Utopies littéraires et création d'un monde nouveau

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Il est indéniable qu'après les deux grandes guerres qui ont traumatisé l'humanité dans la première moitié du XXe siècle, les hommes ont eu besoin de rêver d'un monde nouveau. Y avait-il mieux que la littérature pour traduire ce réveil douloureux et le désir subséquent de construire un autre monde ? Assurément pas. C'est pour cela qu'on a vu émerger, sur les ruines du réalisme, du naturalisme, qui continuaient à se focaliser sur le réel, une littérature fondée sur la quête de l'ailleurs, la recherche d'un idéal au-delà du réel.
Publié le : samedi 1 septembre 2012
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EAN13 : 9782296502727
Nombre de pages : 446
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Utopies littéraires et création d'un monde nouveau
Critiques Littéraires Collection dirigée par Maguy Albet Dernières parutions Jean-Louis CORNILLE,Les récits de Georges Bataille. Empreinte de Raymond Roussel, 2012. Samia SELMANI,Romans francophones et représentations du féminin, 2012. Laurence OLIVIER-MESSONNIER,Guerre et littérature de jeunesse (1913-1919). Analyse des dérives patriotiques dans les périodiques pour enfants, 2012. Ali CHIBANI,Tahar Djaout et Lounis Aït Menguellet. Temps clos et ruptures spatiales, 2012. Alexandru MATEI,Jean Echenoz et la distance intérieure, 2012. Mohammed-Salah ZELICHE,Mohammed Dib, L’homme épris de lumière, 2012. Claude Herzfeld, Stendhal, La Chartreuse de Parme. Héroïsme et intimité, 2012. Titaua Porcher-Wiart,Pierre Jean Jouve, Mystère et sens dans l’oeuvre romanesque,2012. Georice Berthin MADÉBÉ, Sylvère MBONDOBARI, Steeve Robert RENOMBO,Les chemins de la critique africaine, Actes du colloque international de Libreville, 2012. N’guettia Martin KOUADIO,Poétique africaine, rythme et oralité, L’exemple de la poésie ivoirienne, 2012. Nassurdine Ali MHOUMADI,Littérature comorienne, Mohamed Toihiri : fiction d’un témoignage et témoignage d’une fiction, 2012. Adama COULIBALY, Philip Amangoua ATCHA, Roger TRO DEHO,Le postmodernisme dans le roman africain. Formes, enjeux et perspectives, 2012. Denise BRAHIMI,Quelques idées reçues sur Maupassant, 2012. Ridha BOURKHIS,Lionel Ray. L’intarissable beauté de l’éphémère, 2012. Krzysztof A. Jeżewski,Cyprian Norwid et la pensée de l’Empire du milieu, 2011. Camille DAMEGO-MANDEU, Laisse-nous bâtir une Afrique deboutde Benjamin Matip. Une épopée populaire, 2011.
Sous la direction de Richard Laurent OMGBADésiré ATANGANAKOUNAUtopies littéraires et création d'un monde nouveau Une publication de l’Atelier de Critique et de Créativité Littéraires de l’Université de Yaoundé I L’HARMATTAN
Ouvrage publié avec le Concours de l’Université de Yaoundé I © L'HARMATTAN, 2012 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-96435-8 EAN : 9782296964358
Introduction générale
Il est indéniable qu’après les deux grandes guerres qui ont traumatisé l’humanité e dans la première moitié du XX siècle, les hommes ont eu besoin de rêver d’un monde nouveau, différent de celui qu’ils avaient jusque-là connu et qui s’écroulait comme un château de cartes en l’espace de quelques décennies. Y avait-il mieux que la littérature pour traduire ce réveil douloureux et le désir subséquent de construire un autre monde ? Assurément pas. C’est pour cela qu’on a vu émerger, sur les ruines du réalisme du naturalisme, qui continuaient à se focaliser sur le réel, une littérature fondée sur la quête de l’ailleurs, la recherche d’un idéal au-delà du réel. Cette littérature voulait proposer aux hommes une échappatoire, une raison de penser que le monde n’est pas régi par l’absurde comme le professaient déjà les théoriciens de l’existentialisme. Ainsi, à « la littérature de morgue » qui avait germé dans l’entre-deux-guerres et à la fin de la Seconde Guerre mondiale et qui avait donné naissance en Europe et en Amérique au nouveau roman et au théâtre de l’absurde, se substituait une « littérature rose » proposant des aires de refuge aux hommes en détresse. Le mouvement ainsi décrit n’a pas été observable uniquement dans le champ de la littérature occidentale. On le retrouve aussi bien en Amérique qu’en Afrique où l’on sortait d’un autre cauchemar, celui de la colonisation. Les peuples africains, longtemps écrasés par l’impérialisme colonial, découvraient la fragilité et la vulnérabilité de leurs maîtres qu’ils avaient vu mourir comme eux au combat et osaient par conséquent rêver de liberté. C’est ainsi qu’on pourrait expliquer, historiquement, l’essor de la littérature e utopique dans la seconde moitié du XX siècle et surtout dans la première e moitié du XXI siècle. D’autres explications sont possibles comme celle qui consiste à dire que les débuts de siècles sont toujours porteurs de grands espoirs et de grands rêves et que, dans ce contexte, il était tout à fait normal de voir e éclore, au début du XXI siècle, une littérature euphorique comme ce fut le cas e dans l’enfance du XX siècle. Soit. Mais l’essentiel est de reconnaître qu’il a soufflé sur la planète un vent de fraîcheur qui est venu consoler des êtres en détresse de leur malheur. C’est cette vague que nous avons voulu appréhender dans le présent ouvrage. Le parcours des communications qui le composent permet de voir combien l’imagination s’est libérée dans l’après-guerre et comment la fertilité de l’esprit humain a pu construire des univers aussi enchantés les uns que les autres. Telle est la preuve que, comme le dit Henri Brunschwig, les peuples se nourrissent de 1 mythes et qu’il leur en faut sans cesse pour se construire . La résurgence de la littérature utopique, dont on avait perdu la trace au soir du romantisme, indique bien que les hommes en avaient assez du réalisme. Ils 1 Henri Brunschwig,L’Afrique noire au temps de l’empire français, Paris, Denoël, 1988, p.13. 5
attendaient de la littérature qu’elle desserre l’étau du vécu quotidien et que les poètes mages reprennent droit de cité dans la République des lettres. C’est ce que résume fort bien Karl Mannheim dans son ouvrage intituléIdéologie et utopie:
Quand l’imagination ne trouve pas à se satisfaire dans la réalité existante, elle cherche refuge dans des lieux ou des époques que construit le désir. Les mythes, les contes de fées, promesse d’un au-delà des religions, fantaisies humanitaires, romans d’aventures ont été des expressions 2 toujours changeantes de ce qui faisait défaut dans la vie réelle .
L’utopie joue donc, en premier lieu, un rôle de proposition d’une société alternative à celle dans laquelle on vit. Elle s’oppose ainsi à l’idéologie qui tend à structurer le réel et à définir des philosophies d’action. Autant dire que la littérature utopique se propose de sortir le lecteur des pièges de l’idéologie, e surtout quand on sait le poids des idéologies sur l’histoire du XIX et de la e première moitié du XX siècle. Nul n’ignore qu’en cette seule période on a vu émerger à la fois le capitalisme, le socialisme, le communisme, le nazisme, l’antisémitisme et le colonialisme. e e Autant les écrivains de la fin du XIX siècle et du début du XX cherchaient à se positionner par rapport à ces idéologies, autant, pourrait-on dire, leurs épigones vont s’en éloigner pour donner à contempler de nouveaux mondes non encore contaminés par le virus de ces philosophies d’action. Là où l’engagement était de règle, le désengagement devient la boussole. L’écrivain se veut non pas citoyen d’un pays dont il défendrait les intérêts bec et ongles, mais citoyen du monde, quand il n’emporte pas ses lecteurs dans un univers tout à fait imaginaire. C’est tout le charme des romans de Gustave Le Clézio, Patrick Grainville, Michel Tournier, Jean-Christophe Rufin, Chuck Palahniuk, Ken Bugul et Abdourahman Waberi. En lisant par exemple l’excellent roman d’Abdourahman Waberi intituléAux États-Unis d’Afrique, on voit comment ce dernier roman, comme le dit si justement Babou Diene,« subvertit les données géopolitiques et inverse les situations socio-économiques »,pour nous donner à contempler une Afrique prospère, devenue la plaque tournante de toute l’humanité. Cette Afrique-là est unie ainsi que le souhaitent ses fils d’aujourd’hui et donne des complexes aux autres continents. Waberi procède visiblement à une subversion des rapports Nord-Sud qui conduit Richard Omgba à la conclusion que son intention est de dénouer les pièges de la fatalité historique qui cerne l’Afrique et d’illustrer la thèse de la réversibilité de l’histoire. Si l’utopie est à la fois le signe d’un espoir, d’un idéal et d’une alternative au réel, elle constitue aussi, selon les propos d’Onana Atouba, un modèle critique. L’ailleurs est bien souvent convoqué pour ruiner les turpitudes d’ici et donner
2 Karl Mannheim,Idéologie et utopie : une introduction à la sociologie de la connaissance, Paris, Librairie Marcel Rivière et Cie, 1956, p.72. 6
des leçons à ceux qui vivent enfermés dans leurs cavernes. C’est ce qui apparaît dans la plupart des articles où le référent imaginaire est toujours confronté au référent social. En ce sens, Ondoa Edzente a tout à fait raison d’affirmer que le mythe et l’utopie assument en réalité une fonction régulatrice au sein des sociétés humaines. La troisième et dernière fonction de l’utopie, qui apparaît sous la plume des auteurs de ce livre, est la fonction prophétique. Clément Moupoumbou nous le rappelle lorsqu’il cite judicieusement Paul Ricœur qui affirme qu’utopie« une est toujours en voie de réalisation ». L’utopie est promesse d’avenir, désir d’avenir ; elle n’est pas seulement une fuite dans l’imaginaire, elle est une incantation, une prédiction des temps futurs comme le dit Raymond Mbassi. Cette prédiction, qui annonce à la fois l’avènement d’un monde globalisé (Nga Olivia), en lieu et place de nos micro-États, d’une littérature-monde (Atangana Kouna) en lieu et place de nos littératures nationales, d’une langue unique (Bissa Enama) à la place de la multitude des langues parlées dans notre planète, n’a pour finalité que de nous rappeler que l’écrivain, ou plus justement le poète, n’est pas comme le commun des mortels ; il est, comme le dit Alfred de Vigny,« celui qui lit dans les astres 3 la route que montre le doigt du Seigneur ». C’est en cela que sa prémonition est digne de foi et qu’elle mérite toute notre considération.
Pr. Richard-Laurent OMGBA Université de Yaoundé I
3 Alfred de Vigny,Chatterton, Paris, Bordas, 1969, p.109.
Première partie : le rêve africain
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