Thomas d'Aquin : droit, politique et métaphysique

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L'auteur revient ici sur les thèses développées par Michel Villey dans son livre Questions de Saint Thomas sur le droit et la politique (PUF, 1987). Cet ouvrage envisage la critique du thomisme et de la pensée juridique, philosophique et scientifique effectuée par Michel Villey, puis son apologie de Saint Thomas portant sur sa "doctrine sacrée" et sur ce que l'on peut appeler sa "doctrine du droit".
Publié le : jeudi 1 septembre 2011
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EAN13 : 9782296467224
Nombre de pages : 174
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THOMAS D’AQUIN DROIT, POLITIQUE ET MÉTAPHYSIQUE Une critique de la science et de la philosophie
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Henri DE MONVALLIER,Le musée imaginaire de Hegel et Malraux, 2011. Daniel ARNAUD,?La République a-t-elle encore un sens , 2011. A. QUINTILIANO,Imagination, espace et temps, 2011. A. QUINTILIANO,La perception, 2011. Aimberê QUINTILIANO,Imagination, espace et temps, 2011. Aimberê QUINTILIANO,La perception, 2011. Pascal GAUDET,Kant et la fondation architectonique de l’existence,2011. Camille Laura VILLET,: entendre le monde.Voir un tableau Essai sur l’abstraction du sujet à partir de l’expérience picturale, 2011. Jan-Ivar LINDEN,L’animalité. Six interprétations, 2011. Christophe Rouard, La vérité chez Alasdair MacIntyre, 2011. Salvatore Grandone,Lectures phénoménologiques de Mallarmé,2011.Franck ROBERT,Merleau-Ponty, Whitehead. Le procès sensible,2011. Nicolas ROBERTI,Raymond Abellio (1944-1986). La structure et le miroir, 2011.Nicolas ROBERTI,Raymond Abellio (1907-0944). Un gauchiste mystique, 2011.
Paul Dubouchet
THOMAS D’AQUIN
DROIT, POLITIQUE ET MÉTAPHYSIQUE
Une critique de la science et de la philosophie
DU MÊME AUTEURAux P.U.F., « Les voies du droit » Sémiotique juridique. Introduction à une science du droit, 1990.
Aux Éditions L’Hermès Les normes de l’action : droit et morale. Introduction à la science normative, 1990. Trois essais pour une théorie générale du droit. Science, épistémologie et philosophie du droit, 1998. La pensée juridique avant et après le Code civil, 1998. La pensée politique avant et après Hegel, 1999. Nouvelles méthodes des sciences sociales, 1999.
Aux Éditions L’Harmattan De Montesquieu le moderne à Rousseau l’ancien. La démocratie et la république en question, 2001. Le modèle juridique. Droit et herméneutique, 2001. Commons et Hayek défenseurs de la théorie normative du droit, 2003. Philosophie et doctrine du droit chez Kant, Fichte et Hegel, 2005. Pour une sémiotique du droit international. Essai sur le fondement du droit, 2007. Droit et épistémologie. L’Organon du droit, 2008. Droit et philosophie. Une critique des sciences humaines, Préface de François Dagognet, 2009.
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-55487-0 EAN : 9782296554870
 INTRODUCTION Le point de départ de nos deux derniers livres parus chez L’Harmattan (Droit et épistémologiede 2008 et Droit et philosophie de 2009) était l’Organond’Aristote ainsi que certains passages de saMétaphysiquetels qu’ils avaient été éclairés naguère par Pierre Aubenque dans son remarquable ouvrage de 1962Le problème de l’être chez Aristote. Cet ouvrage portait en exergue la réflexion de Pic de la Mirandole : « Sans Thomas, Aristote serait muet, Sine Thoma mutus esset Aristoteles» - ce que Boutroux commentera par « La plus belle œuvre d’Aristote, c’est la philosophie chrétienne » (M.-D. Chenu,Introduction à l’étude de Saint Thomas d’Aquin, Vrin, 1950, p. 43). Cette réflexion nous invitait à prolonger nos recherches en direction de la métaphysique, en les centrant sur le statut du droit chez Saint Thomas - étude à laquelle nous avions toujours renoncé à cause de la renommée même de Saint Thomas, de la difficulté du sujet. Nous avions en effet -bien à tort - toujours reculé devant Saint Thomas comme devant un sommet inaccessible, oubliant l’intention pédagogique première de laSomme théologiquequi s’adresse d’abord aux « commençants », oubliant « le séjour à Orvieto (1261-1265) » si bien retracé par Jean-Pierre Torrell (LaSommede Saint Thomas:, Cerf, 1998) l’avancée de la rédaction de laSomme contre les gentils, la rencontre des novices, la révélation de la nécessité de leur donner un enseignement clair, complet et ordonné de la doctrine chrétienne, la confirmation du plan de laSomme théologique, et la conviction rappelée par Michel Villey que « l’un des services les plus nobles à rendre au prochain serait l’enseignement » (p. 49,op. cit., infra). Nous faisait également non moins reculer devant ce projet, le nombre d’éminents auteurs qui s’étaient déjà
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et, depuis longtemps, attelés au problème du droit chez Saint Thomas. Ce n’est pas médire de ces derniers qui ont tous leurs mérites et dont certains avaient déjà été recensés par Albert Brimo sous le nom de « néo-thomisme juridique » (Marcic, Dabin, Le Fur, …), sans parler des modernes, que d’avouer qu’ils n’arrivaient pas à nous parler vraiment de Saint Thomas - ce qu’il faut donc certainement plus imputer à notre indigence qu’à la leur. Cependant, parmi ces commentateurs du droit chez Saint Thomas, nous avions mis deux auteurs à part car nous entendions ce qu’ils disaient de Saint Thomas. Il s’agit tout d’abord de Georges Renard qui, grâce à Saint Thomas, avait, à notre avis, rendu enfin transparente et lumineuse la théorie de l’institution qui chez Hauriou lui-même était bien loin d’être indemne d’obscurités et d’approximations. Mais il s’agit surtout de Michel Villey qui nous rendait enfin compréhensible le problème du droit chez Saint Thomas qu’il avait d’ailleurs placé (avec Aristote) au centre de son œuvre. Pour « le droit chez Saint Thomas », nous nous reposions donc entièrement sur Michel Villey, pensant qu’il n’y avait rien à y ajouter. Cependant l’ouvrage de Michel Villey sur Saint Thomas remontant aujourd’hui à près de vingt-cinq ans (1987), nous avons pensé qu’il ne serait pas inutile de le lire et de le relire, surtout pas de « l’actualiser » comme on dit aujourd’hui, mais plutôt de le « désactualiser » encore plus - si faire se peut - que ne l’avait fait naguère Michel Villey. Nous nous proposons donc d’effectuer un compte-rendu de cet ouvrage de Michel Villey, paru en 1987, Questions de Saint Thomas sur le droit et la politique (P. U. F.). Notons tout d’abord qu’il s’agit certainement de l’un des tout derniers ouvrages publiés par Michel Villey -peut-être même véritablement du dernier : il représenterait ainsi le couronnement de l’œuvre de l’éminent auteur, ce
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qui ne serait pas étonnant compte tenu de la place qu’il a toujours accordée à Saint Thomas dans sa philosophie du droit. D’ordinaire les comptes-rendus ne portent que sur les livres qui viennent d’être publiés et qui, en plus, se révèlent d’une vibrante actualité. Or celui-ci est déjà vieux de vingt-quatre ans ; en plus, si on ajoute qu’il est inséparable de toute l’œuvre de l’auteur commencée dans les années quarante, au quart de siècle qui nous sépare de sa publication, il faudrait ajouter le demi-siècle qui a présidé à sa longue gestation. Mais, pour nous - comme pour Michel Villey -, ce sont bien souvent les livres les plus anciens qui se révèlent d’une « vibrante actualité » -ce qui est vrai non seulement du livre de Michel Villey, mais également (en gardant bien sûr le sens des proportions) de celui dont il traite, laSommeSaint de Thomas. Ce qui nous paraît le plus remarquable, dans l’ouvrage de Michel Villey, c’est qu’il porte, d’un bout à l’autre, sur « l’épistémologie de Saint Thomas » -épistémologie inséparable, dans la tradition d’Aristote, de la « métaphysique ». Mais comment un ouvrage « sur le droit et la politique » peut-il concerner, au premier chef, l’épistémologie ? Nous voulons, sans doute, dire qu’il traite d’abord de l’épistémologie du Droit et de la Politique ? Ce n’est, bien sûr, pas faux. Mais il y a plus : l’ouvrage de Michel Villey sur Saint Thomas apporte, à notre avis, une lumineuse confirmation de la thèse défendue dans nos deux derniers ouvrages, d’après laquelle l’épistémologie du droit et de la politique étant, par excellence, une épistémologie de la « raison pratique » (et donc des sciences humaines) apparaît comme la seule véritable épistémologie dans la mesure où l’épistémologie de la « raison théorique » (des « sciences exactes » ou prétendues telles) est, en grande partie, dépourvue de sens puisque se confondant avec le développement même de
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ces sciences (une « épistémologie des sciences exactes » n’étant précisément possible que lorsqu’il s’avère que ces dernières ne sont pas aussi exactes que ça). Cette précision montre, à l’évidence, que la distinction entre « raison théorique » et « raison pratique » est toute relative, et elle confirme que la métaphysique dépasse cette distinction même si elle se situe incontestablement du côté de la « raison pratique ».  Centrée sur l’épistémologie et sur la dette de Saint Thomas envers Aristote, la thèse soutenue par Michel Villey est fort simple : laSomme théologiquerelève de la dialectique, c’est-à-dire (pour simplifier) de la logique non-formelle, de la raison pratique, et non pas de l’analytique,c’est-à-dire de la logique formelle ou déductive, de la raison théorique. Or le thomisme, tout comme la pensée juridique, scientifique et philosophique « moderne », se caractérisent par leur référence commune à la seule analytique et par leur rejet catégorique et corrélatif de la dialectique. C’est pourquoi, dans le livre de Michel Villey, l’apologie de Saint Thomas s’accompagne toujours d’une critique assez virulente du thomisme et de la pensée tant juridique que politique, philosophique et scientifique « moderne », les deux perspectives étant indissolublement mêlées. Cependant, pour plus de clarté, nous les dissocierons systématiquement, envisageant d’abord la critique du thomisme et de la pensée juridique, philosophique et scientifique effectuée par Michel Villey, (Première partie), puis son apologie de Saint Thomas portant sur sa « doctrine sacrée » et sur ce que l’on peut appeler sa « doctrine du droit » (Deuxième partie). Avant toutes choses, nous reviendrons sur l’Organond’Aristote comme point de départ incontournable afin de préciser la distinction entreanalytique etdialectique(Chapitre préliminaire).
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