Aux :Franc?ois: +Franc?ais+ émigrés ou déportés . Par l'auteur de l'adresse : À mes freres les prêtres exilés de France, refugiés dans le diocèse de Bruges & dans les autres diocèses des Pays-Bas autrichiens. Imprimée en octobre 1792. Chez le même imprimeur

De
Publié par

A Bruges, de l'imprimerie de Franc?ois Van Eeck. 15. mai 1793. 1793. 55 p. ; in-8.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : mardi 1 janvier 1793
Lecture(s) : 7
Source : BnF/Gallica
Nombre de pages : 54
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

AUX
FRANÇOIS
ÉMIGRÉS OU DÉPORTÉS.
I —
Digttus Dei esl hic. EXOD. 8. f. 19.
Hœc est Foluntas Dei Sanctificatïo vestra. Thess:
1. t. 4.
■ 1 1 ~Â
Çïir l'Auteur de l'Adresse à mes Freres les Prêtres exilés
de France, Réfugiés dans le Diocèse de Bruges ë*
dans les autres Diocèses des Pays-bas Autrichiens. Im-
primée en Octobre 1792. chez le même Imprimeur.
A B R CE G- E S,
De l'Imprimerie de Frauçois VAN Èeck , rac Hauts,
1
z Mai 1793.
15. Mai 1793.
( 3 )
A
TOUS LES FRANCOIS
ÉMIGRÉS ou DÉPORTÉS.
Hœc est Voluntas Dei Sanctificatio vestra. ThdT. i. 4.'
FRANÇOIS , MES FRERES ,
1
L a donc vu le jour b le Grand-œuvre
de la Philoiophie, ce fruit monltrueux de
la prostitution des talens & du genie,
conçu dans le délire de l'orgueil, nourri
de la fange de toutes les paiiions ! un cri
d'allarme & de destruction est forti de la
bouche de l'impie & a ébranlé l'univers ;
plus de Dieu, plus de Rois, la Philoso-
phie seule. Et à ces mots les Autels
ont été profanés, le Thrône renversé; le
peuple le plus doux, le plus humain de-
venu Philosophe, s'est précipité avec la
rage des Tigres sur les bienfaiteurs, sur
les peres & sur ion roi; & en buvant
leurs larmes & leur fang, il s'est cru heu-
reux. !
Dieu l'a permis ainsi. Un grand
( 4 )
châtiment a puni de grands crimes & doit
faire de vrais pénitens.
- Depuis longtems la France
étoit devenue le théâtre de tous les desor-
dres & de toutes les abominations Des
Libelles, où le libertinage & l'impiété se
produifoient fous des formes toutes plus
séduisantes les unes que les autres ,
avoient inondé la capitale & les provin-
ces, Les Philosophes trav-ailloient le Peu-
-
ple par tous les moyens imaginables de
corruption. C'est ce qu'ils appelloient le
mûrir & le préparer à une heureuse Ré-
volution; ils àuroient dû dire, & je hazar-
derai l'expression : le pourir & l'amener à
une dissolution totale. Le Gouvernement
étourdi & comme paralifé par le grand
mot de-Tolérance, mille fois répété avec
emphase par les foi-disans Précepteurs des
Rois, avoit adopté un systême -perfide
d'indulgence, dont il ne prévoyoit pas,
qu'il deviendroit la vistime. La Justice
elle-même, l'incorruptible Justice flétris-
foit à la verité par des Arrêts sévères ces
ouvragés de ténèbres ; mais son bras en-
chanté par je ne sçais quel prestige, agi-
toit en vain le glaive vengeur; l'Auteur
coupable échappoit toujours & n'en deve-
noit que plus célèbre.
(s )
Sous les yeux de ce Sénat auguste ifc
à jamais vénérable par son intégrité & ses
lumieres, & qui fut dans tous les tems le
plus ferme soutien de la Monarchie ,
n'avoit-on pas vu le père de la Philoso-
phie, le fondateur de la feste devastatrice,
qui regne aujourd'hui sur les débris du.
Thrône & de l'Autel, cet homme éton-
nant, impie fanatique & libertin dégoû-
tant jusques sur les bords du tombeau,
qui dans le dernier âge de la décrépitude
sembloit renaître tous les jours pour la
honte & le malheur de son siécle, n'avoit-
on pas vu Voltaire (a) recevoir en plein
Théâtre, avec des honneurs & une espè-
ce de culte, qui tenoit de l'Idolâtrie, la
couronne qui n'étoit dûe qu'au bienfaiteur
du genre humain ? Scandale inoui ! & qui
devoit cependant être surpassé par celui
d'une Apothéose (b) que la poltérité ne
pourra jamais croire.
Cependant le mal alloit toujours crois-
sant. Il faut le dire pour la Gloire de Dieu
(a) Voltaire couronné sur le Théâtre françois à Paris
l'an 177.
(b) Apothéose ou Deification ceremonie payenne. Tout
le monde scait, que le corps de Voltaire , en exécution d'un
Décret de l'Assemblée Constituante, a été transféré solemnel-
lement dans l'église, battie en l'honneur de Ste. Geneviève
Pétrone de Paris, & qui a été convertie eu Panthéon , c'eit-
à-dire Temple de tous les Dieux.
( 6 )
& l'honneur de la Famille auguste qui
nous gouverne, l'impiété n'a jamais trouve
d'accès dans le cœur de nos Rois; mais
audessous du Thrône, toutes les condi-
tions, tous les états étoient infectés de
ses poisons.
Combien parmi les grands du Royau-
me , aujourd'hui dépouillés & proscrits,
qui ont-à se reprocher d'avoir réchauffé
& nourri dans leur fein les serpens, qui
les ont déchirés. Il étoit beau à eux, sans
doute, de protéger & d'honorer les Hom-
mes de Lettres ; mais devoient-ils se laifler
corrompre par leurs flatteries perfides ?
L'éclat du- haut rang, où la Providence
les avoit placés, ne pouvoit être relevé
que par de grandes vertus & des talens
solides. Le vain titre de Philosophe qu'ils
ont payé bien chèrement à cette foule
parasite, acharnée à les tromper, ne pou-
voit que les déshonorer & les perdre.
Les dernières classes de la société n'ont
pas été éxemptes de la contagion. J'ai el-
tendu moi-même, il y a déjà plus de trence
années, l'atelier du simple artisan retentir
des maximes les plus révoltantes, des sar-
casmes les plus audacieux contre Dieu
même & contre sa Réligion fainte. Et de-
puis cette époque, de quels progrès ra-
( 7 )
pides la Philosophie ne fc glorifie-t-elle
pas? Les mœurs étoient perdues : le crime
marchoit tcte levée & la vertu méprisée
persécutée, rencontrant par tout des
écueils, étoit reduite à se couvrir de son
voile & à pleurer dans l'obscurité. Un
déluge d'iniquités s'étoit répandu sur toute
la France. (a) La mechanceté des hom-
-
mes étoit à son comble. Ils semblsient ne
respirer & ne penser nuit & jour que pour
le mal : toute chair. avoit corrompu sa
voye. (b) ;
Dieu (c) le vît, & Il résolut de faire
boire à cette nouvelle Babyione le calice
du vin de son indignation & de sa colère.
Il fit pleuvoir du Ciel une ( i ) Grêle d'une
grosseur prodigieuse, (d) & la France
ne le convertit pas, & ses habitans, frap-
pés de ce fléau terrible, ne cesserent pas
de blasphémer contre le Dieu vengeur.
qui le leur avoit envoyé dans sa Mifc-
ricorde.
(a) Videns autèm Deus quòd multa malitia hominum esset
in terrâ & cogitatio cordis intenta effet ad malum in omnt.
tempore. GENES. 6. ℣ s.
(b) Omnis quippe caro corruverat viam suam. Ihid. 6 ℣ 12.
(r) Babylon magna venit in memoriam ante Deum, dare
illi calicem vini indignationis irae eius. APOCAL 16. i'. 19.
(d) Et grando magna fiait talentum descendit de Cœlo m
homines & blasphemaverunt Deum homines propter plagam
- /?\<- Ibid .6 21.
grandinis. Ibid 6 J.T. 21.
(t) GrCle du 13 Juillet 7pe.
( 8 )
Dieu répandit alors sur cette terre cou-
pable des ténèbres pénales & vengeresses,
(a) l'esprit dsaveuglement & de vertige,
fléau plus affreux encore que le premier.
Ses prétendus fages s'égarèrent dans leurs
folles pensées & entrainerent la foule sur
leurs pas. Dans Tivreffe de leur orgueil
ils declarent une Guerre ouverte (b) au
Seigneur & aux Rois qui font ses Images
& ses Christs. Depuis longtems cachés
fous le masque hipocrite d'une Philoio-
phie, qui se disoit amie des Peuples,
ils avoient réussi a écarter une partie (1)
des défenseurs les plus zèlés du Thrône
& de l'Autel. Le signal est donné :
(c) Brisons, brisons, disent-ils, tous les
liens religieux & politiques ; secouons le
double joug, qui nous asservit, & regnons
seuls au Ciel & sur la Terre. Dieu ne le
foudroye pas dans sa Colère. Des succès
passagers qui entrent dans les desseins de
cette justice terrible, qu'il exerce sur les
Nations, mettront le comble à leur aveu-
Ca) Dominus miscuit in medio ejus spiritum vertiginis
& errare fecerunt Ægyptum in omni opere fuo sicut ebrius &
vomens. Is. 10. ℣. 14. - -
(b) — Convenerunt in unum adversùs Dominum & adver-
sùs Christum ejus. PSALM. 2. ℣. 2. _0
»
(c) Dirumpamus vincula eorum & projiciamus à nobis jugurn
ipsorum. PSALM 2. IR 3. -.- TIo
( I ) Supression des Jesuites. Reforme de la Mailon du K.ov.
( 9 )
glement & (a) au milieu des ombres épais-
ses & de la nuit profonde, qui comme
une chaine immense les environneront de
toute part, ils ne verront pas qu'ils ne
font que des instrumens de vengeance
entre les mains du souverain Maître. Les
plus affreuses ténèbres se repandent sur tout
le Royaume : factœ sunt tenebrœ horribiles
in universâ Terra Ægypti. ExoD. 10. ℣ 22.
r Les Ministres (b) du Roi, les lumiè-
res de l'Etat, oublient tout-à-coup l'his-
toire du pasle, & proposent de convo-
quer au milieu d'un peuple dégénéré, une
de ces Assemblées Générales, qui dans
les beaux jours de la loyauté Françoise
& des mœurs simples & pures de nos ré-
ligieux ancêtres, avoient été souvent fu-
nestes & toujours infructueuses. Tenebrœ
horribiles.
1 Un bon Roi, trompé par des conseils
perfides, se prête à une convocation, qui
renferme le germe de tous les malheurs,
dont il doit être la victime lui & les plus
fidèles sujèts, & il croit appeller son peu-
ple au bonheur. Tenebræ horribiles.
I (a) Dum enim persuasum habebant iniqui posse dominari
nationi fanctœ vinculis tenebrarum & longct nociis jacue-
»
runt. Unâ enim catenâ tenebrarum omnes erant colligati.
S AP. 17. V 2. 17.
(b) Stulti principes Taneos confdiarïi Pharaonis dederunt
Consilium insipiens. Isai. 19. t. 14.
1
( - 10 )
Je-vois siéger à coté-d'un trop petit nom-
bre de Réprésentans. vraiment dignes de
leur importante lTIlffion, des hommes sans-
principes, sans mœurs, sans religion, que
l'intérêt & le besoin de la nouveauté enchaî-
nent à une faction redoutable dès la nais-
sance, & c'est le Peuple. qui leur a confié
tes- plus;chèfk-interêts. Tenebrœ horribiles.
Dans la foute des conjurés, je distingue
des courtisans - naguères encore flatteurs
bas & rampans, tout couverts des bien-
faits de leur maître. _Eh ! que leur falloiu
il donc de plus, & que prétendaient-ils
achetter au prix de la plus lâche & de la
plus noiré ingratitude ? Tenebrœ horribiles.
- Une lutte fcaridaleufe entre les différens
Ordres, ménagée & suscitée par de grands-
coupables ; signale les premières séances
des Etats généraux. Le Roi voit le dan-
ger, il vole au secours de son peuple;
il se montre environné pour la dernierê
fois de l'appareil augulté du souverain
Pouvoir, tenant en main le code du bon-
heur, cette déclaration, (a )chef-d'œuvre, de
- (a) Déclaration du 23 Juin 1789. On avoit lieu d'esperer
que, si elle eut été acceptée avec reconnoissance & respeét,
elle auroit produit les plus heureux effets ; mais aujourd'hui
que les circouitances fout changées, le sacrifice que faisoit
alors Louis XVI. d'une portion de son autorité roya e pour
le bien de la paix, feroit-il également avantageux à la Na-
tion Françoise ? C'est une question sur laquelle je n'aurai pas
la témérité de prononcer.
( il )
c
sagesse & de bonté, qui combloit tous les
vœux ; & les Réprésentans du Peuple
François ne tombent pas aux genoux du
meilleurs des maîtres, & ils n'arrofcnt pas
sa main bienfaisante des larmes de la
reconnoissance & de l'amour ! un silence
outrageant, une desobéissance opiniatre
est le prix du plus grand bienfait. Dès-
lors s'engage un combat à mort entre une
coalition redoutable de sujèts rebelles, qui
disposent de la force publique, & un Roi,
qui n'a d'autres armes que sa bonté. La
puissance royale reçoit dans ce jour, qui
devoit être le plus beau de la Monarchie,
le coup fatal qui la précipitera dans fà
ruïne : & le peuple croit avoir remporté
une victoire & il triomphe ! Tenebræ hor-
ribiles.
Les Lois les plus fages font abrogées,
les Impôts abolis; toutes les bases de
l'ordre social font renversées ; l'édifice
s'écroule & ne presente plus qu'un amas
de ruïnes & de décombres ; la France
n'a plus qu'un Gouvernement idéal & en
projet, & le Peuple François, abusé
par les prestiges trompeurs de ses faux
fages, ignore qu'il est estacé du nombre des
Peuples de l'Europe ! Tenebræ horribiles.
Des brigands salariés parcourrent le
( 12 )
- Royaume & portent par tout le Fer &
le Feu; les maisons des nobles font pil-
lées, incendiées, leurs poffefïions ravagées,.
& l'on dit au peuple, qui le croit, que les
victimes de ces désastres font elles-mêmes
les coupables, qui les ont ordonnés.
Et si la crainte des fureurs populaires,
l'horreur qu'inspire le crime, ou quel-
qu'autre motif plus noble encore porte
les hommes honnêtes, à fuire une terre
qui dévore ses habitans., ils font jugés,
condamnés, dépouillés, & l'on. persuade
au peuple que c'est mr crime, de se sou-
straire. au fer homicide des assassins! Tene-
bræ horribiles. r •
Toutes les distinctions font anéanties,
toutes les classes de la société. font con-
fondües & le dernier des citoyens se. croit
l'égal du. Prince, & il ne voit pas, que
celui, qtii lui vante cette égalité chiméri-
que, engraissé de ses sueurs & surchargé
des dépouilles de ses anciens bienfaiteurs,
le laisse ramper bien audeffous de lui dans
la misère & dans la pauvreté! Tenebræ
lïotrïhiles-,
Les travaux font interrompus, le com-
merce est paralifé, les sources de la cha-
rité font taries, le peuple manque de tout;
& on lui dit qu'il est heureux, on l'affiche
( 1.1 )
dans toutes les places publiques, & le
peuple le croit heureux, & il chante fz
félicité! Tenebræ horribiles.
Les François, -autrefois' idolâtres de
leurs rois, souffrent que l'azile de Louis
XVI. foit violé, ensanglanté, qu'il soit
amené lui-même en triomphe dans la Ca-
pitale, avec sa famille malheureuse, par une
troupe d'assassins, qui outragent indigne-
ment fous ses yeux la Majesté Royale &
l'Humanité même : ils souffrent que mille
sçènes (a) d'horreur^ où il est donné en spec-
tacle, se renouvellent au gré des nouveaux
despotes de la France : que dis-je ? il se
font une joye barbare d'en être les témoins
& d'y mêler » leurs féroces applaudisse-
mens! Tenebrœ horribiles.
Des hommes ennemis de toute Religion
s'annoncent pour les réformateurs de l'E-
glise ; il veulent, disent-ils, la rappeller à
la sainteté primitive de tems apostoliques,
& ils séparent avec violence les Fidèles
de leur Chef, la. chaine hiérarchique se brife
(a) Entre ces fçcnes atroces, on distingue celle de la
Fédération, qui a eu lieu le 14 Juillet 1790. au Champ de
Mars.. Sur ce grand Théâtre, la Révolte & l'Impiété triom-
phantes, environnées d'une foule immeuse de complices ar-
més, venus de toutes les parties du Royaume, jouerent
avec une hipocrifie sacrilége, le respect pour la Religion,
pour la Royauté & pour la foi du ferment. Faut-il qu'un
téméraire.,. ait osé célèbrer les Mystères terribles au mi-
lieu de cette abominable répréfen.tatk)^!-.-..-.; - -
( 14 >
entre leurs mains; des paradoxes impies font
substitués aux Dogmes saints ; la Disci-
pline générale est attaquée dans ses. points
capitaux ; la pratique des Conseils de la
souveraine Sagesse est traitée de folie &
traduite comme un désordre contraire à
la nature; toutes les premières notions
du Christianisme consignées dans les livres
élémentaires, où le peuple a puisé sa Foi,
font dénaturées, perverties, & le peuple -
croit au nouvel Evangile de ses Réprér
sentans ! Tenebra horribiles.
Un ferment infâme, que tout vrai Chré-
tien , tout sujèt fidèle à son Roi & à sa
Patrie, réjettera avec horreur, est pro-
posé aux Ministres de la Réligion. Le
corps entier des Evêques s'y refuse, (1).
à l'exception d'un très-petit nombre, dont
malheureusement pour eux, le suffrage
n'étoit pas d'un grand poids.. La très-
grande majorité du Clergé imite le cou-
tage des premiers Pasteurs. Le Chef de
l'Eglisè rend témoignage à leur Foi, &
condamne les erreurs nouvelles. Y eut-il
jamais décision plus formelle ? Mais la
voix de l'Eglise n'est plus entendue de
(i) Un Archevêque, & trois Evêques ont renié la doc-
trine de l'Eglise; mais aussi un autre Archevêque & trois
autres Evéqius, immolés pour la Foi, ont donné un dou-
ble suffrage & comme Pontifes & comme Martyrs,
( 15 )
les Enfans, & le ichisme qui entraine
après lui les scandales & les sacriléges, le
Ichisme qui tarit toutes les sources de la
grace & frappe de mort tous ceux qui
en font atteints, s'établit & règne au milieu
d'un peuple aveuglé ! Tenebrœ horribiles.
La perlccution s'allume, les Ministres
fidèles font interdits de leurs fonctions, -
chassés de leurs églises; & ceux, dont ils
étoient autant les Pères que les Pasteurs,
ceux dont ils foulageoient l'indigence, dont
ils partageoient les afflictions & les peines,
oublient tout-à-coup leurs tendres foins
& leurs longs services. Ils les outragent
& les arrachent de leurs paisibles demeu-
res, en insultant à la douleur amère, dont,
malgré leur ingratitude, ils font encore
eux-memes le premier & le plus chèr
objet. Mais ce qui montre le plus l'excès
de leur aveuglement , c'est qu'ils aient
couffert qu'on leur donnât pour nouveaux
conducteurs dans la voie de l'innocence
c h rétienne, des hommes ! qu'ils ne
connoissoient déjà que trop, & qu'ils ont
appris depuis lors à connoître encore
d'avantage, sans cependant ouvrir les yeux!
Tenebræ horribiles.
Grand nombre des simples Fidèles re-
jettent avec la même indignation le fatal
( 16r
ferment, ils font frappés de la même con-
damnation, dépouillés de leurs charges,
déclarés inhabiles aux fondions publiques.
Leurs propres concitoyens, ceux-même,
dont ils avoient justement mérité la con-
fiance & l'amour par leurs vertus, par
leurs talens, par leurs bienfaits, se décla-
rant contr'eux & les persécutent; (a)
l'ami s'éléve contre l'ami; le frere contre
lp frere, le fils contre le pére! Tenebræ
horribiles.
, Et le même ferment fera dans la fuite
abandonné, violé par ceux-même, qui
l'avaient établi, & le peuple ne leur .dira
pas : vous êtes des parjures ; mais victime
d'une folle & funeste confiance, il les
suivra encore, & se précipitera sur leurs
pas dans un nouvel abyme! Tenebræ hor-
ribiles.
Les Temples du Seigneur font profa-
nés, dévastés. Les Domaines de l'Eglise,
les poffefiions des hommes vertueux, que
l'honneur appelle hors de leur patrie,
font envahis, vendus à l'encan; & ce font
des François, des Chrétiens, qui se font
les ministres de ces brigandages & de ces
sacriléges ; & il se trouve des acquereurs
(a) Pugnabit yir contra fratrem suum, & vir contre. ami- -
cum suum, ISAÏ. 19. ℣. 2.
( 17 )
assez perdus de sens & de raison, pour
ne pas voir, qu'un jour il faudra restituer
à leurs légitimes possesseurs des biens in-
justement uiurpés; ou qu'au moins'ces
biens leur feront tôt ou tard enlevés par
leurs Législateurs avares & prodigues
tout à la fois, qui ont sans doutte autant
le droit de les en dépouiller, qu'ils avoient
celui de les leur vendre! Tenebræ horribiles.
La France n'est plus qu'un cahos; le
caractere national a disparu ; la nature &
l'amitié ont perdu leurs droits; les idées
du juste & de l'injuste font effacées. Il
s'cft fait une révolution, un bouleverse-
ment général dans tous les esprits & dans
tous les cœurs. Fac7z7e funt tenebræ horri-
biles in univerfeî Terra.
Jusqu'alors l'Europe entière étoit de-
meurée lpectatrice tranquille de l'ébranle-
ment & de la chûte du plus beau Royau-
me de l'Univers. Il avoit été arrêté dans
le conseil des Dieux de la France, que
la nation philosophe ne feroit point de
conquêtes, & ce Décret le plus fage qu'ils
aient jamais porté, avoit été annoncé &
publié dans le Monde entier, avec le
plus grand appareil. Et cependant ils s'em-
pâtent d'une partie des Etats du chef de
l'Eglise. Ce n'est pas à la vérité une con-
( 18 )
quete. ils nont pas de combats à livrer;
( i ) une poignée d'assassins qu'ils détachent,
exercent sur les honnêtes gens, qu'ils ren-
contrent dans cette malheureuse contrée,
des cruautés inouies, se repaissent de leurs
longues douleurs & se baignent dans leur
fang:& le Peuple d' A vignon, environné
de poignards & des boureaux, répète ce
qu'on lui fait dire, que, pour fan bon-
heur , il demande à être incorporé dans
le fein de la Nation libre. Ce brigandage
nouveau, qui n'a pas de nom dans l'His-
toire , ne produit encore d'autre effet
qu'une indignation générale. Les peuples
voisins étoient armés; mais ils se bornoient
à la défense de leur propre territoire.
Enfin nos Législateurs inconféqucns com-
mettent , en les provoquant, la plus
grande des fautes. Les limites de la Fran-
ce leur paroissent trop étroites. La Guerre
est déclarée à l'Empire. Ni l'épuisement
des Finances, ni l'indiscipline de l'Ar-
mée, ni l'inexpérience des nouveaux sol-
dats de la Nation, ni la disette d'Officiers
& de Généraux, depuis que la valeur &
la vertu ont été forcées de s'expatrier,
ne font capables de les arrêtter. Alors
(i) La postérité la plus reculée n'entendra parler qu'avec
horreur de Jourdao coupe-tête & de la glacière d'Avignon.
( 19 )
c
deux Puissances formidables le liguent
contre la France & viennent fondre sur
elle. Tout cède aux premiers efforts de
leurs courageux soldats. Déjà ils ont
pénétré dans le centre du Royaume. Ils ré-
pandent par tout l'épouvante & jusqu'aux
portes de la Capitale.
Nous crûmes alors toucher au terme
de nos malheurs. Nous nous livrâmes à
des espérances & à une joye prématurées.
Ah! nous n'étions pas encore changés.
Nous ne voïions pas encore assez Dieu
dans les événemens ; nous comptions trop
sur les hommes. Le luxe de plusieurs
François expatriés, le scandale de l'irré-
ligion de quelques-uns d'entr'eux au mi-
lieu d'un Peuple pieux & hospitalier,
n'étoient pas propres, sans doutte, à dés-
armer la colère divine. D'ailleurs, aurions-
nous fçû être heureux? Un trop grand
empressement de jouir, la présomption,
les ressentimens n'auroient-ils pas empoi-
sonné notre bonheur? 1
Dieu poursuivit donc sa vengeance :
l'Armée combinée s'arrête tout-à-coup au
milieu de ses triomphes, & bien-tôt après,
elle abandonne ses conquêtes. Les cohor- y
tes de l'impie la suivent dans sa retraite; -
elles osent lui livrer la bataille. Dieu per-
( 20 )
met qu elles remportent une viaoire com-
plette ( 1 ) & de grandes & riches Pro-
vinces , sur lesquelles Il avoit des des-
feins de miséricorde, tombent au pouvoir
de l'ennemi, qui penêtre en conquerant
jusque dans l'intérieur de l'Empire..
Les Législateurs de la Françe, ennivrés
de leurs succès, ne douttent plus de leur
toute-puissance, ils n'écoutent plus ni la
voix de la raison, ni les conseils, de la
prudence. (a) Une précipitation insensée les
entraine d'abymes en abymes, & par un
jugement visible de Dieu qui les aveugle
de plus en plus, ils accumulent fautes
sur fautes, &. se hâtent de combler la
mesure de leurs iniquités. Tenebræ horri-
biles.
- Au dehors ils ne savent pas user de
leurs avantages. Leurs exadiions injustes,
leurs brigandages fucrilèges, leur tyrannie
revoltent & soulèvent un Peuple franc &
religieux, fait pour aimer ses-maîtres, qui
leur fera payer bien chèr les fruits pré-
coces de leur conquête; & qui expiera
d'une manière glorieuse, l'erreur fatale, ou
avoient été engagés quelques individus,
«
(a) Et dirumpetur spiritus Ægypti in visceribus ejus, & »
consilium ejus prœcipitabo.
(1) Bataille de Génap le 6 Novembre 1792.
( 21 )
plus imprudens encore que coupables.
Tenebræ horribiles.
Dans l'interieur ils ne reconnoissent plus-
eux-même leurs propres - Loix. Les em-
prisonnemens arbitraires, la liberté de la
Presse devenue illusoire; les Auteurs amis
de la vérité persecutés , condamnés à
mort ; le sceau sacré des Lettres brifé ;
la paisible demeure du citoyen honnête
homme, enfoncée, violée; l'inquisition le
plus barbare, le despotisme le plus abso-
lu : voilà ce qu'on appelle le Règne de
la Liberté, de la Justice, de l'Humanité
de la Philosophie. Tenebræ horribiles.
Une foule d'hommes vertueux, (i) à
qui l'on ne peut reprocher que d'avoir
aimé la Réligion & leur Roi, & dont il
étoit impolfible de prouver juridiquement
le prétendu crime., font cruellement tirés
des cachots, qui sembloient être devenus-
l'azile le plus sûr de la vertu, & livrés
entre les mains de Cannibales, qui dechi-
rent leurs membres & les devorent. (2)
Plus de cinq cent Prêtres, l'ornement
(l) Les prisonniers d'Orleans massacrés à Versailles. Une
foule d'autres tirés des orisons de Paris. aussi massacrés.
(2) 2 Septembre 1792, La veille de l'assassinat des Prêtres
enfermés à St. Firmin & aux Carmes , un municipal s'étoit
fait un- j eu cruel de venir leur annoncer qu'on leur délivra-
roit des passe-ports le lendemain.
( 22 )
du Cierge par leur lcience & leur vertu,
& qui en devoient être la gloire par leur
martyre, font emprisonnés lans accusation,
sans procédure, & égorgés comme des
victimes ; & ni leur héroïque fermeté,
ni la serénité peinte sur leurs visages au
milieu des horreurs de la mort, ni l'ex-
pression touchante de leur dévouement à
la Réligion & a. la Providence ne peuvent
les soustraire à la furie des bêtes féroces,
que l'on a lâchées contr'eux. Deux fois
(i) lé meilleur - des Rois est outragé,
assiégé dans son palais. Le fang le plus
pur de ses sujets coule encore fous ses
yeux. Sa grandeur d'ame étonne, effrnye
le crime, mais ne le désarme pas. Il est
précipité du thrône, dépouillé de la cou-
ronne, enfermé - dans un cachot : là les
dures privations, les gênes,. les tortures,
les (2) atrocités récherchées d'un suppli-
ce continuel qu'on lui fait souffrir, n'as-
souvissent pas la rage des factieux. Ils ont
fois de son fang. Un dernier crime, un
crime inutile à ceux qui le commettent,
& qui appelle enfin la foudre sur leurs
(1) Journées des 20 Juillet & 10 Août 1792.
(2) Des séparations cruelles. Des précautions outragean-
tes. La tête ensanglantée de Madame la Princesse de Lam-
balle, portée au Temple sur une pique au milieu des hurle-
mens d'une joye féroce, & que l'on force le Roi & la
Reine de regarder &c. &c. &c.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.