extentofwhich determinesdistancewhich inturn
32
establishesdifference, mediated by specifictropes?And howdoes the
working oftemporalityinthe narrativeultimatelyactonrepresentationsof Self
and forcibly then of contact withthe Other?

These issuescome clearly tothe forewhen comparingreportsofthesame
voyage.Determining ifthe accountof contactisforeseen ordetermined–as
Pasquali, Mackay, Fabian and othersargue–by representationsofthevoyage
itselfuptill encounter, becomespossiblethenwithinthischosen comparative
framework namely the crossing of oceans.Ishall here focusonthe
abovementioned Britishvoyage of explorationtothe Pacific Ocean from June 1766 to
June 1768 fromthisperspective.Thiscircumnavigation culminated inthe first
contact withthe Tahitiansandthe discoveryofwhat were later to be calledthe
SocietyIslesbyCaptain JamesCook.HMSSwallowcaptained byCarteret was
to accompanyCaptain Samuel Wallis, Commanderofthe expedition in HMS
Dolphin.Thetwoshipslost sightof each otherafterleavingthe Straitsof
Magellan.Carteretdid manageto complete his roundtheworldvoyage but
missedthe Polynesian islandsnotablyTahitiwhereasWallis “discovered” these
th
archipelagosonthe6June 1767.

28
B.MUSGROVE,“Travel and Unsettlement”in S.CLARK,Travel Writing andEmpire.
Postcolonial Theoryin Transit, London: Zed Books, 1999, p. 31.
29
A.PASQUALI,Le Tour des Horizons. Critiques et récits devoyages, Paris: Klinckseick, 1994, p. 23.
30
J.FABIAN,Time and the Other. HowAnthropologyMakes its Object(1983), NewYork:
Columbia UniversityPress,2002.
31
Ibid., p. 7.
32
Ibid., p.16.

-22-

The mostdetailed accountoftheDolphinvoyage is thatof George
Robertson, Masteronboard.Robertson apparently revised andwroteup a fair
copyof hislog onboardship onthewayhome afterdiscoveryof Tahiti.The
resulting journal isaccepted asbeingthe mostauthoritative accountofthe
33 th
ship’s sojourn atTahiti.Itbreaksoff on August171767, inthe Western
Pacific, almost threeweeksafterleaving Tahiti.Thus, one ofthetwosources
this study will haverecourseto isindeed astudied, narrativerepresentation of
thevoyage andthe momentousdiscoveryof Tahiti.

This text will be juxtaposedwiththe Captain’slog;Wallisdid not writeup a
derivative journal after the factasit were.Inthe few studiesonthe Wallis’
3435
material,such asW.H.Pearson’s work onthescope of John Hawkesworth’s
emendationsasawhole, only the log held at the Public RecordsOffice(PRO)in
36
London is referredto.The PRO holdsa logwritten mostprobablybyWallis
himself accordingto Hugh Carringtonwho published George Robertson’s
37
journal in 1948.AnotherWallislog exists though and isarchived in Australia.
Importantly,thisdocumentis similarbutnotidenticaltothe one in London.
Samuel Wallis’manuscripts thoughweresignificantlyboth logs, nota log and a
journal.There isa pronounced encapsulatorydimension inthe Australiantext
and arelativelymore elaboratestylisticturn inthe other.Encapsulationthen
characterisesmostofthe entriesinthe formerand maybe defined as theshort
sentences,sometimesnominalwith little punctuation and fewconjunctionsand
simplesyntax.The divergent writing practicesinthetwo Wallislogspoint to an
initialtext (the Australian manuscript) that was reworked during orafter the
voyage(the London copy) without the latterbecoming a narrative in journal
form.Thesetwotexts then epitomizetensionsbetween conflicting and

33
H.CARRINGTON,The Discovery of Tahiti. A Journal of the Second Voyage of HMS Dolphin
Around the World, under the Command of Captain Wallis, R.N., in the Years 1766, 1767 and
1768. Written by her Master George Roberstson, London: HakluytSociety, 1948.
34
W.H.PEARSON in“Hawkesworth’sAlterations,”Journal of Pacific History7 (1971): 45-72
discusseshowHawkesworth’salterationsintermsof contentdid notnecessarilyderive from a
penchantfor softprimitivism.Pearson also argues that these alterations were of astylistic nature
includingthe manipulation of pointofview, atendency to dramatize oraddingunauthorized
instancesof parodic humorforexample.John Lawrence Abbotalso discussesHawkeworth’s
embellishmentsin hisbiographyJohn HawkesworthEighteenth-CenturyMan of Letters
(Wisconsin: Universityof Wisconsin Press, 1982), 137-186.
35
AN ACCOUNT OF THE VOYAGESUNDERTAKEN BY THE ORDER OF HIS PRESENT
MAJESTY FOR MAKING Discoveries in the Southern Hemisphere, And successivelyperformed
byCOMMODORE BYRON, CAPTAIN CARTERET, CAPTAIN WALLIS, And CAPTAIN COOK,
In the DOLPHIN, the SWALLOW, and the ENDEAVOUR: DRAWN UP From the JOURNALS
whichwere kept bythe several COMMANDERS, And from the Papers of JOSEPH BANKS, Esq.;
ByJOHN HAWKESWORTH, LL.D. IN THREE VOLUMES, firstpublished in 1773.
36
ManuscriptADM 55/35, Public RecordsOffice, London, UK.
37
ManuscriptMLref.Safe 1/98: Copyflo copyatCY Safe 1/98, Mitchell Library, Sydney,
Australia.The pagesofthe manuscriptare notnumbered andreferencesfor quotationsinthis
paper will onlyindicatethe actual datesofthe entries.

-23-

conciliatingrepresentationsof Self and ofthe Other withinthe frame ofrelations
38
ofthe encounterbetweenthe Tahitiansandthe Englishmen.Theyalso mirror
tosome extent thevariance examined inthispaperinwhichthe focus will be on
the nature oftherepresentation ofthevoyage itself inthe Robertson andthe
initial Wallis text (the Australian manuscript),thatis the leastnarrativeversion
ofthetwo logs.Ishall arguethat therepresentation oftravel inthesetextsmay
be construed asbeing mediatedthroughvarious tropesof ordering ofthe
time/distance parametersand as suchthiscomparative appraisal maypoint to
differingsemiotic methodologies.These inturnundoubtedlydrawattentionto
how these modesgosomewayin accounting for the contrastiverelationsof first
encountersbetweenthetwo peoples.

Diminishing distances

Therepresentation ofthetime at sea isadamantlymanifestinthe log of
Samuel Wallis.Details representmotion in itsmostnon narrative and
denotative form andtranslatethewidening geographical distance intime and
space between home and elsewhere.Everydayof actual movementisdetailed
withreferencetoseveral parametersnotably the“velocity”oftheship,
measured hourlyand inwhich direction,the latitude and longitude made,the
distancetravelledthatparticulardayandthe distance from a fixed mapped
point.As theshipsailson,the distancesfromthewell-known portsof call
materialise inthe form of figures; the daybydayand hourbyhournotationsof
thesevariouscentres, distances, coordinatesand coursesindicatethus the
omnipresence andthesignificance ofthe passage oftime andthe covering of
distance asawhole even in familiar watersnamelyduringthe crossing ofthe
Atlantic.Eventhoughthe itemisation of motion accentuates thevoyagers’
39
progressiveremotenessfromthecentrethisfocuson growing distance isnot
40
subject totherhetoric of distance asdefined byde Certeau,thatisaseriesof
stylistic choicesinwhich conceptsof alterityemerge as the distance from home
increases.

Conversely,the mostapparentmotif in Robertson’s writingup ofthevoyage
in hisfour-partjournal, isprecisely the effacementofthe passage oftime and of
thisconceptofwidening geographical distance fromthe pointof departure, but
veryimportantlyonlyinthe first section calledtheAtlantic Ocean (24 June –

38
See S.PATEL,“LesSudsde Samuel Wallis”in N.VANFASSE & J.VIVIES,L’Appel du
SuEcritd :ures et représentations de terres méridionales et australes dans la littérature de
voyage anglophone, Aixen Provence : EditionsA3.To be published.
39
FABIAN,op. cit., p. 6.
40
M.de CERTEAU,Heterologies. Discourse on the Other, Universityof Minnesota Press,2000,
p. 69.

-24

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