Scripturalité

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La présente étude s'inscrit dans le sillage des travaux de Roy Harris, Jack Goody et Anne-Marie Christin sur l'écriture, afin de joindre anthropologie culturelle et esthétique visuelle. Après un volet didactique sur l'écriture dans le cadre du FLE (français langue étrangère), la réflexion aborde l'impact du système graphique sur l'environnement à partir de notre perception culturelle. Le texte littéraire et l'image viennent, à leur tour, prendre le relais pour accorder une plus grande importance au monde de l'écriture, appelé aujourd'hui scripturalité.
Publié le : jeudi 1 octobre 2009
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EAN13 : 9782296236325
Nombre de pages : 211
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Chapitre introducteur : le monde de la scripturalité

La présente études’intéresse àl’influence du système
graphiquesur l’environnementcultureletau traitementdel’espace
culturel visueld’unemanière générale.
L’écriturenerelevantd’aucune disciplinen’apasétésoumise à
autantderecherchequelesautres secteursdelalinguistique. La
prégnance du système graphiquesur laviesociale et personnelle
demeureméconnue. Ilestd’autant plus nécessaire d’en souligner
les ramifications quel’étau,par l’influence del’informatique,se
desserre aujourd’hui.Le modèle dulivre comme celui de
l’architectureurbaine, évoluent rapidement.
Pour conjoindre écriture et divers signes graphiques, deux
notions sont développées : la trace orientée et la logique graphique.
Ce sont deuxpoints devue sur lavisualisation, autrement dit, la
dimension durythme et de la mise en ordonnancements réguliers
ousemi-réguliers de la perceptionvisuelle.
Les tags ne sont pas non plus à rejeter car ils montrentune
écriture en liberté qui a franchi les frontières ducahier et de la salle
de classe pour envahir la rue et mêmel’autoroutesousune autre
forme(lesbâchesécritesde camions).L’écritureseprojette dans
l’espace culturelautrement, c’estce dont nousvoudrions rendre
compte.Nos perceptionscherchentà échapperauxmoulesanciens
ou apprisautrefois.
Dansunautreregistre,ilest tempsaussideretirer la coupure
entretexte et image.Il serait préférable delesconsidérer,non pas
en opposition,maisen relaisdansuncontinuum qui permetd’aller
d’une dimensionà une autre;c’est pourquoi on inclura aux
analysesdescommentaires libresd’images (tableaux depeinture et
photos).
Les installationsenfincélébrant le « génie dulieu »sontautant
deréponsavecl’espaceque cesoit leminéral misendominanteou
le végétal.
Les textes littéraires sont traitésdésormaiscomme desespaces
graphiques inventifs (et non pluscomme desgenres)dans lesquels
lalectureseréaménagepour trouver son sensdirectionnel.Six
espaces littéraires ontétésélectionnésàtitre d’exemples pour

7

creuserun sillage nouveaude la lecture dutexte et de son
interprétation à partir de la notion d’organisation d’un espace
nouveau.
Enfin les différents supports d’expression humaine sont
énumérés :l’espace environnant d’exploration, le tressage, le
tissage, le papier et les écrans informatiques, qui ouvrent surune
rationalité esthétique permettantune approche sensible des
questions liées à lavisualisation et à sa traduction dans les supports
successifs d’une langue-culture.

Avertissement

En raison d’une prise de distance avec la rédaction habituelle
réservée à de tels essais,une explicitation s’avère nécessaire.
Depuis l’apparition dulivre électronique possédant maintenant en
2008une autonomie de 6800pages c’est-à-dire l’équivalent de160
livres,il n’est plus possiblenon plusderédigerdela même
manière commesi lemonde dans lequel nousentrons tout juste,
n’existait pasencore.Etcemonde dulivrese constitue deplusen
plusd’une fréquentationdouble àla foisdel’écriture etdel’image.
Atout moment, cette double construction texte/image està
préserverdans lamesureoù une dimension permetd’ajuster, de
corriger, d’augmenter lesens.C’est pourquoiuneouvertureimagée
symbolique vient seplaceraprès lapréface classique.C’est
pourquoiégalement le bilan sur l’écriture(enseignée aux étrangers)
vient seprolonger pardes réflexions sur les retombéesculturelles
del’usage dusystème graphique envigueur ouvrant laporte à des
relaisentre diverschampsde disciplinesvoisines (didactique,
sémiotique dutexte etdel’image,linguistique appliquée).
Il n’y apas là dispersion mais synthèse dequestions qui ne
seraient jamais poséesen raisondurespectaccordé aux frontières,
constituéesdemurs très solides, entre diversesdisciplines :
linguistique, sociologie, histoire culturelle, anthropologie, chacun
veillant attentivement sur son champ d’étude.Pourtant la
connaissance se rit des frontières autant que les citoyens du
monde !Avancer pour traiter ce qui risque de rester insidieusement
dans l’ombre, tel est le programme!Avancer sur le terrain de la

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scripturalité en la reliant à son centre d’excellence qui est la
« stylistique » mais qui ne peut plusêtrenommée de cette façon.
C’est pourquoi l’espace est, danscet ouvrage,la dimension
essentiellequiaide à dynamiserdes secteurscommel’approche du
stylequi peut seredéfiniren termesd’inventions spatiales, de
plates-formes qui s’exposentà un obligatoiretransfertdel’espace
culturelconnu. Un nouveautype detexte d’unécrivain peutêtre
analogiquementcomparé à un satellitequi selance dans lemonde
delascripturalité,irradie, diffuse à conditiond’êtrereconnu,
détecté. Unetextualitérenouvelées’expose,non seulementà
l’attente dulecteur,maisentraîne, à cause de cette création, un
remodelage dela culturalitéreçue,reconnue. Demême,l’époque
oùl’onvit,parunenouvellesaisiethéorique éclaire desaspectset
redistribuelesensdesanciens texteset justementcettenotionde
spatialisation lepermetenaffirmantàla fois lareconnaissance et
latransgressiondesgenres.Les prisesencompte dela dimension
spatiale associée àlalangue assure unepolyvalence etfait saisir
d’un même geste, unemême attitude face à des questionsaussi
éloignées quel’orthographe d’usage,l’apprentissage del’écriture,
l’étudesémiotique des textes littérairesetdel’image esthétique(la
peinture).
Enconjoignantcesétudesdansunemêmeperspectivetournée
vers la dimension spatiale commeprimordialepour lesenset son
expression,onchange aussi lamanière deprocéderen rédigeant
qui n’aplus recoursàl’image commesimpleillustrationd’undire,
allant mêmejusqu’àluidonner lestatutdepreuve dans
l’authenticité d’un maillond’une démonstration.Maiscelasignifie
quel’on s’appuie désormaisdavantagesur l’image commeobjet
primordialderéflexion, commeoutil pouravancerdans l’analyse,
cequiest nouveau dans les scienceshumaines.L’image devientun
déclencheuret non plus seulementd’un intérêt secondaire.
Cettemanière deprocéder peutdéconcerterd’autant plus que
les images nepeuvent– danscette édition- interrompre comme
prévulalinéarité dutexte.Autantd’obstacles quidemandentdes
ajustements récurrentsaupointderendrelavisibilité duprojet
caduque.D’oùcettelongue et préalableprécautionafin
d’introduirepour lelecteur,les pointsderepères nécessairesà
l’appréciationdes objectifsdulivrequi sont pluriels.

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Ils sontau nombre de trois :
-Didactique à partir d’un plaidoyer pour repenser l’apprentissage
de base de l’écriture.
-Sémiotiquevisuelle en procédant à des liens entre le système
graphique de référence et des activités oureprésentations
culturelles.
-Herméneutique en proposantune autre approche pour l’analyse de
texte et d’images grâce à la pertinence dufacteur spatial qui fait du
texte et de l’image esthétique autant de tentatives d’affirmations
d’espaces culturels originaux, ne cessant de redéfinir les grands
textes reconnus selon les dominantes proposées d’une époque à
l’autre.
Après le dialogisme culturel deM.Bakhtine qui a ouvert lavoie
aurepérage de schémas culturels, l’on propose la spatialisation
comme feuille de route et de lecture.Les textes sont des espaces
culturels, interculturels qui s’inventent, oùl’on peut se rendre
mentalement :ce sont tous les textes littéraires et les images ou
tableauxde peinture, photos projetés non seulement dansune
intertextualité mais dansune immense interculturalité spatiale que
l’Internet ne fait que confirmer comme renouvellement des
potentiels socioculturels.Les frontières se déplacentycompris sur
le plan théorique.
Il s’agit, dans les pages quiviennent, d’un bilan.Après avoir
travaillé en équipe et mis aupointune méthodologie concrète de
l’expression écrite (années 80) et commencéune réflexion sur les
représentations interculturellesvisuelles (Perception et cultures), il
est proposéune lecture transversale qui construitun continuum de
l’apprentissage de l’écriture (ausens technique duterme) à
l’appréciation des textes littéraires comme espoirs de sens en
configurations pourune approchedudialogue des cultures que
sont les centres de langues, de linguistique appliquée.Ils
représentent des foyers-laboratoires de l’interculturalité en action :
lieuxcomplexes et actuels de la diffusion des cultures.
Afin d’être comprise, dans lesdéplacements opérés,nous
voudrions ouvrir laporte à une autre approcheméthodologiquequi
ferait lapartbelle àl’image(imagerie)au-delà desclivages trop
ressassés, et pourconvaincre,lameilleuremanièren’est-ellepas
d’y avoir recours,noncomme échappatoire,maiscomme

10

exemplarité, qui loin d’appauvrir le sens, cherche aucontraire à le
multiplier, à l’intensifier.
Partout, l’expérience de l’enseignement révèle desverrous, des
limitations, des exclusions, des tris, des compromis qui finissent
par réduire la capacité à faire œuvre innovante. Car, les frontières
se redressent hérissantes, faites de jugements, d’entraves,
d’incompréhensions, de rejets et surtout de retard pour s’ajuster à
la nouvelle ère culturelle qui s’annoncera malgré tout.

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Ouvertureimagée(ouverture2):Considération sur une feuille
d’arbre enhiver

La feuille d’érable (voir lavisualisation) ne présente plus son
étalement tentaculairevert sous-marin ouen semi-étoilement.Elle
est maintenant descendue depuis longtemps sur le macadam.Elle
s’est repliée d’un côté, durcietelleune coquille, elle bruisse, elle
continue à émettreune musique ausol, elle parcourt même de
grandesdistances, figée dansuneseuleposition, aprèsavoir
abandonnéle vol souple d’été autourdelatige
flexible,tournevolante.De couleur métallique, elleprésenteses nervuresenforme
de dessinset surtoutelle ainventé cettepositiondéfinitive en repli
circulaire dela droitesur le centre,recroquevillée à demiencaisse
derésonancependant quela branche de gauches’étale entièrement
àpartirdelaligne centrale;ellemonte dans l’espace etdevient
une conscience d’elle-même dansun miroirdéfinitif.Lesommet se
meut telundrapeauquiesquisse un mouvementdeplissé, elle
avancesur letrottoir,pousséepar le coté enrouléqui pointe en
avant.
Elles’est maintenue, elle est toujours là; jetendsunemainvers
lasolitairemouvante et musicaletouten jetantun regardsur la
complexité desonétatd’après saison.Aucune courbe
mathématiquenepourraiten reproduirelesenroulementsen
tension.Quelcontraste aveclepremier ordonnancement régulier,
répété et qui n’acquéraitun tel mouvement quepar lesouffle
généraldu ventdans l’espace aérien.
Seule,retirée del’arbre, àterre dontelle apris la couleurde
glaise, elle va d’elle-même, étonnepar saprésence àpeine
reconnaissable, elle émeut par samaintenance, enune autre
substancesolide,mince,pointue,sonore,jusqu’en mars.
Elle appelle, elle est seule.Elle attirel’attention par sasonorité
métallique aiguë.Et résiste auxsemelles.Jelarecueille.
Jel’installe àlamaison,jelaphotographie,jela décris, elle est
immortelle, clairesur sonfond bleu, entièreoccupant l’espace
désormaisàsa convenance,seloncette forme définitive.
Elletourne entremes mains sur satige, ellesalue, crispéeplus
fortementencorepar le chauffageintérieur intense enhiver.Elle
confirmesa décisionunique, froissée engrelot sonore, elle dure
au

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delà deson temps.Elle a franchi le seuil d’une maison et se laisse
lire, relire, reluire.Une feinte ou une reviviscence ?Car elle est à la
fois reconnaissable malgré son changement de couleur et de
consistance mais elle semble aussiêtre dénuéemaintenantdetout
intérêt.Celuidela fenêtrequi ouvrel’étésur le feuillage,lesalue.
Devenue feuilleséparée,soumise auxintempéries, comme une
plume détachée,légère et sans objet, ellen’intéresseplus.Elle
s’obstinaità demeurer pourtantdans les paragesdesonarbre,sous
son regard.Et s’yintéresserfait surgirbiendes questions.
Pourquoi, étantausol,lesfeuilles offrent-ellesdesformes si
diverses ?L’une encore étale,l’autresemble épaisseouplus petite
etcelle–ci s’està demienroulée d’un seulcôté,lereste étant libre
et lapointelégèrement retournée.Elle esquisse del’autre côté des
enroulementsde bordure,telunbeignet qui prendles pauses les
plus inventives.La forme d’origine,mêmeméconnaissable,jesais
l’identifier.Mais inversement nul nepourraitdécrire avec
exactitudel’ensemble desfiguresarrêtées ouesquissées.Et nul ne
pourrait la compareràl’état premier,levert,lesouple,les
mouvementsenvolvariésengroupe, à cemouvementunique
indépendant, compliqué dont on saisit l’aspectgénéral (uncôté
enroulé et l’autreplane)maisunaspectgaufré,plusfinvient
encore bousculer lapremièreimpressioncommesielle avaitété
soumise àundeuxième étirement qui tendl’ensemble dutissu
végétalenuneraideurà aspérités,presque cassantes.
Eraillée, courbée à demi,parcourue d’ondulations, elle a
perduré bienau-delà del’imaginable, denovembre àmars.Elle a
parcourule chemin,un long cheminen nouvelhabit telleune
carapacepour seprolonger mais nerecevant plusaucun regard.
C’est plutôt l’oreillequi prêteplusd’attention,non plusen
froissement musicaldel’air oudel’eaumaisen râpant lescailloux
dutrottoir, elle faitunbruitdepapier.Elletrotte àsa façon.
L’on revientdifficilementdesonétonnement quifait naîtretant
de formes inventées,une àune,sans qu’aucune actionhumaine
n’intervienne.Non,la feuille commerebut,refus,inutilementà
terre,inutilEe !lles’agitepourtant sans succès.Sur l’espace du
trottoir,plusdeplace –horsdu vert- pourcetespaceimaginé,un
petit monde façonné et refaçonné.Ilexistepourtantcetespace
perdusur la chausséeparmi lesautres objetsdepassage.La feuille

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ainsi reconstruitesemble pourtant faite pour l’admiration d’un
mathématicien, proposant à l’attention tant de courbes réunies sur
le mêmesupport. Pasbesoindes’évader loin pour rencontrer la
complexité, un petit monde en soi.
La beautén’y circulepas ?Avoir.Revoirdeprès
l’enroulement,tel nid de guêpe,savant,sanscassure;houppelande
enveloppantepour l’hiver, échancruresaléatoires.Tout l’ensemble
s’élancepour se définiren soicomme unespace àpartentière,le
plus loin sansdoute desattentes.Maiscetespacesibanal,si
délaissé estunvéritablerecueilde formes luiaussi,parmi toutce
queleregardrencontre,semontre digne d’attention!

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Chapitre1–Ecriture etenseignement

Scripturalité

Il n’y apasdethéorie del’écriture en linguistique générale et
les essais pour créerune discipline autour de l’écriture n’ont pas
1
abouti. JacquesBertin avait essayé de lancer « la graphiqu,e »
regroupant toutce qui relevait de l’écriture, en particulier schémas
et diagrammesutilisés dans plusieurs disciplines.L’écriture n’est
pas non plus enseignée techniquement en tant que telle dans le
cursus scolaire.C’est souventune pratique quiva de soi et a été
longtemps considérée commeune résultante ou un acquis issude la
synthèse d’autres enseignements.Ilya toujours assezpeud’intérêt
pourcette dimension regroupant maintenant sous leterme de
scripturalitétoutcequiatraitàlaspécificité del’écriture.C’est le
travail sur lalittératurequi permettaitd’acquérir, dans la foulée,
une aisance àl’écrit.Pour lalinguistique,quel’exemple de
référence à analyser soit oral ou écrit outranscritdirectement,il
continue d’être considéré, detoute façon, commetranscritetces
2
différences n’influencenten rien l’analyse encore àl’heure
actuelle.La didactique, dans lesillage detousces manques, a
3
donné une grandepriorité àl’oral par l’inventiondu dialogue.
Peudethéoriciens sesont penchés sur laplace del’écriture,
exceptéJ.Derrida et surtoutJ.Goodyqui ont permisde faire un
grandpasenavant.Cequelestructuralisme aréalisé depositif,
c’estde biendistinguer lesdeux aspects, «l’oral» et«l’écrit»,
comme deuxmondes trèsdifférents maniantdescritères
quelquefoisàl’opposé,parexemplesur laquestiondela
4
répétition.

1
La graphique a étéproposéeparJacquesBertinàl’EPHEdans lesannées 70-80,
remplacéepar leterme descripturalité.
2
Les phrasesen linguistique générale continuentdes’analyser isolémentethors
rattachementà ungenre.
3
Sous l’influence deM.Bakhtine.
4
Mais,onécritaussiundiscours pour le dire,on prend des notes pour soi-même :
la question est loin d’êtresimple.

15

L’écriture, donc, a été comprise théoriquement dansune
problématique du« passage ».D’abord l’oral, priorité absolue, et
ensuite seulement on accède à l’écrit.Ce principe estvalable quelle
que soit la langue d’origine, il s’applique aussi auxétudiants
chinois.La notion de passage (aller d’une dimension à l’autre, de
l’oral à l’écrit), quant à elle, semble désuète.Il serait préférable de
se positionner en termes de continuum et de montrer comment on
glisse d’un aspect dans l’autre en plaçant comme axe, entre les
deux, le geste.Ce geste déployé dans l’espace est déjàune écriture.
D’ailleurs, il n’est pas que l’écriturestricto sensuà considérer,
mais toutun éventail de graphes et de signesvisuels qui peuvent
êtrerattachésaumonde delascripturalitéquiestdevenutrès
5
complexe.
Si l’écriture estun phénomène diversifié,lamise en ordre
notionnelle doitenconserver toutela complexité(E.Morin).Il
n’est pas questionderestreindreou desimplifier maisdetrouver
des outils qui restituent letoutdusujet.On ne vaplus maintenant
versdes simplificationsàillusion scientiste.L’enseignementdela
langueseprête à desconsidérations sur la complexité del’écriture
car iluse detous lesaspects, detoutes les ressourcegraphes,s :
logos, schémas, images, reproductions, montages, portailsInternet.
S’ils sont pris en compte dans l’enseignement, ils doivent l’être
aussidans laréflexion, cequi n’est pas le cas.C’estdonctoute une
gamme designes qui semêlentàl’écriture.Deux définitionsde
l’écriture coexistent,l’une ausens restreintd’arrangementdes
graphèmeset l’autreintégrantune extension qui s’approche de
6
l’imagesans toutefois s’y fondre.

Défense ambiguë

7
La galaxieGutenberg aété, en son temps, un livre-clefpour la
reconnaissance delanaturespécifique del’écriture.D’uncôté,Mc

5
MartineCotin,L’écriture, l’espace,L’Harmattan,Espacesdiscursifs, 2005.
6
Fichesdiverses,tableaux,prisesdenotes,schémas,plan, arrangementsvisuels
divers,portailsInternet.
7
MacLuhan,La galaxie Gutenberg,Idées-Gallimard,1977.

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Luhanfaitapparaîtreun nouveaumonde, celui de la spécificité de
l’écriture introduit surtout à partir de l’imprimerie et qui a rejailli
sur l’image car l’image n’est plus lue de la mêmemanière àpartir
dumoment oùlalecture del’imprimé est possible.On regarde
autrement les images quandon sait lire.Enfait,il reprend d’un
autre côté cequ’ildonne àl’écriture enaffirmant quel’alphabet
phonétiquelatin n’apasété finalementungain pour l’hommemais
uneperte car l’écritureimpose unesélectionendissociant la vue
quidevientexclusivepar rapportaux autres sens (auditif-tactile).
L’homme familierdel’écriture,seraitdevenuplusabstrait,moins
vivant, en quelquesortemoinsàl’écoute deson imaginairemobile.
Ceneserait qu’avecles nouvelles technologieset laTVqueles
capacitésdel’hommeseremettraientà agirglobalement,témoin
les installationscomprenantdes lettres lumineuses ou clignotantes
àlaplace dutableau depeinture.Un retour, aprèsunelongue
période,semanifeste versuneprise encompte dutoutvivant, une
phaseou uncycle d’abstraction setermine.Les manières
d’enseigner nesemblent pasy êtresensibleset sontencoretimides
pouremployer l’imageou un textemêlé d’imagesd’unemanière
concertée.
Encore une fois reconnaissance etdévalorisationde cetacquis
se côtoient car, toujours selon lui,lemonde dela vue est plus
indifférentet toujours plusdistant que celuidel’ouïe.L’homme
alphabétiséserait obligatoirementunhomme dédoublé.Lasimple
actionde devoir rédiger tend fortementàlogiciser sapensée.En
toutcas,il pensequel’idéequ’on se faitdulangage a étémodifiée
de façon irrévocablepar la connaissance del’imprimé.Pourtant,
toutelalinguistiquesaussurienneignorelaspécificité del’écriture
qui reste uneopération secondairequ’onapunommerune
représentationdereprésentation.
Unepositionaussi radicaleinterroge carcelui-làmêmequia
voulu dresserun plaidoyer pour lemonde del’écriture,larestreint
d’une autremanière.Qu’enest-ildel’idéologiequifrappe
l’écriture depleinfouet ?Essayonsd’en saisir toutes lesfacettes.

17

Ecriture etFLE

8
Dans le cadre dela didactique duFLE,VirginieVialon a,
quant à elle, théorisé les représentations de l’écrit (par opposition à
l’oral).Elle considère les deux volets, à la fois: l’écriture et les
images pédagogiques mais aussi l’imageutilisée dans la presse ou
l’image filmique (image mobile).Elle distingue les signes suivants
en lien avec l’image : le niveauplastique, iconique, scripto-visuel,
filmique.Pour notre part, nous appliquonsune grille d’analyse de
l’image qu: repérage des grandes lignes dei se décline ainsi
structuration, les formants, le rapport forme/écriture, les couleurs,
la luminosité directionnelle mais aussi le niveauinfra-indiciel des
signes disponibles (en rapport avec la cohésion de lavision).
VirginieVialon envisage aussi l’aspect ludique, ce que nous ne
considérons pas, et elle travaille dans le cadre d’une culture
d’apprentissage.Pour notre part, nous passons de l’apprentissage à
des considérations plus générales sur la culture oules cultures dans
une définition non plus de la langue de communication mais de la
langue-culture.Aujourd’hui, c’est le dosage de culturalité qui pose
problème plus que le rapport communicatif.Le processus
interprétatif, qu’il soit ounon dans la classe, passe parla
9
dimension culturelle à interpréter.SiV.Vaialon prendussi en
charge les lieux(p. 127)et l’espace, ellenégligelanotiondesite
(AnneCauquelin) qui justement permet d’intégrer la culture.Nous
nous dirigeons doncvers davantage de complexitévenue des effets
dusystème graphique.

8
VirginieVialon,Images et apprentissages,L’Harmattan,Espaces discursifs,
2001.
9
En effetVirginieVialon considère les fonctions de l’image en rapport avec le
message dutexte dans le cadre d’une évolution méthodologique duFLE.Mais,
elle ne signale pas l’inversion de tendance enFLEà partir deCLP(C’est le
printempsàBesançon)L’image auparavant floue devient extrêmementdétaillée.
Elleprend encompteleniveau des représentationsdesenseignants sansdescendre
dansun niveautropcomplexe.Enfin,il n’y apasde considération sur lerapport
image/système graphiquelatin qui pour nousestessentieldans l’acteperceptif.

18

Ecriture/solitude

Lapremière caractéristiquequel’oncitetoujours sur l’écriture,
c’est son identification à la solitude ouà la sensation de solitude.
E!crire isoleraitSi l’on interroge les écrivains sur le rapport à la
solitude et à leurvie créative, ils en font état mais dénoncent plutôt
cetétatde faitcommeune condition à accepter d’emblée ouencore
commeun état oùla personne, parune évolution intérieure, est
parvenue à ce stade d’être confrontéeseule face àsoi-même alors
larencontre avecl’écriture ainévitablement lieu.MichelButora
plusieursfoisdémontréquel’écriturepouvait semodifier par
10
exemple dans son rapportà d’autresartistes.En collaborant avec
des artistes, il a changé ses propres textes pour approcher un art
différent, sous un angle de vue autre.Il a aussi travaillé sur la
traduction commeréponsd’une écriture à une autre culture.Il
montrequeleprocessusd’écriture estfaitd’uneréaction
dynamiquenoncommeisolement maiscommeréponse créative à
d’autresexistants.Lepréfacier montrel’écriture deMichelButor
comme «une figure delarencontre »quivisetoujours« une
hybridation» car on n’écrit
pasexnihilo.Demême,lalangueculture dans lamondialisation nepeut plusêtre considérée comme
isoléemais«nousvivonsunetraductiongénéraliséequi la(la
11
langue-culture) transformesans l’uniformiser.»L’écriture
devient donc une sorte de commentaireinter-créatif et il leprouve
àplusieurs niveaux enconsidérantd’abordl’appartenance de
l’écriture àl’intertextualitéquienfaitune créationcontinuéequi
interrogesanscessel’existant pour selancerenavant.Puis,le
dépassementdu genrequiautrementconduiraitàl’enfermement.
Par sescinqGénies dulieu,ila démontré aussi qu’il pouvait
12
renouvelerungenre et pas seulement l’emprunter.C’est surtout
sa rencontre avec d’autres artistes quia agi sur lui pour transformer
l’écritureinitiale,puis lerapportdel’écriture àl’espacepar ses
voyages qui sontchangésenchroniques interculturelles.Tousces

10
Quarante-trois artistes avecMichelButor,E.Comp’act, 2001.(texte dePatrick
Longuet).
11
MichelButor,Quant aulivre,BnF, conférenceDelDuca, 2000.
12
C’est lemodèle dugyroscope, génie dulieu5,Gallimard,1996.

19

aspects plaident pour souligner que l’écriture est autre chose qu’un
enfermement.Aucontraire, elle englobe peuà peutous les champs
du vivant.
Quant à elle,MargueriteDuras s’en est expliqué dansun livre
13
intituléEcrire: «L’écriture ne m’a jamais quittée »à tel point
que l’écriture, à son tour, modifie la perception extérieure des
objets.Sa maison devientune « maisond’écritu«re » :Une
certaine fenêtre, une certainetable, deshabitudesd’encrenoire.»
(p. 15).Il existe toute unemise en scène autourde
l’écriture.«Cettemaison, elle estdevenue celle del’écriture.Mes
livres sortentde cettemaison»ou encore, «Personnen’écrità
deux voix,toutécrivait quandj’écrivaisdans lamaison.L’écriture
était partout».Elle constate donc unenvahissementdetout son
espacepar l’écriture.Puis soudain, ellesereprend : «Je parle de la
solitude mais je n’étais pas seule puisque j’avais ce travail à mener
à bien jusqu’à la clarté, ce travail de forçat, écrire ».Elle passe aux
habitu«s :J’écrivais tou».s les matinsPenser que la phase
d’écriture peut modifier la perception de l’environnement
n’effleure pas beaucoup.Les conditions d’écriture comme celles de
lecture influencent-elles aussi la signification?Le fait d’être
plongé dans lerepérage findel’écrituresereportesur laperception
des objets quiendeviennentcomme un prolongement parcequ’ils
sontvusd’unemanière différente.
Cettesolitude fait partie desconditions, aussi n’est-ellepas
pesante,maisheuristique.«Partout lesécrivains sontdesgens
14
seuls,partoutet toujours,ils l’ontété »car «l’écriture, c’est
15
l’inconnue »; avant d’écrire, on ne sait pas exactementceque
l’onva écrire en toutelucidité.L’écriture estun processusde
découverte desoietdumonde.Penseràlasatisfactionde
l’étudiant quia été capable d’écrire, de déclarercomme étapesce
qu’ilfranchit parce biais.L’écriture est plusfortequelasolitude,
c’estun pasenavantversune architecture chaque fois nouvelle, en

13
MargueriteDuras,Ecrire,Folio,2754,1993.
14
Elles’oppose àMichelButor quidialogue après sesvoyagesavecles
languesculturesdumonde.
15
MargueriteDuras, op. cit., p. 49.

20

particulier pour letextelittéraire qui s’invente par rapport aux
possibles d’une culture.

Rappelde cequia été déclaré

L’écrit a été abordé en termes de passage dans la méthodologie
duFLEet non de continuum comme nous le savons.Si l’on a
restitué ensuite de la complexité à l’écriture, c’est aunom de
l’authenticité : documentsvisuels, schémas, cartes postales, photos.
Ce n’est pas là, non plus,une bonne problématique, il est plutôt
nécessaire de construireleterraind’étude enconsidérantd’emblée
toutes les données oucritères du visuel comme spécificité de cette
dimension
Aujourd’hui, les aménagements les plus récents concernent les
classes créatives, les ateliers d’écriture, c’est-à-dire la dimension
d’expression personnelle, sans considérer là non plus la diversité
car on ne se positionne pas de la même façonface àl’écrit scolaire,
privé, administratif,professionnel (rapport),réponse aux
questionnaires,ou encore àl’écritesthétiquequidemande desortir
sa belleplume !Ils nerelèvent pas tousdes mêmesdispositionset
l’on n’est paségalementapte àtout.Il n’existe doncpas seulement
une compétence généralemaisune attitudementale différentequi
est reliée àla vie culturelle etàsesusages.Deleurcôté, les
écrivains cherchent à faire évoluer les expressions de soi hors des
maillesapprisesetacquisesauniveausociétal.Ilscherchentà
échapperau genre.Mais leschangements peuventveniraussides
outilscommelesSMSdutéléphoneportable.Ilfautdonc
considérer l’évolutionenallantvers toujours plusde diversification
signifiante,sanschevauchement.Lareconnaissance du genre a
succédé au classementen typesdevenuinsoluble.N’oublions pas
que desgenres s’invententen particulieren prenanten
considération lerapport texte/image.MichelButora déclaréque
milleimageset milletextes ne valent pasun rapprochement
texte/image.

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