Aux électeurs du Sarladais, par C. Labrousse

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impr. de G. Kugelmann (Paris). 1869. In-8° , 14 p..
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Publié le : vendredi 1 janvier 1869
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AUX
ÉLECTEURS DU SARLADAIS
PAR
C. LABROUSBË
PARIS
IMPRIMERIE TYPOGRAPHIQUE DE G. KUGELMANN
13, rue Grange-Batelière, 13.
1869
AUX
ELECTEURS DU SARIADAIS
ELECTEURS,
Les élections générales de 1869 approchent. Deux
mois encore et nous allons descendre dans l'arène.
Sommes-nous prêts? Les forces vives de la Démocratie
ont-elles déjà cherché à se grouper en un faisceau
homogène et compacte? Non, rien de fait, et pourtant
cet immense tournoi électoral auquel la France va
être conviée, peut fixer pour longtemps encore les desti-
nées de la nation.
Je sais bien que des difficultés momentanées, mais
non pas insurmontables, ont ajourné dans la Dordogne
la création d'un organe sincèrement libéral, qui eût or -
ganisé l'entente et rallié autour du drapeau commun les
éléments épars de la Démocratie. C'est un malheur, car
l'union centuple les forces ; et une barque sans pilote et
sans gouvernail ne peut aller qu'à la dérive et se briser
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sur les récifs. Le dévouement isolé de chacun de nous
n'est pas toujours, en effet, un phare assez lumineux
pour nous empêcher de sombrer. J'espère donc que
vous accepterez avec bienveillance ces quelques lignes
que je vous prie de ne considérer que comme le premier
coup de cloche du réveil. Si elles pouvaient ranimer
quelques esprits abattus et porter à la grande cause hu-
manitaire un léger contingent, mon but serait atteint.
Quels sont donc les plus grands ennemis de notre '
cause, et par quels moyens pouvons-nous les déjouer ?
Je vous adjure d'abord, au nom de vos intérêts les
plus chers, au nom de l'histoire, an nom du bon sens le
plus simple (et Jacques Bonhomme en a toujours eu) de
repousser invariablement et avec dédain les sujétions et
les conseils intéressés de ces hommes qui reçoivent leur
mot d'ordre de Rome et qui, formant les anneaux d'une
seule et même chaîne, manoeuvrent souterrainement avec
un ensemble qui a toujours été fatal à notre cause.
Ces hommes aujourd'hui échangent de gaieté de coeur
leur titre de pasteurs des âmes contre celui de courtiers
électoraux; et je trouve qu'il est temps enfin de leur
faire comprendre que, cachés au fond de leur temple et
se renfermant dans l'exercice de leurs fonctions sacerdo-
tales, ils amoindriraient moins sensiblement le sentiment
de respect qui doit s'attacher à leur caractère. Dans une
élection récente, chacun de nous ne les a-t-il pas vus
prôner bien haut la veille les garanties d'indépendance
et de capacité d'un candidat malheureux, et le lende-
main, par,une volte-face subite, voter contre lui avec
un ensemble dont ils sont seuls capables? L'ordre, sans
doute, leur fut transmis de haut lieu, et il fallait obéir,
car la Dordogne a, dit-on, le précieux privilége d'avoir
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un évêque à poigne. Passe encore s'il n'avait pas la
jambe leste.
Ces hommes-là ont les moyens d'action les plus puis-
sants. Si les paroles les plus insinuantes, les chatteries
les plus habiles ne peuvent triompher de l'opiniâtreté
du mari, ils mêlent adroitement l'épouse à leurs intri-
gues secrètes, et la place battue en brèche par les points
les plus vulnérables, finit toujours par capituler. C'est
alors surtout, oh! c'est alors que la dignité conjugale et
la sérénité du ménage reçoivent de terribles atteintes.
Bienheureux encore s'il ne faut pas payer les frais de la
guerre!
« Vous rencontrez dans la rue un homme qui vous
« salue humblement jusqu'à terre, se détourne... et rit.
« Cet homme sait mieux que vous ce qui se passe dans
« votre maison. » Tâchons au moins de ne plus le laisser
rire à nos dépens; écoutons la voix de notre grand his-
torien Michelet :
« La Société, pour le développement de l'instruction
primaire, n'a trouvé chez eux qu'une hostilité calculée :
ils ont été logiques, et dans une lettre célèbre, M. Dabert
reconnaît à l'Eglise seule, d'après Jésus Christ, le droit
d'enseigner. » Pour mon compte, je le félicite de sa
franchise. Celui-là du moins joue franc jeu. Plus que
jamais, aujourd'hui, nous pouvons être convaincu que
ces pieux pasteurs n'ont pas oublié leur âge d'or, et
qu'ils rêvent encore les ténèbres du moyen âge.
Faites-les donc tout à votre aise, messeigneurs, ces
rêves dorés ; mais n'oubliez pas, cependant, que vous ne
parviendrez pas à étouffer la lumière que les encyclopé-
distes du dix-huitième siècle et la philosophie moderne

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