Valeurs et correspondance

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Ce volume réunit, pour l'essentiel, les contributions présentées à l'Université de Nice - Sophia Antipolis pendant les années universitaires 2007-2008 et 2008-2009 dans le cadre d'un séminaire du CIRCPLES intitulé "L'inscription des valeurs dans la correspondance non fictionnelle".
En croisant les aires historiques et culturelles, ces articles mettent en évidence la dimension sociale et idéologique du texte épistolaire. Les onze études privilégient l'analyse des procédures textuelles qui régissent l'élaboration, la localisation et la transmission des valeurs au sein de la lettre.
Publié le : mardi 1 juin 2010
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EAN13 : 9782296260863
Nombre de pages : 255
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REMERCIEMENTS Le Centre Interdisciplinaire Récits, Cultures, Psychanalyse, Langues et Sociétés adresse ses remerciements à tous ceux qui l’ont aidé à réaliser ce volume : Le Conseil Général des AlpesMaritimes Le Maire de la ville de Nice L’Université de Nice – Sophia Antipolis L’U.F.R. Lettres, Arts et Sciences Humaines Les éditions L’Harmattan  M. Dominique Vignau
AVANTPROPOS Alain Tassel Université de Nice  Sophia Antipolis  Ce volume réunit, pour l’essentiel, les contributions présentées à l’Université de Nice  Sophia Antipolis pendant les années universitaires 20072008 et 20082009 dans le cadre d’un séminaire du CIRCPLES intitulé « L’inscription des valeurs dans la correspondance non fiction nelle ». Située au carrefour de l’individuel et du social, la correspondance non fictionnelle, échangée par des écrivains ou par des anonymes, est envisagée du point de vue des relations entre valeur et textualité. Étroitement tributaire de la position sociale, politique, culturelle et pro fessionnelle du locuteur, soustendu par des stratégies argumentatives et modelé par des processus de stéréotypie, le discours épistolaire reflète, critique, construit ou hiérarchise des valeurs morales, sociales, littéraires ou esthétiques comme les normes qui fondent les rapports entre l’homme et la société.  En croisant les aires historiques et culturelles, ces articles mettent en évidence la dimension sociale et idéologique du texte épistolaire, envi sagé notamment en fonction de sa scénographie, de l’interaction argu mentative entre les discours du locuteur et de l’allocutaire, de l’éthos élaboré par l’auteur de la lettre et des systèmes de valeur explicites ou implicites. Fondées sur des assises théoriques variées, d’ordre historique, anthropologique, linguistique, pragmatique ou sémiologique, ces onze études privilégient l’analyse des procédures textuelles qui régissent l’éla boration, la localisation et la transmission des valeurs au sein de la lettre. Elles montrent comme la construction des valeurs a partie liée avec l’une des propriétés de la lettre, avec son aptitude à accueillir une structure dialogique, à nourrir un « dialogisme critique entre une conscience de soi exigeante et un jugement extérieur sans cesse stimulé, anticipé ». me  C’est à partir de la correspondance échangée entre M de Sévigné et me M de Grignan queCécile Lignereux ouvre la réflexion. Elle montre que l’expression de la sensibilité maternelle, nourrie par le modèle ten
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dre, est corrélée à une finalité argumentative, au projet de convaincre la destinataire « de la dignité éminente d’une manière d’aimer parfaitement conforme à l’idéal de la tendresse ». Elle met en lumière les trois stratégies argumentatives déployées par l’épistolière pour relier la palette de ses sentiments aux valeurs de la sensibilité galante. Ainsi, le recours aux énoncés parémiologiques visetil à légitimer les manifestations de sa sensibilité, à garantir leur authenticité. Par ailleurs, soucieuse de désa morcer par anticipation toute mise en question du caractère immuable de sa tendresse, elle sollicite la dimension dialogique, polyphonique de la négation polémique. Enfin, se référant à une « échelle de valeurs qu’elle tente d’imposer à sa fille », elle emploie force substantifs abstraits au pluriel pour souligner l’intensité de son amour maternel et rendre sensi bles ses retentissements corporels. Geneviève HarocheBouzinacinterroge les configurations et les re tentissements du discours sur l’amitié dans la correspondance qu’échan gent les frères Verri, créateurs de la revue milanaiseIl Caffé1766 entre et 1767 : Pietro, l’aîné, est écrivain et Alessandro, le cadet, écrivain et avocat. Miroir de l’âme, la lettre revêt l’aspect d’un viatique. Elle est également dotée d’une portée philosophique et littéraire que les frères Verri ont perçue très tôt. Geneviève HarocheBouzinac examine l’in fluence de la lettre sur la construction de soi, et plus particulièrement, sur le choix du retrait opéré par le frère cadet.  S’attachant à la relation qui se tisse entre la construction et la réception de l’image de soi, d’une part, et la littérarisation de l’écriture épistolaire, d’autre part,Anna Jaubertse réfère à deux correspondances ème littéraires du XVIII siècle ; celle échangée entre JeanJacques Rousseau et une anonyme, Henriette, et celle qu’ont entretenue pendant quarantedeux ans Voltaire et Frédéric II de Prusse. Henriette et Frédéric, qui aspirent à entretenir un commerce épistolaire suivi avec leur correspondant respectif, fondent leur requête sur un socle de valeurs susceptibles d’être partagées. Comme le précise Anna Jaubert, le discours d’Henriette présuppose que l’auteur deL’Émileson système de révise valeur, ce qu’il refuse très sèchement. Quant au commerce épistolaire noué en 1736 entre le prince prussien et Voltaire, il prend appui sur des valeurs contemporaines comme «le topos du combat des Lumières contre l’obscurantisme », et se caractérise surtout par des valeurs réelle ment partagées, telles « les talents de l’esprit et l’élitisme ». Analysant précisément l’évolution des appellatifs au fil de ces correspondances,
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Anna Jaubert établit un parallèle stimulant entre ces deux corpus. Elle montre comment le déséquilibre des rapports de places signe l’in terruption de la correspondance entre Henriette et Rousseau, alors que pour Voltaire et Frédéric II l’intérêt mutuel puisé dans l’échange épistolaire transparaît dans l’inflation des « signes de reconnaissance ».  Envisagée parBrigitte Diaz comme un espace dialogique propice à l’émergence de valeurs littéraires, la correspondance d’écrivains, au ème XIX siècle, est étudiée en fonction de ses apports au processus de la création littéraire. Après avoir mis en lumière les préventions des écrivains à l’endroit d’une pratique scripturale ritualisée, stéréotypée et dévaluée par la banalité des propos échangés, Brigitte Diaz attire notre attention sur le « statut préfaciel » de la lettre, sur ses places et fonctions par rapport à l’œuvre littéraire. Accompagnant les différentes phases de la création littéraire, avec laquelle elle établit une « relation critique », la lettre assume successivement ou simultanément une fonction « généti que », « médiatique » et « métacritique ». Le dialogue épistolaire se pré sente souvent comme un espace d’initiation aux rituels de l’écriture, de confrontation de vues esthétiques et d’évaluation des premiers textes. Réunissant trois pôles essentiels de la scène littéraire, l’auteur, l’éditeur et le critique », elle témoigne des enjeux économiques d’une littérature qui « s’industrialise ». Enfin, ouverte au débat, la lettre se prête à l’expo sé d’aperçus et de théories critiques, comme le montrent les correspon dances de Zola, Mallarmé ou Rimbaud.  ThanhVân TonThatse penche sur la correspondance familiale et personnelle réunie par Robert de Montesquiou dans ses Mémoires. Elle attire notre attention sur les procédures de valorisation des ancêtres du mémorialiste, parmi lesquels figurent d’Artagnan et le maréchal de Montesquiou : ce florilège, lesté d’une dimension historique et apologé tique, concourt à l’élaboration de mémoires épistolaires.  Si la recherche et la transmission de la vérité figure au centre de l’expérience littéraire, c’est cette valeur qui a été à l’origine de la brouille entre Panaït Istrati et Romain Rolland, comme le préciseFrederica Zéphirson analyse de la correspondance échangée par ces deux dans écrivains entre 1919 à 1935. Entamé sous le signe de la confiance, de l’amitié et des conseils littéraires, cet échange prend un nouveau tournant après les séjours de Panaït Istrati en Union Soviétique à la fin des années vingt. Désormais, fort de son expérience, l’écrivain roumain dénonce les
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mensonges du régime communiste, les exactions perpétrées par cette dictature, alors que Romain Rolland s’enferme dans un soutien incon ditionnel à la politique conduite par le parti communiste soviétique. Rolland et Istrati s’opposent alors frontalement sur la question de la vérité. Romain Rolland, pourtant informé des dérives dictatoriales du régime communiste, refuse de s’engager au nom de cette vérité sous des prétextes fallacieux Quant à Istrati, il récuse les objurgations méprisantes du Prix Nobel et s’engage dans un combat pour la vérité.  Prenant comme point de mire l’abondante correspondance de Roger Martin du Gard,Hélène BatyDelalandeenvisage l’évolution du regard que l’épistolier porte sur l’histoire. Mû par une triple exigence de lucidité, d’authenticité et d’impartialité, considère la lettre comme un espace propice, d’une part à la mise à l’épreuve des valeurs intimes et des valeurs collectives, et, d’autre part, à une réflexion sur sa position de retrait par rapport au monde. Spectateur moraliste, attaché à « la souveraineté de l’individu », prompt à brocarder « l’esprit de parti, [les] aliénations idéologiques et toute forme de militantisme », Martin du Gard prend pour cible la langue de son temps. Il recourt ainsi à la modalisation autonymique pour mettre en évidence le renversement ou la dérive des valeurs. Il voit dans l’usage récurrent de la litote un « symptôme linguistique de l’ébranlement d’une civilisation et de ses valeurs ».  Prenant comme objet d’investigation la volumineuse correspondance de Céline,Sonia Anton examine les positionnements énonciatifs de l’écrivain, du polémiste et de l’exilé. Abordant les postures de l’écrivain, elle met en lumière ses contradictions, ses jugements contrastés à l’en droit de l’institution littéraire, tantôt tenue à distance, tournée en dérision, tantôt valorisée au même titre que son œuvre qualifiée de nouveau « classique ». Les lettres écrites pendant les années d’exil témoignent de son souci de s’inscrire dans la lignée des écrivains maudits, de mettre ses déboires sur le compte de sa réussite littéraire et de la jalousie présumée qu’elle a suscitée. Dans les missives confiées à la presse de la colla boration lors de la période 19371944, le polémiste distille son antisémitisme en exploitant toutes les potentialités dialogiques de la lettre. Dans cette orchestration de la parole pamphlétaire, « le destinataire direct et nommé » est instrumentalisé. Il fait office « d’interlocuteur relais » au service du système axiologique violemment inséré dans la page. Enfin, Sonia Anton envisage le positionnement élégiaque de l’épistolier, qui, contrairement au romancier, utilise sans distance ironi
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