Résonances du réel

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Le regard de la littérature semble s'être tourné, non vers une intimité qu'il s'agirait de questionner et d'explorer, mais vers le substrat même de cette intimité et de toute réalité, interne comme externe : la langue, le langage, l'expérience de parole, son sens et sa valeur, à la fois pour l'individu et pour le collectif. Ces oeuvres ont reconnu l'énigme que représente tout acte en ce domaine, et la frustration qui en découle. Les romans, récits ou méditations ici évoqués inaugurent ainsi un mouvement qui s'inquiète de ce réel masqué par la réalité.
Publié le : jeudi 1 septembre 2011
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EAN13 : 9782296464377
Nombre de pages : 330
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Résonances du réel De Balzac à Pascal Quignard
Critiques Littéraires Collection dirigée par Maguy Albet
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Chantal LapeyreDesmaison
Résonances du réel De Balzac à Pascal Quignard
Ouvrages du même auteur
Mémoires de lorigine, Les FlohicÉditions 2001 (réédition Galilée, 2006). Pascal Quignard le Solitaire, Les FlohicÉditions 2001 (réédition Galilée, 2006). Fenêtre au crépuscule, conversation avec Richard Millet,Éditions de La Table ronde, 2004. Lecteurs de fictions,Éditions universitaires du Sud, 2010.
©LHarmattan, 2011 5-7, rue de lEcole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 9782296549333 EAN : 9782296549333
«Exilé, il nest pourtant pas seul. Ce monde étrange lui offre sa beauté àproportion dune parole communeàdautres exilés.» Gérard Pommier, Questce que le réel ?
AVANTPROPOS : Fils duréel
Penser lhistoire du roman impose toujours,àun moment ouàun autre, de ème poser la question de son objet. Au XIX siècle, le réalisme indique, clairement sembletil, ce quil vise quand il place,àlhorizon de lacte décriture, une réalitéqui sera désignée comme lobjet propre du discours littéraire. Tsvetan Todorov le rappelle dès les premières lignes de louvrage collectif,Littérature et réalité:«Le réalisme est [] un discours parmi dautres, qui ne disposea prioridaucun privilège. Mais, dun point de vue historique, il occupe une place àpart, puisquil a puêtre maintenu, sous des formes diverses, au sommet de la hiérarchie des discours pendant une longue et décisive période de la littérature européenne, qui déborde les deux siècles passés : on en trouve les prémices dès ème la Renaissance et surtout depuis le XVII siècle ; et il se maintient 1 solidement dans la conscience de nos contemporains.»Il na aucun privilège, mais sa question est si obsédante quil est proposésouvent, dans le discours commun, comme la meilleure définition possible de ce que serait un roman par exemple. Et je crois que lon peut traverser lesuvres parues au cours des èmeème XIX et XX siècles en interrogeant la manière dont la problématique réaliste se pose et cherche sa résolution. Lentreprise romanesque de ces deux derniers siècles est en effet hantée par un regard portéanxieusement sur la réalitéet le désir, contradictoire, de dire ce qui soffreàla perception ou,à lopposé, de se refuseràcéderàcette tentation. Cette manière de concevoir lévolution de lart littéraire est certes schématique, mais elle lest volontairement. Poser lhypothèse dune tentation doubledésir ou refus de réalitéplace la réalitéau cur de lart littéraire et permet de suivre les fils contradictoires de son histoire. Quelques coups de sonde, nécessairement partiels et partiaux, permettront pourtant den juger. Ainsi, si lon suit lhistoire du roman, telle quen témoignent ses acteurs, on dira quaprès avoir interrogé les mouvements de lâme dans son rapport avec les mystères du monde sous
1 R.Barthes, L.Bersani, Ph.Hamon, M.Riffaterre, I.Watt,Littérature et réalité,Points Seuil, 1982, p. 78.
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linfluence, en particulier, du romantisme allemand, le roman a tournéson regard vers lautre, vers le monde de la réalitédans sa diversitéet sa complexité déroutante. Les mouvements réaliste et naturaliste surgirent ainsi comme ces temps oùle désir de réalitéapparaissait en pleine lumièreet comme symptôme, je le suppose, dun désir plus profond, et plus obscur. Luvre dira, dans le cas du naturalisme, ce qui se présente au regard le plus neutre possible, le plus objectif possible de lobservateur, nourri, et soutenu dans ce désir, par la science positiviste de sonépoque, fermement arrimée dans la croyance que la science peut rendre raison du monde. Dans ce temps second de son histoiremais qui nest, dans le contexte que je décris, que la suite logique du premier temps vouéàlanalyse de lêtrele roman se fera donc scientifique ou ne sera pas :«Aujourdhui que le Roman sélargit et grandit, quil commenceà être la forme sérieuse, passionnée, vivante de létude littéraire et de lenquête sociale, quil devient, par lanalyse et par la recherche psychologique, lHistoire morale et contemporaine ; aujourdhui que le Roman sest imposélesétudes et les devoirs de la science, il peut en revendiquer les libertés et les franchises»écrit Goncourt en 1864, dans la préface deGerminie Lacerteux.Les buts assignésà lart romanesque sont donc ambitieux et se mesurentàlaune de la réalité, cet ème obscur objet du désir : pour ces romanciers du XIX siècle, le roman est outil de connaissance et lacte décriture se fait question, investigation, recherche, obsédées par la réalité. Certes, cette conception fut battue en brèche, parce que, comme le rappellent les historiens du mouvement, elle tenaitàla figure même du chef de file, en la personne de Zola, mais aussi parce que ses présupposésétaient fragiles. Le premier coup est portépar Huysmans, qui appartenait pourtantàce mouvement avant de senécarter avec une certaine violence :«Nous en sommes venusàun art si rampant et plat que je lappellerais volontiers le cloportisme.»,écritil dansLàbas,reconnaissant pourtant les vertus du naturalisme«car enfin ce sont eux qui nous ont débarrassés des inhumains fantoches du romantisme et qui ont extrait la littérature de lidéalisme de ganache et dune inanition de vieille fille exaltée par le célibat.»Ce rejet, massif, et sans doute plusénigmatique quil ny paraît, la tentation symboliste et décadente dune littérature orientée, ou aimantée, non par le sensible, mais par lintelligible (autre réalitépourtant) opèrent ensuite une véritable cassure dans lhistoire du roman qui entre alors en crise comme le note Michel Raimond. Le roman naturaliste a doncéchoué quand il se proposait de rendre compte de la réalitéextérieure, il a pris la mesure de son incapacitéàen rendre compte selon les principes et les idéaux qui le guidaient. Il faut rappeler cependant que, dans le même temps, le champ de la réalitéobservable a grandi, comme lannonce Baudelaire quand ilévoque la vie moderne comme nouvelle source dobservation. Et cette vie moderne nest plus uniquement la vie observée par un Zola ou un Goncourt. Baudelaire
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