Aux électeurs de 1830

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Impr. de Thibaud-Landriot (Clermont). 1830. France (1824-1830, Charles X). 24 p. ; in-8.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1830
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AUX
ÉLECTEURS
DE 1830
ELECTEURS
C'EST un de vos compatriotes qui vient présenter
à vos réflexions un objet digne de les fixer.
Il s'agit du salut de nos princes ; il s'agit du bonheur
de la patrie; il s'agit pouf tous de la vie, de la liberté,
de l'honneur qui jamais ne furent plus en danger, et
qui déjà semblent nous échapper ; et si la crainte de
les perdre ne soulevait pas nos coeurs, j'ignore quel
événement pourrait jamais les émouvoir.
Patrie, honneur et liberté ! quoi, ces mots qui
transportent l'âme, pourraient-ils donc n'être plus
que des mots; et un peuple renommé pour la déli-
catesse de son honneur, un peuple à qui la liberté est
si chère, se laisserait ravir des biens si précieux, et
les abandonnerait à une faction qui ne parle de patrie
que pour la déchirer, et de liberté que pour l'avilir !
Je dois donc espérer, en vous exposant les maux
dont nous sommes menacés , d'exciter votre zèle et
votre intérêt; je dois l'espérer, parce que je ne viens
pas, au nom d'un parti, vous présenter des opinions
exagérées comme des décisions irrévocables ; je ne
suis pas envoyé par un comité-directeur pour sou-
lever des passions violentes; je ne demande ni le re-
tour des dîmes, ni le rétablissement des cens, ni les
corvées, ni l'esclavage, ni l'anarchie féodale , ni le
despotisme de la cour, ni la souveraineté du clergé.
J'appelle de tous mes voeux la félicité pour le peuple,
et la gloire pour la France. Je suis sujet et j'aime la
liberté; je suis Français et j'aime la gloire; je suis
chrétien et j'aime ma religion; je suis homme et j'aime
la paix : je la désire également pour tous, et je ne
cherche, par ce discours, qu'a la maintenir parmi
nous.
Et certes, pedant que chaque jour des journaux
affamés de révolutions, vendent le mensonge et l'im-
posture, et semblables à la traînée qui va porter dans
des murs assiégés l'incendie et la mort, préparent
dans l'ombre et dans le silence de sanglantes catas-
trophes ; pendant que d'audacieux écrivains réussis-
sent à vous imposer, comme des lois saintes et im-
muables, pour tout dogme la haine de Dieu, pour
tout patriotisme la haine des lois, pour toute vertu
la haine de l'ordre, pour tout culte la profession de
leurs erreurs, pour toute espérance le massacre des
prêtres ; pendant que ces hommes de révolutions vous
trouvent dociles à leurs volontés, celui qui vient, au
nom de la patrie, vous parler de paix, et de bonheur,
et de gloire, et de liberté, et d'honneur, ne sera-t-il
pas écouté ?
Bouillans d'amour pour votre patrie, vous vous
êtes dévoués à la servir; voyez-la donc, cette patrie...
Voyez la France, cette belle épouse du premier Roi
de la terre , cette bien-aimée de nos coeurs, outragée
( 3 )
par ses propres enfans, qui multiplient leurs efforts
pourla perdre et pour l'avilir ; voyez les plaies qu'elle
a reçues, son sang ruisselant et ses membres brisés,
et les bras qui se lèvent pour la frapper encore. Et
disons tous : Haine aux ennemis de la patrie ! haine à
la faction ennemie de la paix et de la vraie liberté !
Vous êtes appelés, en ce moment, par le père de
la patrie, à régénérer la partie élective du pouvoir
législatif.
Vous n'ignorez pas par quel attentat ces hommes,
que de nouveaux choix doivent remplacer à la chambre
des députés, ont violé leurs mandats et la foi pu-
blique, en outrageant la Majesté royale.
Ils ont osé manifester le dessein d'usurper le pou-
voir de la couronne ; ils ont exprimé des pensées sé-
ditieuses; ils ont eu l'audace, en parlant de la Charte,
de transgresser, dans leurs intentions, l'article de
cette même Charte qui déclare le Roi chef suprême
de l'Etat.
Cette criminelle violation de la loi constitution-
nelle a enfin convaincu le Roi que votre bonne foi
avait été surprise lors des dernières élections, et que
votre voeu n'était pas d'envoyer au pied de son trône,
comme défenseurs de vos libertés, des transgresseurs
de l'ordre et des lois ; que des hommes semblables
pouvaient bien être les représentans de la révolution,
mais qu'ils n'étaient pas ceux de la France.
Rappelez-vous comment s'opéra leur triste et fu-
neste nomination. Jetés dans l'urne électorale par les
intrigues d'un comité directeur des séditieux, ils en
sortirent aux cris d'effroi que leur nom seul arracha
au vrai patriotisme.
( 4 )
Il fallait bien qu'ils fussent indignes de la confiance
de l'Etat, puisqu'ils avaient besoin d'être préconisés
par les journaux et les émissaires de la faction révo-
lutionnaire ; puisque la plupart, pour obtenir la fa-
veur de la députation qu'ils demandaient avec tant
d'instance, tant de promesses, tant de supplications,
s'éloignaient des départemens où ils sont nés et où ils
habitent, sans doute parce qu'ils y sont connus, et
s'adressaient aux électeurs que les journaux et les
émissaires pouvaient tromper plus facilement.
Arrivés à la chambre , qu'y ont-ils fait ?
Ils avaient hautement protesté de leur amour pour
notre bon Roi; ils l'ont gravement outragé.
Ils avaient hautement protesté de leur fidélité à
la Charte; ils ont essayé de la violer.
Ils avaient hautement protesté de leur zèle pour
nos libertés; ils ont fait retirer un projet de loi qui
en étendait les limites.
Ils avaient hautement protesté de leur désintéres-
sement; ils se faisaient indiquer sans cesse comme
membres d'un nouveau ministère.
Quelle est enfin, quelle est la promesse qu'ils n'ont
pas violée et foulée aux pieds? à quels sermens ont-
ils été fidèles ?
Qu'ont-ils fait pour l'Etat ? Ils ont combattu tous
les principes de l'ordre et de la prospérité ; ils ont
levé la main sur les prérogatives du trône, qui sont
le fondement de nos libertés et le bouclier de la paix.
Non contens du pouvoir que vous aviez cédé à
leurs importunes prières, ils semblaient encore af-
famés du pouvoir royal.
( 5 )
Et cette carrière de déceptions, de promesses il-
lusoires, de sermens violés, de scènes scandaleuses,
de honteuses défections , de prétentions coupables ;
cette trop longue carrière s'est enfin terminée par un
des actes les plus odieux que puisse inspirer l'esprit de
rébellion : acte; en effet, si odieux, qu'il a irrité même
ce bon Roi, qui sait tant aimer et pardonner !......
Ils diront cependant dans leurs journaux, ils fe-
ront dire par leurs écrivains, qu'ils ont défendu les
droits du peuple, qu'ils voulaient sauver les libertés
publiques, qu'ils s'opposaient à un système d'oppres-
sion et de despostime, qu'ils n'avaient en vue que
le bien de l'État.
N'ajoutez pas foi à ces discours ; ce sont de nou-
velles déceptions.
Ils n'ont pas défendu les droits du peuple ; car
les droits du peuple n'étaient pas compromis.
Ils n'ont pas sauvé les libertés publiques ; car elles
ne couraient aucun danger.
Ils ne se sont opposés à aucun système d'oppres-
sion et de despotisme ; car aucun système semblable
n'a été soutenu par le gouvernement.
Ils n'avaient pas en vue le bien de l'Etat; car ils
nous menaçaient d'un refus de subsides, qui aurait
troublé l'État et éteint son crédit.
Ces hommes, cependant, se présentent encore
dans l'espérance de fixer vos suffrages; ils fléchissent
encore le genou devant vous pour toucher votre pitié,
et obtenir leur réélection... Ah ! sans doute , il est
juste qu'ils fléchissent le genou, mais pour implorer
votre miséricorde, et demander pardon à la France :
et l'honnête homme ne comprend pas encore qu'ils
osent apirer de nouveau à un titre qu'ils ont profané.
Ont-ils donc oublié que la France est la patrie de
l'honneur et des sentimens généreux ? que les Fran-
çais ne pardonnent pas une injure fâite à un Roi de
France ? et nous mépriseraient-ils assez pour voir en
nous un troupeau d'esclaves abandonnés à leur am-
bition?
Non, ils ne seront pas réélus ; non, des Français
ne leur rendront pas le pouvoir de déshonorer la
France, et de blesser des oreilles françaises par des
propos et des invectives dignes des siècles les plus
barbares.
Français, la loi vous a appelés à l'exercice de vos
droits politiques, dans l'espérance que l'hypocrisie
de ces hommes qui se disent amis de la patrie, en ou-
trageant son père, maintenant dévoilée et connue ,
ne tromperait plus votre confiance.
Plus importante cette fois que jamais elle ne l'a
été, la fonction que vous allez remplir vous élève
au rang de médiateurs entre la France et son Roi.
En présentant au Roi de nouveaux députés qui
veuillent concourir avec lui au bien que médite son
coeur, vous exercerez un ministère de paix et de ré-
conciliation, de gloire et de bonheur. Que peut, en
effet, méditer le Roi, sinon la gloire de son règne
et le bonheur de ses sujets ?
Vous ne voulez pas improuver les jugemens de
votre Roi ?
Vous ne lui en verrez donc pas ces hommes que,
par leur renvoi, il a déclarés incapables de remplir
les fonctions législatives.
( 7 )
Vous ne vous plaisez pas a outrager votre roi ?
Vous ne consacrerez donc pas les offenses qu'on
lui a faites , par la réélection des coupables.
Vous désirez que vos députés soient élairés sur
leurs devoirs, soient honnêtes dans leur conduite,
soient pleins de zèle pour le bien du royaume et
pour la défense de vos intérêts ?
Vous ne nommerez donc pas ces hommes qui ont
méconnu leurs devoirs envers le chef suprême de
l'Etat; qui ont fait rougir l'honneur français par leurs
discours inconvenans et leur basse jalousie ; qui ont
témoigné tant d'amitié, et fait éclater tant de dévoue-
ment pour une faction ennemie du royaume, et tant
d'indifférence pour vos intérêts.
Que, sous le poids de l'anathème royal, et frap-
pés de notre mépris, ils rentrent pour toujours dans
le néant ! qu'ils n'aient plus de célébrité que dans
les annales de nos malheurs publics ! que leur sou-
venir s'efface de notre mémoire, comme celui d'un
désastre qu'on veut oublier, pour ne pas renouveler
ses douleurs ! que leur dernière nomination nous
fasse rougir comme une cruelle injure ! qu'ils gémis-
sent sans fin de n'avoir pu accomplir les sinistres
desseins qu'ils avaient conçus, pendant que nous
nous réjouirons de voir un horizon plus pur, et dé-
gagé de ces sombres nuages, porteurs de la foudre et
des tempêtes.
Mais ces êtres étant déchus par un sentiment de
dignité française, de tous leurs droits à la candidature,
sur quels hommes doivent tomber vos suffrages ?
Pour résoudre cette question, établissons des prin-
cipes certains.
( 8 )
Il s'agit de nommer des députés : tout homme qui
aspire à ce titre, est-il capable de le porter ?
Non, sans doute; car il exige des qualités et des
lumières que tout homme ne possède pas.
Quelles sont ces qualités essentielles à un député,
et, en conséquence, indispensables pour ceux qui pré-
tendent à cet honorable emploi ?
Elles sont exposées naturellement dans l'ordre des
fonctions attribuées à la chambre élective.
En voici la succincte analyse :
1°. Un député représente auprès du Roi une partie
des Français ;
2°. Il s'engage, sur la foi du serment, à se conduire
comme un loyal député ;
3°. Il discute les intérêts de l'État ;
4°. Il peut concourir à l'accusation de ministres
prévaricateurs;
5°. Ses fonctions le rendent dépositaire de la con-
fiance royale;
6°. Sa volonté peut maintenir la paix ou établir le
désordre parmi nous.
Reprenons ces propositions pour en déduire les
conséquences.
Un député représente une partie des Français ;
c'est-à-dire, des hommes de bien , des hommes d'hon-
neur , des hommes estimables et doués de sentimens
délicats.
Ce ne sont pas, sans doute ; des malfaiteurs qu'un
député voudrait représenter.
( 9 )
Celui qui remplit cette fonction, doit donc être
lui-même un homme d'honneur , un homme doué
de sentimens délicats. Il doit rougir à la seule pensée
d'une démarche humiliante, et sa conscience trem-
bler à la vue des obligations imposées à un député.
Mais, celui qui se présente, qui publie et envoie
des circulaires , qui a le triste courage d'aller implo-
rer, en sycophante, la pitié des électeurs ; celui qui
fait ramper son ambition sur les feuilles publiques ,
sous la forme d'une lettre insidieuse, où, ne pou-
vant se parer de vertus, il s'affuble de promesses
et d'engagemens; celui qui étant apparemment peut
recommandable par lui-même, se fait prôner par les
chefs d'un parti; celui-là est-il estimable? est-il
doué de sentimens délicats ?
Et ils nomment cela du zèle !..... la langue fran-
çaise a donc bien changé ? elle l'eût jadis nommé de
la bassesse.
Français , apprenez à connaître ces ambitieux ; ce
sont ces hommes, ces mêmes hommes, à genoux de-
vant vos suffrages, qui insultent aux hommes de
cour, et qui censurent les flatteurs des rois !
Eh ! courtisans pour courtisans, lesquels seraient
plus honorables?
Mais encore, des pareils candidats se sont mis au
rang des hommes médiocres, qui ont toujours été
et toujours seront les premiers et les plus bruyans du
peuple des solliciteurs ; pendant que le talent, étran-
ger à l'intrigue , attend qu'on découvre son utilité.
Les pierres communes roulent sur la terre, où elles
frappent sans cesse nos regards ; les pierres précieuses
sont cachées dans son sein.

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