Problématique du roman européen 1960- 2007

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Problématique du roman européen apporte une suite à Problématique de la littérature européenne publié en 2005 et, pour la période qui va de 1960 à nos jours, interroge la pertinence de la notion de "roman européen" en partant de l'hypothèse que le genre romanesque, perméable aux évolutions de l'histoire et des mentalités, est susceptible de refléter une certaine représentation de l'Europe ou de l'Européen après la chute du mur de Berlin
Publié le : mardi 1 septembre 2009
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EAN13 : 9782296234512
Nombre de pages : 115
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Cahiers de la Nouvelle Europe
10/2009

Série publiée
par le Centre Interuniversitaire d’Études Hongroises
Université Paris III-Sorbonne Nouvelle

Directeur de la publication
Patrick Renaud

Secrétariat de Rédaction
Kati Jutteau, JuditMaár, Martine Mathieu,
Traian Sandu

1,rue Censier
75005 Paris
Tél:01 45 8741 83
Fax:01 43 3710 01

L’Harmattan
5-7 rue de l’École Polytechnique
75005 Paris

ChristineBARON

Laréécriture deMadame Bovary
(GustavFlaubert– Pál Závada)

Dorottya SZÁVAI

Françoise MOULIN-CIVIL

9

CatherineMAYAUX – JánosSZÁVAI

55

71

13

Calvino –roman européen ou roman de la mondialité35

Csaba HORVÁTH

Maria DELAPERRIERE

JánosSZÁVAI

Mary GALLAGHER

Françoise RÉTIF

Catherine MAYAUX

Parents surpapier(Annie Ernaux– PéterEsterházy)

Roman européen –roman ironique
(Gombrowicz, Hrabal, Kertész, Esterházy)

45

23

désenchantement
francophone contemporain

L’expression d’un certain
dansleroman françaiset

83

Violaine HOUDART-MÉROTDarras-Esterházy–traversée desfleuves,
deslanguesetdesfrontières

Auxconfinsdu roman espagnol contemporain

103

93

111

La loi dupère en question (Ilse Aichinger,
Ingeborg Bachman, Christa Wolf etElfriede Jelinek)

Table des matières

Poursituerle discours surle «roman européen»

Avant-propos

Leroman polonaiscontemporain
dansle concerteuropéen

Avant-propos

Problématique duroman européenseveut unesuite àProblématique de la
littérature européennepublié dansla même collection des”Cahiersde la nouvelle
Europe” en2005.Dansce dernier volume nousnousdemandions s’il étaitpossible
de parlerde littérature européenne, c’est-à-dire d’une littérature quiseraitplusque
lasomme deslittératuresfrançaise, anglaise, allemande (peut-être espagnole)…, et
qui neseraitpas, non plus, l’addition detoutesleslittératuresnationalesde cet
ensemble que nousappelonsl’Europe. La question avaitalors une pertinencetoute
particulière puisque2004 avaitété l’année de l’élargissementde l’Union européenne
etque l’adhésion de dixnouveauxétatsmarquaitlavolonté de constituerl’espace
géographique européen enuneunité nonseulementpolitique et sociale, maisaussi
uneunité culturellesoucieuse de préserverlarichesse desesdiversités. Ensomme,
nousnousdemandions si latradition d’une culture commune pouvait subsisterdans
e
lescirconstancesde ce débutduXXIsiècle.
La conclusion positive apportée à ces travauxparleschercheurs venusdes
deuxpartiesde l’Europe, de ce qui avaitété l’Ouestetde ce qui avaitété l’Estetqui
forme aujourd’huiuneseule etmême Europe, nousa donc conduitsà poursuivre les
recherchesdansla même direction, en lesciblantcependantdavantage eten
choisissantcette fois unseul genre comme objetde notreréflexion, celui du roman,
et une période précise, celle quiva desannées1960à nosjours. Le choixdu roman
^
s’estimposé pourdeux raisons: d’un coté il estcertainementle genre littéraire le
pluspopulaire de la période concernée etparhypothèsereflète à cetitre, plusou
mieuxqu’un autre genre, lesévolutionsde l’histoire, de lasociété, desmentalités, et
donc de la présence plusoumoinslatente d’une certaine idée de l’Europe ou
représentation de l’homme européen de notretemps. De l’autre, leroman estle genre
le plusfacilement traduisible et, parconséquent, le plus souvent traduit, ce qui
permettaitplusaisémentdesétudes transnationales. De plus, le choixdesannées
1960–2007 se justifie parle faitqu’ils’agitd’une période à double face: ellerecouvre
une époque clé de l’histoire de l’Europe entantqu’entité historique etentantqu’entité
politique. Les reconstructionsetlesbouleversementsde l’après-guerre, puisla chute
dumurde Berlin en 1989 etl’effondrementducommunisme ontabouti malgrétout,
aprèsdesévénements vécus trèsdifféremmentde partetd’autre du rideaude fer, à
recréerla communauté despeuplesfrèresque l’histoire avait séparés.
Lesétudesqui formentcevolume – communicationsprononcéesaucoursd’un
colloque organisé à l’Université de Cergy-Pontoise en décembre2007en partenariat

9

avec l’Université ELTE (Budapest), avec la participation de chercheursfrançais,
hongroisetirlandaisetdespécialistesde différentesaireslittéraireseuropéennes–
mettentà jourplusieursfacettesde la problématique. MaryGallagher(University
College de Dublin), en faisantappel à l’écrivain martiniquaisEdouard Glissant, attaque
d’emblée la question dudiscours tenu surnotresujet, àtraversnotammentla mise
en question parcertainsd’une absence dumonde dansla littérature française –
voire européenne –, alorsquesa présence iraitdesoi dansd’autreslittératures
contemporaines, francophone etaméricaine notamment. Catherine Mayaux
(Université de Cergy-Pontoise)voitdansl’œuvre de Claude Simonun momentde
basculementde lareprésentation d’une ancienne Europe à celle d’une époque
posteuropéenne qui imprègne deson désenchantementl’écritureromanesque
contemporaine de l’Europe francophone, etintroduitleterme,si fertile, de
”flaubertisation” quitravaille aujourd’hui celle-ci àses yeux. Christine Baron
(Université de ParisIII-Sorbonne Nouvelle)s’interrogesurle paradigme du roman
européen-roman de la mondialité à partirde l’exempletrèsfructueuxd’Italo Calvino,
moinsmarquéselon elle parla question d’un héritage dumodèleromanesque
européen que parla constante nécessité d’en justifierlesformesprises toutà la fois
auxcontextesesthétique, éthique, politique, éditorial, institutionnel… JánosSzávai
(Université de ELTE, Budapest) détermineun fil commun entretroisgrandes
littératureseuropéennes, différentesles unesdesautres, maisprésentantdes
similitudesinattendues, en étudiantles variantesdu roman ironique que déclinent
notammentquatre auteurscentre-européens: Witold Gombrowicz, Bohumil Hrabal,
Imre KertészetPéterEsterházy.
Troisétudes, cellesde Violaine Houdart-Mérot(Université de Cergy-Pontoise),
de Dorottya Szávai (Université PPKE de Budapest) etde Csaba Horváth (Université
KRE de Budapest), opèrent selon desapprochescomparatistesetdévoilentdes
dialogues thématiqueset structurelsentre desauteursfrançaisethongrois: Jacques
DarrasetPéterEsterházypourla première qui dégage d’un même modèle devoyage
fluvial –autre avatardu roman-fleuve-une interrogationsimilairesurlesquestions
identitairesetlesinventionslangagières traverséesparl’altérité linguistique;Gustave
FlaubertetPál Závada pourlaseconde qui montre commentl’auteurhongrois réécrit
Madame Bovarydans son œuvreL’oreiller de Jadviga(malheureusementnontraduite
en françaisà ce jour), procédantà de multiplesemprunts, parallèles, jeuxintertextuels
qui ouvrentàune interprétation infinimentmultiple du texte;Annie ErnauxetPéter
Esterházypourletroisième quirévèle commentdeux romanciersissusde cultures
européennesdifférentesconstruisentchacun leur tourdes”parentsde papier”selon
desmodèles romanesquesinédits. Troisautrescommunicationschoisissent une
approche plusmonographique, maisoffrantà chaque fois une largesynthèsesur
l’étatprésentde la littérature de chaque paysconsidéré, en centrantleurdiscours
surl’européanité (supposée) detelle ou telle littérature nationale. Ainsi Maria
Delaperrière (INALCO) examine les tendanceslesplusimportantesde la littérature
polonaise de la période, marquée, comme elle l’explique, parlesévolutionsde
l’histoire etlesnouvellesporosités transeuropéennespermisesparetdepuisla chute
dumurde Berlin. Françoise Moulin-Civil (Université de Cergy-Pontoise) analyse de
même la littérature espagnole, prenanten considération le décloisonnement

10

esthétique etéthique quis’yopère, comme en d’autresarts, etla partde
mondialisation qui entre désormaisdans toute création. Enfin Françoise Rétif
(Université de Rouen) analyse ”la loi dupère” chezquatre écrivainesautrichiennes
etallemandescontemporaines, Christa Wolf, Ilse Aichinger, Ingeborg Bachman et
Elfriede Jelinek:son étude prend en compte la coïncidence danslespays
germanophonesd’Europe d’une interrogationsurl’histoire marquée parlarupture –
seconde guerre mondiale etShoah- etla prise de parole massive parlesfemmes,
conduisantàuneremise en question de l’autoritétraditionnelle masculine autant
que desformesetlangagesdu roman.
Ainsiune certaine conscience d’une histoirerécente commune,unevision de
^
l’homme européen habité par sesdoutesetmêmesonscepticisme, le désiretle gout
d’unetraverséesdesfrontières, etpresque d’une porosité entre leslangues, lesformes
etlesidées,travaillentde manière etd’autretousces romansde l’Europe d’aujourd’hui
etconstruisent une histoire littéraire européenneselon d’autreslignesde force et
avec d’autrespréoccupationsque celleshéritéesde l’antiquité gréco-romaine etdu
monde judéo-chrétien qui imprègnentpourtantencoretrèsnettementcesécritures
– cette interrogation fera d’ailleursaussi l’objetde prochains travauxdansle
prolongementde ceux-ci. L’ironie, la mise à distance de l’histoire, desmodèles
(parentaux, masculins,textuels…), desidéologiesetdesdiscours,voire la
dénonciation oul’espritderévolte – expressionvirulente dudésenchantementdont
d’autres se contentent, maisaussi lareprise et reformulation au trébuchetde
circonstanceschangeanteseten d’autreslieuxde positionsidéologiquesou
esthétiques, letissage intertextuel dense entre différentesœuvres signalentle dialogue
nourri qu’entretiennentécrivainsetlecteursdans un espace dontilsnesaventpas
bien encores’il estàreconstruire ouàréinventer.

11

Catherine MAYAUX – János SZÁVAI

MARYGALLAGHER
University College Dublin

Pour situerle discourscritique
surle ”roman européen”

DansLe Discours antillais,recueil d’essaisparuen 1981, l’écrivain martiniquais
Édouard Glissant tente, l’espace d’un bref chapitre, de définirle propre du”roman
contemporain desAmériques” en lesituantparopposition au”roman européen”.
Contrairementà l’écrivain américain qui ”se débatdans untempséperdu”,s’affrontant
1
à ”un amoncellement vertigineuxde fragmentsde durée” ,leromanciereuropéen
s’inspire, auxdiresde Glissant, de l’éclatementde l’instant. Poursuivant un discours
spatialisantpourne pasdiretopographique, Glissantaffirme que l’Europe littéraire
2
seseraitconstituée autourde latopique ”de lasource etdupré” , alorsque dansle
roman desAmériques, c’estlevent violentetirruptif qui prime: ”La parole de mon
paysage estd’abord forêt, quisansarrêtfoisonne. Je ne pratique pasl’économie du
3
pré, je ne partage paslatranquillité de lasource”. L’espritdu roman européenserait
^
minutieux, controlé etlimité; son exposition estdite consécutive,son éclairage
”empreintd’harmonie (nonobstantles réactionsà cetterègle)”, alorsque l’espritdu
4
roman américainserait”ouvert, éclaté, irrufaié”. Letque Glissant
traduitentermes spatiauxetphénoménologiqueslaspécificité de l’imaginairetemporel européen
etaméricain a poureffetde naturaliseretaussi de pérenniseren quelquesorte
(l’histoire de) larelation desdeuxcontinentsetde leurspoétiques respectives.
Il est utile de confronterla perspective glissantiennesurleroman européen et
celle de l’écrivaintchèque Milan Kundera dansL’Art duroman,essai paruen 1986et
qui fitde Kundera la figure même dudéfenseurde la notion du roman européen.
Interrogé en 1989sur son emploi de l’expression ”roman européen”, Kundera l’a
expliqué commesuit:

Vousavez toutà fait raison de me poserla question. Cela m’ennuie
considérablementde ne pas trouverd’expression plusjuste. Simplement si je
parlaisdu roman occidental, on mereprocheraitd’escamoterleromanrusse.
Et si je parlaisdu roman mondial, on m’accuseraitde cacherle faitque le
roman dontje parle estcelui qui esthistoriquement relié à l’Europe. Voilà
qui explique pourquoi je parle du”roman européen”. Toutefoisje donne à
l’adjectifunsenshusserlien:unsensnon pasgéographique, mais”spirituel”,

1
GLISSANT Édouard,Le Discours antillais, Seuil, 1981,254.
2
Ibid.,255.
3
Ibidem
4
Ibidem

13

etqui comprend donc l’Amérique etaussi l’Israël parexemple. Ce que j’appelle
5
le ”roman européen” c’estl’histoire quis’étend de Cervantesà Faulkner.

Si Milan Kundera faitdu roman européen la pierre d’angle desa pensée etde
sa pratique d’écrivain, il estdonc clairque pourlui leroman européen comprend
aussi bien leroman israëlien, leroman canadien, leroman algérien etleroman
américain... Bien mieuxencore,telle qu’elle évolue dansle courantdesannées80,
la pensée de Kundera assimile à l’histoire du roman européen l’évolution du roman
américain.
PourÉdouard Glissant, enrevanche, laspécificité du roman européen comme
aussi du roman américain ne faitpas(encore) de doute à la fin desannées 70. C’est
que les textes rassemblésdansLe Discours antillaisappartiennentà la décennie
suivantle mouvementde la décolonisation, mouvementqui devaitbalayerle
paradigme colonial etconsacrer, ce faisant, larevendication de laspécificité culturelle
despaysainsi décolonisés. On pourrait sansdoute considérerGlissantcomme le
grand penseurfrancophone dupostcolonialisme, d’autantplusqu’il asuéviterpar
savolonté d’opacité poétique lesécueilsdudogmatisme finalement stérile guettant
^
toutmouvementquiseveutenglobant, global,voire globalisant. Glissanta ainsitot
identifié lesensfondamental de l’espritpostcolonial qui estencore parbien des
^ ^
cotésle notre: il en parle comme d’un ”grand changementcivilisationnel, qui est
passage: de l’univers transcendantal duMême, imposé de manière féconde par
l’Occident, à l’ensemble diffracté duDivers, conquisde manière non moinsféconde
6
parlespeuplesqui ontarraché aujourd’hui leurdroità la présence aumonde” .
A l’époque duDiscours antillaisÉdouard Glissant s’intéressait surtoutà la
spécificité culturelle desAntilles, plusparticulièrementde la Martinique,spécificité
qu’ilreliaitnonseulementau statutpolitique de la France d’outre-mer, maisaussi à
la culturerégionale de ce qu’il baptisa ”l’Autre Amérique”. Il faut reconnaîtretoutefois
que, autant unsouci de délimitation etde différenciation culturelles sous-tend l’étude
glissantiennesurle ”roman desAmériques”, autantcesouci cède la place dansle
courantdesannées80et90àune préoccupation detotalitérelationnelle, aufuretà
mesure qu’une certainevision du”tout-monde” prend le dessus surla pensée
glissantienne. L’enjeude cette évolutionvers une perspective planétaire, n’est-elle
pas, justement, l’utilitésinon la crédibilité dans une époque de plusen plus
mondialisée de la notion même de la particularité du‘roman européen’oudu”roman
^
américain”? Cela fera en effetbientot trente ansque la pensée de Glissantdélaisse
quelque peula question antillaise etcelle de ”l’autre Amérique” auprofitd’un éloge
de la poétique de la Relation dansle contexte mondialisé qu’il appelle pour sa partle

5
OPPENHEIM Lois, ”Clarifications, Elucidations: An Interview with Milan Kundera”,The Review
of ContemporaryFiction9 (1989): ‘Youareright to mentionthis. It reallybothersmeto notbe able
to findtheright term. If Isay«Western novel,» it will besaidthatI am forgettingthe Russian novel.
If Isay«world novel,» I am concealingthe fact that the novel I amspeaking of is the one historically
linkedto Europe. Thatis whyIsay«European novel»;butIunderstandthisadjective inthe Husserlian
sense: notasa geographicalterm, buta «spiritual» onewhichtakesin both America and, forexample,
Israel. WhatI callthe «European novel» is the history thatgoesfrom Cervantes to Faulkner.’ Nous
traduisons.
6
Le Discours antillais,op. cit., 190.

14

”tout-monde”. PourGlissant, l’enjeuprincipal de notre époque estla pensée dumonde
conçucommeunetotalité. Il insistesouvent toutefois surl’importance de l’infini
détail de ce qu’il dénomme pour sa partle ”tout-monde”,suivantle principe bien
connude lathéorie duchaos selon lequeltoutmouvement, même le plusminuscule,
7
peutentraînerdeseffetsdisproportionnésetimprévisibles, qui portent trèsloin .Le
discoursglissantiensurla mondialisationse distingue donc avant toutpar
l’affirmationrépétée, peut-être plusoptative que constative, que diversité et totalité
sontcompatibles. Autrementdit, pourGlissant, le processusde la mondialisation ne
8
devraitpasfatalemententraîner unrétrécisssementdudiversculturel .
PourMilan Kundera, enrevanche,s’agissantdumoinsdu roman européen, ce
qui compte par-dessus tout, c’estmoinsce qui pourraitdistinguer telroman européen
par rapportà d’autres romanseuropéensoupar rapportau roman non-européen (le
roman chinois, leroman japonais, etc.), que ce qui faitl’unité etla continuité de la
traditionromanesque de l’Europe. Loin des’interroger surdesquestionsderelation
oude diversité à l’échelle européenne oumondiale, ce qui anime le discoursde
Kundera, c’estdoncun profondsouci detradition etde persistance:

L’histoire du roman dépasse lesnations, leroman est un arteuropéen:
Je parle du roman européen nonseulementpourle distinguerdu roman (par
exemple) chinois, maisaussi pourdire queson histoire est transnationale;
que leroman français, leroman anglaisouleroman hongroisnesontpasen
mesure de créerleurpropre histoire autonome, maisqu’ilsparticipent tousà
une histoire commune,supranationale, laquelle crée leseul contexte où
peuvent serévéleretlesensde l’évolution du roman etlavaleurdesœuvres
9
particulières.

Effectuantainsiune certaine déterritorialisation de la poétiqueromanesque,
Kundera prétend que leroman européen, aulieud’être lié àtel ouàtelterritoire
national oumême au territoire continental, aulieudonc deserattacherà l’Europe à
proprementparler,s’inscrit tout simplementdansla continuité historique d’une
certaine esthétique à l’originetransnationale, etde nosjours transcontinentale. Mieux
encore, autantGlissant relativise leroman européen, autantil ensitue laspécificité
par rapportà d’autrespoétiquespossibles, en l’occurrence la poétiqueromanesque
nord-américaine, ou”altéro-américaine”, autantKundera en fait une forme
transcendante,valorisée précisémentà cause deson caractère nonseulement
supranational, maisaussi (dans une certaine mesure dumoins) incomparable (et
c’est sansdoute pourquoi il propose commesynonymesdu roman européen les
termes”roman occidental” ou”roman mondial” etc’estaussi pourquoi il invoque
dansce contexte l’”absolue” altérité du roman chinois). Si Milan Kundera insiste
doncsurle faitqu’à l’intérieurdu roman européen aucunetraditionromanesque

7
‘La totalité n’est pas ce qu’on a dit être l’universel. Elle est la quantité finie et réalisée de l’infini
détail duréel. Et qui, d’être audétail, n’est pas totalitaire.’ Édouard Glissant,Traité duTout-Monde,
Paris, Gallimard, 1997, 192.
8
Voirnotre analyse de cetaspectde la pensée glissantienne dansGALLAGHER Mary(dir.)World
Writing: Poethics, Ethics, Globalization(Toronto UniversityPress,2008).
9
KUNDERA Milan,Les Testaments trahis, Paris, Gallimard, 1993, 42.

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