Aux Curieux. Vie privée des cinq membres du directoire exécutif séant au palais du Luxembourg, à Paris, ou Les puissants tels qu'ils sont

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Impr. nationale ((Paris,)). 1796. France (1795-1799, Directoire). In-8 °. Pièce.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1796
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AUX CURIEUX.
VIE PRIVÉE
DES CINQ MEMBRES
DU DIRECTOIRE EXÉCUTIF
SpmTt au palais du Luxembourg à Paris ;
ou
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P LS QU'ILS SONT.
LE temps n'eft plus où , dans un fol euthoufiafme, le peuple
féduit par les apparences, idolatroît ceux qui tenoient le
pouvoir entre leurs mains. Les français éclairés par l'ex-
périence , devenus plus fages par le malheur, n'eftiment plus
que par des motifs d'ettimë , n'aiment plus fur parole, & ne
haïflent plus par prévention. C'eft là fans doute ce qui explique
l'avidité avec laquelle ils recherchent tout ce qu'ils peuvent
recueillir de renfeignemens fur les hommes qu'ils ont re-
vêtus de l'autorité Suprême, & faififient tous les moyens qui fe
préfentent de fcruter le cœur de leurs premiers magiftrats, de
démêler leur caraétère dans leurs habitudes , leurs fyftèmes
dans leurs liaifons , & de calculer ce qu'on doit attendre
de chacun d'eux par ce qu'on connoît de leur viè privée.
..,.. Nous nous préfentons pour fournir à nos concitoyens des
notes qui leur feront utiles dans cette recherche, & nous
fommes affez inftruits pour garantir l'authenticité de ce que
nous allons dire. ')
R E W B E L L.
J Êan Rewbell eft né à Colmar, en 1746. Hyreçutrédu"
cation qu'on donnoit alors à ceux qui fe deftinojent au barreau.
Il étoit avant la révolution avocat au confeil fouverain d'Al-
face. Il développa de bonne heure un efprit d'indépendance,
(O
& en plulieurs occafions que lui fournit fon état, il fe montra
très-peu favorable aux prétentions de la noblefïe & à l'orgueil
du clergé. Il vint en 1774 , à Paris, plaider en caflation
contre le duc Wirtemberg , qui venoit d'accroître le poids".
des corvées pour quelques-uns de fes fujets alfaciens. Le duc *
perdit, & l'avocat de Colmar l'emporta.
Rewbell fut nommé par la province d'Alface député du
tiers-état à l'affemblée conftituante. Il n'y joua pas un rôlç
brillant ; mais il s'y fit remarquer par l'excellence de fon ju-
gement & par l'honnêteté <le fa conduite. Nommé , après la
tiiiïolution de la confiiruante, pçocureur-général-fyndic du
département du Haut Rhin, il mit tous Ses foins à contenir
lesbrouillons de tout gente qui s'agitoient déjà, à donner aux:
magiftrats de la fermeté , & à confolider la fécurité des bons
citoyens.
Devenu membre de la convention, après la catafirophe du
10 août, il fut nommé membre du comité de diplomatie,
& peu de temps après commiflaire à l'armée du Rhin. C'eft
pendant cette million qu'il fut renfermé lept mois dans
MayenCe affiégée, avec fon jeune collègue Merlin de Thion-
ville, & le malheureux Cufiine. Pendant que Merlin faifoit
des forties le fabre à la main , Rewbell adminiftroit dans
l'intérieur de la ville ; mais enfin Màyence fuccomba, &
.Rewbell rentra dans le fein de la convention, livrée dès
lors à la rage des montagnards. L'armée vendéenne étoit
dans toute fa force, on lui oppoia celle de Mayence; Rewbell
en fut élu commiflaire ; mais bientôt il vit cette armée fe
fondre & s'engloutir dans cette contrée funefte. Il avoit vu
la Vendée déchirée & fanglante ; il vit Paris en proie à la
tyrannie. Bientôt il fut fignalé par les defpotes du temps,
qui firent épier fes démarches. Le 9 thermidor le trouva
préparé. Il fut nommé au comité de falut public. Plufieurs
mefures févères furent propofées par lui contre les brigands
encore audacieux., & contre les furies de guillotine. Il figna
le premier l'arrêté<qui ordonnoit la clôture de l'antre des
jacobins. Il coopéra depuis au traité d'alliance avec la Hol-
lande, & au traité de paix conclu avec S. M. le roi de Pruffe.
Rewbell eft loin d'avoir ces formes brillantes qu'on pour-
voit appeler la coquetterie de la puiffancè. Son ton eft brulque
& rude; c'eft un demi-allemand ; mais il rachète ces défauts
par la franchife de fon caractères & par des qualités du
cœur. Si fes viies ne font pas toujours juftes , fes intentions
font pures. Perfonne n'a plus que lui l'amour du travail.
Jlewbell, peu agréable comme homme 'public, eSt un bon
bourgeois dans la famille. Nous invitons ceux qui auront
affaire à lui, à ne pas s'effrayer de les rebuffades ; fes avis
l'effemblent aux reproches, & il fait une obfervation comme
un autte feroit un refus, Il ne s'en corrigera pas,

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